‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 341 sur 377 · Jules Robuchon, Paysages et iiioiiuiiieiits p · texte numérisé non relu

Jules Robuchon, Paysages et iiioiiuiiieiits p

uionographie d'Airvault,

numéro d'ordre. Mais c'est sûrement Louis Vil, car le stvie de la sculpture indique une œuvre du second ou du troisième quart du xn" siècle ' .

Pour donner un aspect plus riche à ces devants d'autel en pierre ou en marbre, on les a parfois décorés de ligures d'applique en métal. Ainsi on conserve à Apt (Vaucluse) un fort bel autel en marbre des Pyrénées, dont la face principale et les deux faces latérales sont ornées de niches séparées par des colonnes engagées et encadrées de riches bordures (fîg. 697). Or au fond de chacune de ces niches, qui sont aujourd'hui vides, on remarque de petits trous de scellement qui ont évidemment servi à contenir des statuettes de bronze ou de cuivre doré.

Mais on ne s'est pas contenté de faire des autels décorés de figures isolées en

bronze ou en cuivre, on a fait des devants d'autel en métal précieux, argent ou or, enrichis de pierreries et d'émaux. On a vu plus haut que bien avant l'époque romane les églises importantes ou favorisées de la protection de quelque grand per-sonnage civil ou ecclésiastique avaient assez souvent reçu de ces somptueux cadeaux. Mais la grande valeur intrinsèque de ces beaux objets les désignait trop à la cupidité des conquérants et des pillards de tout ordre pour qu'il ait pu s'en conserver beaucoup. J'ai cité le magnifique revêtement d'autel en or qui entoure, depuis le ix"" siècle, le maître-autel de Saint-Ambroise de Milan ; du même ordre étaient ceux que possédaient les cathédrales d'Elue et de Sens et qui furent envoyés à la fonte, le pre-

I. Un savant trop ingénieux, M. de Mély, a l'année 1180 pour la date de cet autel (Revue prétendu découvrir dans l'avant-dernier vers de archéoL, 1908, I, p. 254-264). Je crains bien cette inscription un chronogramme donnant qu'il n'ait été le jouet de son imagination.

ACCESSOIRES DES EGLISES

mier en 1721, le second en 1760. Celui d'Elne était en argent et décoré de petites niches contenant des figurines en bas-relief. Une inscription dont on a conservé le texte en donnait la date : 1068. Celui de Sens passait pour avoir été donné par l'archevêque Seguin dans le dernier quart du x' siècle. Mais c'était une erreur. Seguin avait bien fait un présent de ce genre à sa cathédrale, mais elle n'en jouit pas longtemps, car l'objet fut fondu moins de cent ans après pour payer la construction d'une tour '. La table d'autel, détruite en 1760, était une œuvre du xii^ siècle, comme on en peut juger par le texte des inscriptions qu'on y lisait et

Ini;. ôg;. Autel d'Apt ( N'.uichisri.

par un assez bon dessin qui en fut pris peu de temps avant sa destruction et qui a été publié par Du Sommerard -.

Nous avons heureusement mieux que des descriptions pour nous faire une idée de ces somptueuses œuvres d'art. Le Musée de Cluny possède un magnifique devant d'autel en or repoussé provenant de la cathédrale de Bâle et représentant le Christ entouré des archanges Michel, Gabriel, Raphaël, et de saint Benoît, debout sous des arcs en plein cintre (fig. 698). Une tradition que l'on ne peut suivre au delà du xv^ siècle veut que ce somptueux morceau d'orfèvrerie ait été donné à la cathédrale de Bàle, au début du xi'= siècle, par l'empereur Henri II et sa femme Cunégonde. Mais, quoique depuis l'époque carolingienne les pays rhénans aient possédé d'habiles orfèvres qui nous ont laissé, notamment à Trêves, des œuvres non moins remarquables et encore plus anciennes, beaucoup d'archéologues ont révoqué en doute l'exactitude de cette tradition. Il s'en est même trouvé pour ne voir dans l'au-

I. Chrou. de Clarius, dans d'Acherv, Spiciles;, in-foL, t. II, p. 473.

Page 1