‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 357 sur 377 · Mon · texte numérisé non relu

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pic a rite, p.

de Tarchit. romane 32, fig. 2 et 3.

dans la réirion

y 12 ACCESSOIRES DES EGLISES

dans un bloc de pierre dont le grain est grossier, car si l'exécution en était plus fine, ce serait de beaucoup le plus beau des bénitiers romans'.

Aux accessoires du culte, que nous venons de passer en revue, il faut encore joindre, pour se faire une juste idée de la physionomie des églises romanes, les monuments funéraires qui y trouvaient asile, qui en garnissaient l'extérieur ou en entouraient les abords.

De tout temps les chrétiens ont manifesté le pieux désir d'être enterrés ad Satictos, ad Martyres, c'est-à-dire aussi près que possible des confesseurs et des martyrs dont ils honoraient les restes. Les catacombes de Rome en fournissent plus d'une preuve, et plus tard les décisions des conciles nous font voir à quel point on recherchait le privilège d'être enterré à l'intérieur même des églises et quels efforts les autorités ecclésiastiques étaient obligées de faire pour empêcher l'envahissement du sanctuaire par les tombes -. On en vint à tel point qu'il fallut parfois fermer des églises, ou du moins les abandonner aux morts, en enlever l'autel et le transporter en un lieu où l'on pût célébrer plus dignement le Saint Sacrifice '. L'Église, impuissante à vaincre la pieuse obstination des fidèles, prit le parti de réglementer ce qu'elle ne pouvait empêcher. Elle commença par autoriser les fidèles à se faire enterrer autour de l'église +, et ainsi s'établirent ces cimetières où tant de générations ont trouvé leur dernière demeure à l'ombre du clocher paroissial. Plus tard il fut admis que l'on pourrait enterrer à l'intérieur des églises les prêtres et même les laïques qui se seraient acquis des droits à cet honneur par la dignité de leur vie ou par d'éminents services rendus à l'Eglise. Cette concession fut largement mise à profit et beaucoup d'églises romanes possédèrent, en dehors des tombeaux de leurs saints patrons, de nombreux monuments funéraires, les uns consistant en tombes plates, c'est-à-dire en simples dalles posées au ras du sol ; les autres en tombes levées, monuments plus importants qui faisaient saillie sur le sol.

Les tombes plates ont été fort employées pendant tout le moyen âge, car elles avaient le grand avantage de ne point gêner la circulation. Elles consistaient en une grande dalle encastrée dans le pavé de l'église, au-dessus du cercueil ou du sarco-

I. Je passe intentionnellement sous silence 2. Voir l'excellente dissertation d'Edm. Le

plusieurs bénitiers bretons auxquels on me semble Blant sur l'usage d'enterrer dans les églises

avoir donné une date beaucoup trop reculée. (Inscnfit. chrél. de la Gaule, t. II, p. 218). Ainsi je ne puis attribuer à l'époque romane le ;. « Ubi hoc pro multitudine cadaverum dif-

bénitier de l'église de Dinan. C'est une cuve ficile sit facere, locus ille coemeterium et polyan-

portée dans les bras de trois hommes, dont mal- drium habeatur, ablato inde altari et constituto

heureusement les tètes ont été brisées. Leur cos- ubi religiose sacrificiura Deo valeat ofterri. »

tume bizarre se rapproche beaucoup plus du (Conc. de Tribur, a" 895). costume breton des temps modernes que de 4. « Placuit ut corpora defunctorum nullo

celui d'aucun siècle du moyen âge. Je ne crois modo in basilica sanctorum sepeliantur, sed si

donc pas cette cuve antérieure au xyii^ siècle. Son necesse est deforis circa murum basilicae usquc

aspect fruste et archaïque tient uniquement à la adeo non abhorret. » (Conc. de Braga, Labbe,

grossièreté du granit dans lequel elle est taillée. t. V, p. 842).

MONUMENTS TUNERAIKES 7I3

phage contenant les restes du défunt. Une inscription et divers ornements gravés au trait constituaient toute la décoration. La plus ancienne tombe de ce genre qui nous soit parvenue est celle d'un évêque de Carpentras, Boëtius, mort en 604 '. Elle est ornée d'une grande croix gemmée avec l'A et l'Q, et de compartiments contenant des rosaces. Le P. de la Croix a retrouvé en Poitou, notamment à Antigny et à Béruges, des tombes du même genre pouvant remonter à peu près à la même date ; elles servaient de couvercles à des cercueils de pierre enfouis dans le sol du cimetière, et l'on peut s'étonner du soin qu'on avait mis à les décorer si elles étaient dès l'origine destinées à rester cachées en pleine terre. A moins de circonstances fortuites, ces tombes gravées avaient peu de chance de survivre aux réfections du pavé et aux reconstructions dont les églises étaient l'objet; aussi est-il bien difficile d'en citer d'antérieures à l'époque gothique'.

De conservation moins précaire étaient les tombes plates sur lesquelles étaiente figurés des ornements d'un faible relief, comme celle qu'on voit au musée de la Porte du Croux, à Nevers, et qui est ornée d'une longue tige d'où partent de larges feuilles, sans aucune épitaphe ni aucun emblème chrétien ; ou encore celle de Constantin de Melle, à "Poitiers, dont la décoration consiste en une croix entourée de rinceaux *>. Souvent ces tombes étaient faites en pierre dure, et l'église de Tortefontaine (Pas-de-Calais) en a recueilli une fort bien conservée, qui peut dater des environs de l'an 1 100 et qui provient de l'abbaye de Saint-Josse-aux-Bois '. Elle est en pierre de Tournay. Il y en a une autre en pierre de Marquise au musée de Boulogne. Cette dernière est arrondie à l'une de ses extrémités ^, ce qui est assez anormal, car en règle générale les tombes du xi*^ et du xii^ siècle dessinent un trapèze très allongé, dont le petit côté correspond aux pieds.

On a fait de ces tombes plates en mosaïque. La plus célèbre de cette espèce est celle qui recouvrait les restes de la reine Frédégonde, dans l'église de Saint- Germain-des-Prés, et que l'on conserve aujourd'hui à Saint-Denys '. Elle a passé longtemps pour remonter à une époque voisine de la mort de cette reine (f 597), mais l'image de la princesse qu'on y voit dessinée à l'aide d'un mince cloisonnage de cuivre ne permet pas de la croire antérieure au milieu du xii'= siècle. La mosaïque qui orne cette tombe est d'ailleurs d'un genre exceptionnel, car les petites pierres extrêmement menues qui la composent sont serties au hasard et ne servent en rien au dessin. On a fait aussi des tombes à l'aide de petits cubes de pierres, semblables à ceux qu'on emploie dans les mosaïques de pavement. On conserve au musée d'Arras une tombe de ce genre. C'est celle de l'évêque Frumaud, mort en

1. Caumont, Abécéd., p. 62; Le Blant, luscr. 4. Cauniont, Abécéd.,<p. 530, fig.

i-hrèt. de la Gaule, t. II, p. 348. 5. Enlart, Mon. de l'archit. romane dans la rég.

2. Bull, archéol. du Comité, 1886, p. 256 et s. picarde, p. 48, pi. hors texte.

3. Il est probable qu'il nous en reste quelques- 6. Ibid., p. 48.

unes de la seconde moitié du xii^ siècle, mais 7. Elle a été maintes fois publiée. Il y en a

comme les plus anciennes ne sont pas datées, il une fort belle reproduction en couleurs dans la est difficile d'en dire l'âge avec certitude. Statistique monumentah' de Paris.

ACCESSOIRES DES EGLISES

1183 '. On y a également représenté l'effigie du défunt, suivant une coutume qui avait existé déjà dans les premiers siècles du christianisme ' et qui redevint fort à la mode depuis le xiii'^ siècle.

Au xii% elle n'est pas encore très répandue. Néanmoins nous avons quelques tombes plates, sur lesquelles on a représenté, en faible relief, le défunt étendu, les mains jointes, dans l'attitude de la prière et vêtu comme le comportait sa position. Ordinairement une épitaphe est gravée sur la bordure de la tombe. Plus tard, elle donnera presque toujours la date du décès. Mais au xii= siècle, elle consiste le plus souvent en un éloge versifié d'une banalité désespérante; un curieux exemple de monument de cette, espèce s'est conservé à Châlons, c'est la tombe de saint Memmie '. Le saint est en costume épiscopal, crosse en main; il est couché au milieu d'un encadrement de rinceaux. Malheureusement cette tombe a pas mal souffert. Le musée d'Épinal en possède une semblable, mais mieux conservée. Il est vrai qu'elle ne date que du dernier quart du xii'= siècle. C'est la tombe de Guy, sixième abbé de Chaumouzey, qui mourut peu après 1182 (fig. 722) +.

Le type de ces tombes à effigie ne se fixa point d'ailleurs sans quelques tâtonnements et sans que les artistes du xii" siècle n'aient essayé de diverses variantes. Une des plus originales a été découverte, il y a quelques années, à Bruay (Nord). Elle représente une abbesse couchée dans un cercueil, dont les deux longs côtés sont flanqués de vigoureux rinceaux, à l'extrémité desquels se voient deux figurines de nonnes (fig. 723).

Cette tombe peut appartenir au milieu du xii"' siècle. Il serait difficile aujourd'hui d'en trouver en France de plus anciennes. Nous avons toutefois le dessin de deux ou trois tombes à effigie de date antérieure. Ainsi nous connaissons par Gaignières celle qui couvrait les restes d'HéUe, comte du Maine, mort en 1107 et

G. Durand pli.

Fig. 722. — Tombe de Guy de Chaumouzey.

Musée d'Épinal.

1. Une tombe de mosaïque Je date plus ancienne avait été posée sur la sépulture de Robert, comte de Flandre, enterré à Saint-Bertin en II 10 (Dehaisne, Dociiiii. pour l'hist. de l'arl, t. I, p. 33).

2. On a trouvé des tombes en mosaïque a\'ec effigie dans plusieurs basiliques africaines, no-

tamment à Sertei (Bull, archéol. du Comité des Travaux hlst., 1888, pi. 13, et p. 434), à Tabarca (Bull, des Antiquités A/rlc, t. II, pi. 6; et t. III, pi. 3), etc.

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