‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 36 sur 377 · Gesch. der christl. Kunst, t. I, p · texte numérisé non relu

Gesch. der christl. Kunst, t. I, p

4. Il existe quelques grandes églises, comme les Saints-Apôtres de Cologne ou San-Fedele de Côme, et un assez bon nombre de petites,

comme celles d'Aubiac ou de Gueyze(Lot-et-G.), de Tourtoirac (Dordogne), de Saint-Macaire (Gironde), etc., dont le sanctuaire rappelle en plan ces oratoires trichores. Mais tant de siècles se sont écoulés entre la construction de ceux-ci et de celles-là qu'il paraît difficile d'attribuer cette ressemblance à une imitation directe.

5 . Voir à cet égard : Kreuser, Ein Wort ûber den Ursprung der Basilika (Mitiheil. der kk. Centralcomm., 1859, p. 85), et, du même, Christlichenbau (2^ éd., 1860), et Wiederum christlichen Kirchenbau (1868).

6. M. C. W. Wilson en a décrit une dizaine dans ses Notes on Jeiuich synagogues in Galilea, publiées dans le Palestine exploration fond. Ouarterlv statement, t. I, p. 37 et s. Les mieux conser-

HYPOTHl-SF.S DIVERSES

cette date (fig. 49). Elles affectent un plan caractéristique et qui n'a aucun rapport avec celui des basiliques chrétiennes. Ce sont des rectangles presque aussi larges que longs et dont le grand axe est orienté du nord au sud. L'intérieur est divisé en cinq galeries par quatre files de colonnes. On y pénètre par trois portes ouvertes sur le côté méridional, et quelquefois précédées d'un portique analogue au narthex de nos églises. Les colonnes qui remplissent le monument étaient disposées en quinconce et très rapprochées, sans doute parce qu'elles devaient supporter de forts plafonds et des terrasses. Ces dispositions n'avaient, on le voit, aucun rapport avec celles qu'affectaient nos églises '.

Certains auteurs ont cru que les fidèles s'étaient inspirés des temples hypètres des païens -. C'étaient, en effet, des édifices rectangulaires avec des colonnades intérieures (iig. 50). On y pénétrait, comme dans les basiliques, par un des petits côtés du rectangle, à l'opposé de celui où était placée la statue du dieu ; la partie de la construction où était logée cette statue s'arrondissait parfois en forme d'abside; enfin ils avaient dans le pronaos un bassin d'eau lustrale, de même que les basiliques avaient au milieu de l'atrium un bassin destiné aux ablutions, le cauthanis. Zestermann, en insistant sur ces ressemblances, ajoute que la répugnance des chrétiens à se servir des temples n'était pas aussi grande qu'on le prétend, car Théodose autorisa les fidèles à transformer plus d'un temple en église, et plusieurs de ces temples adaptés au culte nouveau se sont conservés jusqu'à nous. Mais ce sont là des arguments spécieux auxquels beaucoup d'objections peuvent être faites.

S'il est très vrai, par exemple, qu'une foule de temples païens ont été transformés en églises ', on n'en connaît aucun cas avant le v^ siècle, et il est peu probable qu'au iv^, au lendemain des persécutions, alors que la haine pour le culte des faux

Fig. 50. — Pompéi. Temple de Jupiter, d'après Overbecli.

vées sont celles de Kefr-Birim et de Tell-Oum, le Capharnaùm de l'Evangile. M. Kitchener en a retrouvé deux autres sur le Mont-Carmel {Survty of West-Pahstina. Spécial papus, p. 299). II croit qu'elles ont été bâties entre 150 et 500 après J.-C. On en a trouvé également une fort ancienne en Tunisie, à Hammam-Lif (Kaufmann, dans la Reviw des études juives, t. XIII, p. 45 à 61, et Rossi, dans les Archives de l'Orienl latin, t. II, I« partie, p. 450).

I. Les dernières recherches des savants allemands en Palestine contredisent toutefois ces conclusions. D'après eux, beaucoup de synagogues présentaient une nef surélevée, flanquée

de tribunes {Mittbeil. der Orient GescUschaft, no 29). Cela, si c'est exact, fournirait à la thèse de Kreuser un argument meilleur que tous ceux qu'il a produits et dont le principal est que la grande synagogue de Diospolis est appelée basilica dans le Talmud.

2. Zestermann, De hasilicis, p. 152 et s. Voir sur le même point les observations de Weingàrtner, Ursprun^ iind Entiuich. des christl. Kirchengehâudes, p. 90 et s.

3. Les exemples à citer seraient nombreux. Rappelons seulement, pour la France, le temple d'Auguste et Livie, à Vienne, la Maison carrée de Nimes, le temple de Vernègue, etc.

64 ORIGINE DU PLAN DES BASILIQUES

dieux n'avait rien perdu de sa vivacité, les chrétiens aient pu sans répugnance utiliser ou copier des monuments qui leur rappelaient tant d'odieux souvenirs.

D'ailleurs, si les considérations religieuses n'avaient suffi à les en empêcher, ils auraient été arrêtés par des motifs d'ordre pratique. Le culte païen différait par trop de points de celui des chrétiens pour que les édifices propres à l'un pussent satisfaire aux besoins de l'autre.

Le premier était tout individuel. Ses adeptes se présentaient au temple isolément ou par groupes peu nombreux ; chacun était libre de choisir son jour et son heure ; les cérémonies consistaient en sacrifices, en libations qui se pratiquaient non pas à l'intérieur du temple, mais au dehors. La partie close du monument, la cella, ne sentant qu'à abriter la statue du dieu ou à conserver les offrandes qu'on pouvait lui faire, était presque toujours de dimensions restreintes.

Le culte chrétien, au contraire, réunissait à certains jours et à des heures déterminées tous les fidèles. Ceux-ci ne célébraient point de sacrifices sanglants réclamant le plein air; leur sacrifice était purement symbolique, il était précédé de prières faites en commun, d'instructions qui nécessitaient un local suffisamment vaste pour contenir tous les membres de la communauté, un local clos où l'on pût entendre tout ce que disait le prêtre.

L'étroite cella des temples ne convenait donc aucunement au culte chrétien. Lorsqu'au V siècle les édits des empereurs amenèrent la fermeture de la plupart des temples, ceux qu'on voulut utiliser comme églises durent subir des modifications profondes.

On dira peut-être que tous les temples n'étaient pas de dimension aussi restreinte. Certains avaient une cella assez grande pour que des assemblées nombreuses pussent s'y tenir, ainsi le Sénat romain siégeait dans le temple de la Concorde '. Quelques temples présentaient même, à l'instar des basiliques chrétiennes, des colonnades intérieures, voire même des tribunes : c'est le cas du Parthénon, du temple de Jupiter à Pompéi (fig. 50), du temple de Neptune à Pestum, du temple de Zeus à Olympie, etc., mais ces analogies ont peu de poids en présence des différences essentielles qui distinguent les temples de cette catégorie des basiliques chrétiennes. Tous les grands temples, en effet, sont périptères, c'est-à-dire entourés de colonnades sur tout leur pourtour; or nous n'avons pas une seule basilique qui présente ce caractère. Tous ces temples étaient hypètres, c'est-à-dire qu'une partie de leur cella était à ciel ouvert, ou s'ils avaient une toiture, c'était un seul grand toit à double rampant qui les recouvrait entièrement; les basiliques chrétiennes n'ont jamais été hypètres, elles ont toujours été entièrement couvertes, leur partie centrale n'était pas abritée par le même comble que les collatéraux, elle les

I. C'est là que Cicéron prononça sa 5e Cati- Porta Carmentalis (Tite-Live, XXXIV, 43), le

linaire (Cic, Cati!., III, 9). On peut citer encore temple de Bellone (Ibid., XXVI, 21), le temple

parmi les temples qui semblent avoir eu une cella de Q.uirinus (Ibid., IV, 21), le temple de Castor

assez grande : le temple d'Apollon devant la au Forum (Cic, Iii Verr., I, 49).

LES BASILiaUES PRIVÉES 65

dominait au contraire d'assez haut pour qu'on pût ouvrir des fenêtres au-dessus des toitures des bas-côtés.

Ces différences de structure sont tellement importantes qu'en dépit de toutes les analogies on ne saurait voir dans les temples antiques le prototype de nos églises.

L'idée de le chercher dans les maisons romaines est autrement séduisante. Historiquement, elle se justifie à merveille. On sait, en effet, qu'à l'origine du christianisme les fidèles avaient leurs lieux de réunion dans des maisons particulières, et que jusqu'à l'édit de Milan ils conser\'èrent l'usage de célébrer les Saints Mystères dans des oratoires domestiques ' .

En quoi consistaient ces lieux de réunion ou ces oratoires ? On a cru trouver la réponse à cette question dans un passage où Vitruve nous apprend que les riches Romains avaient dans leurs maisons, en vue des assemblées nombreuses, de somptueux vestibules, des atria, des péristyles, des bibliothèques, des pinacothèques et même des basiliques établies avec non moins de luxe que les monuments publics -. Il y avait donc des basiliques privées chez les Romains. Mais quelle en était la forme ? Un autre passage de Vitruve va nous l'apprendre. C'est celui où décrivant les diverses salles de réunion que comportait une riche demeure, il explique en quoi les oeci corinthiens différaient des égyptiens. « Les corinthiens, dit-il, n'ont qu'un ordre de colonnes posées sur un soubassement ou à même le sol, et surmontées d'architraves et de corniches en bois ou en stuc, portant un plafond à surface courbe. Dans les oeci égyptiens, au contraire, les colonnes sont surmontées d'architraves reliées aux murs extérieurs par des poutres portant un plancher sur lequel on établit une terrasse faisant le tour de la construction. Puis, sur les architraves, on place à l'aplomb des colonnes de l'ordre inférieur un second ordre plus petit d'un quart, et entre les colonnes de ce second ordre on perce des fenêtres, ce qui fait ressembler ces salles à des basiliques ' . » Voilà un texte d'une singulière importance, car il nous fait connaître le détail essentiel, distinctif, qui caractérisait les basiliques publiques, et il nous apprend en même temps pourquoi dans les maisons romaines on donnait le nom de basiliques à certaines salles. Ce nom, elles ne le devaient ni à leur plan, ni à leur destination, mais à cette dispo-

1. Voir ci-dessus, p. 2 — Cf. Rossi, Bull, di plices habent columnas aut in podio positas, archeol. crist., 1876, p. 38 et 39. aut in imo ; supraque habent epistylia, coronas

2. « Nobilibus qui honoris magistratusque aut ex intestino opère, aut albario ; praeterea gerundo praestare debent officia civibus, facienda supra coronas curva lacunaria ad circinum sunt vestibula regaha, alta atria et perist\'lia delumbata. In Aegvptiis autem, supra columnas amplissima, sylvae ambulationesque laxiores ad epistylia, et ab epistyliis ad parietes qui sunt decorem majestatis perfectae ; praeterea biblio- circa , imponenda est contignatio ; supra eam thecas, pinacothecas , basilicas, non dissimili coaxatio et pavimentum sub dio, ut sit cirmodo quam publicorum operum magnificentia cuitus ; deinde supra epistylium, ad perpendicucomparatas, quod in domibus eorum saepius et lam inferiorum columnarum, imponendae sunt publica consilia et privata judicia arbitriaque minores quarta parte columnae ... et inter conficiuntur. •> (Vitruve, VI, 8.) columnas superiores fenestrae coUocantur. Ita

3. « Inter Corynthios autem (oecos) et basilicarum ea similitude, non Corynthiorum Aegyptios hoc erit discrimen : Corinthii sim- tricliniorum, videtur esse. » (Vitr. , VI, 5.)

Lasteyrie. — Architecture loiiiuve. ;

ORIGINE DU PLAN DES BASILIQ.UES

sition particulière qui permettait de les éclairer d'en haut, en en surélevant la partie centrale pour y percer des fenêtres '. Or c'est ce même caractère que présentent d'une façon constante les premières églises chrétiennes, et ainsi s'explique que le nom de basilique leur ait été donné, bien que leur plan différât fort de celui de beaucoup de basiliques civiles. Quant à prétendre savoir si c'est dans les basiliques publiques ou dans les privées que les chrétiens ont pris l'idée de donner à leurs

églises la disposition basilicale, c'est peut-être téméraire, puisque les unes et les autres présentaient ce même caractère distinctif. Voici toutefois des considérations qui peuvent aider à trancher la question :

Les basiliques publiques étaient innombrables ; non seulement il y en avait beaucoup à Rome, mais une foule de villes de médiocre importance en possédaient '. Les basiliques privées, au contraire, devaient être rares ; car au milieu de tant de ruines antiques explorées depuis le xvi^ siècle, on n'est pas certain d'en avoir retrouvé une seule. On connaît aujourd'hui un grand nombre de maisons romaines, les ruines de Pompéi et de Timgad nous en montrent une foule de types variés ; en Italie, en Afrique, en Gaule, en Orient, on a découvert les restes d'un grand nombre d'habitations urbaines et de villas ou de maisons des champs: Or nulle part on n'a reconnu de ces basiliques privées dont parle l'architecte romain '. Pour en trouver un exemple, unique jusqu'à ce jour +, il a fallu dégager tout le palais

: . — Rome. Basilique privée du P.ilatin, d'après Dehio.

I . Aussi ce nom était-il également donné à des constructions n'ayant aucun rapport avec les basiliques judiciaires ; par exemple à des manèges (basilica equestris, Corp. inscr. !at., t. VII, n° 965); à des marchés aux vêtements (basilica vestiaria, Corp., t. VIII, n" 20156), à des charx (Palladius Rutilius, De re rustica, I, 18) et même à des édifices de forme ronde mais éclairés comme l'étaient les basiliques.

2. Il y en avait en Gaule, non seulement dans les grandes villes comme Nimes (Corp. inscr. ht., t. XIII, no 3070) et Narbonne (Ihid., n° 4342), mais dans de très petites localités, comme le prouvent des inscriptions découvertes à Annecy {Ibid., n° 2533) et à Saint-Pierred'Albigny (Ihid., n° 2532). Il en était de même dans tout le monde romain.

3. On voit dans la maison de Pansa, à Pompéi, dans l'axe du péristyle, un oeciis de belles dimensions, mais c'est une simple salle carrée.

sans aucune division intérieure, et qui n'a aucun rapport avec les basiliques (Overbeck, Poiiipe'i, p. 325, fig. 172). La maison de Méléagre (/ft/rf., p. 308, fig. 168) nous montre une salle ouvrant sur le péristyle et garnie de colonnes sur trois faces. Mais était-ce bien un occiis comme on le dit habituellement, car c'est un portique carré, complètement ouvert sur le devant, et dont les colonnes semblent avoir joué un rôle simplement décoratif, c'est-à-dire tout autre que celles des basiliques.

4. Boissier a pensé qu'il fallait peut-être voir une basilique dans une petite salle avec abside qui s'est conservée dans les ruines de la villa d'Hadrieu (Prom. archèol. Rome et Pompéi, p. 243-244 et n" 9 du plan). Il a été conduit à cette hypothèse par la ressemblance de cette construction avec la prétendue basilique du Palatin. Les autres auteurs qui ont étudié ces ruines fameuses ont vu dans cet édifice un temple ou une schola.

LES BASILIQUES PRIVÉES éy

des Césars au Palatin, et encore n'est-il aucunement prouvé qu'on ait eu raison de voir une basilique dans l'édifice auquel je fais allusion (fig. 51) et dont les dimensions ne répondent guère à l'idée qu'on peut se faire des basiliques privées. Comment donc admettre que des constructions d'une espèce si rare aient pu servir de modèle aux chrétiens ?

Remarquons encore que ces basiliques privées ne se rencontraient que chez les gens les plus riches. Vitruve le dit formellement, et c'est seulement dans les maisons les plus opulentes, comme celles des Gordiens ', dans les villas ou les palais impériaux qu'on en trouvait -. Or ce n'est point dans ces somptueuses demeures que les chrétiens étaient admis à célébrer leur culte. Les débuts du christianisme furent humbles, les fidèles se recrutèrent longtemps parmi les gens du peuple ou des classes moyennes et les plus riches d'entre eux ne devaient point posséder d'habitations assez luxueuses pour contenir des basiliques. Il y eut, il est vrai, de bonne heure, quelques personnes, des femmes surtout, appartenant aux premières familles de l'aristocratie, qui se convertirent à la doctrine du Christ ' ; mais ce fut exceptionnel. A partir du iV siècle, beaucoup de grands personnages firent don de tout ou partie de leurs demeures pour y installer des églises ■*. Telle fut l'origine de la basilique Constantinienne établie dans le palais de Latran, et de la basilique Libérienne élevée dans la maison de Sicininus > ; mais jusqu'à l'édit de 312, bien rares furent les palais où les fidèles avaient libre accès. Or en admettant même que ces palais aient contenu des basiliques privées assez vastes pour être adaptées au culte chrétien sans subir de profondes transformations, en admettant qu'elles aient pu avoir quelque influence sur la constitution du type de nos églises, on est encore en droit de dire que les basiliques chrétiennes dérivent des basiliques judiciaires puisque c'est à celles-ci que les basiliques privées ont emprunté le seul caractère essentiel qu'elles semblent avoir partagé avec les basiliques chrétiennes.

On voit donc qu'il est impossible de refuser aux basiliques judiciaires toute influence sur la constitution du type admis par les architectes chrétiens lorsqu'ils commencèrent à élever des églises. Je me hâte de dire toutefois que cette influence n'a pas été telle que l'ont cru la plupart des archéologues français. On a vu plus haut que jamais les basiliques païennes n'ont eu ce plan uniforme qu'on leur a trop

1. Jul. Capitol., 1. m, c. 32. demeures, alors qu'on était obligé d'entourer de

2. Dans le palais de Domitien, par exemple mystère la célébration du culte.

(Plutarque, Vii' de Publkola, c. 16). 5. Il y a eu de même en Gaule, depuis le

3. On admet généralement que, dès le pre- triomphe de l'Eglise, des maisons adaptées au mier siècle, le christianisme fit des recrues dans culte (Grégoire de Tours, Hist., I, 29; et X, \3, gens Aurélia et dans cette grande famille des 31). Mais les observations faites par M. Maitre, Flaviens qui fournit à Rome trois empereurs. aux environs de Nantes, montrent que ces

4. Au nie siècle, beaucoup de chrétiens appar- adaptations consistaient habituellement à utiliser tenaient aux premières familles de Rome, mais certaines parties des murs pour faire de modestes leur rang les mettait trop en vue pour qu'ils chapelles sans rapport avec les grandes basiliques aient pu donner asile aux fidèles dans leurs chrétiennes (voir Bull, arch., 1892).

ORIGINE DU PLAN DES BASILIQUES

facilement attribué. En réalité, leur seul caractère spécifique était de former une sorte de halle rectangulaire, généralement divisée par deux files de colonnes en nef et bas-côtés, et toujours éclairée par le haut grâce à une disposition spéciale des toitures. Elles n'avaient pas d'autre trait essentiel : les chrétiens n'ont donc pu leur emprunter que celui-là, et c'est ailleurs qu'ils ont dû prendre les autres particularités, telles que l'abside et l'atrium, que l'on trouve dans leurs églises. Les ont-ils empruntées aux basiliques privées ? Pour l'admettre, il faudrait prouver d'abord que ces dernières présentaient ce type uniforme que l'on refuse avec raison de reconnaître aux basiliques judiciaires. Toutefois il est peu vraisemblable que les

Scholœ découvertes à Pompéi, d'.iprès Overbeck.

fidèles aient si longtemps célébré leur culte à l'intérieur de leurs demeures sans que les premières églises aient conservé quelque trace des dispositions qu'ils étaient habitués à rencontrer dans les maisons romaines. Or celles-ci, grandes ou petites, possédaient généralement un atrium, cour rectangulaire entourée de portiques sur laquelle s'ouvraient les salles de réunion, les pièces où le maître recevait ses visiteurs et ses clients. N'est-ce point là l'origine de l'atrium qui précède l'entrée des basiliques chrétiennes et qu'on ne rencontre devant aucune basilique judiciaire '. Est-ce également à leurs maisons qu'ils ont emprunté l'idée de l'abside ? A considérer combien sont fréquentes les constructions en hémicycle dans l'architecture domestique de l'époque impériale, cela pourrait se soutenir, mais elles sont encore plus nombreuses dans les édifices publics. Il n'est point, pour ainsi dire, de monuments de cet ordre dans lesquels on ne rencontre des absides voûtées en culde-four. Il y en avait dans les curies, dans les scholae (fig. 52), dans ces portiques

I. K. Lange {Haus u?id Halle, p. 215) cite plusieurs inscriptions mentionnant un atrium auprès d'une basilique antique, mais rien n'en dit la place, ni la forme, et aucune des basiliques connues n'en fournit d'exemple. Holtzinger (Die aUchnst. Archit., p. 11) considère l'atrium comme une imitation du perïbolos qui entourait

certains temples. Mais il en diffère et par la forme et par la destination. D'autres archéologues pensent que l'atrium a été inspiré aux chrétiens par le forum sur lequel s'ouvraient les basiliques civiles ; mais la façon dont toutes les les basiliques connues se raccordent au forum qui les avoisine ne confirme guère cette opinion.

l'abside 69

de tout genre qui faisaient l'omement des villes romaines (fig. 53), et dans une

foule d'édifices dont la destination nous est mal connue, mais dont les ruines de

Pompéi nous montrent un assortiment varié'. Il y en

avait toujours dans les principales salles des établissements balnéaires; les thermes de Titus, de Dioclétien,

de Caracalla, à Rome % nous en fournissent la preuve,

tout comme les thermes de Pompéi (fig. 54). La cella

de bon nombre de temples se terminait par une abside

où on logeait la statue du dieu. Le temple de la Fortune

à Pompéi ', celui de Vénus et de Rome à Rome +, ceux

de Dougga et de Sbeitla en Afrique ', de Samothrace dans

l'Archipel, de Termessos en Asie Mineure *■ présentent

cette particularité et ont, sur ce point, une analogie frappante avec les églises chrétiennes. Les basiliques judiciaires elles-mêmes, si elles n'étaient pas forcément

munies d'une abside, comme tant de gens le croient,

n'en étaient pas toujours dépour\'ues. Ainsi la basilique

de Constantin en avait au moins deux, et il se pourrait

que le vaste hémicycle, figuré sur le plan antique de

Rome à côté de la basilique Ulpia, ne fût autre chose

que l'abside de cette basilique '. Enfin il y a une dernière catégorie de monuments qui comportait parfois des absides, ce sont les monuments funéraires. La Voie des Tombeaux, à Pompéi, offre plusieurs exemples de sépultures accompagnées ou entourées d'un hémicycle garni de bancs, où les amis du défunt pouvaient venir s'asseoir en évoquant son souvenir ou en discutant les problèmes de l'autre vie ". On a retrouvé aussi des coliiinbaria flanqués d'une ou plusieurs absides '. Les chrétiens se sont-ils inspirés de ces monuments, il est difficile de l'affirmer; il est à remarquer néanmoins que leurs plus anciennes chapelles funéraires ont des absides. Or l'autel prit, au temps

des persécutions, un double caractère : c'était à la fois la table eucharistique et le

Fig. 53. — Pompéi. Portique d'Eamachia, d'après Overbeck.

Fig. 54. — Pompéi. Salle des Thermes, d'après Overbeck.

1. Overbeck, Pompéi, p. 150 et 139. La plupart des textes anciens relatifs aux constructions dé cet ordre ont été recueillis par Mesmer, Ueher den Ursprung der Basilika, p. 24 et s.

2. Voir Canina, Piantadi Roma (18 $0), Regio II, 2 ; Regio VI, etc.

Page 1