Saglio, Dictionn., t. I, p. 679, fig
8. Mazois, Ruines de Pompéi, i^e part., pi. 5 et 33 ; Overbeck, Pompéi, p. 406.
9. Saglio, Dict., t. III, fig. 1741, 1742, 1747. Dans le columbarium des afiranchis de Livie, on a retrouvé de grands sarcophages dans chaque abside (voir les gravures exécutées par Piranesi avant la destruction du monument).
yO ORIGINE DU PLAN DES BASILIQUES
tombeau d'un martyr, et c'est sans doute parce qu'il avait ce caractère de tombeau que se généralisa l'habitude de l'entourer d'une abside. Cela est si vrai que lorsque dans une basilique servant déjà au culte, on introduisait un second tombeau de saint ou de bienfaiteur insigne, on construisait souvent une seconde abside pour le contenir. Les basiliques d'Orléansville (fig. l) ', de Matifou -, de Zraïa > en Algérie nous en fournissent de curieux exemples.
Je suis donc convaincu que l'origine de la basilique chrétienne est plus complexe qu'on ne le croit généralement. A la basilique du forum, les fidèles ont emprunté la forme oblongue, la division en galeries parallèles et surtout cette surélévation de la galerie médiane qui permet d'éclairer l'édifice par le haut. Aux lieux publics de réunion, et peut-être aussi à certains monuments funéraires, ils ont pris l'idée de l'abside. Aux maisons particulières, ils doivent l'atrium et l'habitude qu'ils ont longtemps conservée d'accoler à leurs églises, sans souci d'en compromettre l'aspect extérieur, des dépendances très diverses.
Les églises des premiers siècles comprenaient, en effet, des éléments infiniment plus variés que celles de nos jours*. Ce n'était pas seulement, comme aujourd'hui, un temple où les fidèles venaient adorer leur Dieu ; la domus ecclesiae comprenait, outre le temple proprement dit, le logement de l'évêque ou du chef de la communauté; le logement des clercs attachés au service divin ou chargés des intérêts temporels de l'association ; des salles où l'on conseillait les archives, les livres saints, les vases sacrés ; des magasins pour les provisions destinées aux pauvres ; souvent des chambres pour soigner les malades ou pour abriter les étrangers de passage '. « Une domus ecclesiae, en ces temps reculés, dit Mgr Duchesne ^, était quelque chose d'assez compliqué; à la fois église, évêché, réfectoire, dispensaire, hospice. » Il faut se rappeler ce caractère complexe des primitives églises pour comprendre les descriptions que nous en ont laissées les premiers écrivains ecclésiastiques. Eusèbe, par exemple, en décrivant la basilique de Tyr ", construite de 315 à 322, nous apprend qu'elle s'élevait à l'intérieur d'un vaste enclos, dans lequel on pénétrait en traversant un vestibule couvert, d'où l'on pouvait apercevoir le saint lieu. Entre ce vestibule et l'église proprement dite s'ouvrait à l'air libre un grand espace de forme carrée, entouré de portiques sur ses quatre côtés ; plusieurs autres vestibules précédaient l'entrée du temple ; celui-ci était entouré d'exèdres et de salles servant à divers usages, particulièrement à loger les pénitents *. L'église des
1. La seconde abside (fig. i) a été ajoutée à 5. Ces usages se sont conservés longtemps, l'autre bout de la nef en 475, pour recevoir le Au vi= siècle, Grégoire de Tours, de passage à tombeau de l'évêque Reparatus (Gsell, Mon. de Paris, logeait 0 ad basilicam B. Juliani » (Greg;. rAlg., t. II, p. 240). Tur., Hisl., I. IX, c. 6).
2. Gsell, t. II, p. 222. 6. Origiiu's thiciiltc chn'tieii, p. ^)iiy^86. — Cf.
3. Gsell, t. II, p. 343. Ici, la seconde abside le procès-verbal de saisie de l'église de Cirta en a été ajoutée sur le flanc droit de l'église. 303, dans les Gesta apiid Zenophiluni (Migne,
4. Une constitution impériale deran43i nous Patrol. ht., t. VIII, col. 731).
montre que beaucoup de basiliques étaient entou- 7. Eusèbe, Hist. ecdes., 1. X, c. 4 (éd. Valois,
rées de cours et de bâtiments de genres très p. 311 et 512).
divers (Cod. Tlk'od., 1. IX, t. 45), 8. Eusèbe, Vita Coiist., 1. IV, c. 58 et 59.
F'o- 5 5- — Rome. Porte de Saime-Sabii
ORIGINE DU PLAN DES BASILIQUES
Saints-Apôtres à Constantinople, la plus belle et la plus riche de celles que Constantin avait élevées dans sa nouvelle capitale, présentait le même caractère, mais avec des dispositions de détail un peu différentes. Là le temple proprement dit s'élevait au milieu d'une ample cour rectangulaire, entourée de portiques, et c'était le long de ces portiques, et non le long de la basilique comme à Tyr, que se dressaient tous les bâtiments accessoires. Ces monuments ont disparu sans laisser de traces '. Mais on peut se représenter assez bien ce qu'ils devaient être en étudiant les ruines d'une des plus curieuses basiliques de l'Algérie, celle de Tébessa (tig. 23). Cette église, qui appartient au plus tard à la fin du v'^ siècle, forme un ensemble aussi complexe que les monuments dont parle Eusèbe. EUe occupe le centre d'un vaste quadrilatère. Pour y arriver, il faut d'abord traverser une grande cour entourée de constructions ; puis, un escalier monumental conduit à l'atrium entouré de portiques que l'on retrouve devant toutes les grandes basiliques primitives. L'église s'étend au delà de cet atrium ; elle est flanquée, comme celle de Tyr, d'un grand exèdre et de tout un ensemble de bâtiments aux formes variées '.
D'autres basiliques ainsi entourées d'une enceinte garnie de constructions accessoires ont été retrouvées en Syrie, notamment à Roueiha >. Elles montrent combien étaient nombreux les besoins auxquels les églises chrétiennes devaient satisfaire. Les fidèles n'ont donc pas copié servilement un type préétabli. Mais, à l'aide de facteurs divers, ils ont constitué une architecture qui, pour être imprégnée des traditions antiques, n'en eut pas moins son caractère original.
1. La restitution que Hùbsch a donnée de l'église de Tyr est hypothétique et sans valeur (Mon. de Varchit. chrét., pi. XXXI, fig. 3).