‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 38 sur 377 · EXTÉRIEUR DES BASILIQUES. — FAÇADE, ATRIUM, NARTHEX · texte numérisé non relu

EXTÉRIEUR DES BASILIQUES. — FAÇADE, ATRIUM, NARTHEX

Au moment où la religion chrétienne fut officiellement reconnue par Constantin, l'empire romain était en pleine décadence artistique. Toutefois, si l'habileté et le goût des artistes étaient allés s'affaiblissant sans cesse depuis les Antonins, la fin du III' et le début du iV^ siècle n'en avaient pas moins été pour l'architecture une période de grande activité. Le palais que Dioclétien se fit bâtir à Salone, les thermes dont il dota la ville de Rome, témoignent suffisamment du goût qu'on avait alors pour les constructions magnifiques'. Or ce n'est pas seulement par leur somptuosité que ces édifices se distinguaient, c'était aussi par leurs dimensions ; et le désir d'étonner le inonde par des œuvres gigantesques, stimulant le génie des architectes, leur avait appris à résoudre les problèmes les plus difficiles, par exemple à couvrir des salles immenses de voûtes si bien combinées qu'elles font encore aujourd'hui notre admiration.

La fondation de Constantinople, qui eut une si grande influence sur les destinées de l'Empire romain, en eut une non moins grande dans le domaine des arts. L'impulsion donnée à l'architecture par les grands travaux entrepris à Byzance sur l'ordre de Constantin se continua sous ses successeurs, et Constantinople devint pendant plusieurs siècles le plus grand centre artistique du monde chrétien. Son influence se fit sentir partout, et la Gaule elle-même, malgré la persistance des traditions latines, malgré les éléments qui en s'y mêlant devaient les transformer et en faire jaillir un art original, la Gaule n'a pas été aussi réfractaire que certains l'ont prétendu au mouvement artistique dont l'empire d'Orient fut le théâtre. Seulement on s'est généralement mépris sur l'époque où s'est exercée cette influence. On a cru qu'elle s'était manifestée surtout au temps des Croisades, alors qu'en réalité elle est sensible dès l'époque franque et n'a jamais été plus marquée que pendant la période comprise entre le vi" et le x'^ siècle.

I. Schnaase {Gesch. der hildenden Ki'titste, ont apprécié avec le plus de jugement cette 2= éd., t. III, p. i6 et s.) est un des auteurs qui période de l'Iiistoire de l'architecture.

74 ETUDE DETAILLEE DES BASILIQUES

On a vu plus haut que l'immense majorité des églises chrétiennes étaient sur plan basilical, c'est-à-dire que c'étaient des édifices rectangulaires ', dont une extrémité était occupée par une abside en demi-cercle contenant l'autel, et l'autre percée d'une ou plusieurs portes. Le sens dans lequel l'édifice était tourné, le côté où l'autel était placé furent soustraits de bonne heure à l'arbitraire des constructeurs. Il fut de règle d'orienter les églises de telle sorte que l'entrée principale fût à l'ouest et l'autel à l'est ^ Les fidèles, en assistant aux offices, avaient ainsi le visage tourné vers la partie de l'horizon où se montre le soleil levant, vers les contrées où l'on place le berceau de l'humanité, vers le petit pays où le Christ est né et d'où la foi chrétienne s'est répandue dans le monde.

Il est déjà question de cet usage dans les plus anciens textes liturgiques que nous possédions ' ; plusieurs auteurs ecclésiastiques des premiers siècles le mentionnent et constatent que les chrétiens avaient l'habitude de se tourner vers l'Orient pour priera.

Cependant, quoique tort ancienne >, cette coutume n'était pas toujours observée rigoureusement. Saint Paulin de Noie, tout en reconnaissant que l'usage de placer l'abside à l'est était le plus répandu ', nous montre qu'on s'en écartait sans scrupule, puisqu'il tourna son église de Noie la façade au nord-est; une bonne partie des églises fondées à Rome du iV au vii'= siècle font également exception à cette règle. Ainsi les basiliques de Sainte-Marie-Majeure, de Sainte-Pudencienne, de Sainte- Praxède ont leur abside au nord-ouest; celle de Saint-Marc l'a au nord; celle de Sainte-Sabine, au nord-est ; celles de Sainte-Agnès et de Saint-Sabas, au sud-est. Enfin un certain nombre d'églises ont leur entrée et non leur abside à l'est, de sorte que les fidèles, pendant l'office, tournaient le dos à l'Orient, mais il semble qu'en ce cas le prêtre se plaçait de l'autre côté de l'autel, face au peuple, de telle sorte que lui, du moins, regardât l'Orient'. Quoi qu'il en soit, l'usage d'orienter les églises de façon que l'abside fût au soleil levant se généralisa en Occident dès le vi^ siècle. A l'époque carolingienne, on n'y dérogeait plus que rarement ^, et on peut dire que depuis lors les exceptions à cette règle furent toujours motivées par quelque circonstance indépendante de la volonté des constructeurs, comme la nature du sol, la forme du terrain, ou la présence de constructions préexistantes.

1. Les baptistères et les chapelles funéraires 6. " Prospectus vero basilicae non, ut usitatior faisaient exception à cette règle. mos est, Orientem spectat. » {Ep. XII ad Seve-

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