COLONNES ET ARCADES
à Tipasa ', et même en Italie ^ Mais ce sont là des exceptions : les arcades sur colonnes, voilà la règle. Cette foçon de construire seinble avoir pris naissance dans la partie orientale de l'Empire '. C'est là qu'on en trouve les plus anciens exemples, et qu'il faut aller chercher les monuments qui nous montrent quand el comment elle s'est introduite. Ce fut d'abord à la façade de certains édifices qu'on l'appliqua sous forme d'arc de décharge, pour soulager le linteau du milieu du fronton (fig. 62) +.
De là à supprimer la partie d'architrave comprise sous l'arc, il n'y avait qu'un pas. Il fut franchi dès le in'= siècle, à Salone aujourd'hui Spalato, dans le palais de Dioclétien >, et à Damas '', dans un riche portique (fig. 63) qui, au iV^ siècle, fut incorporé à la basilique de Saint-Jean dont les Arabes firent plus tard la principale mosquée de la ville. On commença dès lors à emplo3'er systématiquement l'arcade sur colonnes, et l'effet décoratif de cette combinaison architectonique parut si heureux aux artistes de la fin du m' siècle qu'ils l'adoptèrent non seulement pour la construction de leurs portiques, comme
on le voit dans l'élégant atrium qui précède le temple de Jupiter, devenu la cathédrale de Spalato, mais encore comme simple motif d'ornementation. Le même palais de Salone en fournit un exemple célèbre dans une arcature aveugle qui orne une des façades et qui est peut-être le plus ancien exemple connu d'un genre de décoration que les artistes du moyen âge se sont approprié, et dont ils ont su tirer le plus heureux parti ".
On ne doit pas s'étonner, dès lors, que l'arcade sur colonnes ait été adoptée par les architectes chrétiens et qu'elle ait joui parmi eux d'une vogue telle qu'on la trouve employée dans les pays mêmes où elle semble inconciliable avec les traditions des constructeurs. Ainsi en Syrie, où l'abondance des pierres résistantes et
Tombeau à Kherhet-Hâss, d'après Vogiié.
r. Gsell, t. II, p. 176, 224, 318 et 334.
2. Basiliques de Porto (Biill. di aicheol. crist., 1886, p. 103) et de Sainte-Symphorose, sur la Voie Tiburtine (Ibid., 1878, p. 79). — Paulin de Noie nous apprend que la basilique de Saint- Félix avait d'abord des piliers et qu'en la reconstruisant il les remplaça par des colonnes (Poein., XXVII, p. 393 ; et XXVIII, p. 200).
3. Les plus anciens exemples qu'on en ait encore signalés se voient sur des médailles d'Asie (Donaldson, Arch. iiumisinat.,ûg. 20, 21,
22, 28, 34 et 37).
4. L'exemple de Kherbet-Hâss (fig 62), que j'emprunte à M. de Vogué (pi. 74), n'est pas des plus anciens, mais il montre bien la transition entre le fronton classique et ceux de Salone ou de Damas.