Diehl, Manuel, p. 106, fig
ÉTUDE DÉTAILLÉE DES BASILIQUES
faciles à débiter en grands échantillons aurait si bien justifié l'usage de l'architrave, les colonnes des basiliques sont presque toujours reliées par des arcades '.
Sauf peut-être en Orient ^, la plupart des colonnes employées dans les temples chrétiens n'ont pas été faites spécialement pour les édifices où on les trouve. Elles proviennent presque toujours de monuments antiques auxquels on les a brutalement arrachées.
En fut-il ainsi dès le temps même de Constantin, on ne peut le dire avec certi-
Fig. 6;.
, 1-ragment d'arc sur colonnes, d'après Vogué.
tude, car des grandes basiliques bâties par ce prince il ne reste que peu de chose. On peut le supposer toutefois, car on ne se faisait pas faute à cette époque de dépouiller les anciens édifices pour orner les monuments nouveaux ', et l'usage d'emprunter à des constructions antérieures une partie des éléments décoratifs dont on avait besoin était assez répandu pour qu'à Rome même le bel arc de triomphe élevé à la gloire de Constantin ait été orné de bas-reliefs arrachés à un arc plus
I. Parmi toutes les basiliques signalées par M. de Vogué, il n'y en a qu'une, celle de Betoursa, dont les colonnes portaient des architraves (Syrie centrale, p. 99, fig. 37). Je citerai en revanche comme ayant des arcades sur colonnes les basiliques d'El-Barah (Ibid., pi. 62), de Kherbet-Hâss (Flnd., pi. 61), de Moudjeleia
(IHcL, p. 98, fig. 36), etc. Mais il est à noter que ces arcades sont parfois évidées dans un ou deux blocs monolithes posés horizontalement.
2. Et peut-être dans quelques-unes des basiliques byzantines de Ravenne.
3. Voir les citations recueillies par Winkelmann, Hist. de l'art, 1. VI, c. cS, p. 499.
COLONNES KT AKCADES 8l
ancien. Quoi qu'il en soit, l'usage de construire des basiliques avec des colonnes d'emprunt se répandit rapidement et, dès la fin du i\' siècle, on le constate dans les églises bâties avec le plus de luxe, comme Saint-Paul-hors-les-murs, dont une partie des colonnes furent prises au mausolée d'Adrien '. Bientôt les édits ordonnant la fermeture des temples païens, en amenant la destruction d'un grand nombre d'édifices, mirent à la disposition des fidèles une quantité de matériaux de choix. Ils s'empressèrent de les employer, si bien que parmi toutes les basiliques de Rome il n'en est peut-être pas une dont les colonnes aient été faites spécialement pour elle.
Ces colonnes de diverses origines présentaient souvent des disparates très marqués, mais peu importait aux constructeurs chrétiens. Ils n'étaient point choqués de mettre côte à côte des colonnes à fût lisse et des colonnes cannelées, des cannelures en spirale et des cannelures rectilignes, d'entremêler des colonnes de marbre, de granit et de porphyre, de marbre blanc et de marbre coloré, de granit gris du genre le plus commun et de granit rose d'Egypte. Ils ne s'inquiétaient même pas de les prendre de même grosseur, ni de même longueur. Ils sciaient celles qui étaient trop longues ou les montaient sur des bases moins élevées ; si, au contraire, elles étaient trop courtes, ils y mettaient une rallonge, ou montaient la base sur un socle de hauteur appropriée, ou intercalaient entre le chapiteau et le somrnier de l'arc un épais coussinet de pierre, comme on en voit dans les basiliques de Ravenne (fig. 13).
Le même mépris de l'uniformité s'observe dans l'emploi des chapiteaux. Les sculpteurs capables d'en exécuter ne disparurent pas tout d'un coup à Rome, ni même dans les provinces \ Mais la facilité que l'on avait de décorer les églises à peu de frais, aux dépens des édifices antiques, était trop tentante, et l'on fit constamment pour les chapiteaux ce qu'on faisait pour les colonnes.
On le fit également pour les rares monuments qui comportent une architrave. L'église Saint-Laurent-hors-les-murs en fournit la preuve et témoigne suffisamment des progrès que faisait peu à peu la corruption du goût (fig. 9).
Cet emploi des matériaux antiques dura longtemps dans les pays, comme l'Italie, où ils étaient en grande abondance. Au début du xii'= siècle encore, on bâtissait des églises comme Saint-Clément à Rome, dont toutes les colonnes proviennent d'édifices romains. En Gaule, où les monuments antiques étaient moins nombreux et moins somptueux, ces pratiques ne purent se continuer aussi longtemps, et l'on commença de bonne heure à employer des piliers, comme supports, au lieu des colonnes qui se faisaient rares. Un autre motif, d'ailleurs, a dû contribuer à développer l'emploi du pilier, c'est un sentiment de prudence inspiré à des constructeurs malhabiles par la difficulté d'assurer l'équilibre des colonnades
1. Severani, De septem Urhis ecchsiis, p. 387. fort beaux chapiteaux. On en a des exemples
2. Même plus tard, les Byzantins et les sculp- encore nombreux en Orient, en Italie et jusque teurs élevés à leur école savaient sculpter de dans certains monuments d'Afrique.
ETUDE DETAILLEE DES BASILiaUES
auxquelles le tassement des maçonneries et ta poussée des arcades taisaient facilement perdre leur aplomb '. Cette préoccupation est bien marquée dans certaines basiliques d'Algérie, comme celle de Tébessa, où derrière chacune des colonnes de la nef se dresse un pilier (fîg. 64), or ce sont ces piliers qui portent les arcades, et non pas les colonnes dont le rôle est purement décoratif ^ Le même sentiment a dû animer les constructeurs de Saint-Démétrius de Salonique (fig. 65), et plus tard
Ruines de la basilique
ceux de Sainte-Marie-in-Cosmedin à Rome (fig. 155), quand ils intercalaient des piliers de distance en distance entre les colonnes, car les dimensions et la forme oblongue de ces piliers indiquent suffisamment qu'ils sont là pour consolider la construction et non pour suppléer à des colonnes que l'on ne pouvait plus se procurer.
I . En effet , la basilique d'Orléansville, qui avait des piliers pour supports, appartient à une date où il était encore facile d'avoir des colonnes. J'en dirai autatit des basiliques de Sainte-Symphorose sur la Voie Nomentane, et de Pamniachius, à Porto (Rossi, Bull, di archeol. cn'st., 1858, p. 103).
2. Même particularité à Morsott (Gsell, Mon. de VAlg., t. II, p. 232). En Syrie, où les bons matériaux ne manquaient pas pour faire des fûts de colonnes, on préfère les piliers toutes les fois que les arcades de la nef ont une grande largeur (ex. à Roueiha et à Kalb-Louzeh, Vogiié, pi. 68 et 122).
84 ÉtIJDE détaillée des BASILiaUES
Beaucoup de basiliques avaient des tribunes au-dessus des bas-côtés '. En ce cas, l'ordonnance de la nef comportait deux ordres de colonnes superposés. Chose remarquable, ce n'étaient point les plus grandes et les plus riches basiliques qui présentaient cette disposition. Ni Saint-Pierre, ni Saint-Paul, ni Sainte-Marie- Majeure, ni Saint-Jean de Latran, ni aucune des églises de premier ordre de l'époque constantinienne, si on excepte celle du Saint-Sépulcre à Jérusalem, n'ont eu des tribunes le long de la nef. On n'en trouve que dans des édifices de second rang et de dimensions assez réduites, comme Saint-Laurent-hors-les-murs (fîg. 9), ou Sainte-Agnès (fîg. 39) à Rome, la basilique d'Orléansville en Algérie, Saint-Démétrius à Salonique (fig. 65), etc.
La plupart des églises de la Gaule, antérieures à l'époque carolingienne, ont dû en être dépourvues. Toutefois je suis porté à croire qu'il y en avait à Saint- Martin de Tours, car on aurait peine autrement à s'expliquer le grand nombre de colonnes que l'on y voyait ^.
Les tribunes ou galeries supérieures des basiliques s'ouvraient toujours sur la nef par des arcades de même largeur que celles du rez-de-chaussée et portées comme elles sur des colonnes de toutes provenances; ces colonnes étaient seulement plus courtes et autant que possible d'un moindre diamètre.
Des dalles de marbre posées de champ formaient parapet entre les colonnes. L'église Saint-Démétrius, à Salonique, en a conservé une suite intéressante
II faut remarquer que les colonnes des tribunes sont toujours reliées par des arcs, même dans les édifices dont les colonnades du rez-de-chaussée sont architravées, comme à Saint-Laurent-hors-les-murs (fig. 9). Il nous reste trop peu d'exemples de tribunes dans les monuments de date très reculée pour qu'on puisse affirmer que ce fut une règle sans exception, mais on ne possède actuellement aucun exemple d'architraves reliant les colonnes de l'étage supérieur d'une basilique.
Si l'on s'en rapporte à un passage de Vitruve > qui a prêté aux interprétations les plus diverses, il semble que les collatéraux de certaines basiliques païennes faisaient retour aux deux extrémités du vaisseau central, ou du moins à une de ces extrémités. Dans les édifices de ce type, les tribunes, s'il y en avait, faisaient également retour sur les petits côtés de la nef. C'est sans doute là ce qu'on nommait chalcidique. On trouve une disposition analogue dans certaines églises chrétiennes, munies de tribunes, mais seulement au bas de la nef, car le côté opposé à l'entrée était toujours occupé par l'abside que l'on ne pouvait masquer. Les basiliques de Sainte-Agnès et de Saint-Laurent-hors-les-murs (fig. 9) à Rome, celle de Sairit- Démétrius à Salonique offrent des exemples bien consentes de chalcidique. Il est probable qu'il y en avait également en Gaule. Le revers du mur de façade de l'église
1. Il en était ainsi déjà dans beaucoup de 2. 'R.del.asteyne, La basilique de Siiint-Marttu
basiliques païennes, notamment celle de Pompéi, de Tours, p. 37. et les basiliques Julia et Ulpia, à Rome. ' 5. Vitruve, 1. V, c. i.