‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 50 sur 377 · Sidoine Apoll., Epist., II · texte numérisé non relu

Sidoine Apoll., Epist., II

.1. Greg. Tur., loco cit.

88 ETUDE DETAILLEE DES BASlLiaUES

Beaucoup d'églises du moyen âge ont la nef séparée de l'abside par un transept, mais cette disposition est presque une anomalie dans les basiliques primitives, car il n'y en a pas d'exemple en Afrique ' ; ceux qu'on remarque en Orient ne semblent pas remonter à une époque très reculée -, et en Italie même, il est très probable que la majorité de ceux qu'on relève dans les basiliques de très ancienne date sont le produit de quelque modification 'du plan primitif'. Néanmoins les deux plus grandes basiliques de Rome, Saint-Pierre (fig. 5) et Saint-Paul-hors-les-murs, (fig. 6) ont eu un transept dès le iV siècle. A l'origine, celui de Saint-Pierre ne dépassait pas l'alignement des bas-côtés ; plus tard, on l'allongea des deux bouts : au sud, pour installer un baptistère ; au nord, pour mettre la basilique en communication avec le mausolée de Théodose. Le transept de Saint-Paul, s'il remonte, comme certains le supposent, à la reconstruction de la basilique sous Valentinien III, serait le plus ancien exemple connu de transept formant saillie au delà des bas-côtés. Mais il a été l'objet de retouches considérables à diverses époques, notamment au xii" siècle, quand le pape Innocent II fit construire le mur longitudinal qui le divise en deux ->.

En Gaule, il semble que les églises munies d'un transept aient été assez communes depuis le vi'= siècle. Grégoire de Tours nous apprend qu'il en existait une à Clermont >, et divers textes hagiographiques en mentionnent à Jumièges ^, à Saint- Germain-des-Prés ", etc.

Autant qu'on en peut juger d'après le peu d'exemples qui nous restent, le transept n'avait ni bas-côtés, ni tribunes ; il avait même hauteur de comble que la nef et communiquait avec elle par un grand arc que l'on appelait l'arc triomphal. Quicherat pensait qu'une tour surmontait le carré formé par l'intersection du transept et de la nef *, mais le petit nombre de textes sur lesquels il appuyait son opinion ne permet pas d'affirmer, comme il le faisait, que cette tour formât lanterne et servît à éclairer cette partie de l'église. La cathédrale de Nantes, en particulier, était surmontée d'une construction qui pouvait fort bien n'être qu'une flèche en charpente '.

On s'est demandé à quel mobile les architectes chrétiens avaient obéi en ajoutant un transept au corps de l'église. Se sont-ils inspirés d'une idée symbolique ? Ont-ils voulu faciliter aux fidèles la vue des cérémonies qui se célébraient autour de l'autel ? Cette dernière hypothèse me paraît la plus vraisemblable, car le transept ne se ren-

1. Gsell, Mon. de VAlg., t. Il, p. 142. — Le 5. La date des transepts de Saint- Jean-deplan cruciforme qu'afïectent quelques basiliques Latran, Sainte-Marie-Majeure, Saint-Pierre-auxalgériennes, comme celle de Guesseria (fig. 70), Liens, Sainte-Croix de Jérusalem, est à tout le n'est pas dû à un transept, mais à la présence de moins fort incertaine.

deux sacristies faisant saillie sur l'alignement 4. Lib. pontif., l.ll, -p. 384.

de la nef (Gsell, II, p- 203). 5. Hist. Franc, 1. II, c. 16.

2. Ainsi le transept de la basilique de Beth- 6. Mabillon, Acta SS. oiâ. S. Bened., saec. II, léem (fig. 3) est généralement considéré comme p. 820.

moins ancien que la nef, et celui de Saint-Démé- 7. Vita S. Droctovei, c. i 5 (Ibid., t. I, p. 252).

trius de Salonique (fig. 18), quel que soit son 8. Mèl. d'archéoL, p. 43 et s.

âge, est sûrement une addition au plan primitif. 9. Fortynat, Carmina, 1. III, n" 5.

contre, à l'origine, que dans des églises importantes, et on ne comprendrait guère, si sa seule raison d'être eût été une idée symbolique, que celle-ci ne se fût pas manifestée dans les petites basiliques aussi bien que dans les grandes.

Il est probable, en revanche, que c'est une idée pieuse qui a fait la vogue des chapelles funéraires en forme de croix à branches égales, qui ont joué un rôle considérable dans le développement de l'architecture byzantine, et dont un des spécimens les mieux conservés se voit à Ravenne, dans l'élégant édicule construit au V siècle pour abriter les restes de Galla Placidia (fig. 119).

Fig. 69.

Grado. Église Santa Maria.

Fig.

Basilique de Guesseria, d'après Gsell.

Le sanctuaire ou presbyteriuin, c'est-à-dire la partie de l'édifice où était placé l'autel, était dessiné en forme d'abside et voûté en cul-de-four '. Le plus souvent l'abside formait une saillie nettement accusée à l'extérieur du mur opposé à l'entrée, mais parfois elle était construite de façon à ne pas déborder au delà de ce mur (fig. 69). Cette disposition était surtout fréquente lorsque l'abside était flanquée de sacristies, ce dont on a de nombreux exemples en Orient et dans l'Afrique française -, et ce qui devait aussi se rencontrer en Occident '. Ces sacristies Çsecretana) s'élevaient ordinairement dans le prolongement des bas-côtés '*, et formaient deux salles disposées symétriquement par rapport à l'abside (fig. 71). L'une servait à conserver les livres et les objets nécessaires au culte, c'était le diaconicum, les clercs s'y réunissaient en attendant le commencement de l'office ^ ;

1 . Je ne crois pas qu'il y ait eu d'exception à cette règle. Tous les chevets carrés retrouvés en Orient ou en Afrique ont dû être garnis intérieurement d'un hémicycle en matériaux légers, qui a disparu avec le temps, mais dont on retrouve généralement les traces avec un peu d'attention : basiliques de Hâss (Vogué, 5)'n'i; centrale, p. loi et pi. 65), d'Orléansville (Gsell, Mon. lie l'Ali;., t. II, p. 137), etc.

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