I. Choisy, L'Ail de hdtir che^ les Byianlins, p
EGLISES A COUPOLE CENTRALE
Fig. 120. — Ravenne. Chapelle funérai d":iprès Rossi.
I de Galla Placidi^
l'influence des églises octogonales auxquelles ce genre de voûtes convenait si bien, et des constructions cruciformes à coupoles centrales, dont la petite chapelle funéraire de Galla Placidia, à Ravenne, offre un charmant spécimen (fig. 120). Le prodigieux effet produit par la coupole de Sainte-Sophie, dominant de sa masse puissante tout le centre du monument et alliant si heureusement l'élégance à la hardiesse, grâce à la ceinture de fenêtres qui en garnit la naissance, s'imposa à l'admiration de tous et décida du sort de ce genre de voûte. La coupole centrale devint dès lors l'élément essentiel de toute église byzantine. Les plans peuvent varier dans le détail ; l'ampleur de la nef, les dimensions de l'abside et des absidioles, l'existence d'un transept, la longueur et la forme dujiarthex, les combinaisons des voûtes servant à couvrir les autres parties du monument, bien des particularités encore, peuvent différencier telle église d'une autre, mais toutes, depuis Sainte-Sophie de Salonique (fig.
121), Saint-Nicolas de Myra, la grande basilique d'Ephèse, etc., qui peuvent remonter à des temps voisins de Justinien, jusqu'aux édifices de très basse époque comme Sainte-Sophie de Trébizonde, toutes ont un air de famille nettement accusé, grâce aux traits suivants dont les architectes ne s'écartent plus :
L'église byzantine dessine un rectangle se rapprochant plus ou moins du carré et qui est divisé en une partie centrale aboutissant à l'abside et en deux collatéraux le plus souvent terminés par deux absidioles. La partie centrale est couverte par une grande coupole portée sur un tambour, c'est-à-dire une
surélévation des murs dans laquelle est percée une suite de fenêtres. Les bas-côtés sont voûtés en berceau ou, plus souvent, divisés en petits compartiments carrés qui reçoivent chacun une voûte d'arêtes ou une petite coupole. Un long narthex, qui déborde parfois sur l'alignement des bas-côtés, couvre la façade.
Malgré le rôle considérable qu'on est généralement d'accord pour prêter à l'art
Salonique. Sainte-Sophie, d'après Millet.
EGLISES BYZANTINES
byzantin dans le développement de notre art occidental, on peut dire que Tinlluence des édifices de ce type sur notre architecture religieuse fut nulle. Toutefois, nous possédons un petit groupe de monuments dont j'aurai à parler plus tard, car ils sont tous de date postérieure à la période qui nous occupe, et dans lesquels l'influence de l'architecture byzantine est manifeste. Seulement ce n'est pas de Sainte- Sophie ou des églises de la même famille qu'ils dérivent directement, c'est de Saint-Vital de Ravenne.
Ce curieux édifice appartient à la famille des monuments octogones dont j'ai parlé plus haut (fig. 122). Huit piliers massifs soutiennent sa coupole centrale ; ils sont reliés par des niches en hémicycle perc-ées chacune de trois arcades portées sur des colonnes. Cette ordonnance se répète aux tribunes qui surmontent les bascôtés. Ces niches sont couvertes par des culs-de-four contrebutant solidement le mur qui porte la coupole centrale.
C'est la même disposition que je signalais tout à l'heure à Sainte -Sophie, et que l'on trouve quelques années auparavant dans l'église Saint-Sergeet-Saint-Bacchus. Saint-Vital fut commencée par l'évêque Ecclesius (526-534) grâce à la munificence d'un riche banquier nommé Julien. L'édifice n'était pas achevé quand Ravenne fut conquise par les armées byzantines, en 540. Justinien pourvut à son achèvement et à la splendide parure de mosaïques qui en est aujourd'hui encore un des principaux attraits (fig. 123). Saint- Vital fut terminée et consacrée en 547, dix ans par conséquent après Sainte-Sophie. Aussi les deux édifices offrent-ils une foule de ressemblances dans le détail de la décoration, dans le style des ornements sculptés, dans l'emploi des placages de marbre et des mosaïques. Ravenne, depuis le règne de Justinien jusqu'à la destruction de l'Exarchat par les Lombards, en 752, fut la capitale des possessions byzantines en Italie. Il est donc naturel qu'elle se soit imprégnée de l'influence byzantine plus qu'aucune autre ville de la péninsule. Conquise par les Francs en 754, elle exerça sur eux la même fascination qu'ils auraient pu éprouver en contemplant les richesses
— Ravenne. Saint-Vit.il, d'après Isabelle.
EGLISES A COUPOLE CENTRALE
des églises de Constantinople ou de Salonique. Elle devint la propriété du Saint- Siège en vertu de la fameuse donation de Pépin qui fut l'origine du pouvoir temporel des papes, mais ses monuments continuèrent à s'imposer à l'admiration des
— Ravenne. Saint-VitaL
Francs. Nous verrons Charlemagne y prendre le modèle du plus somptueux édifice qu'il ait fait bâtir. Nul doute que l'école de Ravenne n'ait contribué, plus qu'aucune des écoles orientales, à faire pénétrer en Gaule les influences byzantines. Mais encore une fois, ces influences ont joué un rôle infiniment moins important dans la construction que dans la décoration de nos monuments.