‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 102 sur 120 · Pignot, I. p · texte numérisé non relu

Pignot, I. p

pect sans égal à Rome, ainsi qu'à la cour des rois de France et d'Allemagne. Il reçut dans son monastère la visite de l'empereur Henri II, et refusa, malgré les instances du pape Jean XVIII, rarchevêché de Lyon. En 1031 arriva une famine dont Raoul Glaber nous a tracé un effrayant tableau * : pour satisfaire les affamés, Odilon épuisa les provisions de Cluny, vida les greniers, vendit les ornements de l'église, jusqu'à la couronne impériale, présent de l'empereur Henri II, et sa charité ne s'arrêta pas là : il parcourut villages et monastères, sollicitant comtes et évêques, et les engageant à se dépouiller pour subvenir aux besoins des malheureux.

Il est bien certain qu'Odilon ne resta pas étranger au mouvement de reconstruction des églises qui signala les premières années du onzième siècle ^ : il y employa même tout son zèle et mit les églises par leur nombre, leur étendue, leur splendeur, en rapport avec la grandeur toujours croissante de la congrégation çlunisienne : à Qluny, il laissa intacte l'église élevée par i&»CBtm et Odxm, mais il renouvela complètement les orhements et enrichit le trésor de la sacristie. L'accroissement de la communauté Tobligoa vers la fin de sa vie à reconstruire une partie des bâtiments conventuels : il fit venir de Provence, pour soutenir les arceaux du cloître, des colonnes de marbre, et se glorifiait de cet ouvrage en disant qu'il avait trouvé le cloître de bois et qu'il le laissait de marbre. D'ailleurs, si le dédain de la beauté littéraire ou artistique n'existait plus à Cluny comme au temps d'Odon, la vertu n'y était pas moins pratiquée, et, parmi les disciples d'Odilon, plus d'un réalisa l'idéal de la perfection monastique : quels plus illustres exemples peut-on citer que Hugues de Semur, le plus grand des abbés de Cluny, celui qui porta la gloire

1. Raoul Glaber» Hx^ioxrez, liv. IV, ch. iv. — Pignot, I, p. .384. •2. Pignot, I, p. 421.

de Cluny à son apogée, et leTnomelfTiitebranct, qtrrTlevnit Grégoire VII.

Saint Hugues était tout jeune quand il prit, en 1049, possession du siège abbatial qu'il devait conserver pendant soixante ans. Le pape Damase II étant mort, Tempereur Henri III offrit la tiare à Brunon, évêque de Toul, qui devint Léon IX; c'était peu de jours après Télection de Hugues. Léon IX se rendant à Rome passa par Cluny où il fut reçu avec les témoignages du plus profond respect : mais Fabbc -^^ Hugues et- le moine Hildebrand qui se trouvait alors dans

le- monastère en qualité de prieur, l'avertirent du danger d'accepter le pontificat d'une main laïque, et l'engagèrent à soumettre son élection aux cardinaux : ^ews deux accompagnèrent à Rome le pape dont l'élection fut ratifiée d'une

voix unanime par le clergé et par le peuple. Un des pre-

miers actes de Léon IX fut de s'attacher Hildebrand qu'il nomma cardinal.

Si, comme dit l'historien des premiers siècles de l'ordre de Cluny*, Odon fut avant tout un réformateur austère, Odilon, un moine pieux qui s'efforça de rapprocher par la création de la fête des Morts les fidèles vivants de ceux qui les ont précédés dans la tombe, Hugues joua dans l'histoire un rôle plus important : d'une part, il fut un des plus rudes défenseurs de la liberté du saint-siège, un dee instigateurs -de la lutte entre le sacerdoce et l'empire ; d'autre part, il donna son organisation définitive à l'ordre de Cluny, et constitua une sorte de monarchie monastique dont le passé n'avait pas encore offert d'exemple. C'est sur ce monachisme français qui porta la vie chrétienne à sa plus haute perfection que Léon IX chercha à s'appuyer, et Cluny ne lui marchanda pas son obéissance.

En 1051, sur les instantes prières de l'empereur, saint Hugues se rendit à Cologne pour servir de parrain au futur

t. PigQOt, II, p. 11.

Henri IV ; vingt-cinq ans plus tard, se passait au château de Canossa, appartenant à la grande comtesse Mathilde, cette scène mémorable où Tabbé de Cluny essaya d'amener son filleul frappé d'excommunication à faire amende honorable aux pieds de Grégoire VII : plus qu'aucun autre, saint Hugues avait été jugé capable d'adoucir le cœur du monarque, et il ne tint pas à lui de n'y point parvenir.

Pendant tout son pontificat, Grégoire correspondit avec Hugues et lui confia ses tristesses : il lui demandait quelques-uns de ses disciples pour l'aider dans le gouvernement de l'Église, et l'abbé, avec un dévouement qui ne se démentit jamais, lui envoyait ses amis les plus chers, Pierre de Saleme et le grand-prieur de Cluny Odon de Lagery, qui s'appela plus tard Urbain II. Aussi quel beau témoignage de reconnaissance le grand pape rendit au monastère dans le concile tenu à Rome en 1077 : « Parmi tous les menas- » tères situés au delà des monts, brille au premier rang » celui de Cluny, placé sous la protection du saint-siège. » Il est parvenu, sous ses saints abbés, à un degré si élevé » d'honneur et de religion, qu'il surpasse, sans contredit, » par la ferveur avec laquelle on y sert Dieu, tous les » autres, sans en excepter les plus anciens; de sorte » qu'aucun, dans cette partie du monde chrétien, ne peut » lui être comparé. Jusqu'à ce jour, tous ses abbés ont été » élevés aux honneurs de la sainteté. Nul d'entre eux, nul » d'entre leurs moines, fils soumis de l'Église romaine, n'a » dégénéré de son origine et fléchi le genou devant Baal ; )) mais, toujours fidèles à la liberté et à la dignité qu'ils » tiennent de l'Église depuis l'origine du monastère, ils ont » noblement soutenu son autorité et ne veulent être soumis » à d'autre puissance qu'à celle de saint Pierre. » *

La puissance de Cluny, comblé de privilèges par ce pontife reconnaissant, grandissait toujours. Cependant, à Cluny

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