Ms. de Ph. Bouché, p
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On ne s'accorde pas sur les dimensions exactes de ce narthex qui était éclairé par 22 fenêtres en plein cintre : il mesurait à peu près 110 pieds en longueur, 80 en largeur, et les voûtes étaient montées à 70 pieds de hauteur environ* (Mabillon dit 118, chiffre évidemment exagéré).
Au fond du narthex se présentait la façade primitive de
Téglise de saint Hugues, percée au rez-de-chaussée d'une
*>f ^' '-' ' -' porte monumentale : à gauche de cette portai il existait, avant
1770, époque où le carrelage du narthex -fut remplacé par des dalles, un autel, « depuis longtemps abandonné et dont l'usage primitif est même resté incertain. C'était une simple table de pierre, échancrée sur les bords, longue de 4 pieds environ sur 2 pieds et demi de large, et placée sur un massif de maçonnerie haut de 3 pieds et demi. »^ Le peuple l'honorait d'un culte superstitieux, et elle était connue sous le nom de table de saint Criard.
En face du portail du narthex, on en voyait un autre qui donnait entrée dans l'église : la porte était à deux battants, en bois, couverte de peintures à demi effacées par le temps; elle avait 6 m. 70 de hauteur sur environ 5 mètres de largeur. Les jambages, garnis de feuillages sculptés, étaient à plusieurs ressauts correspondant aux archivoltes en plein cintre qui encadraient le tympan de la porte ; dans les encoignures formées par ces ressauts se logeaient de chaque côté quatre colonnes : les trois plus rapprochées de la baie, à droite et à gauche, étaient monolithes. Le fût de la première était sculpté en réseau, celui de la seconde en spirale, celui de la troisième était chargé de roses placées dans des cannelures qui régnaient dans toute la longueur
1. Voir pour les dimensions de l'église de Cluny : la, Vie de sainl Hugues, abbé de Cluny (1024-1109), par le R. P. dom A. L'Uuillier, Solesmes, 1888, gr. in-8«, p. G29 et suiv. -— Ms. de Ph. Bouché, p. 103-104; — Lorain, 1'* édit., p. 78-79. Voir aussi les mesures données par Mabillon dans le fragment que nous avons reproduit plus haut.
i, Penjon, 2* éd., p. 82-83.
de la colonne ; la quatrième était unie, composée de trois morceaux à droite, et de deux à gauche. Tous les chapiteaux de ces colonnes étaient à feuillages, excepté celui de la première à gauche où étaient sculptées cinq figures. ^
Le linteau de la porte était fait d'une seule pierre épaisse de 14 pouces, haute de 3 pieds, droite et unie à sa partie inférieure, et soutenue vers les pieds droits par deux consoles d'un pied et demi de saillie. Le linteau était orné de 23 figures : le sculpteur avait probablement voulu, comme 1 ^^» - ^^'^^ v 'f r à Moissac, représenter les 24 vieillards de l'Apocalypse. , ç? 1 ' ^ ^ -V'V
Au-dessus on voyait le tympan, haut d'environ 9 pieds, au centre duquel était sculptée, dans une gloire en forme d'amande, la figure du Père Éternel tenant de la main gauche le Livre de vie, et levant la droite pour bénir; à droite et à gauche étaient les figures symboliques des ' quatre Évangélistes et celles de quatre- anges portés sur 'j. des nuages. Toutes ces sculptures avaient un relief consi- *" dérable.
« Au niveau des jambages de la porte s'élève un cintre (première voussure) d'un demi-pied de saillie qui forme le contour de la grande niche (le tympan) : la face de cette voussure sur 9 pouces de largeur est chargée de roses placées dans un enfoncement entre deux mouchettes larges d'un pouce.
» On y voit un second cintre (deuxième voussure) parallèle au premier, qui s'élève du niveau de la première colonne et de l'arrière-corps de la deuxième; la face de celui-ci est décorée de quinze arcades en manière de niches ^, dont chacune renferme la figure d'un ange, toutes les faces i tournées du côté du-Père Étemel [représenté dans la niche du milieu].
» Un troisième cintre (troisième voussure), parallèle aux
1. c Cinq figures de mauvais goût », écrit Ph. Bouché (p. 107 du ms.) Toute rornementatioa de ce portail parait être purement romane, et doit appartenir au commencement du douzième siècle.
deux premiers, tire sa naissance du niveau de la seconde colonne et de Tarrière-corps de la troisième : sa surface est ornée de feuillages. Au-dessus de ce troisième, règne un quatrième cintre (quatrième voussure) appuyé sur la troisième colonne et sur Tarrière-corps de la quatrième, chargé sur sa face de vingt-cinq médaillons reliés entre eux par un cordon orné à droite et à gauche d'une rose ; chaque médaillon est orné d'une tête sculptée en relief, tête de saint probablement, mais qu'il est difficile d'identifier à cause du manque complet d'attributs. La quatrième voussure est suivie d'une cinquième, unie, qui naît de la quatrième colonne, et enfin une dernière archivolte vient encadrer l'ensemble.
» On voit une plate-bande large d'environ un pied et demi tirée en ligne droite sur la largeur du vestibule : elle est placée immédiatement sur le grand cintre et descend perpendiculairement de chaque côté jusqu'à sa naissance ; cette plate-bande est chargée de roses et de figures d'animaux monstrueux placés alternativement.
» Sur le cadre qui règne entre la plate-bande et le grand cintre du portail, on voit de chaque côté deux statues en relief hautes d'environ 4 pieds et demi, elles paraissent exprimer quatre des saints apôtres.
» Deux pieds au-dessus de la plate-bande et au même niveau règne un cordon gothique soutenu par seize arcades d'environ un demi-pied de saillie. Entre le cordon et un autre parallèle placé au dessus, on voit neuf niches séparées entre elles, chacune par un pilastre haut d'environ 5 pieds ; les pilastres sont cannelés et les chapiteaux gothi-» ques; huit niches, quatre de chaque côté, sont ornées chacune de la figure d'un abbé en plate peinture*; la
1. Ces peintures représentaient probablement huit abbés de Cluny : or, Pierre
le Vénérable ayant été le neuvième abbé, il est vraisemblable que ces peintures
n'étaient pas antérieures à la date de 1122, année dans laquelle Pierre succéda
à Hugues II. Toute cette façade parait bien d'ailleurs appartenir à la première
Q'i'. *' ' -moitié du douzième siècle.
niche du centre sert de fenêtre pour éclairer la chapelle de Saint-Michel, dont nous parlerons bientôt.
» Du dernier cordon jusqu'à la voûte du vestibule, on ne voit plus rien de remarquable; le mur y est percé de quatre fenêtres inutiles, dont trois sont sur le même alignement, et la quatrième touche presque à la hauteur de la voûte. »*
Par la porte que nous venons de décrire on entrait dans la grande église, « le coup d'œil y est magnifique : de cette entrée jusqu'à l'enfoncement de la chapelle placée à l'extrémité de Féglise, on compte 415 pieds 10 pouces 2. Immédiatement au-dessus du portail, on voit une chapelle dédiée à saint Michel dont le sanctuaire s'avance sur la grande nef par une saillie prononcée. Cette chapelle a 18 pieds d'enfoncement, y compris les 6 pieds qui forment rétendue du cul-de-lampe, où l'on voit l'autel tourné en matin, les douze autres pieds représentent l'épaisseur du mur ou plutôt du massif formé par le portail ; le cul-delampe commence par une passe étroite ornée d'un feuillage gothique, et s'élève en s'élargissant insensiblement jusqu'à la saillie de 6 pieds ; il est percé sur la grande nef par cinq étroites fenêtres à plein cintre placées entre des pilastres cannelés, soutenus et couronnés par un cordon* La voûte du sanctuaire supporté par le cul-de-lampe est en
1. Cette description, ainsi qa'une partie de celle qai va suivre, est empruntée presque littéralement au ms. de Philibert Bouché : il est bon de se mettre en gardé contre certains termes impropres employés par cet auteur ; particulièrement, le mot gothique n'a pas pour lui le sens précis quMl a aujourd'hui en archéologie : ainsi Ph. Bouché écrit : (p. 70 du ms.) Téglise abbatiale a peut passer pour un chefd'œuvre du dixième siècle son ancienneté sert d'excuse à la décomposition de
son architecture; le goût gothique y règne partout... > Gothique, au dix-huitième siècle, cela signifiait : ancien, grossier, barbare, et désignait tout aussi bien leâ productions de l'époque romane que celles qui ont suivi.
On peut constater par cette description que la vue intérieure du porche dé Cluny donnée dans V Architecture monastique de Lenoir, et qui n'est que la rcpro-^ duction d'un dessin de la Un du dix-huitième siècle, est infiniment plus exacte que la vue dessinée par VioUet-le-Duc dans son Dictionn&ire d'architecture,
2. Les mesures données par Mabillon pour l'église proprement dite sont de 410 pieds pour la longueur et de 120 pour la largeur.
cul-de-four, et le reste de la chapelle dont la voûte est partagée en trois bonnets carrés (compartiments voûtés d'arêtes), est" éclairée au midi et au nord par une fenêtre plus considérable que celles qui ouvrent sur la nef, et elle a vue sur le narthex par Touverture dont il a été question plus haut.
» On monte à la chapelle de Saint-Michel, à droite et à gauche, par un escalier tournant dérobé dans le gros du mur : le degré est large de 3 pieds, composé de 70 marches hautes de 8 pouces; à droite et à gauche, ces escaliers communiquent sur les voûtes des eoUatéraux et sur les toits : le degré placé sur la gauche de la chapelle de Saint- Michel a 49 marches de plus que Tautre et conduit sur les voûtes de la grande nef et jusqu'aux toits. » ^
La grande nef, flanquée à droite et à gauche d'un double collatéral, est coupée dans sa longfueur par deux transepts, dont le plus petit est le plus rapproché de l'abside. Le grand transept est chargé vers Tune et vers l'autre de ses extrémités d'un clocher ; « celui qui est au midi est nommé dans la communauté le clocher de VEau bénite (il subsiste encore), et celui qui regarde le nord est connu sous le nom de clocher des Bisans; à la croisée du premier transept on en voit un autre qui, par rapport à sa situation, est nommé le clocher du Chœur. Â la croisée du second transept, immédiatement au-dessus du sanctuaire est placé le clocher des Lampes,^
1. Le 8 mai 1810, sur les six heures du soir, après un travail assidu de neuf journées, cette façade, attaquée par la mine, s*écroula tout entière, entraînant dans sa ruine et la chapelle de Saint-Michel et deux travées du vestibule. Un contemporain (Bouché) prétend que les débris amoncelés de cette seule partie de l'église équivalaient à environ 640 mètres cubes de moellons, sans compter les pierres de taille. (Note do Penjon,)
2. Nous avons vu que l'abbé Jean de Bourbon lit refaire la charpente de la toiture de ces quatre clochers et les recouvrit d^ardoises.
Les 24. 25 et 20 novembre 1703, le citoyen Colas a ôté par ordre de la municipalité les croix de dessus ces quatre clochers. (Note de Ph. Bouché.)
» L*église est percée de 301 vitraux *. De Tentrée de la^ grande nef au chœur, il y a 204 pieds 4 pouces ; du chœur au sanctuaire, 116 pieds et demi de longueur, la largeur du déambulatoire est de 17 pieds, et la profondeur des chapelles rayonnantes est de 13 pieds; ainsi la longueur de l'église de 415 pieds 10 pouces, qui, joints aux 100 pieds qui forment retendue du vestibule -^j donnent à Tensemble de cette église la longueur de 515 pieds 10 pouces.
» La largeur de la nef est de 3 1 pieds 4 pouces ; celle du premier collatéral est de 15 pieds 3 pouces, et celle du second de 12 pieds. Le diamètre des piliers qui soutiennent les voûtes est de 7 pieds et demi ; les colonnes avec leurs arrière-corps placés contre les flancs de Téglise ont un pied et demi de saillie de chaque côté; ainsi la largeur de réglise et de 118 pieds 10 pouces.
» Le premier transept a 54 pieds 4 pouces d'enfoncement de chaque côté sur la largeur de 26 pieds 3 pouces. Le second transept a de chaque côté 14 pieds et 1 pouce d'enfoncement sur 31 pieds de largeur.
» La voûte de la grande nef est un berceau, et celles des collatéraux sont en bonnet carré. L'architecture est gothique dans le même goût à peu de chose près que celle du vestibule. La hauteur des voûtes de la nef est de 92 pieds 3, celle du clocher du chœur est de 109 pieds; celles des
1. Le 28 messidor an VI, qui est le 16 juillet 1798, Louis Colas, couvreur et entrepreneur, avec un maçon, ont commencé à jeter à terre tous, les vitraux de cette église dont les murs mesurent dans les dernières fenêtres touchant les toits..,- • 7 pieds d'épaisseur, et les fenêtres 3 pieds 3 pouces de large. (Note de Ph. Bouché.)