‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 114 sur 120 · Nous citons ici les chiffres de Ph. Bouché · texte numérisé non relu

Nous citons ici les chiffres de Ph. Bouché

3. En prairial de Tan IX — juin 1801 — les acquéreurs de Tabbaye de Cluny ont fait procéder par deux maçons étrangers à la démolition de deux bonnets (ce qui signifie la partie de voûte couvrant deux travées) de la grande voûte de l'abbaye, qui sont entre le troisième et le cinquième pilier ; ils ont été arrêtés dans leur opération par un ordre des consuls de la République, signé Bonaparte, qui a été signifié au citoyen Gcnillon, conducteur de ladite démolition, par les oiHoiers municipaux de ladite commune do Cluny, ce qui a fait cesser ladite démolition. L*ou estime que si Ton était obligé de rétablir les deux bonnets dont

autres clochers ne sont pas autant élevées, mais il s*en manque peu de chose . ^

» La voûte du premier collatéral a environ 55 pieds de hauteur, et celle du second environ 30 ^. Les voûtes de ce vaste édifice sont soutenues par 60 piliers^, et sur les flancs de Téglise, les arcades (arcs doubleaux) des voûtes du second collatéral sont portées chacune par une colonne avec les arrière-corps saillante de deux tiers hors de la masse; les arrière-corps sont adossés et mordent sur le massif qui termine et ferme de chaque côté la longueur de cet' auguste temple.

» Les premiers autels que Ton voit dans cette église sont placés de front et appuyés chacun contre un pilier dans le sixième rang. Le premier sur la droite est celui du Rosaire; le deuxième celui de saint Marcel. Le premier sur la gauche est celui des cinq abbés (saint Hugues, saint Mayeul, saint Benoit, saint Odile et saint Ode) ^, dont les statues vêtues du froc monastique sont placées chacune dans une niche gothique, coupée horizontalement sous les pieds et au-dessus de la tête; la chapelle ou plutôt Tautel qui lui fait face, et dont nous venons de parler sous le nom du Rosaire, est aussi ornée de cinq niches dans le

la démolition a duré 3 jours et demi, elle coûterait plus do 1 0,000 fraacs. Cette opération qui a commencé le lundi s'est passée deux semaines avant le l*' messidor an IX. (Note de Bouché.)

f. Toutes les cloches de ces diCTérents clochers ont été enlevées, hors une appelée la cloche du Chapitre, qui se trouve dans le clocher de TEau bénite, au commencement du mois d'octobre 1793, et conduites à Mâcon pour être converties en canons pour le service de la République. (Note de Ph. B.)

2. Le 21 prairial de Tan VU, qui est le 8 juin 1709 de Tore vulgaire, on a commencé à découvrir et à ôter les bois de ce second collatéral du côté de bise dans toute sa longueur. (Note de Ph. B.)

3. Les cinq premiers rangs de piliers, c'est-à-dire 20, sur 4 de front, ont Uni d'être démolis le 24 juin 1800, jour de la Saint- Jean-Baptiste, fête actuellement renvoyée au dimanche. (Note de Ph. B.)

4. La chapelle des cinq abbés et celle du Rosaire ont été détruites le 29 novembre 1793 par le détachement de l'armée révolutionnaire de Paris, composé de cent hommes et cent hommes de la commune de M&con, ainsi que toutes les autres chapelles de cette église, confessionnaux, chaire à prêcher, tombeaux et autres décorations de l'église. (Noie de Ph. B.)

même goût; les trois niches du centre sont vides, la plus voisine de la nef couvre Timage de la Vierge en sculpture, et la cinquième niche vers le premier collatéral renferme la statue de sainte Barbe : le premier autel sur la gauche est sous le vocable de saint Antoine ermite.

» Vis-à-vis ces chapelles, sur la droite, on voit une porte qui donne entrée à un vestibule où Ton enterre les religieux : au matin de ce vestibule on trouve deux portes, la première qui est en entrant donne accès à une cour servant à éclairer la chapelle de la Congrégation ^ ; la seconde, qui est dans le fond, donne entrée à cette chapelle bâtie par les soins du H. P. dom Dathoze, prieur claustral de Tabbaye. Dans le fond de la chapelle et en bise est une petite sacristie à son usage ; son autel est sous le vocable de rimmaculée Conception de Marie mère de Dieu.

» Au milieu de cette chapelle on voit la tombe de son fondateur, où est gravée son épitaphe, faite par le R. P. dom Lemoine, qui Ta remplacé dans la charge de prieur claustral de ladite abbaye.

» Au neuvième rang des piliers de Téglise, on voit quatre autres autels placés dans le même ordre que les premiers. Le premier sur la droite est Tautel de saint Thomas de Cantorbéry, le second est celui de sainte Ursule; l'autel de la descente de la Croix est le premier sur la gauche, celui do saint Sébastien est le second du même côté. » ^

Le plan donné par Mabillon indique une porte dans le mur de l'église à la seconde travée à droite ; le plan de

1. Cette chapoUo a été découverte et les bois enlevés le 1*' prairial de Tan VII, qui se trouve le 20 mai 1799 de l'ère vulgaire, do sorte que les pluies en feront bientôt tomber la voûte, et cet édifice ne sera bientôt plus qu'une masure ainsi que Tabbaye. (Note de Ph. B.) Cette chapelle existe encore et sert aujourd'hui d'amphithéâtre de chimie.

2. La place do ces derniers autels a du reste varié plusieurs fois ; ils fixaient la limite du chœur, et suivant que le nombre des moines obligeait à étendre ov à restreindre l'espace qui leur était réservé, ces autels étaient éloignés ou rapprochés du grand transept. (Note de Penjon). -^ Voir aussi le ms. de Bouché» p. 118.

1790 repousse cette porte à la quatrième travée : la porte de la seconde travée fut sans doute fermée au moment où l'on ouvrait celle de la quatrième*, lors des travaux de reconstruction des bâtiments do Tabbaye entrepris au dixhuitième siècle par dom Dathoze.

La porte percée dans le mur de la septième travée du

même côté s'appelait la porte de Galilée ; dans le plan de

Mabillon elle est appelée « petite porte du grand cloître. »

Cette porte, murée, subsiste encore : on peut en voir le

cL.' — y^i cadre, avec les ''colonnes romanes qui cantonnaient ses

pieds droits, dans l'enfoncement d'une armoire dir laboratoire ^ée-ehimi^

Dans le mur de fond du grand transept, à droite, on voyait une grande porte, désignée dans le plan de Mabillon sous le nom de « porte du grand cloître. » C'est la porte qui donne encore aujourd'hui entrée dans le croisillon méridional du grand transept, seul débris important qui subsiste de Tancienne construction romane.

Le mur de la dernière travée avant le petit transept, au midi, était percé d'une porte que Mabillon appelle « porte du cloître de Notre-Dame du cimetière. » Ce passage, supprimé dans les transformations opérées au dix-huitième siècle, n'est pas marqué dans le plan de 1790; mais l'arceau roman de l'ancienne porte existe encore.

La porte de la sacristie, qui a dû être pratiquée au dernier siècle, est percée au fond de l'absidiole de la chapelle Saint-Léger dans le croisillon méridional du petit transept, tout à côté de la chapelle Bourbon ; cette partie existe encore aujourd'hui.

Dans le côté gauche de l'église, c'est-à-dire au nord, une seule porte, dite des Allemands^ percée dans le mur de la huitième travée, faisait communiquer l'église avec les jardins de l'abbaye. Tout le long de la grande nef, de chaque côté.

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1. Celte porte a élé appliquée, en 1803, sur laTaçade de règliee de Saint- Marcel.

au-dessus des grandes arcades, régnaient deux rangs de petites arcades, différant de celles du narthex par leur nombre et leur disposition. Les trois arcades du rang inférieur étaient portées par de petits pilastres, les trois supérieures par des colonnes. (Lorain.)

« La chaire à prêcher, qui est en sculpture, est placée dans la nef contre le septième pilier à gauche.

» Les deux roses placées à côté de la porte d'entrée du vestibule (narthex) dans la grande nef désignent les degrés qui montent à la chapelle de Saint-Michel.

» Au dixième rang de piliers * qui règne immédiatement à rentrée du chœur fermé par un grillage, on voit contre chaque pilier une figure de bois en sculpture. Ces statues sont peu au-dessus de la hauteur naturelle, placées chacune sur un piédestal en menuiserie ; elles représentent quatre abbés de Gluny qu'on peut distinguer par leurs attributs ou .par leurs armoiries. La première sur la droite représente saint Mayeul : la tiare est placée à ses pieds; Técusson placé comme aux autres au-dessus de la tête donne ses armoiries ; il porte d'or au lion de gueules couronné de même.

» Saint Hugues est le second du même côté ; il tient Tabbaye en petit sur sa main droite ; ses armes sont d'argent à trois bandes de gueules.

» Saint Ode est présenté sous la première figure du côté gauche; il tient un livre, et porte écartelé d'argent et de gueules.

)> Saint Odile n'a d'autre attribut que la crosse, et on ne le voit point ici chargé de ses flammes qui le caractérisent auteur de la Commémoration des Morts..., l'écuest italien dans les armoiries de ces quatre abbés. ^

1. Ces piliers étaient montés sur plan cruciforme : ils avalent sept pieds et demi de diamètre ; ils étaient entourés de colonnes engagées sur trois côtés, et vers la nef d'un pilastre cannelé, comme à Paray-le-Monial.

2. Ces quatre statues ont été détruites le 28 novembre 1793 par le détachement de Tarmée révolutionnaire de Paris et de Mâcon. (Note de Ph. B.)

» Dans le fond du premier transept (croisillon septentrional), on voit la chapelle de Saint- Vital (dans le plan de Mabillon : sacellum S. Orientii) dans une voûte qui forme un demi oul-de-four au matin, et taillé en bonnet carré (voûte d'ogives) du côté du soir. Cette chapelle est fermée par un grillage en fer haut de 13 pieds, travaillé en ornement à la moderne, qui peut passer pour un morceau achevé. ' » Dans ce croisillon, toujours au matin, on voit deux autres voûtes en demi cul-de-four; la dernière, qui renferme la chapelle de Saint-Benoît*, est décorée d'une coquille en plâtre de la largeur de la voûte ; la plus voisine du collatéral renferme un autel sous le vocable de sainte Madeleine. Ces deux dernières chapelles sont fermées par un grillage en fer de bon goût, à hauteur d'appui. ^

» Dans le second transept, au fond du croisillon septentrional, on voit la chapelle de Sainte- Agathe, dont la voûté est en octave en albâtre plâtrée et lustrée : elle tire sa naissance d'une corniche dorique. Le fond de cette voûte est un cordon aussi en albâtre d'environ 4 pouces de saillie, orné de palmes et de feuilles de chêne, chargé de quatre agrafes placées à distance égale, qui paraissent se lier à la voûte...

1. Le môme jour (^8 nov. 1793), la statue représentant saint Benoit, qui était dans cette chapelle, a été décapitée par ledit détachement de l'armée révolutionnaire. (Note de Ph. B.)

Derrière cette chapelle on voyait anciennement le tombeau de Pcrnctte de France (sœur de saint Louis), ÛUe do Louis VIII et de Blanche de Castille. Fornette avait suivi son frère à l'expédition de la Terre-Sainte. L'an 124â, elle fut mariée avec noble Hugues Guichard surnommé d'Hauteville, marquis de Tarento. qui ftit tué dans Tcxpédition de Tunis, l'an 1 270. Après sa mort, Pernette se retira à Ciuny où elle vécut 17 ans, c'est-à-dire qu'elle y décéda en l'an t'286, et fut enterrée dans l'église de l'abbaye près l'autel de saint Benoit, où l'on voyait son tombeau fait do pierre carrée de la longueur d'environ deux pieds et autant de largeur, entourée pour ornement des lys de France. (Note de Ph. B.)

L'épitaphe de Pernette, conservée par Bouché, a été imprimée par Pcnjon, 2« éd., p. 89.

2. Toutes les grilles de l'église furent enlevées au mois de février 1794, pour servir, dit-on, à la fabrication dos armes. On estimait leur poids total à plus de 11,000 kilog. de fer. (Note de Penjon.)

Cette chapelle est fennée par un grillage en fer fort simple à hauteur d'appui.

» C'est ici que devait être placé le superbe mausolée du cardinal de Bouillon. Les décorations de la voûte dont nous venons de parler sont les seuls restes d'un monument que sa magnificence aurait rendu durable, si les ordres de Louis XIV n'eussent empêché son élévation *

» Au matin du même croisillon, il y a deux autres chapelles, celle de Saint-Nicolas et celle de Saint-Martin. La première est voûtée en cul-de-four, et l'autre en bonnet carré 2 ; ces trois chapelles sont fermées par un grillage en fer fort simple à hauteur d'appui.

» Le premier collatéral^ est continué au delà du second transept par une galerie ou déambulatoire qui fait le tour du chœur et sur laquelle s'ouvrent cinq chapelles rayonnantes voûtées par des culs-de-four. (Nous avons déjà vu que la largeur de ce déambulatoire était de 17 pieds.) La première des chapelles rayonnantes, en partant du Nord, est sous l'invocation des saints Nazaire et Celse, la seconde sous l'invocation de saint Vincent, la troisième sous le vocable de saint André, la quatrième de saint Clément et la cinquième sous celui de saint Jacques, apôtre ; le retable des cinq autels est en menuiserie de l'ordre corinthien relevé par des couleurs qui imitent le marbre. Toutes ces chapelles sont fermées par un grillage de fer à hauteur d'appui.

») Le sanctuaire est fermé par un grillage de fer gothi-

1. Voir, p. 123 et suivantes, dans le ms. de Ph. Bouché, la description de ce tombeau.

2. La désignation employée par Ph. Bouché de voûte c en bonnet carré » nou» laisse dans l'incertitude. Est-ce une voûte d'arête? Est-ce une voûte sur croisée d'ogives? La position du contrefort telle qu'elle est indiquée dans le plan de MabiUon, nous ferait plutôt croire à une croisée d'ogives établie au quinzième siècle.

3. Le deuxième collatéral est prolongé jusqu'au .second transept, mais ne le traverse point.

que ', couronné par une corniche simple en bois, chargée de pointes destinées à soutenir les cierges lors des fêtes où Ton place la couronne. Ce grillage règne derrière une colonnade composée de huit colonnes placées à distances égales, disposées en demi-cercle, et mises sur le niveau des piliers qui soutiennent Téglise; les colonnes, comme toute l'architecture de ce temple magnifique, expriment le goût gothique; elles servent de support à une voûte en cul-defour un peu moins élevée que la voûte de la grande nef; elle est décorée de plusieurs figures en plate peinture : celle du centre, renfermée dans un ovale, imite le Père Éternel, et les autres, placées à la circonférence, expriment le symbole des quatre Évangélistes et des chœurs qui forment la cour céleste. ^

» Dans le croisillon méridional du grand transept, la chapelle la plus rapprochée de la porte du cloître est sous le vocable de -saint Etienne. La voûte est un cul-de-four qui tire sa naissance d'un cordon d'un demi-pied de saillie ; le retable de l'autel est dans l'ordre corinthien, en menuiserie, peint en marbre. Cette chapelle est fermée, comme celles dont nous venons de parler, par un grillage en fer à hauteur d'appui.

» A côté et au nord de la chapelle de Saint-Etienne, on voit celle de Saint-Martial, évêque et confesseur, aussi tournée en matin ". Cette chapelle est infiniment plus déli-

1. Ce grillage, ainsi que tous ceux qui se trouvaient dans l'église, ont été enlevés par les ordres du district de M&con dans le courant de février 1791. Bernard Cottitier, nommé commissaire à cet effet, m*a assuré qu*on en avait sorti 22 milliers de fer, non compris des petits morceaux qui ne peuvent servir à, la fabrication des armes à quoi on les destine. (Note de Ph. B.)

2. Voir dans Alexandre Lenoir, Musée des Monuments français, Paris, 1804. 8 vol. in-8*; t. II, p. 6-19, et planches j7 et 58 (peinture de la coupole et tombeau de saint Hugues.)

3. Dans cette chapelle est enterré Claude de Vallerot de Bassillon, mort le 25 juillet 1605, moine de Ciuny, qui donna pour le grand autel son calice et sa patène d'argent doré, ses burettes d'argent, sa chasuble de taffetas, son étolo et un beau missel. (Note de Ph. B.)

cate que toutes les autres de Téglise, et le bon goût de son architecture la fait aisément reconnaitre pour une pièce faite après coup ^ ; on y monte par quatre degrés d'une pierre noire qui a Tœil du marbre ; le fond est taillé à pans fort légers. La voûte du côté de matin est taillée en six branches déliées et évidées, et du côté de soir en bonnet allongé sur les côtés de la chapelle ; cette voûte tire sa naissance de huit piliers aussi délicats et dans le même goût que les branches de la voûte; les piliers sont embrassés dans le mur, et Tintervalle qui règne de l'un à l'autre est rempli par un vitrail percé et ajouré en rose à son extrémité ; trois de ces vitraux sont fermés et enduits et ne servent que pour l'agrément de la symétrie. L'autel est aussi dans l'ordre corinthien et peint en marbre. ^

» Dans le croisillon méridional du petit transept, on voit deux chapelles tournées au matin : la première est ornée d'une menuiserie fort propre, peinte en marbre ; elle est sous le vocable de saint Denis. La voûte de cette chapelle est un bonnet à cordon (croisée d'ogives) orné d'une clef chargée d'un agneau avec sa croix.

» La seconde chapelle est aussi décorée d'une boiserie fort simple sans couverture, la voûte est un cul-de-four, et l'autel est sous le vocable de saint Léger. Ces chapelles sont fermées, comme les autres, par un grillage de fer à hauteur d'appui.

» Au fond de ce croisillon, dans l'endroit où était placé jadis l'autel de Saint-Eutrope, on voit une porte qui donne entrée dans la chapelle do Bourbon, ouvrage digne de la magnificence de Jean de Bourbon, abbé de Cluny, son fondateur,

1. La chapelle de Saint-Martial fut construite sous l'abbé Pierre II de Chastelluz, qui gouverna Cluny do l'année 13*22 à 13U. {Bibliotheca Clnniacenais, col. IG71.)

2. Voir plus loin une description plus détaillée do ce croisillon encore à peu près intact. Nous n'avons pas voulu interrompre la description générale en insistant davantage ici sur cotte partie do l'église dont la construction appartient à la période romane.

qui la fit construire de pierres d'appareil et couvrir d'ardoises^, et ordonna que dans cette chapelle on dresserait deux autels, le premier consacré à la bienheureuse Vierge Mère de Dieu, à saint Jean-Baptiste, aux apôtres et à saint Paul admis à l'apostolat après la glorieuse ascension de Jésus-Christ; et l'autre en l'honneur de saint Eutrope.

» La nef de cette chapelle a environ 29 pieds de longueur sur la largeur de 14 pieds et demi; la voûte est fermée par deux bonnets enrichis de branches ; d'une extrémité de la voûte on voit régner jusqu'à l'autre une bande qui la partage par le milieu. Le sanctuaire est à trois pans et a environ 7 pieds d'enfoncement. La voûte est continuée sur le niveau de celle de la nef et taillée à trois pans comme le sanctuaire, ornée de deux cordons dans le goût des arcs doubleaux et des arêtiers ; ils tirent leur naissance d'un imposte embelli de feuillages gothiques peints au naturel. ^

1. Nous rappelons que Jean de Bourbon fut abbé de Cluny dans la seconde moitié du quinzième siècle, de 1456-1485.

2. Nous avons, à la Bibliothèque nationale, sous le n* 6099 des mss. français, Nouv. acquisitions, faisant partie des papiers de Guilhcrmy — description des localités — les notes que cet archéologue rédigea après la visite qu'il fit à Cluny les mercredi 18 et jeudi 19 octobre 1854. Voici ce qui concerne la chapelle Bourbon : c Nous avons encore à décrire la chapelle de Bourbon, construite en 1456 par Jean de Bourbon, abbé de Cluny, petit édifice bien conservé, du stylo lo plus gracieux du quinzième siècle. Elle se détache en majeure partie du second transept do la grande église. Appareil très soigné ; contreforts solides ; deux petites travées et une abside à trois pans. Fenêtres ogivales au sud et à l'abside, découpées en belles fleurs de lys et autres compartiments. Il n'existe ni contreforts ni fenêtres au nord, parce que de ce côté la chapelle touchait à l'église. Un mur plein ù. l'ouest ; la porte, nous l'avons dit, s'ouvre au nord. Voûte à nervures prismatiques croisées; arcs doubleaux de môme forme; épine d'un bout de la voûte à l'autre. Ces détails paraissent un pou volumineux pour la proportion des autres parties. Les retombées reposent sur des consoles feuillagées très belles.

Clefs de voûte : 1* écusson de gueules, à la bordure engrôléo d'or; une main tenant une épée d'or, qui est devenue noire, et une autre main tenant une crosse d'or; 2* écusson fleurdelysé, traversé d'une barre, et surmonté d'une crosse d'or ; n* écusson aux armes de l'abbaye, de gueules à deux clefs d'or en sautoir, avec une épée de même en pal.

Sol pavé en carreaux blancs et en petits losanges rouges.

La chapelle était environnée de quinze statues qui ont disparu, deux à l'occident, cinq de chaque côté, trois au fond de l'abside. Il reste les culs-de-lampc qui les supportaient et les dais qui leur servaient d'abris. Chaque dais, orné de lobes, pignions, etc., se termine par un clocheton assez élevé. Chaque cul-de-lampe est

» A la hauteur de 7 pieds et demi, règne autour de la chapelle un cordon d'environ un demi-pied de saillie ; immédiatement au-dessous du cordon naissent à distances égales quinze bustes de vieillards, tirés d'une pierre blanche où la sculpture parait avoir épuisé sa délicatesse. Ces figures représentent Timage du juste Simon, du patriarche Jacob et des prophètes, toutes ornées d'une légende gothique : la première derrière Tautel du côté du midi est consacrée à saint Siméon, celle du centre au prophète Jérémie, la troisième à Zacharie, la quatrième à Jacob, et dans le même ordre on voit celles de David, de Johel, d'Amos, de Malachie, de Daniel, de Baruch, de Sophonas, de Micheas, d'Osée, de Zacharias et d'Isaias. Chaque buste sert de base à une niche haute de 6 pieds dont la largeur est détermi-

sculpté d'une figure de prophète, peinte, tenant une banderolle, et dont le nom se lit à côté du personnage. Les noms des statues sont aussi restés gravés sur la pierre. Tous ces noms sont en lettres gothiques.

V Figure au nord : le personnage n'a plus de tête. A côté de lui MaUchie; flur le socle au-dessus Malachie propheta. Sur la banderolle : ...eponet. dominus. omnes. iniquîtates. ves... Nom de la statue : Baint Symon.

^* : personnage barbu, la tète nuo. A côté, Amos, Sur le socle Amos propheta. Sur la banderolle : qui. hedificat. ascensionem, suam. in. ce... Nom de la statue : aaint Thomas.

3* : le personnage est décapité. La banderolle est cassée, et le texte biblique s'en est allé aussi. A côté lohel; le socle supérieur est mutilé. Nom de lastiatue : saint Berthomieu.

4* : beau personnage, barbu, couronné en tête. A côté : David. Pas do nom sur le socle supérieur. Sur la banderolle : DominuB. dixit. ad, me. filiits. meus. es. tu. ego. hodie. genui. te. Nom de la statue : saint Andrieu.

ô* : personnage barbu, coiffé d'étolTe. A côté lacob. Sur la banderolle : Non

sep Juda. Nom de la statue ; saint Paul.

6* : personnage barbu, la tête nue. A côté, Zacharie. Sur la banderolle : Et. tu nom de la statue : saint Jehan-Baptiste.

7* : c'est la place d'honneur au fond de l'abside. Personnage barbu, coiffé d'une étoffe qui forme turban. A côté Simeon. — Je n'ai rien pu lire sur la banderolle. Pas de nom pour la statue qui, sans doute, représentait le Christ. Au-dessous du cul-do- lampe, petite porte ou armoire en accolade.

8* : personnage barbu, la tète nue. A côté, Iheremie. Sur la banderolle : Patrem Nom de la statue : saint Pierre. Au-dessous, dans le mur, une charmante piscine; un bassin sur console feuillagée; dais à penditifs; clocheton trc» élevé.

9* : personnage presque détruit. A côté Ysalas. Nom do la statue : saint Jacques le Mineur.

10* : personnage barbu, tète nue. A côté Zacharias (pour la deuxième fois. Le

née à droite et à gauche par un pilastre gothique. A la hauteur des niches règne un cordon parallèle et semblable au premier, qui tient Timposte au couronnement des niches. Chaque couronnement est une masse à quatre pans, taillée et ajourée en ornements gothiques fort délicats, dont le contour est terminé par sept clefs pendantes alternativement plus petites ; les couronnements sont élevés jusqu'à la hauteur des voûtes en autant de pyramides hexagones dont les arêtes sont embellies de feuillages : toutes les niches sont vides et c'est la raison qui a fait soupçonner à plusieurs personnes que la richesse des statues qu'elles renfermaient en avait occasionné le vol, mais il est fort aisé de détruire cette erreur en recourant à la Bibliothèque do Cluniy où l'on voit que ces statues furent faites en pierre * . Cepen-

prophète?) Sur la banderolle : Aspicient. in. me. quem. confixerunt. Nom de la Btatuo : saint Jehan eva*. Ici se trouve la porte en accolade de la sacristie.

1t* : personnage barbu, coifTô d'étolTo. A côté : Osée. Sur la banderolle : o mora. ero. mors. tua. et, morsuB Nom de la statue : saint Jacques maie^.

12* : personnage barbu, coifTé d'une toque. A côté : Midieas. Sur la banderolle : vocabunt. omnes. nomen, domini. et. serviet Nom de la statue : saint Philippes.

1 3* : personnage barbu coifTé d'un chapeau. A côté : Sophonias ; sur la banderolle : accedam. ad. vos. in. iudicium. Nom de la statue : saint Mathieu. Au mur occidental :

14* : personnage imberbe, ridé, encapuchonné comme un moine. A côté : Ezechiel. Sur la banderolle : Evigilabunt. alii. ad. vitam. alii. ad. mort... Nom de la statue : «aint Mathias. '

15* : personnage barbu, coilTé d'une toque. A côté Daniet. Sur la banderolle : Educam. vos. de. sepulcris. Nom de la statue : saint Judes.

La porte de la sacristie ouvre entre les consoles 10 et 11. Deux travées de voûtes ; nervures prismatiques croisées, retombant sur des consoles à feuillages. Au mur occidental, une cheminée simple, sur le manteau de laquelle est l'écusson aux trois fleurs de lys traversé d'une barre; ces armoiries ont été mutilées. Un contrefort renferme le tuyau de la cheminée. Une petite ouverture cintrée, pratiquée obliquement à travers le mur, permet de voir de la sacristie ce qui se passe dans l'abside. »

1. Cf. fii6tiot/ieca CluniacensiSt col. 1678 et 599 : «... Item reparari fecit bassas voltas eiusdem Ecclesi» Ciuniacensis, in qua speciosam capellam integraliter a fundamentis construxit in ea parte ecclesiaa ubi erat prius parva capcUa in honorem S. Eutropii constructa. Quam capellam ex quadratis lapldibus voluit esse constructam, et desuper tegulis ardesi» dccenter coopertam. Kt in eadem ordlnavit Ûeri duo altaria, maius scilicet in honorem Christifene Virginis, beati Joannis Baptistœ. et tredecim Apostolorum commemorato beato Paulo, post

dant, il est certain que Ton ignore ce que ces statues sont devenues. *

» La chapelle est éclairée par cinq vitraux, ornés chacun dans le milieu d'une branche qui les sépare du haut en bas et sert de support à une découpure taillée en festons gothiques ; la beauté des figures peintes sur les vitres est ici un légitime sujet de regrets sur la perte irréparable qu'ont fait les siècles passés de peindre sur le verre. Au-dessus de la porte d'entrée on voit une soupente en menuiserie sculptée qui supporte un quart de jeu d'orgue que le R. P. dom Lorain, prieur claustral de ladite abbaye, y a fait construire il y a environ douze ans.

» Au midi de la chapelle de Bourbon, on a consacré celle de Saint-Eutrope qui lui est adossée ; on n'y voit plus que la table de l'autel, et elle ne sert aujourd'hui qu'à la préparation des pains destinés au saint sacrifice.

» Dans le fond de la chapelle de Bourbon on voit le reliquaire qui en remplit toute la largeur : il est haut d'environ neuf pieds ; il est riche, mais le plus grand nombre des reliques, lors des dévastations faites au château de Lourdon où l'on avait transporté le trésor de l'abbaye, furent dépouillées de leurs châsses par le sire de Puisaye, intendant du duc d'Alençon, frère de Charles IX et de Henri III : Gabriel Filloux, procureur d'office de l'abbaye, favorisa Puisaye et lui laissa prendre en 1577 Lourdon, où après être entré avec sa troupe sacrilège, plus avides d'or que

ascensionem Christi in cœlum in Apostolatu assumplo : quorum imagines insculpi fecit in lapidibus congruentibus,quibussupponuntur imagines justi Simeonis, patriarchsD Jacob, et Prophetarum, conformiter ad dicta conscripta in rotulis earumdcm imaginum. Secundo vero altare in honorem S. Eutropii, in cujus rotulo hic Virgilianus inscribitur versus :

I Semper honos, nomenque tuum, laudesque manebunt. i , .

1. Cette chapelle n'a éprouvé aucun dommage par le détachement de Parmée révolutionnaire. Le 29 novembre 1793, à onze heures du matin, j'y entrai avec trois ofOciers du détachement de Mâcon : sur l'observation que je leur ils que lo tableau du maître autel de cette chapelle était excellent, Bargoau, commandant le détachement, l'envoya à la maison commune. (Note de Ph. Bouché.)

de reliques, laissèrent heureusement ces précieux ossements que Ton conserve aujourd'hui avec vénération. On donna une nouvelle châsse aux reliques conservant une légende en écriture ancienne ; quant à celles qui demeurèrent sans nom, on les plaça dans un reliquaire en bois qui fut placé sous le grand autel de Fabbaye en 1732, lorsque le R. P. dom Alard, prieur claustral, fit revêtir en marbre ledit autel. » * A droite de la porte par où Ton passe de Téglise dans la sacristie, on lisait une inscription du dix-huitième siècle, écrite en gros caractères, et que Philibert Bouché a transcrite à la page 164 de son manuscrit. On y lit que le pape Gélase II et vingt-six abbés de Cluny, sans compter d'autres prélats et grands personnages, furent enterrés dans la grande église, commencée par saint Hugues ; que le narthex fut élevé par Tabbé Rolland, le réfectoire sous saint Hugues, le cloître sous Ponce de Melgueil.

Le chœur ^ de la grande église est orné d'un maître autel « dans le goût romain, élevé sur quatre marches de marbre noir coupées sur les quatre angles en quart de cercle ; la plate-forme qui règne devant l'autel est un parquet de marbre noir et blanc; aux quatre angles du maître autel, contre les quatre piliers qui en sont les plus voisins, on voit une crédence adossée, toutes quatre dans l'ordre dorique; construites, comme le grand autel, d'albâtre et d'un marbre dont la plus grande partie est tirée d'un coteau appelé à la a ^ CrOy situé au nord et à environ huit à neuf cents pas de la ville ; ce marbre tire sur le rouge pâle ; il est parfaitement onde en nuance ; l'albâtre est tiré de Berzé-la- Ville, et le marbre noir de Pradines. ^

1. On s'est servi des piédestaux et pilastres dli mausolée de la maisoh de Bouillon pour faire cet autel, ainsi que les crédenccs qui se trouvent des deux côtés. (Note de Ph. B.) .

w*'/.' */• "^ '- '^'•'*' ^ 2. Au milieu du chœur^ il y avait deux jubés (Lorain)/ ,</ j' • -'' '^'^-t 3' Ces quatre crédences, ainsi que le maître autel, ini été démolis dans les

premiers jours de pluviôse an VIII, qui répondent au 21 janvier et aux jours suivants de Tan 1800 de l'ère vulgaire^ pour en avoir les marbres. (Note de Ph. B.)

» La portion du sanctuaire qui s'étend depuis le grand autel jusqu'au chœur, était, il y a vingt ans, une mosaïque ^ travaillée en roses, en étoiles, en échiquiers, exprimés avec beaucoup de délicatesse. Le pupitre où Ton chante Tévangile est placé au milieu et à rentrée du sanctuaire.

)> De la mosaïque à Tautel matutinal, ce qui achève de donner retendue du sanctuaire, régnait un parquet à compartiments formés par des losanges de marbre noir et blanc qui a été remplacé par des cadettes, comme on Ta vu plus haut. .

» L'autel matutinal, connu sous le nom (Vautel de Saint- Hugues, est aussi dans le goût romain, construit de marbres semblables à ceux du grand autel; au-dessus du gradin s'élève une attique soutenue par deux consoles de marbre dont le centre est un cadre de même terminé par une corniche qui sert de base à un couronnement en fer, où l'art parait avoir épuisé la délicatesse et réuni tout ce que le bon goût a de plus riche en ornements nouveaux, rocailles et traits, de fantaisie : on voit dans ce morceau tout ce qui peut faire naître l'étonnement et l'admiration des connaisseurs en ce genre. L'habileté de l'ouvrier ^ est exprimée avec tant de beauté que cet ouvrage doit être regardé comme son chefd'œuvre; il est haut d'environ six pieds; du centre s'élève une crosse à la hauteur de 13 pieds et demi, qui soutient une couronne d'argent enrichie de pierres précieuses, sous

1. Un nommé dom Chamoux» natif de Màcon, prieur claustral de ladite abbaye^ a fait défaire il y a environ vingt ans cette superbe mosaïque, et l'a fait remplaceif par tout le sanctuaire et même dans toute l'étendue du chœur qui était carrelé et en mauvais état par des cadettes blanches et noires d'un pied en carré, les blau'» ches sont do pierre des environs de la ville, les noires sont tirées du village de

Tramayes En janvier 1800, les cadettes ont été enlevées et retaillées en une

autre forme pour être envoyées au citoyen GuiUemardet, de Chalon, l'un des acqué* reurs de ladite abbaye. (Note de Ph. B.)

2. Cet ouvrage a été fait par Jean Julien, surnommé frère Placide, religieux bénédictin, très habile serrurier, frère lai encore existant. (Note do Ph. B.) C'est le frère Placide qui a forgé les rampes d'escalier et les balcons dos bâtiments construits par dom Dathoze. (Voir dans Penjon, 2* éd., la note sur le frère Placide^ p. 117.)

laquelle on voit la figure du Saint-Esprit, chargé d'une boite aussi d'argent où l'on conservée les hosties consacrées; cette figure, mue par des machines cachées dans le vide de la crosse, parait descendre d'elle-même lorsque chaque mois l'on renouvelle l'hostie sacrée.

» Aux deux extrémités de la corniche, on voit à droite et à gauche de la crosse un adorateur, chargés chacun d'une corne d'abondance qui exprime d'une manière symbolique l'image du pain et du vin ; de l'une naît une vigne, et l'on voit sortir de l'autre une gerbe de blé dont les épis sont entrelacés sous des pampres autour de la crosse ; le tombeau de saint Hugues est derrière cet autel.*

» Le chœur n'a rien de remarquable que les formes en sculpture que dom Lorain, prieur claustral de ladite abbaye, a fait poser dans le courant de Tannée 1781. Elles sont dans le goût de celles de l'église cathédrale de la ville de Chartres, et font infiniment d'honneur par la légèreté du travail au talent et aux connaissances du sieur Kucque, sculpteur de la ville de Chalon-sur-Saône, qui en a donné le dessin, et qui a présidé à leur construction. 2

» Auparavant que l'on eût fait construire ces nouvelles formes, le chœur de cette église était décoré de tapisseries qui, quoique fort anciennes, paraissent extrêmement riches par la beauté de leurs figures ^ ; les teintures les plus élevées

1. Tout le grillage, ainsi que Tautel, a été cassé et brisé par le détachement do Tarmée révolutionnaire, le 28 novembre 1793, sur les trois heures du soir, et le frère Placide qui s'était donné beaucoup de peine à le construire, a vécu assez pour voir en bien peu de temps détruire un ouvrage qui lui avait coûté bien des années de travail. (Note de Ph. B.)

2. Elles ont coût^ 40,000 francs, non compris les bois; elles ont été vendues par la nation en ventôse an VIII (décembre 1790) aux citoyens Gelin, marchand épicier, à Paul Martin, ci-devant curé do Bray, actuellement marchand de faïence, à Bruys aîné, marchand boucher, demeurant tous à Cluny, au prix de 2,000 francs. Klies ont été démontées et enlevées on janvier 1800, et portées dans les magasins du sieur Pèlerin. (Note de Ph-. B.) Voir : Léopold Nicpce, Archéologie lyonnaise, I, (les Stalles et le» Boiseriesde Cluny à, la cathédrale de Lyon) ; Lyon, 1881 , gr. in-8*.

3. Il n'existe plus dans cette église aucune de ces tapisseries ; nombre do religieux m'ont assuré qu'ils ne savaient pas ce qu'elles étaient devenues. (Note de Ph. B.)

expriment partout avec beaucoup de délicatesse les miracles de la passion et de la résurrection de l'Homme-Dieu. Celles qui étaient placées au-dessous de ces premières et qui régnaient suivant Tétendue des anciennes formes donnaient un tableau des événements les plus remarquables sous le règne de plusieurs abbés.

» Sur les flancs du chœur, au-dessus des formes, et visà-vis les premiers collatéraux, on voyait de chaque côté une tribune élevée en manière de dôme soutenu par quatre piliers (ambons) ; aux jours de fêtes solennelles on y chantait d'un côté l'épître, et de Tautre l'évangile : ces tribunes ont été détruites lorsque Ton a posé les nouvelles formes. » *

Nous en avons fini avec la description intérieure de l'église : en sortant par la grande porte du narthex pour examiner l'extérieur 2, on se trouvait devant la façade que nous avons déjà décrite. Après avoir contourné la tour des archives au nord, on longeait le mur du narthex dont l'élévation se présentait en quatre parties ; au rez-de-chaussée le mur collatéral divisé par quatre contreforts en cinq travées éclairées chacune par une assez grande fenêtre en plein cintre; au-dessus était le toit en appentis recouvrant la voûte du collatéral ; de ce toit émergeaient des arcs-boutants qui allaient contrebuter la voûte de la nef. Au-dessus de la toiture des collatéraux on voyait le mur de la nef, percé de grandes fenêtres en plein cintre, et enfin la toiture en tuiles creuses.

L'église proprement dite, ayant nef et doubles collatéraux, présentait dans son élévation latérale six zones : au

1. Le 30 novembre 1793, sur les trois heures du soir, on a brûlé sur la place du Merle, toutes les statues représentant le Christ, les saints, saintes et autres monuments en bois qui servaient de décoration à l'église de Tabbaye. (Note de Ph. Bouché.)

2. Pour la description extérieure de l'église abbatiale, nous n'avons à notre disposition que les dessins de Martellange, de Mabillon, etc., et le modèle en relief fait alors que l'église subsistait encore en grande partie, et qui donne une idée exacte des proportions et de l'aspect général du monument. Ce modèle est exposé dans une salle du musée de la ville de Cluny.

rez-de-chaussée, le mur du second collatéral, percé de fenêtres en plein cintre, excepté à la huitième travée où s'ouvrait la porte dite des Allemands^ accusait la division intérieure en travées, par des contreforts d'une très forte saillie, évidés chacun par une ouverture en plein cintre, pratiquée dans le sens de la longueur de l'église. La deuxième zone était représentée par la toiture en appentis du deuxième collatéral; on apercevait au dessus le mur du premier collatéral, percé également d'une fenêtre dans l'axe de chaque travée, surmonté d'une seconde toiture en appentis. Les massifs de maçonnerie* qui allaient contrebuter la grande voûte de la nef sortaient de ce toit. Le mur de la nef était percé pour chaque travée de trois grandes fenêtres en plein cintre, séparées l'une de l'autre par des bandes verticales (bandes lombardes) montant jusque sous la^toi^ lure-où elle^^ étaient reliées les unes aux autres par un« ewie^^'arôatures on plein cinlr^î forment corniche. La voûte de la nef était couverte par une toiture en tuiles creuses, à deux rampants, posée directement sur les reins de la voûte. Le croisillon septentrional du grand transept qui faisait une saillie très accentuée était surmonté du clocher octo-

1. Ces ma'ï'^ifa de maçonnerie «Uaicnt très probablement contemporains de la reconstruction de la nef par Pierre le Vénérable, après l'accident survenu en 1123 : c'étaient des contreforts jouant à peu près le rôle d'arcs-boutants, mais ce n'étaient pas de vrais arcs-boutanls. L'évidement pratiqué dans ces contreforts avait pour objet de décharger les doubloau:^ intérieurs d'un poids considérable, et l'amortis- 1 sèment des baies ainsi faites était un plein cintre complet : c'est au moins ce

qu'on peut constater dans le dessin donné par Mabillon, où le contraste avec les arcs-boutants de la grande voûte du narthex se fait nettement sentir. D'ailleurs, si l'arc-boutant tel qu'il fut employé au treizième siècle n'était pas encore découvert, par combien de systèmes et de progrès successifs ne s'en était-on pas approché dès la première moitié du douzième siècle ? Un des plus curieux exemples à. citer pour la Bourgogne est celui do l'église de l'abbaye cistercienne de Fontcnay (Côte-d'Or), (cf. Viollet-lc-Duc, t. I, p. 179), consacrée par le pape Eugène III en 1147. La grande voûte do la nef, en berceau brisé, déjà contrebatée par les berceaux transversaux qui couvrent les bas-côtés, est encore puissamment maintenue par des arcs de décharge, véritables arcs-boutants, élevés sur les arcsf (loubleaux des bas-côtés. Il faut dire que le plan en relief exposé au musée de la

* ' '"' *' ville do Cluny ne concorde pas pour les détails ci-dessus avec les dessins de

M«iliillnn : il indique de véritables arcs-boutants.

gonal des Bisam; la chapelle de Saint-Orient ou de Saint- Vital était construite hors œuvre au nord. Au-dessus de la toiture de cette chapelle se dressait le mur du croisillon percé de deux étages de fenêtres en plein cintre, surmontés d'un oculus. A l'orient, au rez-de-chaussée, s'arrondissaient les chevets des chapelles de Saint-Benoît et de Sainte-Marie- Madeleine, et puis, après avoir longé le mur des deux dernières travées du second collatéral, on contournait le croisillon septentrional du petit transept, à la face nord duquel on remarquait l'absidiole ronde de la chapelle de Sainte- Agathe ; à l'orient celle de Saint-Nicolas faisait également une saillie semi-circulaire.

On arrivait ensuite à la chapelle Saint-Martin placée dans l'axe du second collatéral : cette chapelle n'était certainement pas contemporaine de la construction de saint Hugues. On suivait alors le contour du déambulatoire sur le mur duquel les cinq absidioles rayonnantes faisaient saillie.

Le clocher des Lampes sortait de la croisée du petit transept ; celui du Chœur s'élevait au centre du grand transept, et le clocher de VEau- Bénite qui surmonte actuellement le croisillon méridional du grand transept, faisait pendant au clocher des Bisans que nous avons signalé tout à l'heure ; un cinquième clocher, de proportions moindres, construit hors œuvre à l'extrémité du croisillon méridional du grand transept, existe encore : c'est le clocher de Y Horloge. La toiture de l'église abbatiale était dominée encore par les tours des Barabans, placées en avant du narthex et couvertes par des pavillons très courts, à quatre pans. Les quatre grands clochers du Chœur, de l'Eau-Bénite, des Bisans et des Lampes avaient été restaurés et couverts en ardoises par l'abbé Jean de Bourbon dans la seconde moitié du quinzième siècle.*

1. Jean de Bourbon fut abbé de 1456-148Ô; la Chronique de Cluny, imprlméo

dans la BiblioUieca Cluniacensis, nous dit : c Item rcparari feclt, et do novo

coopcriri, tam in lignis, quam in tcgulis ardcsiœ ex Britannia per flunien Ligeris

Revenons maintenant pour les examiner avec plus de soin, aux seules parties échappées à la ruine de ce magnifique édifice : nous voulonB parler des parties romanes, du croisillon méridional* du grand transept, car nous avons assez insisté sur la chapelle de Bourbon.

Il reste actuellement des parties de mur des quatre dernières travées du deuxième collatéral au midi, avant le grand transept : ces parties sont enclavées dans les laboratoires de rÉcole normale; outre le croisillon méridional du grand transept on a conservé encore l'extrémité méridionale du petit transept, où Ton voit la chapelle bâtie par Jean de Bourbon dans la seconde moitié du quinzième siècle, et le charmant petit réduit qui l'accompagne.

Quand on entre dans le croisillon méridional du grand

transept par la porte qui ouvre sur le grand cloitre construit au dix-huitième siècle par dom Dathoze, on est frappé d'abord de la hauteur considérable à laquelle la voûte est portée 2. Ce croisillon servait tout dernièrement encore de

usqae ad portum de Digoyn traduclis, quatuor majora pinnacula sacri monasterii CluDlacensis (col. 1678etsuiv.)

Nous voyons aussi dans la môme chronique (col. 1676), que Tabbô Kudes II de

la Perrière, prédécesseur immédiat de Jean de Bourbon, c fecit pinnaculum

cum magnis campanis bcatjs Marisa Magdalonœ » A quel clocher cette mention

s*applique>t-ellc? Serait-ce le clocher des Bisans, appelé aussi do Sainte>Cathe> rine, qui était construit au devant de la chapelle de sainte Marie- Madeleine ?

Quant à la tour qui fut remaniée dans le second quart du quatorzième siècle par Tabbé Pierre II de Chastellux, c'est évidemment un des deux Barabans :

« Item augmentavit turrim tympanorum grossorum muro et coopertura, et

dicta tympana ibidem reponi fecit • (col. 1671). L'autre Baraban fut pelaH' un

siècle plus tard par Eudes de la Perrière.

1. Lorsqu'on démolit, de 1811 à 1823, les parties voisines de ce croisillon, celui-ci, exposé aux intempéries, béant du côté nord, ouvert également à Test et à l'ouest par les arcades du deuxième collatéral, fut lui-môme menacé de ruine. On se décida enfin à murer toutes ces ouvertures, c En 1866, lors de la fondation de l'Ecole, il a fallu refaire avec du ciment la base des piliers et des colonnes, rongée par l'humidité, et une sorte de dallage, pour remplacer les anciennes dalles disparues. » (Penjon, p. 76.)

2. Notes de M. de Guilhermy, octobre 1854, — Bibl. nat. mss. fr. 6099, nouv. acquis. — : a L'intérieur du croisillon conservé du premier transept est admirable. Hauteur prodigieuse : environ tOO pieds sous voûte; le clocher qui le domine en a 1 00 autres. Trois travées en longueur : la première et la troisième voûtées en

chapelle à TÉcole normale de Cluny : il se compose de trois travées. La plus rapprochée des nefs était traversée par le deuxième collatéral. La travée sur laquelle vient s'ouvrir la chapelle Saint-Etienne est voûtée en berceau brisé perpendiculaire à l'axe de l'église : elle communique avec la travée intermédiaire au-dessus de laquelle s'élève le clocher de l'Eau-Bénite, par une grande arcade doublée, en cintre brisé, dont les retombées sont soutenues par des colonnes engagées ^ Le dessous du clocher est voûté par une magnifique coupole octogonale sur trompes en cul-de-four dont la hauteur au-dessus du dallage est de 32 mètres 20. Une grande arcade en cintre brisé, doublée, donne accès dans la travée traversée par le collatéral et voûtée en berceau brisé. Deux chapelles ouvrent dans ce croisillon : l'une, celle de Saint-

berceau d'ogives, avec arcs-doubleaux de même forme; à la travée intermédiaire^ sous la tour, une coupole octogone avec une ouverture circulaire à son sommet. L'octogone est obtenu au moyen de quatre arcs jetés sur les angles de la travée, auxquels ils se relient par de petites voûtes en cul-de-four. Plusieurs rangs de fenêtres en plein cintre accompagnées de colonncttes; chapiteaux de style roman, à feuillages, avec quelques figures d'hommes et d'animaux. Les colonnes qui soutiennent les arcs-doubleaux sont d'une hauteur énorme ; chapiteaux corinthiens, dont un présente aussi quelques animaux. La travée qui touchait à la partie centrale du transept, est décorée d'un premier rang de baies aveugles, avec pilastres corinthiens cannelés, et d'un second rang de baies dont quelques-unes sont ouvertes, ces dernières accompagnées de colonnes. Archivoltes en plein cintre sculptées d'oves et de billettos.

» Deux arcs en ogive, aujourd'hui murés, communiquaient avec le collatéral do la nef et avec celui du chevet. Les deux chapelles, placées à l'est, ouvrent par des arcs en ogive. L'absidiole a trois fenêtres en plein cintre et une voûte en culde-four. L'autre chapelle, construite à une époque avancée du quatorzième siècle, se compose de deux petites travées et d'une abside à trois pans ; colonnettes, chapiteaux feuillages, voûte d'arête. Dans cette chapelle, porte d'un escalier; deux larges niches en ogive, dont l'une, au sud, a peut-être servi de piscine; l'autre aurait pu contenir quelque monument. Au nord, armoire double, en pierre, avec une élégante arcature.

» Sol dallé ; aucune indication de sépulture; trois marches à une chapelle, quatre à l'autre ; six vers la travée qui se rapproche du centre de l'ancien transept. Cette architecture est d'un effet grandiose, d'un caractère surprenant d'énergie et de fierté. Les détails d'ornementation, quelle que soit leur valeur, disparaissent dans la majesté de l'ensemble, i

i. Ces colonnes, montées d'un seul jet, ont des -chapiteaux à feuillages; un seul chapiteau porte des animaux fantastiques, c'est celai qui sépare la chapelle Sainl- Étienne de la chapelle Saint-Martial.

Martial, communique avec la travée voûtée en coupole ; l'autre, celle de Saint-Etienne, est la plus rapprochée du cloitre.

La chapelle de Saint-Martial, à chevet polygonal, construite dans le second quart du quatorzième siècle ^, était une des plus belles : elle est aujourd'hui très mutilée. La voûte primitive, établie sur croisées d'ogives, s'étant écroulée, on l'a remplacée par cette voûte d'arôtes dont parle M. de Guilhermy. Huit colonnettes délicatement ornées supportaient les nervures de la voûte et donnaient naissance à sept formerets en tiers point. Trois grandes fenêtres à remplage gothique éclairent cette chapelle.

On y remarquait aussi des sépultures. « C'était d'abord, dans le mur à gauche, celle de son fondateur, Pierre de Chastellux, abbé de 1322-1343, mort en 1350 évêque de

Valence Il s'était signalé par ses libéralités envers le

monastère, dont il avait d'abord payé les dettes; il avait ensuite donné à l'église une merveilleuse horloge à personnages, des statues précieuses et deux grosses cloches pour les tours des Barabans. C'est lui qui avait acheté le palais des Thermes, à Paris, où Jean de Bourbon, un siècle plus tard, devait faire commencer l'hôtel de Cluny.

» Au milieu de la chapelle s'élevait le mausolée de Jacques d'Amboise (1460-1510), et de Geoffroy d'Amboise, son neveu, également abbé de Cluny. Tout auprès étaient le tombeau de Gabriel et de Joachim de Saint-Blain, le premier doyen, l'autre aumônier de l'abbaye, à la fin du seizième siècle, et de Claude de Vallerot, prieur claustral et définiteur de l'ordre, mort en 1605. Des chiffres sur le mur indiquaient enfin la sépulture de Gauthier!, abbé en 1176..., et celle du cardinal Aimard de Bazoches, membre et bienfaiteur de l'ordre, mort en 1164. »-

1. c Item œdificari fecit capcllam sancti Martialis.... » Chronique de Cluny

imprimée dans la Bibliotheca Cliiniacensis, col. 1G71.

•2. A. Penjon, Cluny, la Ville et l'Abbaye, 2« édit., Cluny, 1884, in-8*; p. 90-91

La chapelle Saint-Etienne, en hémicycle, est une simple absidiole romane contemporaine de la construction primitive : elle est voûtée en cul-de-four brisé et éclairée par trois grandes fenêtres en plein cintre. « Le prieur claustral de l'abbaye, noble dom Jean de Châteauvilain, mort en 1329, était enseveli entre cette chapelle et la porte du cloitre. »*

Si nous considérons l'élévation intérieure, nous voyons, à l'orient, la chapelle Saint-Etienne communiquer avec le croisillon par une arcade en cintre brisé, doublée. Au dessus, on voit une autre arcade en plein cintre, dans l'intérieur de laquelle s'ouvrent deux grandes fenêtres en plein cintre dont les pieds droits sont cantonnés de colonnettes. Audessus encore se trouve la corniche qui marque l'imposte de la voûte.

Dans la travée suivante, séparée de la précédente par une colonne engagée, l'entrée de la chapelle Saint-Martial est encadrée par une grande arcade en cintre brisé, doublée, au-dessus de laquelle est une grande fenêtre en plein cintre, dont les pieds droits sont cantonnés de colonnettes, et qui a son appui sur un bandeau-corniche. Au-dessus de cette fenêtre on remarque deux baies aveugles, amorties en plein cintre, ayant des colonnettes à leurs pieds droits.

Dans le mur oriental de la travée confinant à l'église, on voit au rez-de-chaussée l'arcade en cintre brisé, doublée, qui appartenait au second collatéral. Cette arcade, aujourd'hui murée, est surmontée d'une partie de muraille absolument unie, correspondant à la difTérence de hauteur des deux collatéraux, limitée à sa partie inférieure par un bandeau, et à sa partie supérieure par une corniche chargée de deux rangs de petits disques. Cette corniche sert d'appui à une sorte de triforium composé de trois baies aveugles, en

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