I. Introduction de VArchitecture romane, p. p
s'arrdtant surtout aux détails d'où ils tirent des conclusions erronées en décrivant la taille des pierres ou en analysant les mortiers qui les relient. Ils dissèquent, pour ainsi dire, les moulures des corniches et des corbeaux, les sculptures des bandeaux, des frises et des chapiteaux; mais tous ces détails si péniblement étudiés et si laborieusement réunis ne donnent pas la physionomie exacte de Pensemble.
En effet, les constructions romanes, qu'elles aient été faites avec toute la perfection possible ou qu'elles aient été grossièrement traitées, portent toutes la marque visible de Tappareîl romain, preuve certaine de la puissance des traditions, si fortes qu'elles entraînaient les constructeurs romans à imiter les pratiques romaines, même dans ce qu'elles avaient de plus naïvement pittoresque, car on exécute encore au xi« siècle des revêtements réticulés ou en arêtes de poisson, ainsi que des chaînes en poteries ou en galets dans les maçonneries faites à la romaine.
L'ornementation romane est également imitée de l'antique; les moulures et les sculptures accusent ou décorent les membres d'architecture aux mêmes points où les Romains avaient coutume d'appliquer ces ornements ou, plus exactement, ces accents caractéristiques.
La différence n'existe souvent que dans l'exécution des ouvrages, grossièrement ou maladroitement imités dans les pays du nord ou traités, dans les régions du midi de l'Europe, avec une si grande perfection qu'ils arrivent à ressembler complètement aux édifices bâtis par les Romains.
Il faut remarquer que l'appareil est souvent peu
HISTOIRE ET CARACTERES. isj^
apparent parce qu^il est recouvert d'un enduit ou d'un badigeon épais et que la décoration sculpturale fait complètement défaut, soit par suite de la simplicité de Fédifice, soit parce que des peintures murales ont remplacé, dèsPorigine, les ornements plastiques. Dans tous les cas, ces détails n'ont qu'une valeur relative, car ils ont été employés aussi bien par les architectes romains que par les constructeurs romans qui les ont imités.
« Tout cela ne constitue pas Varchitecture romane qui n'est qu'une manière d'être particulière de la construction et dont le caractère ne peut tenir,qu'aux dispositions fondamentales des édifices et aux lois d'après lesquelles les pleins et les vides s'y montrent combinés*.»
Le principal caractère de Varchitecture romanche est la voûte.
Les Romains connaissaient la voûte, et trois des formes qu'ils avaient employées furent appliquées par les romans : la voûte en berceau, la voûte d'arête et la coupole.
Les basiliques romaines étaient lambrissées, couvertes par une charpente apparente formant tout à la fois le plafond et la toiture de l'édifice.
Les premières basiliques chrétiennes, bâties à la romaine, furent une imitation de cette disposition; mais le contraste entre les deux architectures et le point de départ de toutes les différences qui les séparent se manifestent par l'application de la voûte.
a Les églises romanes sont voûtées, couvertes sous
I. Jules Quicherat, Mélanges d* archéologie et d'histoire f etc.
lûo L'ARCHITECTURE ROMANE.
leur toiture par des constructions de formes diverse^ où les pierres sont tenues enchaînées dans le vide ^. »
La voûte exerçant un effort énergique et continu sur les murs latéraux ou pieds-droits, qu'elle tend à renverser, il fallait élever des murs assez épais pour neutraliser les poussées, diminuer la largeur et la hauteur pour résister aux effqrts de la progression des forces et, par conséquent, alourdir Tarchitecture, raréfier les jours et obscurcir le vaisseau. Au contraire, la basilique romaine, dont la charpente, couvrant la grande nef et les bas côtés, n'avait aucune action de déversement sur les pieds-droits, était largement ouverte et éclairée. Les murs latéraux, formés de colonnades et d'arcades, n'ayant à supporter verticalement que la partie supérieure elle-même très ajourée, pouvaient être construits avec plus de légèreté et d'élégance.
Il fallut choisir entre ces deux nécessités : conserver la forme basilicale complète ou la modifier, sinon dans son plan, tout au moins dans ses détails de construction par l'adoption du voûtement systématique de l'édifice.
Si les Romains avaient reculé devant une solution aussi radicale, les architectes romans eurent moins de scrupules, en raison de l'urgence pour eux de préserver l'autel chrétien et les saintes reliques des désastres sans cesse occasionnés par l'incendie des toitures.
« Pour le besoin de la voûte, ils sacrifièrent toutes les proportions classiques, épaississant les murailles,