‹ L'architecture ruraleChapitre 15 sur 37 · UC · texte numérisé non relu

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les plus favorables, remploi de l'engrais est toujours fort irrégulier. Quant aux autres moyens qui sont à peu près généralement employés, ils ont le défaut capital d’occasionner des frais de transport considérables, frais qui dépassent quelquefois la valeur de l’engrais, ce qui fait que presque toujours on évite d’ajouter au purin la quantité d’eau nécessaire pour en obtenir de bons résultats.

Éviter l'irrégularité et les pertes d'engrais résultant du premier mode de distribution; réduire les frais de transport du second; arriver à une économie telle qu’on puisse même , dans certains cas donnés, répandre de l’eau pure avec avantage. tel est le problème que M. Kennedy a voulu résoudre.

Les quatre réservoirs dont nous avons parlé peuvent livrer leurs produits à un réservoir central, lequel est en communication avec la machine , et d’où part la grande artère servant à distribuer de l’eau sur les terres. Les conduits, qui sont en fonte , sont de deux diamètres différents ; cinq des artères principales ont de 8 à 10 centimètres, et les autres de 5 à 7 seulement. Leur profondeur en terre est de 0m 76. Le conduit principal est toujours plein lorsqu'on veut mettre la machine en mouvement (1).

Du grand conduit partent les diverses ramifications qui ont leur point d’arrêt au milieu des pièces de terres ; un tuyau ascensionnel, qui arrive à fleur de sol, est muni d’une douille à vis et d’un robinet ; il est logé dans un regard fermé par un couvercle. Ces tubes ascensionnels doivent être disposés de façon qu'il s’en trouve un par 9 acres superficiels (2).

Ces tuyaux partent de la ferme comme centre, et rayonnent dans toutes les directions, conduisant l’engrais liquide jusque dans les parties les plus éloignées de l’exploitation.

Après avoir exposé les éléments essentiels du système

(1) Cette disposition est vicieuse ; elle peut donner lieu à des fuites ou faire éclater les tuyaux ; il vaudrait mieux fermer le conduit avec une clef mobile, à I endroit où il s’embranche avec le tuyau secondaire. La pression serait moindre, et le jet aurait plus de force.

(2) l/acre d’Éeosse vaut 51 arcs flfl centiares.

Kennedy, il ne nous reste plus qu'à en faire connaître la puissance et les résultats.

La machine à vapeur fait mouvoir une forte pompe qui attire d'abord l'engrais, et le chasse ensuite vigoureusement dans les conduits. Quand on veut fumer le terrain qui environne l'un des regards dont nous avons parlé, on enlève le couvercle de celui-ci, cl on visse à sa place un tube en gultaperclia, terminé par une lance ordinaire. Ces tubes flexibles ont 5 centimètres de diamètre, et une longueur de 9 à 10 mètres. Ils sont disposés de manière à agir isolément, ou à s’ajouter les uns aux autres poHr former un seul boyau d'une longueur plus ou moins grande, scion les besoins.

La manipulation de tout ce mécanisme doit se faire avec beaucoup d'ensemble ; si quelques-unes des ouvertures étaient interceptées, une rupture ne tarderait pas à se produire sur un point quelconque de l'appareil. On ne doit mettre la machine en mouvement que sur l'ordre de celui qui est chargé de l’arrosement.

Voici maintenant comment on procède : Un homme et un enfant chargés du nombre de tubes nécessaires, se rendent sur le terrain qu'il s’agit de fumer. Ils ferment le tuyau de conduite, ouvrent le regard, et vissent sur celui-ci un premier tube armé de sa lance; au signal qu'ils donnent, le mécanicien applique à la machine à vapeur la pompe foulante, après avoir fermé tous les tuyaux, sauf celui qui doit fonctionner.

La machine est en mouvement ; au bout de quelques secondes le liquide arrive, poussé avec force. L’ouvrier lient la lance inclinée à 50 ou 60 degrés au-dessus de l’horizon; le jet s’élève avec impétuosité d’abord, puis il se divise, perd à 12 ou 14 mètres toute sa force ascensionnelle, et retombe en pluie line et salutaire dans des proportions qu’il est facultatif de varier selon le besoin des terres.

Nous ferons observer en passant que l’engrais n’est jamais dirigé de haut en bas sur le sol.

Lorsque l'arroseur juge que la surface circulaire qu’il veut atteindre avec son premier tube est suffisamment imprégnée de liquide, il donne le signal d'arrêter la pompe , puis il en-

lève la lance, mel à sa place un ou deux tuyaux, y remet la lanee et recommence. L'enfant n’est utile que lorsque le tuyau a atteint une assez grande longueur ; il se tient au milieu et aide à le changer de place.

Si l'on a de l'eau à discrétion, on peut délayer à volonté les engrais , cl s'en servir comme pour un arrosage simple ; l'engrais liquide doit se distribuer également sur toutes les parties de la ferme; c'est là un point essentiel.

La quantité de eet engrais nécessaire pour une fumure est de 436 hectolitres par hectare; cette quantité correspond à une nappe de liquide d'un peu plus de 4 1/3 millimètres d’épaisseur; c'est l’équivalent d'une pluie moyenne de plusieurs heures. Quant au nombre de fumures, il n’est déterminé par aucune règle précise; cela doit dépendre du sol et de la nature de la récolte.

En général , les herbages sont engraissés après chaque coupe , les terres arables après chaque semaille. Mais on fume en outre dans l'intervalle, quand l’cmblavure semble réclamer un supplément de substances fertilisantes. En moyenne, le même terrain reçoit six à douze fumures par an.

On comprendra, du reste, que la multiplicité des fumures n'a rien qui puisse cITrayer, lorsqu’on saura qu’un homme et un enfant fument cinq hectares dans une journée de dix heures , et que les frais de main-d'œuvre, en y comprenant le salaire de l'ouvrier qui est à la machine, ne s’élèvent qu’à 330 francs par semaine. Voilà en quoi ce système est admirable, et ce qui le recommande à l'attention toute spéciale des cultivateurs.

Comme entreprise financière, il a été constaté par ceux qui ont visité l'exploitation de M. Kennedy, que les frais occasionnés par l'acquisition, le placement et l'appropriation des réservoirs de la machine à vapeur, des pompes, des tuyaux en fonte, des regards et des boyaux de distribution en guttapercha, se sont élevés à la somme de 39,630 francs ; ce qui fait 198 fr. 25 c. par hectare. Les tuyaux de fonte entrent dans ce chiffre pour une somme de 25,000 francs. La dépense annuelle pour intérêts et amortissement, à 7 1/2 p. 0/0, pour

salaires, combustible et réparations, est (le 7,036 francs, ou 33 fr. 18 c. par hectolitre.

En comparant les résultats obtenus avec le peu de frais qu’ils ont nécessités, on pourra juger soi-méine de l’importance du système que nous préconisons.

Une dernière question se présente : les produits du système nouveau sont-ils en raison des dépenses et des risques?

Quelque faibles qu’aient été les dépenses dans l’exemple que nous avons cité, elles ont procuré à l’agriculteur qui les a faites des récoltes quadruples , quintuples et même sextuples. Avant la mise en pratique de son système, la location de l’hectare revenait à 100 francs à M. Kennedy, qui n’v nourrissait qu'une tète de gros bétail. Cette location lui revient aujourd'hui à 157 fr. 18 c. ; mettons, si l’on veut, 130 francs; mais alors nous voyons qu'il nourrit et engraisse cinq têtes de bétail, c’est-à-dire qu’il a accru de 400 p. 0/0 ses bénéfices, en augmentant de 50 p. 0/0 seulement sa dépense.

L'exploitation de M. Kennedy, avant qu’il y appliquât son système d’arrosement, ne contenait que de 80 à 100 bêtes à cornes, et de 4 à 300 moutons ; actuellement on y voit, pendant tout le cours de l’année, 200 bêles à cornes, 140 porcs, et 12 à 1,400 moutons. Tout cela est à l’engrais; et l’engraissement se continuant sans interruption pendant toute l’année, les bêles grasses qui partent sont remplacées presqu'immédialeincnt par des bêtes maigres.

Il faut dire encore qu’il résulte du calcul de M. Kennedy, que les 1,000 kilogrammes de fourrage see ne lui reviennent qu’à huil franc*. Ce fourrage est le ray-grass d’Italie, qu’il sème en mars et qu'il garde deux ans. Il en obtient cinq à sept coupes par année, et ces coupes lui donnent en moyenne et par hectare, 142,000 kilogrammes d’herbe; laquelle étant séchée, se réduit à un peu plus de 30 milliers métriques de foin. Après le ray-grass, on sème du froment, dont le rendement varie entre 35 et 42 hectolitres par hectare : puis des navets , auxquels succèdent une seconde récolte de froment et une autre d'avoine.

Les propriétaires et les fermiers anglais ont déjà imité leur compatriote; les petits cultivateurs eux-mêmes n'ont pas hésité à adopter sa méthode.

M. l’ingénieur Young, d’Avr, qui a exécuté tous les travaux du système Kennedy, ne cesse depuis celte époque d’en propager l'application.

Dans le but d'éclairer nos lecteurs sur un système appelé à jouer un si grand rtMe dans l’économie rurale, nous mettons sous leurs yeux un nouvel exemple de ce que peut coûter un autre établissement du même genre que le précédent.

M. Kallender, cultivateur du Dunfrieshire, exploite à Cairn-Mill une ferme de 32 hectares 90 centiares, où il a eu l'heureuse idée d’utiliser son cours d’eau comme force-mo-

trice et comme alimentation du système.

Les prix de revient qui suivent fourniront un aperçu de la dépense.

L’appropriation toute spéciale des bâtiments a

coûté 1.62λ »

Les matériaux de construction et de cimentation 625 »

La chaux hydraulique 230 »

Les tuyaux, pose et boyaux 1,050 »

Total 5,550 »

La dépense est donc de 107 fr. 90 c. par hectare.

Quelle que soit en France, en Angleterre et en Belgique, la différence respective du prix des fontes , nous croyons à la possibilité d'établir chez nous, d’une manière très-fructueuse, le système Kennedy, et de compenser, par les avantages qu'on en obtiendra , les dépenses qu'il aura occasionnées.

Certains produits deviennent chaque jour plus accessibles, grâce à l'établissement des nombreuses usines qui en fournissent abondamment. Ainsi la gutla-percha peut s'obtenir aisément, moyennant 3 fr. 50 c. le kilogramme. En Angleterre, les fournisseurs reprennent les tuyaux lorsqu'ils sont

usés, pour un tiers de leur valeur. Nous pouvons espérer qu'il en sera bientôt de même en France.

Cet aperçu est aride peut-être, mais il est exact. Les propriétaires qui vont essayer cette méthode productive , et les fermiers qui n’attendent qu’un encouragement pour les imiter, feront une spéculation doublement utile , puisqu’elle sera scientifiquement favorable à l’agriculture, et matériellement profitable à leurs intérêts.

Nous ajouterons que M. Kennedy n’est nullement un de ees riches propriétaires jouissant de plusieurs centaines de mille francs de reute , et tourmentés du besoin de les dépenser d’une manière plus ou moins excentrique. — C’est tout simplement un modeste fermier animé du désir d’aceroitre sa fortune, et peu disposé par cela même à faire des expériences à ses dépens.

Mais revenons au projet qui nous est particulier.

Nous avons dit que les engrais liquides en s’écoulant des écuries, des étables et de la porcherie, vont se déverser dans les fosses à purin placées sous les hangars II. Par un mécanisme très-simple , le fumier se trouve arrosé ; puis après en avoir saturé toutes les couches, l’engrais liquide retourne dans les réservoirs par des issues pratiquées dans la voûte.

Les citernes à purin sont munies chacune d’un appareil à ailerons, mu par la machine à vapeur, et qui dissout les excréments mêlés d’urine qui se trouvent dans les citernes. Le fumier liquéfié est alors élevé dans les cuves placées audessus des hangars 00, et dont le niveau domine les terres de la ferme. L'ascension des engrais dans ces cuves se fait au moyen de la pompe que la machine met en mouvement. Ils sont conduits de là dans des tuyaux en fonte au milieu des terres , et répandus au moyen de tubes en gutta-percha. L’engrais parvient donc à sa destination avec peu de maind’œuvre et sans le secours des voitures , dont le passage est toujours préjudiciable aux champs.

Résumé gènèml. — Dans les fermes établies en Angleterre, pays où la culture est poussée à un haut degré de per-

fectioii, ou est d'abord frappé de la simplicité des bàlimeuls et de l'économie avec laquelle ils ont été construits. Au premier coup d’oeil , on est tenté de blâmer l'irrégularité apparente de ces constructions. On y remarque l'absence d’une grange spacieuse pour enfermer les productions en céréales, l’absence de fenils, l’élévation réduite des éeuries et des étables, les fumiers épars dans les cours. Enlin on se rend difficilement compte des services que peuvent rendre les chemins de fer qui relient enlr'eux les divers bâtiments. Mais après un examen attentif, on ne tarde pas â reconnaitre que chaque chose est â la place qu'elle doit occuper, et qu'une sage combinaison a présidé à l'ensemble et aux détails.

Les bénélices réels d'une exploitation sont d'autant plus élevés, que l’intérêt du capital dépensé pour la construction de la ferme est plus restreint. Si l’étable nécessaire à l'engraissement de 25 bœufs a coûté 15,000 francs, le loyer annuel est de 50 francs pour chaque bœuf. En admettant que le bénéfice net soit, en moyenne, de 1 50 francs par tète, on augmenterait ce bénéfice de 10 p. 0/0 si l’on construisait l’étable de manière à ce qu'elle ne coûtât que 7,500 francs.

Le moyen de réaliser de telles économies est facile à trouver ; il ne s’agit, en construisant des écuries, que de supprimer les fenils.

La suppression des fenils est économique en ce qu’elle entraîne celle des poutres qui devraient supporter le gitage et celle du plancher. Elle permet, en outre, de réduire considérablement l’élévation du bâtiment, sans pour cela en diminuer la capacité. La ventilation peut être établie delà manière la plus simple et la plus efficace. Les charpentes peuvent être faites en bois mince, et disposées de manière à fatiguer les murs le moins possible; par conséquent, pas d’arbalétriers ni de grosse charpente.

En supprimant les fenils, on peut établir â peu de frais des étables â double rang. Il y a avantage à placer les animaux sur double rang, tète contre tête, dans toute la longueur du bâtiment ; mais on ne rencontre que très-rarement celte dis-

position, parce que dans tous les pays où le bois de construction est cher, le bâtiment coûte d'autant plus que la largeur en est plus grande, lors même qu'on gagnerait sur la longueur. On peut aussi juxtaposer deux étables simples l’une contre l'autre, de façon qu'elles n'en forment qu'une seule; on a alors une double étable sans dépenser davantage. La seule précaution à prendre est de laisser un large chenal entre les deux bâtiments, afin d'exclure de l’intérieur la neige et les eaux pluviales.

Ces étables ressemblent, il est vrai, à des hangars ; mais les Anglais, tout en admettant l'assimilation, répondent qu'elles peuvent ressembler à tout ce qu’on voudra, pourvu que leurs animaux y soient logés convenablement, et en même temps à bon marché.

Pour les bâtiments ruraux, l’élégance et la beauté ne peuvent résulter que de la symétrie, et eette symétrie doit subsister non-seulement dans chaque bâtiment pris à part, mais aussi dans lu disposition de l'ensemble. Elle n'est pas, comme on pourrait le croire, incompatible avec le bon marché, et on peut l’obtenir sans être pour cela obligé de donner aux bâtiments une forme régulière et grandiose, tandis que l'intérieur resterait inoccupé.

Chaque pays a ses coutumes et ses habitudes; nous avons approprié notre ferme de grande exploitation aux usages qui sont en vigueur dans nos contrées.

Dans toute construction, et surtout dans les constructions rurales, il faut avoir en vue tout à la fois l'économie du capital et l'économie de la main-d'œuvre ; ce point est d'autant plus important, que la quantité de travail humain doit être plus considérable. Le perfectionnement de l'industrie agricole nécessite ordinairement, comme nous l’avons vu plus haut, l’emploi d’un plus grand nombre de travailleurs. Par conséquent, les effets de ce perfectionnement seront d’autant plus heureux, que les frais de main-d’œuvre auront été plus réduits au moyen de dispositions particulières.

Au point de vue de l'économie politique, toute innovation qui a pour résultat d'occuper utilement beaucoup de bras, est

un bienfait pour la société; niais il ne s'en suit nullement qu’il ne faut pas chercher à réduire le plus possible la dépense de travail humain , de machines et de procédés quelconques.

Uans les exploitations anglaises , cette dépense reçoit un accroissement notable du grand nombre d'animaux nourris à la ferme et de la manière dont on en tire ordinairement profil, c’est-à-dire de l'engraissement et de la préparation qu'on fait subir aux fourrages. Economiser le travail, tel est le but auquel on vise et qu'on cherche à atteindre en rapprochant les bâtiments les uns des autres, et en établissant des chemins de fer qui les relient entr'eux et qui sont inclinés suivant la direction que doivent prendre les wagons chargés.

Par tout ee qui précède, il est facile de se faire une idée de ce que doit cire une grande ferme anglaise.

Estimation. — Nous avons voulu démontrer que l’on peut construire une ferme de grande exploitation sans dépenser un capital considérable. Pour cela , nous avons supprimé les granges qui, de tous les bâtiments, sont ceux qui coûtent le plus.

A part le corps-de-logis et le bâtiment des machines, dont les murs sont pleins , toutes les autres dépendances ne sont que de simples hangars construits en bois, avec remplissage en bonnes briques et crépi à l'intérieur. En mêlant ainsi la brique au bois, nous avons la prétention d'obtenir une construction solide, simple, élégante et économique.

Voici maintenant un aperçu de la dépense calculée d'après la surface occupée par chaque bâtiment.

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