OO
Bâtiment des machines
Machine à vapeur de la force de
huit chevaux
Construction des citernes
Hangars et rail-ways
it
Total.
Cette somme est assurément minime , si on la compare à l'importance des bâtiments; elle aurait été plus élevée du double, si l’on avait suivi les principes et les usages adoptés dans les Termes ordinaires.
Nous avons supposé, dans notre estimation, que la Terme dont il s'agit serait édifiée dans un pays où le bois n'est pas très-cher, et où l’on peut Tabriqucr les briques à pied-d’œuvrc.
Dr, Silos.
Les silos, de même que les meules, sont les constructions les plus efficaces pour la conservation des récoltes; ils offrent de précieuses ressources à l’agriculture.
Les grains se conservent de deux manières tout-à-Tait distinctes; ou ils sont enterrés dans des citernes parfaitement closes et privées de lumière, et on évite par là les ravages des insectes qui n’y peuvent vivre Taute d’air; ou bien ils sont entassés dans des greniers parfaitement aérés. Le pre-
mier mode remonte aux temps les plus reculés; il a été surtout mis en pratique dans les pays méridionaux, où le grain est d'une grande dureté, et où, a cause, de l'état de l'atmosphère. il n'a pas besoin d'assèchement.
Un silo doit être établi dans un terrain très-sec, jamais dans un terrain marécageux; car alors les murailles, fussentelles enduites du meilleur ciment, seraient promptement pénétrées d'une humidité nuisible au contenu du silo. On doit choisir de préférence les terrains élevés, les côleaux et surtout un sol où les eaux extérieures n'aient aucun accès ; ainsi, une fosse sera d'autant mieux placée que la terre, creusée à une certaine profondeur, sera d'une nature plus sèche et plus dure. Il est nécessaire que le niveau le plus élevé des eaux soit à quelques mètres en contre-bas du fond de la fosse, surtout si l’on veut avoir des fosses sans revêtement en maçonnerie.
Il existe en Italie des fosses qui ont été creusées dans des terrains formés de masses de pierres ou de rochers.eonlinus, sans crevasses ni fissures qui puissent donner passage aux eaux, et dont la construction remonte à une époque trèsreculée. Ce genre de construction est plus coûteux sans doute que les fosses revêtues de maçonnerie, mais aussi la durée en est presque éternelle , et on devrait toujours l’adopter pour la construction des silos dans les pays où la pierre est abondante et non susceptible d'absorber beaucoup d’huinidilé. Dans ce cas , on aurait soin de garnir les différentes assises d’un mortier hydraulique. On ne doit faire usage des briques que lorsqu'elles sont bien cuites et d’une dureté convenable; sans cela elles absorbent trop facilement l’humidité du sol.
Les silos doivent être rapprochés de la ferme si l'on veut éviter les transports et les perles de temps. Lorsqu'on aura choisi un emplacement d’après les convenances locales, on creusera la fosse suivant l’importance des besoins : la profondeur de cette fosse sera calculée sur le niveau des eaux environnantes; elle excédera d’un tiers environ le diamètre de la fosse même. Ainsi, si le diamètre est de 00, la pro-
fondeur sera de 5“' 50. Lorsque la nature du terrain ne permettra pas de descendre aussi bas, on donnera à l’un des côtés de la fosse une longueur proportionnée à l’excédant de profondeur qu’on veut obtenir; car il n’est pas nécessaire qu’un silo soit circulaire : il peut avoir la forme d'une galerie souterraine ou toute autre. Les murs seront d’une épaisseur suflisanlc pour résister à la poussée des terres ; ils seront assis sur des fondations ayant 0m 50 de profondeur.
Ces constructions exigent l’emploi d’un bon mortier : la chaux maigre, mélangée de sable rude ou de fin gravier non terreux, formera un mortier hydraulique très-convenable. Les parements extérieurs de la maçonnerie seront rejointoyés avec soin, afin de rendre la fosse la plus étanche possible. Quand la fosse sera terminée, l’intérieur sera recouvert d’un enduit.
Au centre de la voûte, on pratiquera une ouverture de 0ni 70 de diamètre, pouvant donner passage à un homme ; l’encadrement de cette ouverture pourra être en maçonnerie ou en pierre de taille ; le couvercle sera à recouvrement.
On étendra sur la fosse une couche de terre de lm 30 à lm 50 d’épaisseur, pour que les rayons solaires ne puissent pas pénétrer dans l'intérieur. On établira sur la voûte une cheminée, dont la hauteur sera égale à celle de la couche de terre. (Voir la figure 1, lettre A, planche XXXIII).
Pour prévenir l’infiltration des eaux, il est prudent de disposer dans tout le pourtour des murs et sur la voûte, une couche de sable épaisse de 0™ 30 à 0™ 40 environ.
Dans les pays où les matériaux ne sont pas communs , et oû, par économie, on construit la fosse en béton, on entourera le silo d'une tranchée circulaire de la largeur de 0m 50 à 0“ 00 au moins. Cette tranchée descendra de 0"' 40 plus bas que le niveau du pavement de la fosse; on la remplira de pierres, de cailloux concassés, mêlés avec du mortier à la chaux, d’une consistance assez ferme; ce mélange doit être battu lorsqu’on élève les murs , et étendu en couches régulières.
Le terre-plein, laissé dans le milieu, ne s’enlève qu'au
hou l de quelques mois, alin de donner aux murailles le temps de se tasser et de se consolider. Il vaudrait peut-être mieux encore laisser subsister ce terre-plein jusqu'à ce que la voûte soit faite ; on s'épargnerait ainsi la nécessité d'employer le bois pour la soutenir (I).
Le pavement sera fait en pierres cimentées on en béton ; il aura une épaisseur de 0” 20.
Ce mode de construction est très-usité en Toscane : il est à regretter que le béton ne soit pas d'un usage plus général dans nos contrées pour les travaux hydrauliques; on y trouverait tout à la fois économie et solidité.
La fouille circulaire, poussée jusqu'à une certaine profondeur, est dillieilc lorsque le diamètre de la fosse est d'un petit rayon ; il conviendrait, dans ce cas, de changer la forme circulaire en un rectangle; le mur pourrait être alors composé de deux parements en pierres ou en briques, les interstices en seraient remplis avec de la blocaillc, et liés au moyen d'un mortier de chaux et de sable. Cette maçonnerie de pierres ou de briques formant boutisses et pannercsscs, est d'une grande solidité.
La couche de mortier dont on revêt le mur doit être assez mince; on pourrait encore, ce qui vaudrait mieux , après avoir maçonné les deux parements sur une hauteur de U” 30, faire le remplissage du milieu avec des bricallons ou des découpes de pierres. On délaie, dans la moitié d'une futaille, une partie de sable rude et une autre partie de chaux éteinte; lorsque ce mélange est fait, on l’étend sur la muraille, et on continue cette opération jusqu’à ce que tous les intervalles laissés entre les joints soient remplis ; on continue ensuite
(1) Nous avons mis ce système en pratique avec beaucoup rie succèsdansla construction d'une glacière circulaire, d’un très-grand diamètre, et d'une profondeur rie 7 mètres, au château royal rie I.acken : le noyau central à servi à former la courbe rie l'intrados rie la voûte , cl n’a été enlevé qu’aprés son achèvement. Celte voûte étant très-surbaissée et d’un grand développement, aurait nécessité tics cintres d’une certaine force. L’enlèvement des terres s’est fait de deux manières : 1° par la partie supérieure comme pour le creusement d’un puits ; 2° par le tunnel ou égoùl destiné à recevoir les eaux provenant de la fonte des glaces.
line nouvelle assise de parements sur les deux eûtes du mur, et l'on procède de nouveau au coulage du mortier; cette opération est continuée jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la hauteur du mur.
Les Romains ont employé celte méthode pour la construction des citernes ; seulement les parois extérieures des murs étaient recouvertes d'un enduit qui empêchait l'infiltration.
Lorsque les fosses sont circulaires et qu'on ne regarde pas à la dépense, on peut en maçonner le pourtour en briques coniques, comme cela se pratique pour la construction des puits; la forme de ces briques devra être calculée sur le rayon, afin qu'étant posées, tous leurs joints se dirigent vers le centre.
La méthode la plus économique pour la construction des silos , consiste à élever des murs à simples parements intérieurs, dont le remplissage serait fait avec du béton; on ménagerait à l'extérieur de la fosse un espace de quelques décimètres qu'on remplirait de sable ou de gravier à mesure qu’on éleverait la construction. (Voirfig. », planche XXXIII.)
Quel que soit le moyen qu’on emploie pour l’érection des murs, il sera nécessaire de les rendre imperméables à l’humidité, afin que le grain puisse bien s’y conserver. Les mortiers composés de chaux et de sable se durcissent au moyen de l’acide carbonique contenu dans l’air atmosphérique ; cet acide se combinant avec la chaux, la rétablit dans son état primitif de carbonate de chaux ou de pierre calcaire. C’est pour cela que les mortiers bien faits acquièrent, après un certain laps de temps, la solidité et la dureté de la pierre. Il faut, pour qu’une fosse convienne parfaitement à sa destination, faire en peu de jours ce que la nature ne complète qu'après une période plus ou moins longue.
La fosse étant entièrement construite et nettoyée avec soin , on y introduira un réchaud de charbon enflammé , qu'on suspendra à un mètre de la voûte. On fermera et on luttera soigneusement avec de la terre argileuse le couvercle supérieur, afin que le gaz produit par le charbon ne puisse s’échapper : celui-ci brûlera aussi longtemps que l'air con-
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tenu dans la fosse lui fournira de l'oxigène. Toute la fosse se trouvera bientôt remplie d'acide carbonique. Au bout de vingt-quatre heures on recommencera la même opération.
On continuera de procéder ainsi jusqu'à ee que l’enduit de la fosse ait acquis de la consistance, et que le gaz acide carbonique se soit entièrement incorporé à la chaux. On s’assurera que l’opération est complète si l'on détache un morceau de l’enduit, et si, après l’avoir fait bouillir dans l'eau, il ne s’y trouve aucune trace de chaux.
Pour accélérer le séchage d'une fosse après avoir employé le procédé précédent, on placera au centre de cette fosse dix à quinze kilogrammes de chaux, qu’on y laissera jusqu'à ce qu’elle ail absorbé assez d'humidité pour être entièrement délitée. Il faut environ cent kilogrammes de chaux pour sécher en un mois de temps une fosse de cent mètres cubes de capacité. L'ouverture sera fermée pendant cette opération afin que l'air atmosphérique ne pénètre pas à l’intérieur : puis la fosse sera prête à recevoir le grain.
Lorsqu'on apercevra quelques traces d’humidité, on enduira les parements des fosses d'une matière grasse, mais en même temps assez sèche pour que le grain ne puisse y adhérer.
Si le suintement n’a lieu que partiellement, on emploiera l’enduit hydrofuge que nous avons décrit dans l'article qui traite de l’humidité des habitations. Les infiltrations , lorsqu’elles sont considérables, peuvent être arrêtées au moyen du bitume mélangé de sable lin. Lorsqu'il est refroidi, il forme un revêtement très-sec.
Quand les silos ont été construits avec soin, le grain peut s’y conserver pendant un grand nombre d'années.
Dans les climats où l’air n'a pas le même degré de sécheresse que dans les pays méridionaux, on laissera les grains s’essuyer complètement dans des greniers bien aérés, avant de les déposer dans les silos. Celte précaution n'est pas nécessaire dans les pays chauds ; le grain peut être déposé dans les fosses après être resté quelques jours seulement exposé au soleil. Le grain qui aurait été renfermé dans un silo mal
construit et où l'humidité se serait introduite, ne serait altéré que dans la partie extérieure de sa masse , sur une épaisseur de cinq à dix centimètres, ce qui doit rassurer sur ce genre de construction ; d'ailleurs, il est facile de prévenir cet inconvénient (et cela surtout dons les fosses nouvellement construites) en garnissant de paille de seigle tordue les parois intérieures de la fosse, à mesure qu’on y dépose le grain.
Si l'on craint que le grain ne fermente parce qu’il contient encore quelque crudité, on pourra arrêter cet effet pernicieux en remplissant préalablement la fosse d'acide carbonique. On fera la même opération pour la partie supérieure avant la pose du couvercle, et par ce moyen on fera disparaître l’air atmosphérique et l'on détruira les insectes (1).
Le couvercle sera hermétiquement fermé avec un mortier quelconque et recouvert de terre.
Lorsqu’on se servira pour la première fois d'un silo et que l’expérience n’aura pas encore appris s’il se maintient dans l’état de sécheresse qui lui convient, on pourra s’en assurer au moyen d’une sonde ou petit cylindre dont nous donnons le dessin dans la ligure 4, planche XXXIII. Cette sonde sera adaptée à une lige en bois ou en fer assez longue pour atteindre le fond de la fosse; elle sera munie d’un couvercle qu’on soulèvera au moyen d’une corde. Lorsque la sonde aura été descendue à l'endroit qu’on désire éprouver, elle se remplira de grain, et on pourra juger de l’étal de conservation de celui-ci.
Les silos ne conviennent qu'à une exploitation d'une certaine étendue, où l’on conserve les grains pendant un temps plus ou moins long. Les petits cultivateurs qui n’ont à conserver qu’une faible quantité de grains peuvent , lorsqu'ils ont une cave à leur disposition, en prendre une partie pour en faire un silo. On construit dans un des angles, deux murs parallèles à cet angle ; on les relie aux murs existants par
(I) On pourra sc servir avantageusement dans le même but de fleur de soufre qn'on fera brûler jusqu'à ce que le âUo soit rempli de vapeur.
une entaille qu'on y pratique ou au moyen de quelques corbeaux en pierre qu’on y scelle fortement. On élève ces murs jusqu’à la voûte en leur donnant une épaisseur proportionnée à 1a quantité de blé qu'ils doivent contenir. On ménage au centre de la voûte une ouverture disposée comme nous l'a\ons dit plus haut.
On revêt alors les surfaces intérieures elle pavement d’une couche d'un à deux centimètres de mortier composé de sable et de chaux maigre, de. chaux ou de brique pilée , nu d'une couche de ciment d'une épaisseur de huit à dix millimètres. On carbonise l'intérieur comme celui des silos. Ces constructions sont simples et économiques ; elles seraient parfaitement appropriées aux petites fermes et aux métairies.
On peut encore conserver les grains dans de grandes cuves en bois; les cultivateurs de la Toscane garantissent leurs récoltes contre les intempéries de l'air et les ravages des insectes , cil les mettant dans des caisses qui ferment hermétiquement. Les Chinois ont pour le meme objet de grands paniers de deux mètres de hauteur, vernissés des deux côtés, ou de grands vases, comme cela se pratiquait chez les Romains. Knlin , dans une certaine partie de la Russie , les paysans creusent dans une terre argileuse des trous auxquels ils donnent la forme d’une poire un peu allongée, et qu’ils remplissent de paille; puis ils mettent le feu à cette paille et font ainsi cuire les parois de la fosse. Ils reconnaissent que la cuisson est complète lorsque les parois, si on les frappe avec le doigt, rendent un son plus clair que ne le ferait le sol dans son état ordinaire. Le silo est fermé par un couvercle en bois.
Hésumé. — Ou peut résumer ainsi qu'il suit tous les moyens propres à assurer la conservation des grains , dans quelque climat que ce soit ; 1" construire les murs en béton fortement comprimé; 2° interposer une couche de sable entre la paroi extérieure du silo et le terrain environnant ; 5° employer le charbon à l'intérieur afin de durcir l'enduit intérieur et de le rendre imperméable; 4" opérer une dessicca-
lion complète au moyen de la chaux vive; 5° revêtir d'un enduit hydrofuge tous les endroits que l'humidité pourrait traverser; (i° brûler dans la fosse, immédiatement avant l'introduction du grain, du charhoil ou du soufre; 7° ne déposer dans la fosse que des grains parfaitement secs. Lorsque ceux-ci sont retirés de la fosse pour servir à la panification, et avant de les convertir en farine, il est prudent de les vanner.
Les silos présentent les mêmes avantages que les meules, en ce qu’ils assurent la conservation des récoltes, sans qu’on ait besoin de recourir aux moyens dispendieux que nécessite la construction des bâtiments. Tout ce qui, on agriculture, tend à apporter une économie notable dans le prix des céréales, concourt à l'intérêt général et mérite la sollicitude de tout gouvernement éclairé, car dans les années de mauvaise récolte, alors (pic le prix des céréales subit des variations notables, les silos sont une précieuse ressource pour les réserves de prévoyance. Les constructions de ce genre sont nombreuses dans les pays de grande production et dans ceux où l'on se livre au commerce des grains : aussi voudrionsnous voir leur usage plus universellement répandu.
Dans presque toutes les villes cl bourgs de France et de Belgique, il existe des balles où se tiennent les foires et marchés; les toitures qui les couvrent pourraient servir en même temps à abriter des silos ; ce seraient des emplacements tout trouvés et qui mettraient les dépôts de grains sous la main du consommateur.
Dr# grenier* perpendiculaires.
Après avoir longuement décrit ce qui a trait aux bâtiments destinés aux récoltes, il nous reste â parler des greniers dits perpendiculaires. Ces greniers procurent une grande économie de main-d'œuvre, â cause du peu de soins qu'ils exigent. Les inconvénients des greniers ordinaires ne se rencontrent pas dans les greniers perpendiculaires. Leur construction simple cl ingénieuse dispense d’avoir des chambres cl des
greniers spacieux, où le plus souvent on ne peut ventiler et aérer les grains autant qu’il le faudrait, parce que ces locaux n’ont pas été créés pour cet usage.
Le grenier perpendiculaire dont nous donnons le dessin est double ; il peut être approprié à une ferme de grande culture ou à un grand commerce de grains. En le construisant simple, il conviendrait à une ferme d'exploitation moyenne, où la culture principale est celle des céréales.
Le grand avantage de ces greniers consiste dans le prompt nettoyage du grain, et surtout dans la facilité qu’il donne pour l’aéragc, puisque l’air pénètre à travers toute la masse intérieure.-
La ligure 1 de la planche XXIV est le plan du rez-dechaussée; les deux entrées placées dans les façades latérales donnent accès dans l’intérieur ; elles sont assez larges pour donner passage aux voitures. Les emplacements situés à droite et à gauche des entrées peuvent servir, l’un de dépôt pour les outils propres à la manipulation des grains ; l'autre de bureau , dans le cas où le grenier appartiendrait à une administration. Au rez-de-chaussée, on peut établir aussi une halle ou un dépôt de grains en sacs ; c’est là que se trouve le mécanisme à l'aide duquel on monte les grains dans la partie supérieure.
L'étage supérieur représenté dans le plan 2, par la planche XXIV, est partagé en trois sections, qui sont subdivisées en trois parties, constituant neuf compartiments qui forment trémies ; ces trémies correspondent avec une trémie plus grande placée au-dessous. Celle-ci est munie à sa partie inférieure d’une trappe mobile dont le mouvement se règle à volonté ; elle donne passage au grain qu'on veut extraire du grenier. La disposition de. ces trémies fait comprendre la facilité avec laquelle on peut remuer le grain : car si l’on en extrait une certaine quantité, toute la masse, renfermée à l’intérieur sera aussitôt mise en mouvement ; ici l’économie de la main-d’œuvre est palpable , puisqu'il ne faut que quelques instants pour remuer une masse considérable de grain, taudis qu'il faudrait des journées entières pour remuer la
même quantité si elle était disposée dans des greniers ordinaires.
La manipulation des grains exige de ceux qui en sont chargés une très-grande force physique; les greniers perpendiculaires ont cet avantage qu’ils économisent tout à la fois la main-d’œuvre cl la fatigue des ouvriers.
L’aérage des grains a lieu au moyen de poutrelles en bois ou en fer passant à travers le grenier. Ces poutrelles sont coniques ; les deux coupes que nous avons données des greniers perpendiculaires montrent Ifs poutrelles de profil et parallèlement. Elles sont creuses cl formées de deux madriers fortement cloués, et dont l’écartement peut être maintenu au moyen de tasseaux en bois ou de simples lattes en fer vissées sur les rives des madriers. Si elles étaient en fer leur rigidité en serait augmentée. Quoi qu'il en soit, leur force doit être calculée d’après la charge, qu’elles ont à supporter.
Ces especes de tubes sont en communication avec des ouvertures percées dans les murs, par lesquelles pénètre l'air extérieur qui agit dans toutes les directions sur la masse totale des grains. Ces ouvertures sont garnies d’une toile métallique, afin d’interdire l’accès du grenier aux insectes et aux autres animaux nuisibles; elles sont en outre construites de manière à exclure la pluie et la neige (voyez les deux coupes indiquées dans les planches XXIV et XXV); leur forme est circulaire ; elles ont environ 0,n 15 de diamètre et peuvent être en fonte de fer ou simplement cil briques ; dans ce dernier cas, on leur donne la forme carrée, qui s'adapte mieux à celle des poutrelles.
La figure 5, planche XXIV, figure les poutrelles vues en plan ; les unes sont transversales et les autres longitudinales.
Lorsqu’on opère la manipulation du grain contenu dans un grenier perpendiculaire, il faut que la poussière qu’il renferme trouve une issue commode; à cet effet, deux cheminées partant du bas, aboutissent à deux autres cheminées d’aérage, figures 5 et 6, placées au sommet de la toiture; ces cheminées sont à persiennes mobiles, afin qu'on puisse les fermer
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pendant les temps de pluie ; elles sont eu outre munies d'une trappe à glissoire , entourée d'une petite gouttière communiquant avec l’extérieur au moyen d'un tuyau.
La toiture qui surmonte ces cheminées doit être assez saillante pour empêcher les eaux d’y pénétrer. Nous n'indiquons la trappe mobile que comme surcroît de précautions; on peut , sans inconvénient, la supprimer dans les climats tempérés.
La ligure 0, planche XXV, a pour objet de faire comprendre la manière de monter le grain dans la partie supérieure du grenier.
Deux ouvertures sont ménagées dans toute la hauteur du bâtiment pour donner passage au boisseau qui contient le grain. Des poulies d'un assez grand diamètre sont fixées en haut ; les cordes qui s’enroulent sur ces poulies passent dans l’épaisseur du mur du milieu (voir figures 1, 2 et 3) et aboutissent à un treuil ayant 50 centimètres de diamètre, qui est mis en mouvement à l’aide d'une roue à bras.
Les boisseaux ou caisses contenant le grain montent rapidement jusqu'à la hauteur de la plate-forme, et font bascule sur le bord d’une des trémies, d'où le grain se répand dans celles qui sont placées au-dessous. Comme on le voit, ce genre de manipulation est fort simple, et sou efficacité comme moyen de conservation devrait lui faire donner la préférence sur tous les autres systèmes qui ont été adoptés jusqu'à ee jour.
Dans la partie supérieure se trouve une galerie fournissant aux ouvriers un passage pour arriver aux diverses trémies.
Les greniers perpendiculaires peuvent être employés à la conservation des céréales de natures différentes ; pour cela il suffit d’établir, soit en briques, soit en bois, des cloisons dans le sens de la hauteur ; on obtiendra ainsi autant de compartiments qu'on a d’espèces de grains à conserver.
Les ligures 4 et 7 représentent les élévations de ce grenier ; la construction peut en être faite en moellons épiucés , en pierres de taille ou en briques ; ce dernier mode nous semble préférable pour la plus grande partie de la eonstrue-
tiuii ; la plinthe et tout le couronnement (lu rez-de-chaussée sont seuls en pierre.
La charpente peut être en bois ; la nôtre est en fer. recouverte de tuiles à la romaine; elle est saillante pour que les eaux pluviales 11e dégradent pas les murs; cette saillie est obtenue au moyen de consoles également en fer.
L'architecture des élévations est simple, élégante et économique; elle porte le cachet qui convient à la destination du bâtiment; toute son ornementation consiste dans l'arrangement des briques ; les cheminées servant à la ventilation intérieure sont en bois et recouvertes en zinc.
Parmi les machines et instruments d’agriculture qui ont ligure à l’exposition de 1855, nous avons remarqué im appareil inventé par M. Salaville, pour la conservation des récoltes. Cet appareil est d'une grande simplicité; il donne de bons résultats, et, par son prix modéré, il est à la portée de tous les cultivateurs.
Des expériences , faites en présence de cultivateurs et de négociants en grains, ont démontré le mérite de cette invention (1).
Nous donnons dans la ligure i, planche XXXIII, une coupe de cet appareil, et dans la ligure 1 , une vue prise en dessus du plancher ventilateur.
Ce plancher est composé de tubes longitudinaux et transversaux, reposant sur le plancher du grenier. Ces tubes sont perforés d’une multitude de petits trous, comme une pomme d'arrosoir, pour donner passage à l’air.
L’appareil est muni d’un réservoir à couvercle, auquel est suspendu un vase dans lequel se dégagent les gaz qui doivent être introduits dans les tubes. A ce réservoir sont adaptées des palettes mobiles CC, mises en mouvement par le volant D. Ces palettes servent à lancer le gaz dans le tube K, et de là dans les tubes perforés FGCiG, par lesquels ils arrivent dans la masse du grain.
(I) Elle a valu à son auteur une médaillé de première classe.
Ce système de \ enlitutiou est, comme nous l'avons dit, simple et économique ; il est applicable aux greniers d'approvisionnement et aux exploitations agricoles, si petites qu'elles soient et en quelque lieu qu'elles soient situées.
Lorsque les ventilateurs agissent par un temps sec, ou voit s’élever de la couche extérieure du grain une vapeur épaisse, dont l'odeur est infecte; c’est l'effet du courant d'air, qui , en traversant la masse , s’est chargé des gaz provenant d'un commencement de fermentation.
Si les charançons, les alucitcs et autres insectes attaquent le blé, cet appareil fournit un moyen commode de s’en débarrasser. Pour cela, on introduit dans la chambre à air, du gaz hyÿogène qui, par sa légèreté spécifique, s’élève dans 'les tuyaux et s’infiltre a travers la masse du grain. Au bout de quelques instants, on voit apparaître à la surface tous les insectes qu’elle rccélait; ils sont comme paralysés, et si l’opération est continuée assez longtemps , aucun d'eux n’échappe à la mort.
En résumé, le grenier perpendiculaire que nous avons décrit, et le système de M. Salaville, sont fondés sur le même principe, lequel consiste à faire arriver d’un côté une certaine quantité d’air, et à faire sortir de l’autre un air chargé de gaz nuisibles.
Partant de cette idée, on peut employer les tuyaux de drainage à la conservation des blés et des avoines, et entasser ceux-ci à une hauteur considérable, sans crainte qu’ils su détériorent par réchauffement, ou que les animaux destructeurs y causent des dégâts.
On établira sur le planehcr, et parallèlement, des drains qu’on espacera d’un mètre environ ; ils seront fixés de manière que leurs différentes parties ne puissent se disjoindre ; ils seront éloignés des murs, afin que l’air puisse y pénétrer avec facilité. Sur cette première ligne de drains, on étendra une couche de grain de la hauteur de 0m 50, laquelle sera nivelée et tassée, afin de recevoir une autre ligne de drains ; mais ces derniers seront placés perpendiculairement aux premiers: on les fixera au moyen de perches, afin de les
empêcher de dévier; on les recouvrira également d'une couche de grain de la même épaisseur que la première, et on continuera cette opération en suivant les mêmes données. On pourra , de cette façon , donner à la masse de grain une hauteur de 2 à 3 mètres, si toutefois le grenier peut supporter une charge aussi considérable. (Voir figures 6 cl 7 , planche
Lorsque les parois des greniers sont crépies et exemptes d'humidité, elles peuvent sans danger être en contact immédiat avec le blé ; mais alors on perce les murs à l'endroit ou on doit placer les tuyaux, afin que ceux-ci puissent recevoir l’air du dehors. L’orifice extérieur des tuyaux sera muni d’un petit treillage en toile métallique.
Les perfectionnements apportés dans la confection des tuyaux servant au drainage, permettent de les perforer; avec cette modification, ils sont d’un meilleur effet, l'air agit plus activement à travers les différentes couches de blé.
Nous nous sommes appesanti sur les différents modes de conservation des grains, par le motif qu’ils constituent une des parties les plus importantes de l’économie rurale (I).
De» fWeholn.
Les séchoirs sont une des plus heureuses innovations qui aient été imaginées pour venir en aide à la conservation des récoltes. Ils procurent un abri momentané aux denrées récoltées pendant les temps pluvieux ; elles achèvent de s’y sécher avant d’étre mises en grange.
La forme des séchoirs peut varier à l'infini ; le plus souvent ils ont celle d'un rectangle ou d’un parallélogramme. Ce sont des bâtiments dont la partie inférieure est percée à jour; ils sont élevés sur des piliers qui peuvent être en maçonnerie , en bois ou en fer. La toiture qui les surmonte
(1) La crise alimentaire, qui va toujours croissant depuis plusieurs années, a tait naturellement rechercher les moyens d'en diminuer l'intensité. Aussi cou* seilloos-nous à tous ceux qui aiment le progrès , d'adopter les améliorations que nous avons exposées; ils y trouveront économie de temps et économie d'argent.
doil descendre assez bas et être assez saillante pour abriter les denrées qui y sont déposées ; elle est relevée à certaines places dans son pourtour, alin de donner aceès aux voitures chargées.
Les séchoirs sont d'une très-grande utilité; si le temps est à la pluie ou constamment pluvieux, on peut y déposer les gerbes ou les foins, a mesure qu'ils sont coupés. L’aire de ces constructions doit être parfaitement sèche , convenablement nivelée , et d'une dureté semblable à celle de l'aire des granges. La planche XXIII. ligures I, ï et 5, donnent le plan, l’élévation et les coupes d’un séchoir.
Parfois on utilise le dessous des séchoirs, en y établissant des greniers propres à divers usages ; on s’en sert pour y déposer des céréales, des fourrages, ou les laines qu'on voudrait faire sécher.
La capacité des séchoirs doil être en raison directe de l’importance de l'exploitation ; ils peuvent aussi servir de remises pour les voitures, les charrues et autres instruments de labour.
Leur construction est peu dispendieuse ; on peut les couvrir au moyen de la toiture ignifuge dont nous parlons dans notre Manuel des constructions rurales. Dans tous les cas, ce sera toujours de l’argent bien employé, car un séchoir peut sauver la récolte dans une année pluvieuse.
Le sol du séchoir sera plus élevé que le terrain qui l’avoisine, afin d’étre le plus possible exempt d'humidité.
Les séchoirs doivent être garantis contre les mauvais vents par quelque bâtiment ou par quelque abri naturel. Lorsque cette disposition sera impraticable, on revêtira le côté exposé d’une cloison en planches posées à recouvrement, et fixées par des traverses.
ClAtwro*.
Le droit de clôturer son bien est inhérent à celui de la propriété ; les clôtures n'existent que très-partiellement en France et en Belgique, à cause de la vainc pâture qui y est encore en vigueur dans beaucoup de localités où le libre
parcours est autorisé par les usages et les coutumes. Comme les vergers et les jardins, les propriétés rurales devraient être closes, et cependant on ne rencontre de clôtures que dans les endroits où la population est agglomérée.
Les clôtures rurales sont communes en Angleterre ; là, toutes les propriétés sont distinctes les unes des autres. Cet usage a pour résultats de préserver les champs et les prairies des ravages que les animaux pourraient y occasionner ; il diminue aussi les chances d’altercations entre propriétaires, quant aux dégâts causés par le bétail des uns ou des autres ; il facilite les essais de culture et accélère la maturité des récoltes. Il augmente, en raison de ces diverses circonstances, le rendement et la valeur réelle, d’une propriété. Tous les cultivateurs faisant valoir leur propre fonds, ont le plus grand intérêt à se clore mutuellement.
On pourrait nous objecter que les clôtures exigent dans les grandes propriétés trop d’entretien , et sont conséquemment trop dispendieuses; ou que, dans les petites, elles absorbent une portion notable de terres qui seraient plus utilement soumises à la culture; mais, indépendamment des avantages que nous avons cités, il est certain qu’on peut se clôturer à peu de frais, et que des clôtures peuvent être établies sans preudre beaucoup de terrain.
Les clôtures se divisent en trois catégories : 1° clôtures consistant en fossés ou en murs de pierres, de terre ou de pisé ; 2° clôtures de haies vives ; 3° clôtures faites avec des palissades en bois ouvré, en fer, etc.
Chacun peut donc choisir le mode qui lui convient, et ne dépenser en clôtures qu'une somme peu importante. Nous ferons observer toutefois qu'une clôture doit paraître ce qu’elle est; il ne faut pas qu’elle ne soit qu'un leurre et qu'elle occupe inutilement de la place; il faut la faire solide ou n’en pas faire.
Les propriétés rurales de quelque étendue devraient être environnées d’nn fossé, d'une largeur et d’une profondeur suffisantes pour les garantir contre les déprédations du dehors, et si l’on pouvait introduire dans ce fossé l'eau d'un
ruisseau, ou atteindrait plus sûrement le but. Mais souvent ce moyen n'est pas praticable; souvent aussi le fossé occupe beaucoup de terrain, et si on ne l'entretient pas avec soin, l’éboulement des terres finit par le combler.
Un autre procédé, tout-à-fail différent du précédent, consiste à élever, dans les endroits où le terrain est profond, un tertre de 1™ 50 de hauteur et de 1“ 75 à 2m de base. Les deux versants de cette éminence sont plantés d’arbres pivotants reliés entr’eux. Cette clôture est très-solide ; et lorsqu'elle est bien entretenue, elle est d’un bon rapport. Le chêne convient beaucoup pour cet usage.
On agira de même pour les terrains élevés et pierreux , seulement l'exhaussement ne sera plus que de 0“ 50 de hauteur sur 1“ de largeur. Afin de donner à cette clôture plus de solidité, on entrelacera les branches des arbres qu'on y aura plantés, au lieu de les tailler comme cela se pratique ordinairement pour les haies. Dans ces terrains on n’a pas à craindre les rejetons, à moins qu'on n’étêlc les arbres pour en faire des fagots. L'orme, dont les racines sont souvent à nu, sera très-utile pour garnir la haie et maintenir le terrain sur lequel elle est établie.
Il existe encore d'autres genres de clôtures avec haies et fossés; nous les avons représentées dans notre planche \XX1V, (ligure I à 15).
Les haies , lorsqu'elles sont bien entretenues , sont préférables aux murs et aux palissades ; elles forment une clôture tout aussi efficace, tout aussi difficile à franchir, et beaucoup plus agréable. Elles ne restreignent pas la propriété à des limites déterminées, dans l’enceinte desquelles on est pour ainsi dire emprisonné; elles unissent, au contraire, le paysage extérieur au paysage intérieur. Le regard franchit les haies sans les apercevoir ; ou s’il les aperçoit , elles ne lui apparaissent que comme une plantation faisant partie de l’ensemble général.
Une bonne haie doit être impénétrable, et pour cela, il faut qu'elle soit faite d'arbrisseaux robustes, très-touffus, et munis d'épines dures, longues et acérées. L'aubépine a paru
jusqu'à ce jour l'espèce d'arbuste le plus propre à faire des haies défensives, lorsqu'elle a été plantée sur deux rangs, et que pour donner au lias le moyen de se garnir , on ne s'esl pas trop hâté de la laisser monter. Toutefois, on la remplace assez avantageusement par l'acacia, le houx, le genévrier commun, etc. Dans les terrains secs et élevés, l'acacia vaudrait peut-être mieux que l’aubépine; il en est de même du jonc marin , qui serait une excellente clôture s'il ne laissait souvent des espaces vides et découverts.
Les murs qu’on bâtit comme clôtures sont ircs-coùleux ; de plus, ils sont sujets à une dégradation qui est plus ou moins prompte, suivant leur exposition et suivant la nature des matériaux qui les composent. Ces murs se construisent de différentes manières. On peut les établir de façon que leur base se trouve au niveau du sol environnant, ou qu’elle repose sur un terre-plein boisé d'un côté; enlin on peut les établir dans le fond d’une tranchée, comme dans la figure 5.
Les murs formés de pierres sèches ou de cailloutage sont . facilement franchis ou ébranlés. Us sont peu dispendieux, mais leur durée est très-limitée, et ils donnent une idée mesquine du propriétaire qui les a fait élever.
Les clôtures en palissades, en pieux ou en bois mort sont peu durables et peu sûres; elles coûtent plus que les haies en aubépine et ne sont pas d'un aussi bon effet. Pour qu’une clôture en palissades remplisse son but, il faut qu’elle soit faite avec des poteaux et des traverses. Les bois qui entrent dans sa construction doivent être de bonne qualité ; les parties qu'on enfonce dans la terre doivent y être parfaitement consolidées au moyen de traverses et de poussards qu’on aura soin de carboniser ou d’enduire de ciment hydraulique, alin que l'humidité du sol ne les pourrisse pas ; faute de ces précautions , elles dureraient peu et leur entretien serait trèsonéreux.
Les propriétés closes exigent des barrières pour les besoins de l’agriculture; leur construction doit être simple. iVous donnerons différents genres de barrières , depuis le plus simple jusqu’au plus compliqué.
— l'Ji —
Dans un aûlre article nous parlerons des plus nouveaux systèmes de clôtures destinées au parcage des animaux.
dm logruicnlM de* nnlmnux domcMtlqur*.
Les considérations que nous avons à exposer sur cette partie importante de l’économie rurale, sont fondées sur ce principe, que les animaux doivent toujours être maintenus en parfait état de santé.
La construction des logements des animaux de trait, de rente, ete., laisse en général beaucoup à désirer, surtout en France. Nous regrettons de dire que la négligence et l’apathie des cultivateurs sont, la plupart du temps, la cause de l’insalubrité de ces logements, et la perte d’engrais, qui en est la conséquence, ne contribue pas peu à rendre l’agriculture stationnaire dans une grande partie de ce pays. Cependant, en négligeant ainsi les moyens peu coûteux de remédier à un tel état de choses, ils en éprouvent tous les premiers un grave préjudice, et ce préjudice devient souvent pour eux une cause de ruine.
La ventilation des écuries et des étables, et le prompt écoulement des urines sont les plus urgentes améliorations à apporter dans les logements des animaux. Le sol doit en être sain et exempt d’humidité; par ce motif, il ne doit pas être moins élevé que le sol environnant. Si l’écurie ou l’étable est encaissée de plusieurs côtés, il faut l’isoler des pentes supérieures, par les moyens que nous avons indiqués précédemment.
Le pavement de toute écurie doit avoir une pente suffisante pour l’écoulement des urines, qui doivent de là être dirigées vers la citerne à purin, alin que rien ne soit perdu.
Les courants d’air qu’on établira dans les logements des animaux ne devront pas agir directement sur cox, et cependant ils devront toujours être assez puissants pour chasser les miasmes dangereux. Dans ce but l’air frais sera introduit par des ouvertures placées près du sol, cl l’air vicié s’échappera par d’autres ouvertures pratiquées au niveau du pla-
fond. Les cheminées d'appel sont le moyen le pins efficace pour l'assainissement des écuries.
Dans la plupart des exploitations situées près des villes, les cultivateurs sont dans l'usage de laisser s'accumuler le fumier des litières, parce qu’ils pensent (pie la chaleur et l'humidité sont favorables à la production du lait ainsi qu’à l’engraissement du bétail ; c’est une erreur, et, quels que soient les soins qu'on apporte dans le choix des aliments, il sc produit encore de nombreux cas de maladie ; la ventilation que procurent les portes et les fenêtres est souvent pernicieuse. Dans les étables fermées hermétiquement pendant la nuit, l’air malsain qui s’y forme en grande quantité ne trouve pas d'issue pour s'échapper. C'est principalement à cette eause qu'il faut attribuer les maladies qui font tant de victimes.
Dans une écurie ou étable non aérée, lorsque les animaux sont couchés, ils ne peuvent respirer que l’acide carbonique qui en occupe la partie inférieure ; afin d'être mieux à l'aise . et d’avoir de l'air rcspirablc, ils sont forcés de rester debout, lorsqu'ils auraient le plus besoin de repos ; c’est pour le bétail une cause de dépérissement à laquelle on ne fait pas assez attention.
Le remède le plus simple à cet inconvénient serait d’établir, dans les angles du local, quatre cheminées d'appel, dont la partie inférieure sc trouverait à 0m 25 du sol, tandis que la partie supérieure dépasserait le toit.
Lorsqu’on entre le matin dans une écurie ou étable dans laquelle on a négligé l'aérage, on est frappé de l’odeur fétide dont l’air est imprégné; si on pose par terre une chandelle allumée, elle ne tardera pas à s’éteindre; ce qui est une preuve de l'absence totale d’oxigène et de la présence de l'acide carbonique, lequel gaz est aussi impropre à la combustion qu'à la respiration.
Les pavements doivent être imperméables, et cependant il est peu de cultivateurs qui les emploient; ils les considèrent comme trop dispendieux. Il est pourtant incontestable que l’infiltration des liquides à travers le pavement est une cause
d'insalubrité, en même temps qu’elle cause la perte de la meilleure partie de l'engrais.
Le procédé suivant, qui n'exige que peu de frais, donnera l'imperméabilité au sol des écuries. Après avoir tassé et nivelé le sol avec la dame, on le recouvrira d’un lit de pierres concassées de l’épaisseur d'environ S centimètres. Celte couche de pierre sera arrosée d'un lait de chaux maigre, sur laquelle, lorsqu’elle sera sèche, on étendra une couche de béton de 0 centimètres d’épaisseur. Ce béton sera composé de deux parties de sable lavé, ou fin gravier, d'une partie de briques ou tuileaux concassés de la grosseur d’un centimètre carré, et d’un tiers de chaux éteinte par immersion. Pour éteindre la chaux par immersion , on la dépose sur le sol après qu’il a été préalablement nettoyé, on la mouille avec un arrosoir, on la met en tas et on la recouvre alors de sable qu'on humecte légèrement. La chaux ne tarde pas à se déliter et à se réduire en poudre. S’il se forme des crevasses, il faut avoir soin de les recouvrir de sable afin de concentrer la chaleur. On hat ensuite ce mélange dans une auge avec des pilons, jusqu'à ce qu'il devienne humide et qu'il ait la consistance du mortier ordinaire.
Lorsque ce béton est étendu sur l uire qu’on veut recouvrir, on le bat encore, et on renouvelle cette opération tous les jours, jusqu'à ce que la balte ne laisse plus d’empreinte. Cet enduit acquiert la solidité de la pierre; il est par conséquent impénétrable aux urines.
De» chemin* «l'exploit ni Ion et de* plantations» d’arbres».
Les chemins de grande ou de petite communication, voisins ou éloignés d’une ferme, ne peuvent être indifférents pour celui qui l'exploite. Aussi cette considération entre-t-elle pour beaucoup dans le choix d’un emplacement; les chemins sont les liens qui rattachent le corps de la ferme aux terres qui en dépendent.
Les chemins qui relient entre elles plusieurs communes, appelés chemins de annule vicinnlilé, sont entretenus aux
frais des départements, îles provinces ou des communes; quant aux chemins vicinaux, ils sont entièrement à la charge de ces dernières.
Les chemins de grande vicinalilé sont d’une immense utilité pour l'agriculture, quoique quelquefois ils soient la cause de certains dommages pour les propriétés riveraines, qui se trouvent plus exposées que les autres aux maraudages des bestiaux, lorsque les chemins ne sont pas bordés de fossés ou de haies. D’un autre côté, lorsqu’ils sont bordés d’arbres, l’ombre que projettent ces arbres et l’extension de leurs racines , font quelque tort aux terres voisines ; ces inconvénients augmentent à mesure que les arbres avancent en âge.
En parcourant la France et 1a Belgique, on est frappé de la largeur qu’ont les chemins communaux dans beaucoup de localités. Celte largeur, qui ne devrait être que de 6 mètres, eu a quelquefois le double et même davantage. Cet excès u’est nullement nécessaire ; c’est du terrain perdu qu’on devrait rendre à l’agriculture. Parfois plusieurs chemins sont presque parallèles l’un à l’autre, peu distants l'un de l'autre et desservant les mêmes points.
Ne pourrait-on pas, par des dispositions nouvelles, améliorer cet état de choses? Il uc s'agirait que de supprimer un de ces chemins? Un éprouverait peut-être quelques difficultés pour desservir toutes les parties du territoire d’une commune, mais on pourrait y suppléer par quelques chemins placés perpendiculairement aux premiers. Il y aurait économie sous le rapport de l’entretien , et les propriétaires y gagneraient aussi.
Les chemins de communication sont, en général, entretenus d'une façon déplorable ; ils manquent de fossés , ou , s’il s’en trouve , ils ne sont pas établis de façon à servir utilement à l’écoulement des eaux.
Souvent, au lieu d’étre convexes, afin que les eaux n’y puissent séjourner, ils sont concaves; des ornières profondes ne tardent pas à s’y former, et il arrive presque toujours que faute de quelques soins les chemins ruraux sont impraticables pendant la mauvaise saison. Si, lorsqu'une ornière se
creuse , le cultivateur avait le bon esprit , en allant aux champs avec scs attelages, de charger sa voiture de quelques pierres, ou à défaut de pierres, de quelques mauvaises fascincs, l’ornière serait bien vite comblée; mais il n’en est pas ainsi : plutôt que de prendre ce parti , il aime mieux imposer à ses bêtes une fatigue inutile et détruire ses véhicules. Est-ce par négligence qu'il agit ainsi, ou n’cst-ce pas plutôt par le motif que ce chemin sert à d’autres qu’à lui 1 Cet égoïsme qui nous empêche de rien faire les uns pour les autres est condamnable sous tous les rapports.
Il importe que les agcnls-voycrs surveillent cet état de choses et forcent les cultivateurs à entretenir au moins les parties qui bordent leurs terres. Que les chemins qui desservent leurs propriétés soient en mauvais état , et qu’ils y brisent leurs attelages , cela les regarde , mais ce n’est pas une raison pour que les chemins qui servent de communication entre diverses communes ne soient pas entretenus.
Si tous les chemins étaient entretenus avec tout le soin que demande leur conservation , on ne verrait pas autant d’ctnhlissemcnls ruraux privés souvent de communications avec les bourgs ou les villages voisins pendant quatre mois de l'année. Les mauvais chemins sont très-préjudiciables à l’agriculture. Le grand nombre de, bêtes de trait qui deviennent alors nécessaires aux charrois de toute nature, augmentent les frais de l’exploitation et diminuent d’autant la valeur locative de la ferme.
Lorsque les chemins d'exploitation sont faits en déblai ou en remblai, et qu’on veut en changer la position, cela exige le plus souvent une dépense considérable à cause de la grande quantité de terre qu’il faut remuer. Avant donc d’entreprendre un travail de cette nature, il faudra mûrement réfléchir, mais il n'v aura pas à hésiter quand il s’agira d’établir des communications plus faciles avec telle ou telle localité.
Les pluies abondantes ravinent les chemins et sont une des causes les plus actives de leur dégradation. Ce fait se produit surtout dans les chemins en pente ou encaissés; pour améliorer leur état, il faut empêcher l’eau d’y arriver
en en détournant la direction au moyen de fossés. Cet expédient n’est pas toujours praticable lorsqu’il s'agit d’un chemin encaissé entre deux coteaux et qui n’a pas la largeur nécessaire ; on doit se contenter alors de le niveler le mieux possible tout en lui laissant une pente suflisantc pour l’écoulement des eaux. On établira quelques drains sur les deux côtés, à une profondeur convenable pour assécher le milieu; ces drains ou fossés seront remplis de pierres non jointives; elles seront égalisées à leur surface et on y placera des fascines perpendiculaires au fossé ; la terre retirée du fossé sera employée à recouvrir les fascines et le milieu du chemin (1).
Les chemins en bois qui sont en usage en Angleterre dans les exploitations rurales, rendent de grands services pour le transport des engrais. On les établit principalement dans la partie du domaine où les transports sont le plus considérables, et on les déplace sans dilliculté lorsqu'on a besoin d’opérer dans une autre direction.
Ils sont composés de rails en bois de sapin ou de pin sec, de 4'" aO de longueur, sur lesquels sont attachés des bandes de fer. Ces rails s’enchâssent les uns dans les autres. Ce système permet à un seul cheval de traîner de très-lourdes charges.
Dans les pays où le bois est commun, l’usage de ces chemins mobiles serait très-utile à l’agriculture; ils ne nécessiteraient pas un aussi grand nombre de chevaux de trait affectés aux transports.
De» plantation** d'arbre**.
Les plantations embellissent les routes et les chemins ; elles donnent de l’ombre pendant l’été aux voyageurs, et leur servent de guide, soit dans les plaines exposées aux inondations, soit dans les pays de montagnes où les routes et les
(1) Ce moyen, que nous avons employé avec succès dans les terres marécageuses, est fort simple, peu dispendieux, et peut être exécuté par tous les cultivateurs lorsqu'ils ont termine les travaux des champs.
précipices qui les bordent disparaissent souvent sous les neiges.
Dans la plupart des grands chemins les arbres sont plantes sur le bord extérieur du fossé ; on devra choisir de préférence les espèces qui conviennent le mieux au terrain et qui produisent un bois utile, telles que le chêne, le hêtre, le peuplier , etc. : les arbres fruitiers conviennent mieux aux chemins dépendant des exploitations agricoles.
Lorsque les arbres sont d'une nature telle que leurs branches couvrent un large espace, il faut augmenter l’intervalle qui les sépare, alin qu’ils ne nuisent pas au prompt assèchement des chemins après les pluies, et qu’ils laissent un libre passage aux rayons solaires et aux courants d'air. Si les arbres convenablement espacés sont utiles et agréables sur les bords des chemins, il n’en est pas de même des haies continues plantées sur les hautes levées de terre, et qui, dans certaines contrées, bordent les voies de communication. Outre les facilités qu'elles donnent aux malfaiteurs, elles interceptent la ventilation, entretiennent une humidité pernicieuse et empêchent l’écoulement des eaux pluviales dans les fossés. Les bois cl les forêts qui s’étendent jusqu'au bord des chemins sont bien plus préjudiciables encore à leur entretien.
Si les plantations nflYent de nombreux avantages pour la viabilité et l'agrément des chemins, elles ont aussi des inconvénients dont il faut chercher à atténuer les effets par un bon choix d'arbres et par un élagage intelligent cl approprié aux circonstances locales.
Les plantations paralysent l’influcnec des vents dominants; elles sont donc très-utilement placées autour des batiments qu’on veut abriter et auxquels elles donnent un aspect plus riant ; elles sont aussi une source, de revenus pour le cultivateur, et elles exercent une grande influence sur la santé «les habitants.
Si les arbres étaient trop rapprochés des bâtiments, ils y entretiendraient l'humidité, en paralysant l'action du soleil et en empêchant la circulation de l'air. Il ne faut pas non
plus k-s planter au hasard ; on doit toujours choisir le coté le plus exposé aux mauvais vents.
Les massifs d'arbres verts sont très-utiles dans les climats où les hivers sont longs et rigoureux; ils préservent les habitants et les animaux des vents froids qui les affectent et qui développent chez eux des maladies inflammatoires.
Les massifs d’arbres verts sont nuisibles en été , parce qu’ils sont un obstacle à la circulation et au renouvellement de l’air. S’ils offrent de la verdure en hiver, ils présentent, après tout, plus d'inconvénients que d’avantages; aussi conseillons-nous de les faire alterner avec d'autres essences ; l'effet eu sera plus pittoresque, et lorsqu'on mêlera dans l'ensemble quelques arbres à haute tige, le coup d’œil sera plus varié : ces derniers, en outre, auront l'avantage de servir de paratonnerres, ce qui n’est pas sans importance pour les bâtiments d'une exploitation.
IN** verger».
L’étendue d’un verger est le plus souvent déterminée par l'étendue de ('exploitation agricole dont il fait partie, ou bien par la quantité de terrain dont on peut disposer. Les meilleurs fruits sont destinés à l’usage des habitants de la ferme, ou ils alimentent les marchés; ceux qui sont d'une qualité inférieure servent à la nourriture des animaux domestiques, ou sont employés à la fabrication du vinaigre.
La plupart du temps le verger n’est fermé que par une haie vive; il est attenant au jardin potager. Les arbres qui le garnissent sont plantés en quinconce; lorsqu'ils sont arrivés à une certaine hauteur , et lorsqu’on a ensemencé d’herbe et de trèfle tout le sol du verger, l’ensemble forme un joli tapis de verdure, sur lequel paissent et s’ébattent les bestiaux.
Lorsque les vergers ont acquis tout leur développement, ils ne peuvent plus servir qu'aux pâturages; mais lorsqu'ils sont nouvellement créés, on peut les utiliser comme jardins potagers.
On ne plante pas un verger comme un massif, ou comme une bordure de route: il faut avoir egard à la disposition des racines et faire alterner les arbres à racines pivotantes avec les arbres «à raeines traînantes.
Le cultivateur ne doit rien négliger pour avoir dans son verger les meilleures espèces d’arbres à fruits. Si ces arbres sont de bonne qualité, il en retirera un revenu certain; et cependant l'imprévoyance des cultivateurs est telle qu’ils ne font aucune attention à la nature des arbres qu’ils plantent, et que les fruits qu’ils en retirent sont d’une mauvaise qualité. Un arbre de la pire espèce occupe autant d’espace qu’un arbre qui produirait de bons fruits, et les soins qu’il demande sont les mêmes.
Il est notoire que la plupart des arbres de nos vergers donnent des fruits à peine dignes de servir d’aliments à l'homme. Leur mauvaise qualité doit les faire rejeter, cl il est absolument nécessaire d’entrer à cet égard dans la voie des améliorations , surtout depuis que l’exportation est devenue si facile , et qu’elle prend des développements qui assurent à nos produits un prompt écoulement à des prix largement rémunérateurs.
Les cultivateurs doivent chercher à tirer parti de tous les produits de leur exploitation. En adoptant franchement les améliorations indispensables, ils trouvent des bénéfices là où souvent ils n’ont rencontré que des pertes et des déceptions; c’est à eux surtout qu'il appartient d’opérer certains changements qui, favorisés par les bonnes dispositions du maitre, donneront à nos vergers un aspect nouveau. Les arbres de choix feront disparaître de nos marchés les fruits médiocres qui s’y étalent trop souvent.
Il n’est pas besoin pour en arriver là d’arracher les arbres; s’ils sont encore jeunes, on pourra se contenter de regreffer les maîtresses branches ; par ce moyen on récoltera quelques fruits la deuxième année , et au bout de cinq ou six ans on ne s'apercevra pas que l'arbre a été rceépé, son couronnement s’étant complètement reformé.
Les communs efforts que feraient les propriétaires et les
cultivateurs pour améliorer les arbres à fruits, devraient être secondés par la sévère vigilance de la police, nlin d'empêcher la vente des fruits malsains ; si ecs efforts étaient combinés , le progrès que nous réclamons serait réalisé dans quelques années.
Le cultivateur qui crée un nouveau verger, et qui possède un légumier suffisant pour les besoins de sa famille, pourrait tirer parti du terrain de son verger , en garnissant les intervalles laissés entre les arbres d’arbustes qui fructifient de bonne heure.
Le terrain qu’on destine à être converti en verger doit être défoncé au printemps ; la plantation aura lieu en automne dans les sols secs cl légers, et après l’hiver dans les terrains humides. Elle se fera toujours par un temps sec , afin que la terre soit assez meuble pour se loger dans les interstices des racines ; s'il en était autrement, la terre délayée formerait autour des racines une espèce de mortier qui, en se durcissant, arrêterait la pousse de nouvelles racines.
Les vergers ne demandent que peu de soins, surtout lorsqu’ils sont plantés en arbres de bonne qualité.
La meilleure exposition est celle du midi , la plus mauvaise celle du nord ; l’exposition du levant n’est pas moins propice que celle du midi, surtout dans les terres chaudes.
Les vergers servent souvent au parcage du bétail, du moins pendant une certaine partie de l’année; il est donc nécessaire que les jeunes arbres soient préservés des atteintes des animaux. On emploie à cet effet des espèces de palissades en bois ou en fer; ce dernier mode est surtout préféré en Angleterre; nous donnons quelques-uns de ces entourages dans la planche XL.
Jardin» polagera-frnJtlem.
Le jardin potager annexé aux exploitations agricoles doit avoir une étendue proportionnée aux besoins des membres de la famille cl des animaux de la ferme. Il regardera le midi, et son sol sera assez profond cl assez meuble pour qu’on
puisse le cultiver en toute saison. Il lie sera pas dominé par des arbres à haute line, car l'ombre projetée par ees arbres intercepterait l’air et les rayons du sideil. S’il est entouré de murailles, elles ne seront pas trop élevées si l’on veut éviter les mêmes inconvénients.
La forme du jardin n’est pas indiiïérenle ; s'il est long et étroit les produits en seront médiocres.
Le sol doit être friable , à la profondeur de 0"’ 60, car il existe des végétaux qui, pour arriver à leur maturité, enfoncent leurs racines à celte profondeur. Le sous-sol ne devra pas être traversé par des sources; on évitera ainsi les drains et les fossés d'assèchement , et l'on obtiendra par cela même une économie notable d'espace et de main-d'œuvre.
La terre qui convient le mieux à un jardin potager est celle qui est rielte et meuble; la plus mauvaise est celle qui est composée d’argile tenace ou de sable léger. Le verger se trouvera toujours à proximité de l'habitation du fermier ; il sera ainsi sous la main et formera une dépendance trèsagréable de la ferme. Il importe qu’il soit abrité contre les vents du nord par des massifs d’arbres, par des murailles ou par des bâtiments.
On ne devra jamais l'établir dans un endroit bas ou humide, car les brouillards et les gelées tardives lui seraient nuisibles; ni dans un endroit trop élevé, où l’action des vents nuirait à la végétation, et où l'on serait exposé à manquer d'eau. Il faut donc le placer dans un terrain qui tienne le milieu entre ees deux extrêmes. L'inclinaison du sol n’est pas sans influence sur la qualité de ses produits; il faut donc la prendre en sérieuse considération , car il est dillicilc de la changer. Si cette, inclinaison regarde le midi, elle sera favorable aux produits ; le contraire arrivera si elle regarde le nord.
L’exposition du sud demande un sol composé de terre franche et profonde ; celle du sud-est est préférable dans certaines contrées , parce que les chaleurs de l’été y sont moins nuisibles aux plantes potagères.
Sous le climat d une partie de la France et de la Belgique, on doit éviter l'exposition à l'ouest, par le motif que les pluies
froides du printemps viennent de ce côté, et en automne eetle situation est trop accessible aux ouragans qui tourmentent les arbres et font tomber les fruits avant leur maturité. On ne doit donc s'orienter de ce coté que lorsqu'on ne peut pas faire autrement.
La déclivité du terrain, lorsqu'elle n’est pas très-sensible, est avantageuse, à la condition toutefois que les eaux de pluie descendant du sommet n' entraînent pas les terres avec elles vers la partie la plus basse. Il en sera ainsi dans les terrains dont la pente ne dépasse pas 4 à 5 centimètres par mètre. Si l'inclinaison était plus prononcée, il faudrait, alin que les eaux pluviales n'occasionnent pas de dégâts, diviser le jardin en terrasses, et soutenir ces terrasses par des murs en maçonnerie ou en pierres sèches, au-devant desquels on pourra planter des espaliers.
Le terrain destiné au jardin potager doit être défoncé , amendé et fumé convenablement ; la division et le nivellement des plates-bandes et des compartiments seront en rapport avec son étendue ; il en sera de même pour les chemins.
Deux choses sont à observer lors de la plantation des arbres fruitiers : I" la distance la plus agréable à l'teil et la plus favorable aux arbres ; et 2“ les espèces les plus convenables. Pour éviter toute méprise , il faut se représenter quelle sera la hauteur, quel sera. le développement des arbres après une croissance de quinze années. La croissance n'est pas uniforme pour toutes les espèces d’arbres et ne peut être calculée d'après leur âge.
Dans les jardins fruitiers-potagers d’un demi-hectare ou environ , on plante les arbres à la distance de 4 mètres , et cette distance va jusqu’à 7 mètres dans les jardins de grande étendue. On aime assez à planter les arbres les uns près des autres dans un jardin de médiocre grandeur, afin d'en avoir un plus grand nombre. Cette méthode ne peut être admise qu'à la condition qu’au bout de quinze ans on enlèvera un arbre sur trois, car après cette période ils commenceraient à se gêner réciproquement. Ceux qu'on sacrifiera auront porté
des fruits pendant line douzaine d'années et auront payé avec usure les frais d'achat cl d’entretien. Nous ferons la même recommandation pour les grands jardins; on y récoltera des fruits pendant quelques années, et lors de l’enlèvement des arbres superflus, on aura encore du bois qui pourra servir à différents usages.
La répartition des arbres dans les plates-bandes doit être calculée de manière que si plus tard on doit faire des suppressions, elles ne portent pas sur les arbres placés aux angles.
Outre les arbres à fruits plantés dans les plates-bandes qui entourent les carrés de légumes, il s’en trouve encore d’autres qu'on taille en pyramides, et qui s’élèvent ordinairement jusqu'à la hauteur de 7 à 8 mètres, sur un diamètre de 2 à ô; entre ces pyramides ou plante des arbres nains taillés en buissons.
On ne doit admettre, dans un jardin légumier-fruitier, que les meilleures espèces d'arbres, dont la variété est presque infinie. On n’v laissera entrer les espèces communes que pour la fabrication du vinaigre ou pour l’usage de certains animaux.
L’idée qui prévaut lorsqu’on plante un jardin est celle d'avoir des fruits de bonne heure; c’est pour ce motif qu’on ne plante ordinairement que des arbres déjà formés, et qui, dès la seconde année , donnent des fruits en assez grande abondance.
Si c’est le propriétaire qui plante des arbres pour son propre usage, il tiendra à ce que tous ses arbres soient de première qualité. Il n’en sera peut-être pas de même pour le fermier-cultivateur , parce que les arbres qui portent les meilleurs fruits ne sont pas toujours les plus fertiles et ne produisent pas chaque année, tandis que souvent les arbres à fruits médiocres fournissent d’abondantes récoltes. Une autre considération lui fera encore préférer ceux-ci : les fruits de choix ne se conservent pas longtemps , et la vente d’une grande quantité de fruits de qualité ordinaire rapporte plus que la vente de fruits qui seraient excellents . mais dont la quantité serait faible et la production difficile à obtenir.
Aussi trouve-l-on dans presque lous les jardins, où la vente des fruits entre pour une assez grande part dans les revenus, cinquante arbres médiocres sur deux ou trois de qualité supérieure, et cela parce que ceux-ci rapportent beaucoup moins que les autres.
Les abris naturels ou artificiels jouent un grand rôle dans la production des jardins. Les arbres à fruits délicats doivent être placés aux meilleures expositions ; les arbres à fruits médiocres doivent aussi être préservés des vents d'ouest.
Les jardins de nos climats ont besoin d'abri , et les murs leur sont nécessaires pour que certains fruits arrivent à leur maturité. Il faut se garder de planter les arbres trop près des murs, les fondations gêneraient le développement des racines.
Les arbrisseaux qui croissent près des murs sont toujours un repaire d'insectes et de petits quadrupèdes, lesquels font continuellement des invasions dans le jardin et y occasionnent beaucoup de dégâts; il faudra donc laisser quelque distance entre les arbustes et le mur.
Les murs de jardin se recouvrent d'un chaperon en briques , mais avant d’établir ce chaperon , on pose ordinairement, à un mètre de distance l'un de l’autre , des morceaux de bois faisant une saillie de 80 à GO centimètres ; c’est sur ces morceaux de bois qu’on attache les petits paillassons destinés à protéger les espaliers contre la grêle et la gelée.
DFH FVFRF.PRISFS F\ I.FMIHF
K T DK. S MOYENS DE CO N. S Tft L'IRE AVEC ÉCONOMIE.
La plupart des propriétaires ont le goût de la bâtisse, et ce goût fait naître chez eux le désir d’étendre et d’embellir leurs demeures; mais il faut qu’une sage prudence les guide dans le choix et dans la disposition des matériaux qu'ils veulent employer.
Il est peu de personnes qui u’aient construit un bâtiment
complet , ou 'lu moins «|iii n’aient arrangé leur habitation 'l'une façon plus ou moins commode et agréable.
Quelle que soit la nature des travaux à exécuter, on ne doit leur donner que les dimensions, la forme et l’étendue appropriées aux services qu’ils doivent rendre. Toutes les parties doivent être en harmonie parfaite et avoir chacune leur utilité réelle. Toute superfluité entraîne augmentation de travail et par conséquent augmentation de dépense.
Avant de se livrer à la construction ou à l’amélioration de bâtiments ruraux, il faut que le propriétaire ou son régisseur en fasse une étude attentive et réfléchie. Si les travaux à faire exigent des connaissances spéciales , il faudra avoir recours à un ingénieur ou à un architecte.
Tout projet doit embrasser l’ensemble ; autrement on s'exposerait à ne faire que des choses incomplètes et vicieuses. Il doit comprendre aussi les éludes faites sur le terrain, pour que chaque article puisse figurer avec exactitude dans la rédaction des devis.
Toute construction ou projet d'amélioration sera donc accompagné de plans et de devis ; les plans représenteront les travaux à exécuter; ils seront faits sur une échelle qui permettra d’en saisir tous les détails. Il convient qu’ils soient cotés , c’est-à-dire qu’ils portent leurs mesures précises en plans, élévations et coupes, afin de faciliter le tracé sur le terrain. Sans celte précaution il faudrait avoir constamment le compas à la main.
Un projet, pour être complet, doit comprendre les plans, coupes cl élévations des différentes faces de la construction; quelques détails doivent y être annexés, afin d’aider l’intelligence de celui qui est chargé de l'exécution. Ceux-ci doivent être tracés sur une échelle plus grande que celle des plans d'ensemble et être représentés suivant différents profils.
Le rferi s est l’estimation présumée de la dépense; c’cst un mémoire qui a pour but de suppléer à l’insuffisance des plans, et de compléter les notions que ceux-ci ne peuvent donner. Il est accompagné du cahier des charges et comprend quatre parties distinctes : I" le but de l’entreprise: 2° le
mode d'exécution des travaux; 5° l’estimation de chaque partie (cette estimation doit être faite d’après les prix courants, et avec le plus d’exactitude possible); 4" les conditions de mise en œuvre des matériaux; l'ordre des travaux et les époques de paiement.
Nous entrerons dans les détails après avoir parlé des entreprises en général. Il faut se garder de toute modification pendant le cours d’une construction , car le plus petit changement fait après coup en entraine d’autres. Prenons pour exemple le premier objet qui se présente, et supposons que l’on ait omis d'indiquer une ouverture pour éclairer une chambre ou un dégagement. Celte opération nécessitera un châssis, cl pour cela il faudra avoir recours 1*’ au maçon pour pratiquer l’ouverture; 2° au charpentier pour la pose des linteaux ; 5° au menuisier pour construire le châssis ; 4" au plafonneur pour refaire les embrasures et les raccordements; 5° au serrurier pour les ferrements; 6° au peintre pour la mise en couleur ; 7° au vitrier pour la pose des verres.
Il en sera de même pour toutes les parties d’une construction; cl pourtant on ne fait le plus souvent aucune attention â ces détails, aussi est-on tout surpris lorsqu’on jette les yeux sur le total de la dépense. Chaque chose en elle-même, prise isolément, parait un mince objet, mais quand le tout est réuni, la dépense se trouve quelquefois doublée, ce qui n’arrivcrail pas si l’on réfléchissait avant de bâtir.
Après s’être décidé pour tel ou tel genre de construction et arrêté le chiffre de sa dépense, on fera choix de l’architecte et des entrepreneurs. On donnera au premier ses instructions quant à l’ordonnance du bâtiment et quant à la somme qu’on veut dépenser.
Ce choix n’est pas chose indifférente , car la distribution d’un bâtiment, de quelque nature qu’il soit, influe considérablement sur sa valeur réelle.
De nos jours , beaucoup de gens prennent le titre d'architectes, mais combien en est-il qui le méritent? Il faut éviter de s’adresser à des hommes qui ne sont que des peintres ou
dos dessinateurs en bâtiments , qui ne voient que ki décoration et les embellissements, qui ne s'inquiètent pas de la dépense, cl qui souvent même ne sont pas en étal de l'apprécier.
Il faut se défier aussi de ceux qui n'ont nulle expérience, des constructions ; la bonne volonté ne sullit pas, la pratique est indispensable, et elle ne peut s'acquérir qu’avec du temps et du travail. On peut rencontrer chez eux de la probité, du zèle et du goût, mais tout cela ne sullit pas. Souvent le désir de briller les domine, et il faut les payer comme s’ils possédaient à fond la connaissance de leur art. Rangeons -les dans la classe de ces donneurs d’avis qui veulent inoculer aux autres les idées qu'ils n’ont pas eux-mémes. Si nous suivions aveuglément leurs conseils , nous augmenterions d'une manière effrayante la main-d'œuvre cl la dépense.
Choisissons pour architecte un homme qui possède en maître les principes sur lesquels il base scs compositions, et qui se rend compte des effets que chaque partie produira. Il doit avoir un goût et des talents connus, une grande intelligence et beaucoup d’activité. Celui qui ne sait s'exprimer que sur le papier, fût-ce de la manière la plus brillante, n'est qu'un homme ordinaire ; il faut qu'il joigne à cela la pratique et l'expérience.
Les services d'un architecte ne se renferment pas dans la construction ; il doit savoir discuter, car s’il s’élève des difficultés entre vous et les entrepreneurs ou les voisins, il faut qu'il puisse défendre vos droits, et pour cela il faut qu’il connaisse les lois et règlements qui régissent la matière. Il doit savoir faire un devis , établir un cahier de charges , vérifier les toisés et les mémoires; c’est-à-dire, cire capable d’apprécier tous les travaux de construction, d’en discerner la bonne cl la mauvaise qualité, afin de pouvoir réduire les prix s’ils sont exagérés. A chaque instant, il se rencontre des questions à discuter; comment s’en acquittera-t-il, s'il n’a pas d'expérience? Il doit être initié à tous les travaux du bâtiment, et connaître non-seulement l'espèce et la qualité des matériaux, mais encore l’emploi qu'on en doit faire: eu
mi mut, il faut qu'il soit tout à la fuis maçon, charpentier, menuisier, serrurier, etc.
Le propriétaire ne chargera pas son architecte de payer les entrepreneurs, et celui-ci ne demandera pas à en être chargé : c’est une aiïaire délieate qui peut compromettre sa réputation et engendrer les plus graves abus.
.Nous ne saurions admettre qu’un architecte entreprenne pour son compte des travaux dont il aurait donné les plans, car on ne peut être à la fois juge et partie dans la même cause.
Les propriétaires sont généralement victimes de celui qui fait son état de l’entreprise, et si l’un des entrepreneurs est d’intelligence avec les autres, votre dépense se trouve augmentée sans que vous vous en doutiez ; si c’est, par exemple, un maître maçon qui ordonne les travaux, vous aurez à payer au charpentier plus que si l'architecte avait donné les indications nécessaires, laie pièce de bois qui , relativement à sa longueur, aurait pu sullire avec un équarrissage de O"1 15 carré, en aura un de 0m 20, si ce n’est plus. Ce. n’est qu’une quantité presque imperceptible de plus sur chaque face , et le mailrc maçon l’accepte sans rien dire , par crainte de représailles.
Il en est de même pour tout le reste. Un architecte qui ne possédera pas complètement la pratique des constructions, sera exposé aux mêmes périls. Les entrepreneurs le mettront à l’épreuve; ils le séduiront s’ils le peuvent; malgré la probité la mieux établie, il sera dupe de leurs manèges, et le propriétaire paiera un excédant de dépense inutile.
Nous avons remarqué que dans les villes secondaires de la France et dans les communes rurales, de simples maîtres maçons dressent des plans cl prennent la direction de travaux considérables. Cela est d’autant plus fâcheux, que, manquant des connaissances nécessaires, ils ne produisent la plupart du temps que des constructions dénuées d’art et de goût.
On doit choisir pour chaque partie de travaux, des maîtres ouvriers actifs, vigilants et habiles. Il serait même à désirer
qu’ils eussent un peu de fortune; ils pourraient mieux choisir leurs matériaux et leurs approvisionnements. Il leur serait aussi plus facile de faire exécuter de bons ouvrages, n’étant pas obligés de recourir aux expédients pour se procurer les équipages nécessaires , et pour remplacer ceux qui viendraient à se détériorer. Un atelier bien fourni est on ne peut plus précieux dans les constructions. L'entrepreneur aisé a de grandes ressources; celui, ait contraire, qui ue l’est pas, est continuellement embarrassé pour subvenir au paiement de ses ouvriers et de ses fournisseurs. A prix égal, l’un perd cl l'autre gagne.
Ce n’est pas une raison pour faire choix d’un entrepreneur opulent, accoutumé à une vie luxueuse, car il cherchera alors des bénéfices proportionnés à ses dépenses ; de plus , il négligera les travaux de ses clients, et il s’en rapportera souvent à des commis ou agents qui, parfois infidèles, feront tort à lui-mème et au propriétaire. De là naissent les tromperies et les mémoires frauduleux ; celui qui est chargé du toisé, ne pouvant se baser que sur les renseignements qu’on lui donne, n’opère qu'imparfaitemcnl, cl cortime le règlement des comptes se fait d'après le toisé , il en résulte des contestations.
L’entrepreneur qui montre trop d’ardeur, et qui est à la piste de tous les travaux qui se présentent , est un homme dangereux : si , de grand matin , il se rend sur le chantier avant l’arrivée des ouvriers, c’est son intérêt particulier qui l’y conduit ; tantôt c’est pour donner à un mauvais travail une apparence satisfaisante ; accompagné de quelques affidés, il cherchera à faire passer pour pierre ce qui n’est que moellon , en le cachant avec des dalles ou avec le restant inutile des sciages ; tantôt c’est pour employer de mauvais matériaux, rebut des chantiers; une autre fois, c’est pour déguiser avec art la profondeur des fondations, qui n’est pas conforme au devis.
On le voit, les deux extrêmes sont à éviter. Le plus sûr est de se servir comme entrepreneur d'un homme actif, zélé, amoureux de son ouvrage; celui-là sera économe, il ne
souffrira pas de désordre; ses ateliers seront propres et bien approvisionnés ; il connaîtra le mérite de chacun de ses ouvriers, et saura les employer à propos. On voit avec plaisir ses chantiers, où les pierres sont classées par catégorie d’équarrissage , où l'on n’a pas besoin de recourir à chaque instant au calepin des appareilleurs ; il sait ce qu’il doit faire pour éviter les grands déchets, et tirer tout le parti possible de ses matériaux. Au seul coup de marteau de ses tailleurs de pierres, il les apprécie, et sait quel salaire il doit donner à chacun d’eux.
Est-il appelé à diriger une construction? D’un coup d’œil il voit si les aplombs sont observés, si les manœuvres font bien les mortiers, si, dans le nombre de ses ouvriers, il n’y en a pas de maladroits ; il examine la qualité et la quantité de l'ouvrage fait d’un jour à l’autre ; enfin il observe tout avec la plus grande vigilance.
L'entrepreneur qui fait des plans et qui s’immisce dans les attributions de l’architecte, sort de sa sphère ; il est aussi dangereux que l’architecte qui veut entreprendre, ou qui se charge de payer les entrepreneurs. C’est plutôt l’ambition et l’amour du gain, que le désir d’étre utile qui les conduit l'un et l’autre.
Il faut se délier de l'entrepreneur qui proposerait de produire un mémoire basé sur les dépenses qu’il a faites ; s’il ne court aucun risque, il lui est indifférent que ses ouvriers travaillent ou perdent leur temps ; que les matériaux soient plus ou moins chers ; que les déchets soient plus ou moins considérables ; au contraire, plus il dépense , plus il gagne. Les ouvriers connaissent cette manière d’opérer de leur maître ; ils agissent en conséquence, et ils ménagent leurs bras. Une journée de ces ouvriers conduits par des piqueurs qui leur ressemblent « n’équivaut pas à une demi-journée d’ouvriers travaillant sous un inaitre vigilant.
Pareille opération se fait pour les matériaux ; la valeur en est indiquée au taux le plus élevé qu’elle ait jamais atteint dans le courant de l’année ; le déchet est plus considérable que si l’ouvrage avait été conduit par une personne inté-
ressëe à les épargner; les gravois sont par conséquent en plus grande quantité, et leur enlèvement est plus coûteux. Les tombereaux plus ou moins chargés, sont toujours comptés comme s’ils étaient pleins. ,
Parfois les commis ou piqueurs sont infidèles; ils font des transports pour leur compte, et alors le temps et les matériaux sont à la charge de eelui qui fait bâtir. N’en accusez pas l'entrepreneur, il l'ignore souvent ; il paie ec qu'on porte sur le rôle, il n'en connaît pas davantage.
Lors de la reddition des comptes, on ajoute un dixième eu sus comme part de bénéfice, c’est l'usage ; on ne peut se récrier contre ce qui est légitime en apparence. Le propriétaire pense avoir fait une bonne opération, mais il s'en faut qu'il en soit ainsi ; l'ouvrage lui revient à plus de moitié en sus de ce qu'il lui aurait coûté , s'il l'eût payé d’après le toisé.
Celte esquisse n'a rien d’exagéré ; elle ne fait que résumer ce qui se voit tous les jours dans les entreprises de construction.
Pour éviter ces inconvénients , on se jette quelquefois dans un autre; on confie son entreprise en bloc à un seul entrepreneur. Cette méthode a aussi ses dangers; car on ne peut pas toujours évaluer d'une manière précise la totalité de la dépense que doit occasionner la construction d'un bâtiment.
Il faut qu'il bénéficie sur chaque genre d'ouvrage ; comme chaque sous-cnlreprencur doit bénéficier aussi sur la partie qui lui est confiée, et. ce qu'il y a de plus fâcheux dans celte habitude, c’est qu'apres avoir satisfait l'entrepreneur, ou n'a encore que des ouvrages imparfaits. Dans les travaux faits au rabais, chacun vise au bénéfice, et cela au détriment des matériaux cl de leur mise en œuvre.
Cette manière de bâtir a aussi ses inconvénients, car si d'un côté l'on saità quel chiffre s’élèvera la dépense, le moindre changement apporté dans la construction dénature l’entreprise.
Il faut que les dimensions et le poids des matériaux soient la base de toute combinaison, et que les prix soient raison-
nables; c’est le seul moyen d’être bien servi. Il ne s’agit plus alors que de veiller à l’exécution des elauses du marché qui a été conclu à l'avance.
Si l’on bâtit avec une économie parcimonieuse, et si l’on veut se passer d’entrepreneur, on s'expose à des dépenses plus considérables (pie celles qu’on s’était proposées. Quelques soins, quelque attention, quelque vigilance qu’on déploie, on n'éprouve que des embarras ; les inconvénients se multiplient à l'infini ; on supporte seul tout le fardeau d'une opération très-épineuse. Il faut avoir l'argent continuellement à la main pour payer les ouvriers. Les fournisseurs ncfonlqu'un crédit très— limité ; il faut répondre à tout. C’est une situation fatigante et pénible pour celui qui n’eu a pas l’habitude.
En résumé, nous conseillons de s'adresser à de bons cl loyaux entrepreneurs. L’architecte, de son célé, peut éclairer le propriétaire à cet égard, et se charger de la conduite des travaux.
Nous avons dit plus haut qu'un devis bien fait devait comprendre quatre parties distinctes : 1° le but de l'entreprise, 2° le mode (T exécution, 5° l'estimation, 4° les conditions de mise en œuvre.
La première partie a pour objet de stipuler d'une manière précise le but des travaux, leurs conditions économiques, leur étendue et leur durée, ainsi que la garantie qui reste ordinairement imposée à l'entrepreneur après l'achèvement des ouvrages. Tout cela doit être étudié avec le plus grand soin, rédigé avec précision etclarté, afin d’éviter les erreurs de quantité, les omissions et les fausses évaluations. Tout ce qui est écrit d’une manière ambiguë, peut donner matière à des contestations et devenir une source de procès.
Dans la seconde partie, qui traitera du mode d'exécution, on indiquera la nature des matériaux de toute espèce qui seront employés , leur volume, la main-d’œuvre auxquels ils donneront lieu, et principalement les qualités qu’ils devront posséder; les approvisionnements qui devront être effectués, et les moyens de transport.
L 'estimation sera divisée en deux parties : la première contiendra les quantités des divers matériaux nécessaires à chaque partie de la construction. Ces quantités seront obtenues soit par le métré, soit par le poids, ou comptées séparément. La seconde partie sera le résumé de la première, auquel on joindra les prix afTércnts à chacun des ouvrages. Les estimations partielles réunies formeront l'évaluation totale des travaux.
Il est d'usage, dans les devis, d’ajouter une somme supplémentaire à celle qui résulte de l’ensemble. Cette somme supplémentaire peut varier du vingtième au dixième ; clic est destinée à faire face aux omissions, aux variations de prix, aux cas qui n'ont pu être prévus, à l'insuffisance des quantités employées ou à des erreurs. Celte addition est indispensable, surtout s'il s'agit de travaux de réparations, d'ouvrages de terrassement ou d'épuisement.
Le chapitre des condition .1 comprendra toutes les clauses propres à assurer l'exécution des travaux. Il indiquera notamment les époques de commencement et d’achèvement des ouvrages, la quotité de l'indemnité qui sera due par l'entrepreneur en cas de suspension des travaux, etc. On y spécifiera aussi les bénéfices que l’entrepreneur doit retirer de l'entreprise, ainsi que les époques de paiements. Souvent, lorsque l'entreprise est considérable, ces paiements s'effectuent para-comptes, au fur et à mesure de l'avancement des travaux. Si le paiement ne doit se faire qu’après l’achèvement total, il devra toujours être précédé de la vérification du métré.
Ces précautions ne suffiraient pas seules pour mener à bonne fin une entreprise; il faut que des stipulations particulières règlent la garantie des travaux et préviennent les difficultés qui pourraient se produire entre le propriétaire et l'entrepreneur pendant le cours des travaux.
En suivant cette marche, on pourra être exempt d'embarras et d'inquiétudes. Les entrepreneurs sont obligés par la loi de garantir leur travail pendant un laps de temps déterminé. .Si durant cet intervalle il arrive quelque aceidcnt par suite de
mal-façon, l'entrepreneur est obligé de le réparer, parce qu’il est responsable de son œuvre.
De quelque façon qu'une entreprise soit faite, il est trèsimportant pour le propriétaire qui fait exécuter des travaux, de surveiller activement les ouvriers de l’entrepreneur, afin d'empêcher l’emploi des mauvais matériaux. Toute négligence sous ce rapport peut compromettre la solidité et occasionner des accidents. Les personnes qui ont agi sans prendre ces précautions sont à plaindre, car il est bien diflicile de remédier au mal lorsqu’une fois il s’est produit.
Des Adjudications. — Une administration ou un propriétaire qui veut faire élever une construction quelconque, peut choisir entre trois systèmes d’entreprise : 1° l’entreprise à forfait, dans laquelle tous les travaux sont entrepris conformément aux plans, devis et cahiers des charges, pour un prix total convenu à l’avance; 2" l’entreprise sur bordereau, dans laquelle les travaux sont exécutés par un entrepreneur qui sera payé suivant le métré des ouvrages; 3° l'entreprise en régie, dans laquelle l’administration ou le propriétaire qui fait bâtir enrôle les ouvriers et achète les matériaux.
La première chose dont on doit se préoccuper lorsqn’on ordonne des travaux , c’est leur bonne exécution ; on veut des ouvrages exécutés selon les règles de l’art, avec des matériaux de la meilleure qualité. La condition du bon marché ne doit jamais être dominante.
Le travail en régie offre des inconvénients graves et nombreux, meme en supposant chez tout le monde de l’honnêteté et de la bonne foi. Ce sont, d’ordinaire, certains agents de l'administration elle-même qui achètent les matériaux et engagent les ouvriers; or, ecs matériaux, ils se les procurent de préférence chez des amis ou chez des personnes qui leur sont recommandées, et qui leur fournissent des objets de qualité ordinaire au prix le plus élevé possible. Il n'en est pas de même de celui qui achète pour son compte,- et à qui l'intérêt prive tient les yeux ouverts. Celui-là, plus difficile et plus clairvoyant, obtiendra ce qu'il y a de meilleur et à des condilions plus avantageuses. A l'égard des ouvriers, même manière
d’agir, mômes résultats. Les agents administratifs procureront des maçons, des charpentiers, maison n’aura, pour le salaire ordinaire, ni les meilleurs maçons, ni les meilleurs charpentiers; bien plus, on devra se considérer comme fort heureux si l’on n’a pas même les plus médiocres. Avec de tels éléments, les travaux marcheront lentement et seront exécutés tant bien que mal.
Comme on le voit, le système de régie ne peut donner, en règle générale, que des matériaux d'une qualité secondaire, des ouvriers inhabiles et de l'ouvrage défectueux.
Lorsqu'il s'agit de la restauration d'un bâtiment publie, il est démontré qu’on ne peut travailler ni au métré ni à forfait; il ne s’agit pas ici de faire vite et économiquement, le temps et l'argent ne sont que l'accessoire : ce qu'il faut avant tout, c’est faire bien. Pour atteindre ce but, il faut choisir des ouvriers d’une capacité reconnue, et prendre pour entrepreneur du pour surveillant, un homme qui connaisse parfaitement l'emploi et la mise en oeuvre des matériaux. Cette surveillance pourra être confiée à un chef ouvrier qui aura à cœur de mener à bonne lin le travail dont il aura été chargé. Si l’on adopte ces principes, on ne doit pas craindre de travailler en régie.
D'après ce qui précède, puisque la régie convient aux restaurations de bâtiments publics où il faut de bons matériaux et une main-d’œuvre soignée, on pourrait dire avec raison que r/ui peut le plus, peut le moins, et qu'on est en droit d’espérer quelques avantages de ce système, là où il ne faut ni autant de soin ni autant d'habileté. Mais nous ne. proposons pas la régie aux administrations , par le motif qu'elles ne doivent pas exécuter leurs travaux elles-mêmes et se substituer aux industriels, aux maitres établis, qui font partie de la commune et de l’État, et qui paient des impositions pour exercer leur industrie. Une administration ne doit pas se faire, par l’intermédiaire de ses agents, mailrc maçon, charpentier, plâtrier, etc.; cela est nuisible à l’industrie privée.
Les adjudications publiques sc font ordinairement au rabais. Elles offrent trois variétés principales : l'adjudication au
feu des enchères, l'adjudication sur soumission cachetée, et enlin un système mixte, comprenant la soumission cachetée suivie d'un rabais.
Adjudication au feu des enchères. — Ce mode est injuste et immoral ; les entrepreneurs se trouvent quelquefois tellement surexcités, qu'ils entreprennent à trop bas prix et qu'ils sc ruinent. Plusieurs causes concourent à produire cette surexcitation et à amener des baisses exorbitantes et déraisonnables : I" le désir ardent d’étre adjudicataire, afin travailler et de gagner ; 2" l'amour-propre, l'esprit de rivalité, la jalousie de méfier qui 11e nous permettent pas, devant une assemblée nombreuse, de laisser le dernier mot à notre concurrent; 3° la rapidité des feux, qui 11c donne le temps ni de faire un calcul ni dé réfléchir, qui ôte à l’enchérisseur tout sang-froid, et le livre à la passion du moment; 4° enfin l’illusion que l'homme se fait si naturellement sur son propre mérite, et ce penchant qui nous porte à croire que nous valons mieux que les autres.
L’adjudication aux enchères est aussi contraire aux intérêts de l’administration. En effet, il peut arriver ceci : l’adjudicataire a entrepris à des prix trop bas, et quand cet homme aura recouvré son sang-froid, il reconnaîtra qu’il a fait un mauvais marché, et que son entreprise sera ruineuse pour lui. Alors il mettra tout en œuvre pour éviter le malheur qui le menace. 11 cherchera à tromper l’administration par tous les moyens, et le cahier des charges sera pour lui un arsenal où il cherchera incessamment des armes contre elle. Les clauses mêmes les plus claires ne seront pas à l'abri de scs objections; il dira toujours : vous êtes trop sévères; il est possible que la lettre soit pour vous, mais j’ai pour moi l’esprit du contrat ; il se fera une arme redoutable de l’équité , il criera qu'on veut le ruiner, qu'on est injuste, qu’on agit arbitrairement, vexatoirement. Et cet entrepreneur, devenu ainsi chicanier et de mauvaise Toi, ne sera pourtant pas toutà-fait inexcusable; il sera plutôt à plaindre qu’à blâmer.
Ce mode d’adjudication présente encore d’autres inconvénients ; plus d’un entrepreneur novice et peu expert, quelque-
fois meme des gens toul-à-fail étrangers à l'art des constructions, viennent y prendre part sans calculs préalables, sc fiant aux calculs de leurs concurrents; ils agissent alors sans connaissance de cause et en aveugles, il est à remarquer que l'adjudication aux enchères facilite singulièrement la fraude.
La plupart dcS concurrents présents sc connaissent; ils peuvent donc se concerter avant ou pendant les enchères.
La même chose a lieu, sous une forme différente, dans une adjudication sur soumission cachetée. Les entrepreneurs présentent des soumissions exagérées, afin de faire accepter une soumission qui l’est moins, mais qui est encore trop élevée.
Les inconvénients qui résultent pour une administration d'avoir un entrepreneur à trop bas prix, sont les mêmes dans tous les cas. L'entrepreneur ambitieux ou ignorant, lorsqu'il écrit sa soumission dans le calme et la solitude, n’en est pas moins excité à soumissionner à des prix faibles, par l'incertitude où il sc trouve des prix que demanderont ses concurrents. Il sait que tel ou tel entrepreneur a l'habitude de faire de forts rabais; il exagère le sien pour s’assurer l’entreprise. \
Une adjudication au rabais se fait le plus souvent au profit d'un entrepreneur incapable et insolvable. Il est vrai que l’administration a prévu ce cas, en se réservant le droit de ne pas adjuger à la soumission la moins élevée ; mais comment user de ce droit sans provoquer de vives et quelquefois très-justes réclamations? Lin individu soumissionne pour la première fois ; il n'est pas connu, mais il présente une caution. Quels motifs allègucra-t-on pour ne pas lui adjuger les travaux, si ses chiffres sont les pins bas ? Voudra-t-on arguer de son incapacité ou de son immoralité? Discutera-t-on la solvabilité de la caution? En théorie, cela est possible, mais en fait, c’est une chose complètement impraticable, et nous ne pensons pas qu'il existe une seule administration qui n'ait été victime de ee système.
Les conditions d’une entreprise peuvent varier ; elle peut se faire ou sur bordereau, ou à forfait.
L'entreprise à forfait, pour présenter quelques garanties,
— ii I
exige ([ue «le pari et d'autre ou puisse traiter en parfaite connaissance de cause, c'est-à-dire qu’on se rende un compte exact de l’importance des travaux à exécuter, cl du montant approximatif de la dépense. Mais comment connaitra-t-on l'importance des travaux? Sera-ce avec des plans, des métrés et des cahiers de charges, tellement complets que rien n’y soit omis, ni des quantités, ni des qualités requises. Nous voulons bien que l'entrepreneur sache à quoi s'en tenir sur ce qui doit être fait; il n'en fera toujours que le moins possible et avec le moins de dépense; il exécutera strictement les travaux désignés, et rien de plus. Or, quel est l’architecte qui peut être assuré de ne rien omettre dans son travail? N’oubliera-t-il pas quelque détail ? D'ailleurs est-il possible de tout dire dans un plan et dans un métré? Entre la bonne fa«;on et la mauvaise il y a tant de nuances, que sans pouvoir dire qu’un ouvrage est bien fait, vous ne pourrez légalement le refuser. Il y aura toujours d’intérêt de l’entrepreneur qui le portera à travailler au meilleur marché possible, et s'il est adroit, il saura se maintenir dans des limites telles que le directeur des travaux, quelque mécontent qu’il soit, ne pourra pas y trouver à redire.
Vent reprise sur bordereaux de prix présente les mêmes inconvénients, mais à un degré moindre. Si l’entrepreneur a encore intérêt à travailler aux prix les plus bas, il n'a pas intérêt à supprimer une pierre, une brique , une pièce de bois, une ancre, un clou, car tout ce qu’il fournit lui est payé.
Toute administration doit donc rechercher le mode d'entreprise qui lui procure des ouvrages bien faits, à un prix sufflsamment rémunérateur des peines de l’ouvrier; dès-lors il est évident qu’aucune adjudication au rabais ne. peut lui convenir. Il suffit de se demander comment peuvent être réalisés ces rabais, quelquefois énormes, pour voir les dangers et tous les vices de ce système. Car il faut admettre que l’architecte qui dresse un devis connaît son métier, et sait appliquer à chaque chose le prix le plus convenable. Comment donc l’entrepreneur pourra-t-il faire un rabais sur ce prix, et se réserver en même temps un bénéfice légitime? Sera-ce sur la main-
d'œuvre? Mais le prix de la journée est à peu près le même partout, et ee n'est qu’en employant de mauvais ouvriers qu'on pourra éeonomiser sur leurs salaires. Sera-ec sur le coût des matériaux? A qualités égales, il n’est pas possible (pie leur prix varie de 5 à 10 p. 0/0, et cette différence ne. suffit pas pour permettre un rabais de 5 p. 0/0 sur toute une entreprise. Comment donc l’entrepreneur s'indemniscra-t-il de son rabais? C’est évidemment en fournissant des matériaux médiocres, ou en réduisant la quantité de ecs matériaux et la qualité de la main-d’œuvre. L’adjudication va donc directement contre le but que se propose toute administration, avoir des ouvrages bien faits.
Le travail en régie doit être repoussé comme nuisible à l’industrie; reste donc l’exécution sur bordereaux. C’est là, en effet, le seul mode qui nous paraisse compatible avec la dignité et la moralité des administrations.
11 nous semble que pour sauvegarder à la fois et les intérêts de l’industrie particulière et ceux de la classe ouvrière, l’administration pourrait dresser un tarif pour chaque nature d'ouvrage, tarif qui subirait toutes les modifications que nécessiteraient les variations de prix des matières premières ; puis elle répartirait le plus équitablement l'exécution de ses travaux entre tous les entrepreneurs ; il n’y aurait ni préférence ni injustice. De plus , ce tarif deviendrait une règle pour les particuliers. Chacun connaîtrait les prix que paie l’administration, et pourrait se régler sur eux lorsqu’il aurait à faire exécuter un travail quelconque. Le propriétaire ne serait plus livré à la merci des entrepreneurs, et l’administration deviendrait pour tous ceux qui font travailler un guide utile, un arbitre respecté.
Le système des adjudications n’a pas peu contribué à introduire dans les travaux la fraude et l’immoralité ; l’entrepreneur et le propriétaire sont devenus comme deux ennemis aeharnés, se surveillant et s'espionnant sans cesse, toujours en lutte ouverte ou cachée, cherchant à se faire le plus de mal possible, il serait bien temps que la probité et la confiance reprissent leur place dans ees relations aujourd'hui si
désagréables. L’exemple venant d'en haut, les administrations renonçant à agir comme de simples particuliers, en cherchant à réaliser le plus grand bénéfice, il y a mille raisons de croire que les entrepreneurs, à leur tour, renonceront aux gains illicites, et se contenteront d’un bénéfice raisonnable. Alors disparaîtront tous ces chevaliers d’industrie, sc disant entrepreneurs, qui, n’ayant rien à perdre, risquent tout et font des rabais incroyables pour obtenir une adjudication. Qu’ontils à craindre en effet? Ils ne paient ni les fournisseurs ni les ouvriers , et lorsqu'à la fin ils sont forcés de se déclarer en faillite, ils ne sont pas plus pauvres qu'auparavant, et ils ont vécu largement et joyeusement pendant quelques mois.
Nous avons pu comme architecte, et par la pratique des constructions , être à même de connaître tous les incidents qui peuvent survenir pendant le cours des travaux. En dévoilant ici une partie des abus qui se commettent le plus souvent dans ce genre d’industrie, nous avons eu surtout en vue d'étre utile à ceux qui veulent bâtir.
Nous ne croyons donc pas qu'on puisse nous blâmer d'avoir mis à jour quelques-unes des fraudes et des machinations employées par les entrepreneurs. Plusieurs peut-être se reconnaîtront dans le tableau que nous en avons tracé, aucun n’osera accuser nos intentions; ce serait se démasquer. Que les coupables sc corrigent et notre but sera atteint.
DfMcrlptlon de la métairie, planche XXXVI.
Cette habitation, d'un aspect agréable, est simple, commode cl économique; elle convient parfaitement pour y loger un bomme, sa femme et deux enfants. Elle est élevée sur une terrasse, afin que les différentes chambres qui la composent soient sèches et salubres.
i est le vestibule d’entrée; — 2. Cuisine; — 3. Chambre à coucher des enfants; — 4. Chambre des parents; — 5. Laiterie; — (i. Trou à houille ; — 7. Buanderie (dans celle dernière est placé l’escalier du grenier); — 8. Dépôt aux outils de jardinage; — 9. VVater-closet ; — 10. Dépôt aux divers
ustensiles de ménage; — H. Hangars; — 12. Vacherie; —