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TROISIÈME ARTICLE

Des pierres artificielles. — L’invention des pierres artificielles remonte à l'antiquité la plus reculée , et selon nous cette invention est due à la rareté des pierres naturelles propres aux constructions , en même temps qu’à la difficulté de se procurer des matériaux d’un plus petit échantillon.

Les briques sont composées de terre argileuse ; elles se divisent en briques crues ou durcies au soleil, briques cuites ou durcies par la cuisson , briques ordinaires, briques réfractaires, briques pleines, et briques creuses.

Les briques sont d’une Irès-grande utilité; elles remplacent utilement les pierres dans les localités où celles-ci sont peu communes; elles résistent bien au feu et à l’humidité. Leur force à l’écrasement permet de les employer pour la construction des murs , et leur légèreté les rend précieuses dans la construction des voûtes; clics adhèrent énergiquement aux mortiers , et , lorsqu’elles sont de bonne qualité , elles résistent aussi bien que les pierres naturelles aux intempéries de l’air.

Les dimensions des briques varient suivant les lieux, mais leur forme générale est celle d’un parallélipipèdc rectangle, dont la longueur est égale à deux fois la largeur , et celle-ci à deux fois l'épaisseur.

Briques crues. — L’usage des briques crues date des temps les plus anciens. On les emploie encore fréquemment dans les pays méridionaux , malgré les altérations que leur font subir les pluies et l’humidité. (1)

(!) Nous avons vu ces briques employées aux alentours de Reims, dans des bâtiments à plusieurs étages, dont l’aspect est à la fois agréable et propre. Ces briques ont 0“ 30 de longueur , 0® H de largeur et 0“ 08 d'épaisseur. Quelquefois elles ont 0™ 30 de longueur et 0m 13 de largeur , sur 0m 13 d'épaisseur. Elles sont presque toutes faites avec la bouc que les habitants recueillent sur les routes; on les façonne dans des moules, comme les briques ordinaires. Cette bouc est un mélange d'argile , de silex et de craie.

Les briques crues, pour être de bonne qualité , doivent être faites d'argile blanche ou rouge mélangée de sable. La fabrication doit avoir lieu au printemps et à l'automne, et non pendant les chaleurs de l'été, car alors la dessiccation se ferait trop promptement , et les briques se fendilleraient et se gerceraient presque aussitôt.

On ne doit employer les briques crues que lorsqu’on a reconnu quelles sont parfaitement sèches; faute de cette précaution, elles se détériorent rapidement aux influences atmosphériques.

Il faut éviter de se servir de briques crues dans les endroits bas et humides , à moins que les parties qui se trouvent en contact avec le sol ne soient construites avec des matériaux plus résistants. Afin d'empêcher la détérioration des murs construits en briques crues , il est important de recouvrir ceux-ci d’un crépissage à la chaux ou d’un mélange de chaux, d’argile et de boue , ou enfin d’un enduit de lait de chaux étendu à plusieurs couches. Par ces moyens on empêche l'humidité de se communiquer aux briques , et l’on obtient , lorsqu’on à soin d’appliquer ces enduits en temps opportun, des constructions d'une assez longue durée.

Les briques crues ne doivent être mises en œuvre qu’au bout de deux années ; il ne faut pas moins de temps pour que toute humidité en ait disparu.

Les briques faites avec des terres arides ou graveleuses, boueuses ou sablonneuses ne conviennent pas : les premières sont lourdes, et les pluies décomposent les secondes.

Les briques cuites sont d’un usage très-répandu, principalement en Angleterre, en Belgique et en Allemagne. Elles sont moins employées en France, où elles ne servent que pour les constructions légères, si ce n'est toutefois dans les départements dépourvus d’autres matériaux de construction. Et cependant la brique possède plusieurs qualités qui doivent militer en sa faveur; en efTet, si la pierre de taille donne aux constructions une solidité incontestable , la brique a l’avantage d’être plus légère, plus économique et d’un em-

ploi plus Tacite; aussi convient-elle parfaitement pour les étages supérieurs des habitations.

La bonne qualité des briques dépend du choix de la terre, de la préparation de cette terre et du moulage; étant cuites, elles doivent avoir de la dureté et ne point se ramollir à l'eau, résister à la gelée , avoir de la sonorité, et ne présenter ni fentes ni souillures.

Le peu de soins qu’on apporte en général dans la confection des briques, nous engage à indiquer les moyens de les fabriquer d’une manière plus convenable. Disons d'abord que la confection des briques comprend quatre opérations :

1° Le choix et la préparation de la terre;

2° Le moulage ;

3° La dessiccation ;

4“ La cuisson.

Choix de In terre. — L’argile commune est celle qui convient le mieux pour faire des briques ; elle ne doit être ni trop grasse, ni trop sablonneuse. Dans le premier eas, elle donne une pâte qui se déforme et se gerce soit par la dessiccation, soit par la cuisson; trop sablonneuse, elle donne des produits poreux, absorbants, friables et sans consistance. Il faut une terre qui tienne le milieu entre ces deux excès. A la terre trop maigre, on ajoutera de la terre plus grasse; si elle est trop grasse ou trop forte, on parera à cet inconvénient en la mélangeant avec du sable ou de la terre sablonneuse. Mais ces mélanges sont toujours coûteux ; il ne faut y avoir recours que lorsqu’on ne peut se procurer une terre qui réunisse toutes les conditions requises.

La terre à briques doit être pure, car si elle contient des petits cailloux, des pyrites, du calcaire , l’opération de la cuisson détruit l’homogénéité des produits ; si la terre est mélangée de calcaire, celui-ci se change en grumaux de chaux qui, lorsqu’ils se délitent par l’humidité, font éclater les briques qui les contiennent. Aussi est-il indispensable, si l’on veut avoir des briques de bonne qualité, de dégager la terre de tous les corps étrangers qui peuvent s’y rencontrer.

La mauvaise qualité des briques ne peut venir que du

mauvais choix de la terre, ou du peu de soin qu'on apporte dans la fabrication ; aussi conseillons-nous à ceux qui sont dans l’intention de bâtir, de faire quelques essais préalables; ils acquerront par ce moyen des indications précises sur la qualité des briques faites avec la terre qu’ils auront choisie. A eet cITct, ils feront façonner quelques petites briques qu’ils feront ensuite sécher lentement, et cuire dans un four de potier, ou dans un four à chaux.

, Rien n’est plus facile que de s’assurer de la qualité des briques lorsqu'elles sont fabriquées sur une grande échelle, en examinant si la terre a conserve la forme que lui avait donnée le moulage, si le produit a la dureté et la consistance voulues, s'il est inattaquable à la gelée, etc.

La terre, par la dessiccation cl la cuisson, subit un retrait plus ou moins prononcé ; il est important de s’en rendre compte , afin de donner aux moules les proportions nécessaires.

Préparation des terres. — La terre destinée à la fabrication des briques s'extrait ordinairement avant l’hiver; on la laisse exposée à l’air pendant toute cette saison , en ayant soin de la remuer de temps à autre. Celte opération est trèsutile ; elle rend la terre plus facile à travailler que celle qui est récemment extraite. Cependant il est certaines espèces de terre qui ne s'améliorent pas par l 'hivernage; l’expérience guide les briqueliers à cet égard.

La préparation de la terre a pour objet de la diviser par des moyens quelconques, de la purger des matières étrangères qu’elle contient, et d'en former une pâle homogène avec le moins de frais possible.

Le corroyage de la terre se fait au printemps ; on ajoute à la terre une certaine quantité d’eau, de manière à la réduire en pâte d’une consistance semblable à celle du pain. Le corroyage peut se faire soit par le piétinement des hommes ou des animaux, soit au moyen de machines ; mais les résultats obtenus des machines sont loin d’être satisfaisants. Elles ont bien la propriété de mélanger les substances, mais elles ne sauraient, comme l’ouvrier, rejeter les pierres qui se trouvent

souvent dans les argiles. Cependant on peut, lorsque l'on veut faire des briques de premier choix, se servir avec succès d’un moulin où la terre , après avoir été préalablement corroyée, passe entre deux cylindres en fer. La pâte qui en sort est liante, homogène et prête à être jetée dans le moule.

Ce procédé, qui n'est pas dispendieux, devrait être employé de préférence au piétinement, opération longue, fatigante et dangereuse pour la santé des ouvriers.

Les Anglais, qui apportent un grand soin dans la préparation des terres destinées à faire les briques , se servent d’appareils pour le foulage et le corroyage de la terre. Des expériences faites avec soin et souvent réitérées, ont prouvé que la résistance d’une brique faite avec de la terre bien corroyée, est souvent presque double de celle d’une brique faite avec de la terre corroyée imparfaitement.

Le décolorage de la brique se fait en ajoutant une certaine quantité de poussière de coke à la terre avant de la faire passer au moulin. Cette addition de coke rend la brique plus légère, plus poreuse et moins snjetle à se déformer pendant la cuisson. La sciure de bois donnerait le même résultat; on l’emploiera donc avec succès toutes les fois qu'on pourra s’en procurer facilement.

Les briques reçoivent des dimensions et des formes différentes, selon les exigences des constructions auxquelles on les destine. Ainsi, pour les voûtes, on se sert de briques qui ont la forme de voussoirs; de briques coniques, pour la construction des puits ; de briques creuses, pour les voûtes légères; quand il s’agit de faire des moulures, on leur donne la forme de quart de rond, de cavct, de tore, etc. Le moulage a lieu dans des formes en bois ou en fer, dont les dimensions doivent excéder celles des briques de tout le retrait que l’expérience aura constaté.

De nombreuses machines ont été inventées pour remplacer le travail manuel des ouvriers briquetiers; mais ceux-ci possèdent une si grande habileté dans leur art, qu’elles n’ont pu, jusqu'à ce jour, leur faire une concurrence bien sérieuse. Ln bon ouvrier briquetier, lorsqu’il est bien secondé par scs

aides, et que la terre n’est pas trop ferme, peut confectionner dans un jour d’été de 9 à 10 milles briques. 11 est vrai que si celte extrême rapidité a des avantages , elle ne s’obtient trop souvent qu'aux dépens de la qualité et de la beauté du produit, ce qui est très-préjudiciable à la durée des constructions ; il conviendrait d’apporter plus de soin qu’on ne le fait généralement au moulage de la terre , et d’adopter des procédés moins grossiers, dut-il en résulter une certaine perte de temps et un léger surcroît de dépense. Les procédés suivis chez nos voisins, les Anglais, fourniront à cet égard d'utiles indications; ils feront connaître les causes de l’énorme différence qui existe entre les produits des briqueteries anglaises et celles de quelques autres pays. Pour agir avec ordre, nous allons donner le mode d’opérer en France, en Belgique et en Angleterre.

Procédé français et belge. — Le mouleur pose le moule sur la table ou établi, le remplit en pressant la pâte avec la main, et unit la surface supérieure avec un petit rouleau en bois appelé plane, qu'il replonge chaque fois dans un baquet d’eau placé près de lui. Sur l’établi se trouve, également à la portée du mouleur , une petite bûche appelée minette , contenant du sable bien sec , et un petit couteau appelé râlissette, pour nettoyer le moule.

C’est l'ouvrier mouleur qui indique la consistance que doit avoir la pâte ; mais comme sa main-d’œuvre est ordinairement payée par mille, on doit faire attention à ce qu'il ne la demande pas trop molle, afin d'aller plus vite. Le mouleur n'a pas d’autre fonction que celle de remplir les moules qu'un aide-apprenti prépare en les plongeant dans l'eau, puis dans le sable, dont ils restent couverts, jusqu'à ce que le mouleur s’en empare.

Le mouleur, à chaque reprise du moule, jette du sable sur son établi , alin d'empêcher la pâte d’y adhérer. Le porteur prend le moule par ses parties saillantes dites oreilles , et le transporte dans une position verticale jusqu’au séchoir, où il dépose la brique molle ; c'est une aire bien battue et bien plane, recouverte de sable fin; là il renverse son moule à

— ÔO.ï —

plat, et, en donnant un petit eoup sec, il détache les briques, qu’il retire avec précaution, afin de ne pas détériorer les arêtes.

Procédé anglais. — Autant les moules de nos briquetiers sont grossiers, autant ceux des Anglais sont soignés ; ainsi, les moules que nous employons sont faits de planchettes en bois blanc fortifiées de bandelettes en fer; les leurs ont beaucoup de ressemblance avec les nôtres, seulement ils sont garnis sur leurs bords et intérieurement de bandelettes en fer poli, le tout ajusté avec le plus grand soin. M. Demanet, dans son Cours de construction, a décrit de la manière suivante le travail d'un atelier de mouleurs anglais :

« L’établi du mouleur, au lieu d’étre une table grossière, est formé d’un madrier dont la surface supérieure est parfaitement dressée et portée sur quatre pieds. A l’une de ses extrémités (à gauche du mouleur), sont placées deux petites cases ; l'une est remplie de sable pour saupoudrer le moule; l’autre contient une trentaine de planchettes en bois blanc, bien planes et d’une surface un peu plus grande que la plus grande face de la brique. A la même extrémité sont assemblées perpendiculairement deux petites solives, placées à l’arête intérieure de la table et soutenues horizontalement par des pieds ; ces deux solives laissent cnlr'cllcs un petit espace , maintenu constant par une planche clouée sur leur surface inférieure ; leur face supérieure affleure celle de la table, et elle est garnie de deux tringles en fer carré, formant une sorte de petit chemin de fer. On verra plus loin l’usage de cet appareil.

« Le moulage se fait comme nous l’avons décrit plus haut; mais au lieu de passer le moule plein à l’apprenti, qui court le décharger sur le sol de la briqueterie , le mouleur dégage lui-même la brique de la manière suivante : il prend l'une des planchettes dont nous venons de parler, la pose sur le dessus du moule, et retourne le tout sens dessus dessous ; puis, soulevant le moule par les oreilles, il laisse la brique sur la planchette; cette dernière ainsi chargée est placée sur le petit chemin de fer, et poussée aussi loin que possible;

celle opération faite, le mouleur saupoudre son moule de sable, forme une seconde brique absolument de la même manière, et continue indéfiniment.

« Lorsque le petit chemin ferré est chargé de 12 briques, l'aide-apprenti commence à les enlever pour les porter sur le sol de la briqueterie. Il se sert à cet effet d’une brouette, sur le plancher de laquelle il dispose successivement 24 briques. Lorsqu’il est arrivé au lieu de déchargement, il trouve une planchette semblable à celle citée plus haut ; il la prend, la pose sur la surface supérieure de la brique qu'il veut transporter de sa brouette sur le sol, et tenant ainsi la brique serrée entre les deux planchettes, il la dépose de champ. Quand les 24 briques sont déposées sur Faire de la briqueterie, il répare, au moyen de la même planchette dont il se sert comme d'une balte, les angles ou les arêtes qui pourraient avoir souffert, puis il retourne près du mouleur avec les 24 planchettes, et bientôt il peut prendre une nouvelle charge.

« Toutes ces opérations marchent encore fort rapidement; un bon atelier de mouleurs anglais, composé d’un ouvrier qui prépare la terre, d’un mouleur et d’un apprenti, peut ainsi fabriquer, en quinze heures de travail, 4 à 5,000 briques, qui équivalent en volume à G ou 8,000 briques ordinaires (1).

« L’on voit ainsi que , malgré une bien plus grande perfection d'exécution, le prix de revient de la main-d'œuvre des briques qui entrent dans la confection d’un mètre cube de maçonnerie, n’est pas augmenté ; et s’il y avait augmentation sur ce point, elle serait compensée par la bien moins grande quantité de mortier nécessaire pour les lier entr elles.

« L’on fabrique souvent en Angleterre des briques offrant, sur l’une de leurs grandes faces , une dépression de peu de profondeur. Cela s’obtient en complétant le moule ordinaire

(1) Les briques de Londres ont 0m 23 de longueur, 0m i 1 de largeur, et 0* 003 d'épaisseur, soit Om 0010. Les briques ordinaires n’ont ordinairement que 0m 22 de longueur, sur 0™ il de largeur, et 0™ 83 d'épaisseur, soit 0m 0013.

par un fond présentant un relief qui produit le creux. Ce fond, garni d’une plaque de tôle polie, connue les parois latérales, est lixé à demeure sur le banc de moulage, et les opérations se font exactement de la même manière que dans le cas ordinaire. Le creux est fait dans l’intention de pouvoir interposer plus de mortier entre les tas de briques, tout en conservant pourtant des joints très-serrés à l’extérieur. Ces briques sont surtout employées pour la construction des citernes et des aqueducs. »

Séchage des briques. — Nous avons vu qu'au sortir du moule, les briques sont disposées à plat suivant le procédé français et belge, et sur champ selon le procédé anglais. Lorsque la pâle est sujette à se gercer, on jette sur les briques un peu de sable fin ; elles acquièrent dans cette position un premier degré de dessiccation, et lorsqu’elles ont pris assez de consistance, on les relève, sans leur faire perdre terre, et on les met de champ, puis on les parc en relevant les bavures, pour que les arêtes soient bien avivées. Les briques restent ainsi sur le sol de la briqueterie pendant un temps plus ou moins long, selon l'état de l’atmosphère. Après cette opération , les briques ont déjà perdu une grande partie de leur humidité. Cette première dessiccation ne doit pas avoir lieu par un soleil trop ardent, sans quoi les briques se gerceraient; si au contraire le temps était très-humide, l’argile pourrait se délayer.

Pour achever la complète dessiccation des briques, on les empile sous de grossiers hangars, de manière que l’air puisse, librement circuler dans la masse ; c'est ce qu’on appelle mettre cil haie. Les baies ont ordinairement 1 30 ou 2ln 00 au plus de hauteur. Si la fabrication des briques se fait en grand, il serait dispendieux de construire des hangars; on les abrite au moyen de paillassons mobiles; les briques sont alors parées de nouveau , c’est-à-dire que les angles sont encore avivés. 11 faut environ un mois pour que le séchage soit terminé.

Afin d’accélérer la dessiccation et de donner à la pâle plus d’homogénéité et une forme plus régulière aux produits, on

bat 1rs briques après leur premier séchage sur l’aire. Pour cela on les porte sur l'établi, ou on les comprime au moyen de battes plus longues et plus larges qu'elles, puis on les met dans un moule qui leur sert de calibre, et elles reçoivent un nouveau battage. On a perfectionné cette méthode en comprimant la brique dans un moule en fonte et en l'assujétissanl à une forte pression à l'aide d’un balancier. Celte pression enlève toute l'humidité, et en rapprochant les parties solides , donne aux briques une plus grande ténacité. Cette manipulation abrège considérablement la dessiccation; aussi le perfectionnement que nous indiquons devrait-il être adopté dans tous les ateliers de moulage. La dépense qui en résulte augmente le prix du millier de briques de 4 francs environ.

Un autre procédé pour la fabrication des briques commence à se répandre; il permet de fabriquer en toute saison. On obtient des briques prêtes à subir la cuisson et d’une très-bonne qualité, en réduisant de l'argile en poudre impalpable, et en la jetant ensuite dans un moule où elle est fortement comprimée. Disons toutefois que ce moyen est loin d’être économique.

Nous parlerons plus loin des nouveaux procédés usités en Angleterre, et de la cuisson des briques en général.

La planche LV représente le dessin d’une machine destinée à préparer l'argile. L’intérieur est garni d'une colonne ou arbre vertical en fonte de fer, auquel sont adaptées plusieurs grandes lames en forme de spirales ; chacune d'elles est munie de laines plus petites se dirigeant dans tous les sens. Ce moulin est mu pur un cheval ou par la vapeur; il se remplit à mesure qu’il fonctionne.

La supériorité de ce mécanisme résultant de sa simplicité et de l’économie qu’il procure, lui a fait donner la préférence sur tous les autres ; aussi est-il employé en Angleterre dans la plupart des manufactures où l'on travaille la terre.

Les appareils de petite dimension coûtent, à Londres, 16 liv. (400 fr.); les moyens, 22 livres (550 fr.); et les plus grands, 28 livres (700 fr.). Il en existe d’autres qui peuvent être

mus à bras il'lionimes, et qui ne coulent que 8 livres (200 fr.).

La planche LVI ligure un moulin en fer destiné à moudre, à écraser et à pétrir l’argile ; à ce moulin on peut ajouter, si on le désire , les moules cl tables pour former les briques. Les rouleaux peuvent être disposés de façon à écraser le gravier ou autres substances étrangères. De cette manière , il serait possible de se servir de l’argile qui aurait été rejetée à cause du gravier qu’elle contenait. Celte machine toute complète, avec tambour pour être mue par l’eau ou par la vapeur, coûte 58 livres (1,430 fr.).

Nous avons représenté dans la planche LVII une machine à mouler les briques; son prix est de 30 livres : les quatre moules coûtent chacun 15 schcllings. L’appareil pour couper les briques, ainsi que les tablettes contenant chacune 80 briques , coûtent 80 schellings chacun , soit pour le tout 49 livres.

L’emploi de cet appareil permet d’opérer la trituration de l'argile et de fabriquer en même temps la brique. La presse qui sert à donner la dernière main-d’œuvre à la brique forme une partie à part; elle est très-petite et portative; son prix avec les moules est de 18 livres.

Les briques fabriquées par ces procédés coûtent de 20 à 30 pour 0/0 plus que les autres, mnis elles ont le grand avantage d’être parfaitement moulées, d’être exemptes de substances calcaires, et d’oiïrir une résistance que les briques faites par les procédés ordinaires ne peuvent jamais avoir (I).

De la cuisson de la brique. — Le séchage en haie donne aux briques une certaine consistance , qui peut suffire dans les constructions à couvert; mais lorsqu’elles doivent être employées à l’extérieur pour des ouvrages durables et qui résistent aux intempéries, il faut qu'elles subissent une dernière opération, qui leur donne la résistance et l’homogénéité. Ces qualités s'obtiennent par la cuisson.

La cuisson se fait soit au bois , soit à la houille , au coke

(1) Toutes ccs machines sc vendent, à Londres, à la manuraeture de MM. Norton et Boric.

ou à la tourbe. Lorsqu’on emploie le bois ou la tourbe , la cuisson se pratique dans des fours construits pour cet usage. Si l'on emploie les autres combustibles , la cuisson sc fait en plein air , et elle s’appelle cuisson en tas.

On se sert de ees différents modes de cuisson , selon que l’on est à même de se procurer plus ou moins facilement l’un ou l’autre de ces combustibles.

La cuisson en grand offre des difficultés, et exige, chez l'ouvrier qui est chargé de la conduite du feu , beaucoup d’expérience; car si le feu est pousse trop vivement, les briques se vitrifient, elles éprouvent une certaine fusion, et adhèrent l’une à l’autre; de plus elles deviennent cassantes et sont d'un emploi difficile. D'un autre côté, si le feu n’a pas été soutenu avec la vigueur nécessaire , les briques sont mal cuites , elles n'ont pas 1a solidité qui leur est nécessaire, clics sont poreuses et ne résistent pas à l’action des gelées.

Les fours destinés à cuire les briques avec le bois sont de deux espèces ; les grands et les petits. Les briques et le combustible sont disposés dans tous les deux de la même manière. Les grands fours peuvent contenir jusqu'à 100 mille briques ; les petits n’en reçoivent guères que de 10 à 25 mille.

Les briques sont placées de champ et sur leur long côté, de façon à ce que le premier rang croise les languettes du foyer ; la deuxième rangée couvre le premier rang, et l’on continue de la même manière, en laissant entre les briques un espace vide assez large pour permettre la libre circulation de la flamme et de l’air chaud , qui doivent produire la cuisson définitive. On établit aussi , en disposant les briques dans le four, diverses cheminées qui ont pour objet de déterminer un tirage et un échauffement uniformes ; c’est de la bonne disposition de ces cheminées que dépend l'égalité de la cuisson.

Le feu, en commençant, doit être modéré et être maintenu en cet état pendant 24 heures ; on chauffe alors plus fortement pendant 3G heures; puis on augmente l’intensité du feu jusqu'à ce que la brique soit parfaitement cuite : le refroidissement du four dure de 15 à 20 jours ; ce n’est qu’après ce temps que l'on peut détourner cl mettre les briques en œuvre.

Lu cuisson en tus est principalement usitée en Belgique , en Suède et dans quelques départements du nord de la France.

Sur une aire bien nivelée et bien asséchée au moyen de fossés et de rigoles convenablement disposés , on pose , de champ , une première couche de briques où les vides égalent les pleins; ccs vides, que l'on nomme clairs-champs , sont remplis de menue-houillc. Sur cette première assise en sont disposées trois ou quatre autres qui se croisent respectivement. A mesure que le massif s'élève, on recouvre les parois d’un placage d'argile (chemise) mélangée de sable et de paille, afin de diminuer le retrait et de donner de la consistance à l’enduit ; on recouvre de la même manière le dernier tas de briques.

Les fours en plein air ont la forme d’un trône de pyramide dont les dimensions varient ; on fait des fournées qui contiennent jusqu’à un million de briques, mais elles sont trèsdifficiles à diriger et produisent de très-grands déchets. Il vaut mieux se contenter de fours contenant environ 200 mille briques. Ccs fours ont, à la moitié de leur hauteur, environ 3m 50 d’élévation sur 1)'“' de largeur. On met 8 jours pour faire la fournée, cl l’on emploie 13 jours à la cuisson.

La houille dont on se sert pour cet usage est d’une qualité inférieure, et l'on consomme environ 130 à 280 kilogrammes par millier de briques.

Ce système de cuisson est beaucoup plus économique que le premier, là où la houille est à bon marché. Dans les pays qui sont favorisés de ce combustible , les briques sont livrées au commerce au prix de 8 à 10 fr. le mille. Ce mode offre aussi l'avantage de confectionner au fur et à mesure des besoins.

Les briques cuites en tas sont rarement aussi bonnes que celles qui sont cuites dans les fours; la cuisson est plus ou moins imparfaite ; celles qui occupent le centre sont ordinairement les meilleures , et elles sont aussi moins déformées que celles des autres parties. Par suite de leurs différentes qualités , on les emploie dans les constructions à différents ouvrages auxquels elles sont plus ou moins propres , selon leur dureté.

Les enfoncements qui ont lieu dans les briqueteries amènent la casse d’un grand nombre de briques ; le déchet peut être évalué à un dixième.

Briques réfractaires. — Les argiles plastiques servent ù confectionner les briques réfractaires; elles résistent aux feux les plus violents ; on les emploie dans la construction des fourneaux.

Briques creuses. — L’argile destinée à la confection des • briques creuses doit être moins grossière que celle qui est destinée aux briques ordinaires. Les premières se façonnent sur le tour au moyen de presses plus ou moins compliquées ; elles coûtent plus que les autres; on ne les emploie que dans les ouvrages qui exigent une grande légèreté.

Qualités d'une bonne brique. — Pour qu’une brique soit bonne, il faut qu’elle soit bien moulée , à vives arêtes , et qu’elle ait une teinte rouge foncé ; le son qu’cllc rend, lorsqu’on la frappe , doit être clair et sonore. Lorsqu'on 1a brise, le grain doit apparaitre lin, serré et homogène. Si la terre a clé bien épurée, il ne doit s’y rencontrer aucun corps étranger qui puisse se décomposer à l'air. La brique de mauvaise qualité a une teinte jaunc-rougeàlre et rend un son sourd; le grain en est molasse et grenu ; elle se rompt facilement et absorbe beaucoup d’eau.

Les fabricants de briques, pour donner une plus belle apparence à leurs produits, sèment sur l’aire qui sert à sécher les briques, du sable cl du mâchefer pilé. Ces substances s’attachent aux surfaces encore humides des briques, et, lors de la cuisson, elles se vitrifient et donnent aux briques un extérieur séduisant ; mais ce procédé n'ajoute rien à la qualité, et ce n’est qu'en brisant la brique qu’on peut en apprécier le mérite.

La résistance des briques à l’écrasement varie selon lour degré de cuisson; elle est de 1 à 5 kilogrammes par centimètre carré pour les briques peu cuites , de 5 à 15 kilogrammes pour celles moyennement cuites, cl de 100 à 116 kilogrammes pour les briques très-cuites.

Tableau indiquant les dimensions et la qualité des Briques dont on fait usage à Paris, à Bruxelles et dans les environs.

Digitiz

Fermi* de moyenne exploitation.

La ferme dont nous donnons le plan dans la ptanehe L, est principalement destinée à l'éducation des bétes bovines et porcines ; aussi les étables et porcheries sont-elles établies d'après les meilleurs principes de la stabulation permanente.

L'habitation du fermier est tournée vers l'est et fait face à une avenue; son sol domine celui de la cour, et on y arrive par deux perrons , dont l'un donne sur l'avenue , cl l'autre sur la cour. Le rez-de-chaussée se compose d’un corridor 1, qui donne accès à toutes les autres chambres. La pièce 2 sert de cuisine et de salle à manger générale; à côté est une arrièrc-cuisinc 3, où sc trouvent le four, le lavoir cl la douche ; derrière est le parloir 4 , qui peut servir aussi de bureau au fermier ou à l’agronome chargé de diriger l’exploitation. A gauche de la cuisine est la chambre à coucher du fermier, 3 ; — son cabinet de travail, C ; — escalier, 7 ; — dégagement servant d'antichambre, 8 ; — remise pour les ustensiles du ménage , 9 ; — deux bûchers sont placés dans les deux annexes : l’un sert à renfermer le bois, et l’autre la houille; — II, loges pour les volailles ; — 12, waler-closets.

La partie souterraine est desservie par deux escaliers : l'un est placé au-dessous de celui qui aboutit au premier étage, et l’autre à l’extérieur, vers la cour. Le premier, indiqué au plan figure 2, planche LUI, pur 1, débouche dans une première pièce servant de dégagement et de dépôt pour les légumes ; les autres caves sont affectées aux diverses provisions du ménage et à la laiterie.

Le premier étage du corps-dc-logis, représenté dans la planche LUI par la ligure 3, se compose de six chambres à coucher, à l’usage du fermier, de sa famille et d’une partie du personnel de l’exploitation. La pièce centrale, du côté de la cour, n’a pas la grandeur de celle qui sc trouve au rezde-chaussée. La partie qui forme avant-corps n'existe plus au premier étage ; elle est remplacée par une terrasse qui peut servir de balcon (voir la figure 3, planche LUI). Le mur de façade, sur le même alignement que les arrière-corps, est

soutenu par deux eonlre-forts , qui reçoivent un are-dedéchargc sur lequel ce mur est établi.

Les dépendances de la ferme se composent de deux grandes étables 1’, pouvant contenir chacune 13 têtes de gros bétail ; d'une bergerie 2, pouvant contenir 200 moutons. Au côté opposé est une étable 3 , pour 5 vaches laitières ; à la suite est une écurie 4, pour 6 chevaux de trait. La porcherie 3', divisée en quatre compartiments, contient 100 porcs.

Tous ces logements sont desservis par des corridors destinés à faciliter le service des animaux, l’enlèvement des fumiers, et le logement des harnais et des autres ustensiles. Les chambres des palefreniers 6‘, sont placées dans les angles intérieurs de la cour, afin que la surveillance soit plus facile; les fourrages verts sont déposés journellement dans les emplacements 7’; ils sont par ce moyen sous la main du palefrenier.

La pièec centrale des dépendances est une cuisine 8, servant à la préparation des rations cuites à la vapeur pour la nourriture des animaux. Pour que la circulation ne soit pas gênée, les chaudières consacrées à cet usage sont disposées dans les parties 9’, formant encaissements. Trois loges, 10’, sont établies dans les autres encaissements ; l une sert de magasin à sel , les deux autres reçoivent l’avoine , les fèves concassées, la paille hachée, les racines coupées, les tourteaux broyés et la graine de lin écrasée, lin rail-way partant de cet endroit aboutit à la grange et aux hangars à fumier; il sert aussi à transporter les aliments cuits aux divers logements des animaux.

L’emplacement de la machine à vapeur 11, qui a la force de quatre chevaux , est contigu à la cuisine ; cette machine sert à mettre en mouvement les autres machines agricoles de l'établissement, telles que la machine à battre, le brisetourteaux, le coupe-racines, etc.

La grange 12, disposée pour recevoir seulement 3,000 gerbes de céréales , forme le prolongement de la pièce centrale ; elle est séparée de celle-ci par un batiment en bois

léger, ilonl les deux espaces, 13’, servent de remise pour les farines, l’avoine, la paille-coupéc, ete. L’aire de la grange 14 donne passage aux voitures chargées de céréales ; on y bat aussi le grain. Les gerbes battues sont déposées au lieu marqué 13; en faee, 16, est l’emplacement de la machine à battre.

Les cours des meules, 17, sont à proximité de la grange ; elles sont closes par des palissades qui les protègent contre les animaux. Du coté opposé à la grange sont les pares 18‘, destinés aux porcs , et à l'extrémité de ces parcs on trouve les abreuvoirs, dont l'entretien est rendu facile au moyen du chemin de service qui les sépare. Une pente ménagée vers le centre de chacun des abreuvoirs, donne aux eaux pluviales un écoulement prompt cl commode.

Les engrais artificiels sont placés dans les pièces 19‘, et les racines dans la chambre 20. Les pièces cotées 21’ renferment les ustensiles d'agriculture.

Les hangars à fumier, 22’, sont éloignés des bâtiments afin d’étre mieux aérés; plus bas sont établies les citernes à purin. Les remises pour les voilures, charrues, etc., 25, sont à proximité des entrées de la ferme.

Tous les logements d’animaux , excepté l’écurie des chevaux, ont un plancher à claire-voie, système lluxlable. Nous avons exposé ailleurs les motifs pour lesquels nous adoptons de préférence ce mode de construction.

Les corridors qu’on rencontre dans les diverses parties des bâtiments, facilitent le service de toute l'habitation. Leur disposition permet de subvenir à tous les besoins avec un personnel peu nombreux. Des trottoirs, établis au pourtour des bâtiments , permettent de circuler librement autour de chacun d’eux.

La cour de la ferme est une pelouse, qu'enveloppe un chemin suffisant pour la circulation des voitures; et afin d’éviter les dégradations que les animaux pourraient commettre dans les plantations qui ornent celte pelouse, nous l’avons entourée d'une clôture en fer , du genre de celle dont nous avons donné le dessin dans la planche XLII.

Le centre de cette cour est occupé par un étang qui sert d’abreuvoir pour le bétail ; un pont, jeté sur cet étang, met en communication le corps-de-logis avec les dépendances de la ferme.

Aux deux côtés du corps-de-logis sont deux jardins en forme de parterres, lesquels, joints aux plantations disséminées sur la pelouse , donnent à l'ensemble un aspect agréable. Prés des entrées se trouvent encore deux autres petits jardins, où l’on cultive les légumes nécessaires à l’alimentation du ménage; ils sont également protégés par des clôtures.

D’après ce plan, le service principal des voitures ne se fait pas, comme d’ordinaire, par l’intérieur de la cour, mais bien par le chemin de ronde établi à l’extérieur des bâtiments.

Nous donnons dans la planche Ll, figure 1, la vue géométrale du corps-de-logis et d’une partie des dépendances ; dans la Ggurc 2, l'élévation des dépendances de l’intérieur de la cour, et dans la ligure 3, la face postérieure de ces mêmes bâtiments.

La planche LH renferme deux coupes , l'une prise sur la ligne AB, et l’autre sur la ligne CD. Nous avons figuré, dans la planche LUI, une vue géométralc prise latéralement an corps-de-logis et autres bâtiments, ainsi que les plans des souterrains et du premier étage de la maison d’habitation.

Toutes ces constructions sont en briques et d’une trèsgrande simplicité ; elles ont le mérite de réunir l'économie â une distribution rationnelle.

La planche LIV représente l’avant-corps de logis dessiné sur une plus grande échelle.

De l'hygiène de» habitations rurales.

L’indifférence que témoignent la plupart des habitants de la campagne , en s’exposant journellement à des influences atmosphériques pernicieuses pour la santé , pourrait faire croire que , dégoûtés de la vie , ils cherchent â l’abréger. Que ce soit par insouciance ou par ignorance d’un meilleur

étal du choses , il est du devoir de tout homme éclairé de venir en aide à ceux qui souffrent déjà trop des rudes travaux des champs, et des privations inhérentes à leur état.

Pour arriver à un résultat meilleur que celui qu’on a obtenu jusqu'ici , il ne suffit pas que les administrateurs prennent des mesures utiles dans la saison rigoureuse; il importe que dans les écoles communales les instituteurs connaissent par eux-mémes les principes de l'hygiène publique, alin qu'ils puissent les enseignera leurs élèves. Aussi ferait-on une chose fort utile si l’on ajoutait aux premiers éléments d'un cours d'agriculture pratique, quelques notions d'hygiène.

Si les épidémies exercent souvent des ravages parmi les populations agricoles , c’est la plupart du temps parce qu’on a négligé de faire observer les règlements de police ou de prendre les précautions que réclament les circonstances ; ou bien encore les administrateurs ont à lutter contre des préjugés tellement enracinés chez leurs administrés, que le bien qu’ils veulent faire se trouve paralysé.

L'organisme humain est , à peu de chose près , le même que celui des animaux domestiques qui partagent les mêmes travaux ; aussi celui qui possédera les notions nécessaires à la conservation de sa santé scra-l-il à même, avec un peu d’expérience et de réllexion , de discerner ce qui peut être utile nu bien-être des animaux, qui constituent une des ressources les plus importantes de son revenu.

L’air est plus nécessaire à notre existence que la nourriture ; on peut rester 24 heures sans prendre d’aliments , et nous ne pourrions nous passer d’air pendant quelques instants. Cet air doit être pur cl se renouveler sans cesse , faute de quoi il se vicie et devient malsain.

Par ce motif, les chambres destinées à contenir un certain nombre de personnes doivent être suffisamment spacieuses et élevées. Toute chambre malpropre exhale une certaine odeur qui frappe désagréablement ceux qui y entrent. Il en est de même si le foyer dégage avec excès des gaz carboniques ou si les murailles sont humides et salpétrées. Les cheminées doivent avoir un tirage assez puissant pour que les gaz in-

salubres puissent s'échapper et faire place à l'air nouveau qui pénètre par les ouvertures, soit des portes, soit des croisées.

Les habitations doivent être éloignées de tout foyer d'émanations nuisibles ; cette précaution n’a pas besoin d’étre justifiée. Souvent une habitation est contiguë à une marc, à un étang, à des fumiers infects, à des dépôts d'immondices, à des marais, etc., etc.; telle est la plupart du temps la source d'où jaillissent les maladies qui déciment les habitants de certaines localités. Souvent aussi on rencontre des chaumières basses et mal éclairées , où les habitants ne sont séparés du bétail que par une cloison à claire-voie, où celuici croupit sur un fumier moisi et putride depuis plusieurs mois : c'est lu qu'on trouve la misère et la maladie. Le bétail est chétif, faute de logement convenable; le fumier perd presque toute sa valeur, sa partie liquide coule à l'air libre, ou va perdre dans le sol environnant scs sucs fécondateurs. Comme on le pense bien , les habitants et le bétail ne peuvent prospérer ; ils s'empoisonnent lentement dans un atmosphère de miasmes putrides ; ils y perdent leur force musculaire, leur énergie morale et toute aptitude au travail.

On doit donc apporter l’attention la plus sévère dans le choix de l'emplacement d'une habitation , surtout quand il s’agit d’une maison d’école. On évitera ainsi les inconvénients que nous avons signalés plus haut. A un terrain bas cl encaissé on préférera un sol élevé dont l'inclinaison regardera le midi ou le levant.

Toute maison d’école , à la campagne, doit avoir, outre les classes , le logement de l’instituteur et ses dépendances, une cour ceinte de haies vives cl plantée de quelques arbres ù haute tige; on y joindra encore un jardin légumier, et une portion de terrain sulllsante pour y former une pépinière cl y semer des céréales et des fourrages. L’instituteur sera ainsi à même d'inculquer à scs élèves les premières notions de l’agriculture. Aussi est-il indispensable que désormais les instituteurs connaissent ce qui a rapport à cette partie , pour qu’ils puissent joindre la théorie à la pratique.

Disposition tics Initiaient* d’école. — Ce genre deconslruc- I ion doit avoir un aspect conforme à sa destination ; il doit être simple, peu dispendieux et durable. Le sol sera élevé de plusieurs marches, afin que le plancher, exhaussé de quelques décimètres au-dessus du terrain avoisinant, puisse être toujours parfaitement sec. La plupart des maisons d’école sont établies sur de mauvais plans, et il en est bien peu qui réunissent toutes les qualités qu'elles doivent avoir. En règle générale, on ne donnera jamais à une salle d’école une surface telle qu'elle puisse contenir plus de cent élèves , parce que ce nombre est déjà trop élevé, et qu’un seul instituteur ne peut suffire à donner l'éducation à un si grand nombre d'enfants, ni exercer une surveillance assez active. Ainsi, si la population d'une commune le comporte, on établira de préférence deux salles de moyenne grandeur, disposées de façon qu’elles soient isolées l'auc de l’autre par le logement de l'instituteur et celui de l'institutrice, car alors les sexes seront séparés.

Lorsque l'on construit une salle d'école, il ne faut pas perdre de vue que la population, au lieu de diminuer, tend au contraire à augmenter; on ne construira donc pas de local servant d’école pour les besoins actuels , mais en vue des besoins à venir. Une salle spacieuse est toujours préférable à une salle exiguë, car, outre que celle-ci est nuisible à la santé des élèves, elle gène la bonne direction de l’enseignement.

L’enseignement mutuel exige que les dégagements soient larges, et il faut, pour suivre celte méthode, donner à chaque élève un mètre de surface. Si l’enseignement est simultané , cet espace sera réduit à O"1 05, sans compter, bien entendu, ce qui est nécessaire pour les couloirs, les pupitres, etc.

La forme des salles d’école doit être oblongue , et dans le rapport de 4 à 5 1/2, c’est-à-dire que si une salle a 4 mètres de largeur, elle aura S™ 50 de longueur, sur une élévation de 3m 7b à 4"‘ , ce qui donne pour une salle ainsi disposée une quantité d'air de 82m 50 à 88"' cubes.

Il est de la plus grande nécessité qu’une école, ou tout

autre lieu elos qui doit renfermer un certain nombre d’êtres vivants , contienne la quantité d’air nécessaire à leur santé. Il a été démontré qu'une personne bien portante aspire en une heure et en moyenne 6 métrés cubes d’air ; c’est sur cette base qu’il faut calculer la construction de tout lieu de réunion.

Lorsqu'une salle d’école est close , l’air qu’elle renferme ne larde pas à se corrompre, et s’il n’est renouvelé en temps opportun , il devient irritant pour la poitrine et occasionne des pesanteurs à la tête. Une salle d'école devra donc être spacieuse cl surtout avoir une hauteur convenable pour que le renouvellement de Pair puisse se faire, non sur la tôle des élèves, mais à une élévation de 2 à 3 mètres. Sans cette précaution, la santé des élèves pourrait être compromise.

La quantité d’air à renouveler dans une salle contenant cent élèves, sera de 1,000 à 1,200 mètres par heure, qui seront appelés à chasser la même quantité d'air vicié. Ce renouvellement a lieu par les moyens que nous allons indiquer. Pour une salle d’école de moyenne grandeur, il faut des fenêtres de l'° 35 de largeur sur 2m 60 de hauteur. Le tableau intérieur doit être évasé à 43°, alin que la lumière puisse se répartir largement dans la salle.

Le système le plus économique de ventilation a lieu par les fenêtres ; à cet effet, les carreaux supérieurs de l’imposte basculent à l’intérieur au moyen d'un encadrement à charnière, qui est maintenu sur ses côtés par deux ailes; ces deux ailes servent aussi à forcer l'air qui vient de l’extérieur à prendre son cours par la partie supérieure et à se diriger ainsi vers le plafond. Parfois les fenêtres n'ont pas d'imposte, et elles sont divisées en deux sur la hauteur; on fait alors basculer la partie supérieure au moyen d'un pivot , et on introduit autant d'air qu'on le juge utile. Mais il ne suffit pas que l’air extérieur puisse entrer , il faut aussi que l’air vicié puisse s'échapper. Pour obtenir ce résultat, il n’est pas de procédé plus puissant que celui que nous avons indiqué pour les animaux domestiques ; l'air échauffé par la respiration et les émanations diverses se dilatant et tendant à s’élever , c’est par le plafond que doit s’échapper l'air corrompu.

Comme nous l'avons dit ailleurs , on établit une ou plusieurs cheminées d'appel de 0™ 30 d’ouverture, qui traverse le plafond cl le grenier pour aboutir au-dessus des combles. Un tuyau de cette dimension sortira pour une réunion de 25 individus, et l'air renouvelé ainsi peut être évalué de 500 à 525 mètres cubes. Le nombre des cheminées cl leur dimension se réglera d'après le nombre des individus que le local doit renfermer. Ce système devrait être adopté dans les salles déjà construites où le manque, d’air sc fait sentir ; on peut construire les cheminées en planches , en tôle ou en zinc.

Dnns les salles d’école à ériger, on pourra se servir du tuyau de la cheminée comme d'un ventilateur ; à cet effet , le corps de la cheminée sera divisé, en trois sections, séparées l'une de l’autre par des languettes en briques ; le tuyau central servira de conduit à la cheminée, et les deux autres de passage pour l’air vicié.

On peut aussi employer avec succès les tuyaux en poterie, que l'on place à certaine distance les uns des autres, au niveau du plafond de la salle. Leur base inférieure est coudée, cl ils se ferment, au besoin, à l'aide d’une rosace à jour, que l'on fait fonctionner avec un mouvement de sonnette.

L’aspiration des tuyaux d’aérage est plus ou moins forte, selon que la température intérieure diffère plus ou moins de la température extérieure. On inodilie à volonté l'aspiration des tuyaux au moyen de registres placés à leur intérieur, registres que l'on fuit mouvoir à l'aide d'un mécanisme trèssimple, tel que celui d'une clef de poêle.

La lumière, dans les salles d’école, doit être répartie d’une manière uniforme. Les fenêtres seront placées de préférence à l'exposition de l’est; elles seront larges et élevées, alin que la lumière pénètre à profusion ; car la lumière est aussi nécessaire que l’air à la santé de tous les êtres vivants. Du reste, la position des fenêtres sera modifiée selon les climats; ainsi, dans les pays méridionaux on donnera la préférence à l’exposition de l'ouest et du nord , tandis que dans les pays froids on choisira l’est ou le sud.

Les écoles de campagne ne sont que peu fréquentées en

été; ce n’est que pendant la mauvaise saison qu’elles sont suivies avec assiduité : c’est donc avec raison qu’il faut chercher l’exposition qui permet le mieux au soleil d’échauffer l'intérieur du local.

Comme il est toujours facile d’atténuer, au moyen de stores, l’action des rayons solaires sur la vue des élèves, on évitera avec soin toute orientation vers le nord.

Lorsqu’une salle d’école peut recevoir la lumière de deux côtés , on pratique les ouvertures tant an nord qu’au midi ; celte disposition permet de ventiler facilement l’intérieur, et d’avoir une température plus uniforme.

Dans nos campagnes, les salles d’école n’ont ordinairement pas d’étage, et le comble repose directement sur le plafond de la salle ; on peut alors, sans augmenter la dépense, se procurer une quantité d’air plus considérable, en voûtant la partie supérieure au moyen de cintres en bois, recouverts d'un plâtrage à la chaux. On pratique alors au sommet une cheminée d’appel, qui conduit au dehors l'air vicié.

On doit éviter, dans la construction des écoles, l’emploi des lanterneaux placés dans le comble; cette manière d’éclairer les salles d’école ne doit être admise que lorsqu’on ne peut prendre le jour par les côtés, car elle a pour effet de fatiguer la vue, et lorsque la neige recouvre le lanterneau, la lumière est terne et insuffisante.

Dans les nouvelles salles d’école , on ferait chose utile en construisant, si l’on pratiquait des ouvertures circulaires au niveau du sol; ces ouvertures, d’un diamètre de 0m 15 à 0'n 20 , seraient placées dans les angles et aboutiraient à des tuyaux verticaux de 5” de longueur. L’air pur venant de l’extérieur déboucherait ainsi au-dessus de la tète des élèves, et chasserait l’air contenu dans la salle par les ouvertures établies au niveau du plafond. L’introduction de l’air serait réglée au moyen d’une soupape , scion les besoins.

Ces prises d'air doivent être éloignées des latrines et des endroits où l'atmosphère est plus ou moins viciée ; c’est une des raisons qui nous font insister pour que les maisons d’écoles soient isolées des habitations voisines.

— 5 ti —

Les locaux qui servent d'écoles dans les campagnes, doivent être entretenus avec beaucoup de soin par les administrations communales. Le plus souvent les matériaux que l'on emploie pour leur construction sont des pierres poreuses, naturelles ou arlilicicllcs, qui absorbent une certaine quantité d'humidité et retiennent une partie des exhalaisons qui se produisent dans les lieux de réunion.

La propreté étant une des principales causes de la salubrité, il est nécessaire que la salle d'école soit blanchie à la chaux une ou deux fois par an.

Le système de chauffage le plus usité est celui des poêles en fonte de fer ou en forte tôle, que l’on place au centre de l'école. Les tuyaux sont en communication avec un corps de cheminée ; celle-ci devra être construite convenablement et surmontée d'un appareil, pour que le tirage soit constant.

Comme nous l'avons dit en parlant des cheminées en général, le tuyau doit dépasser le faite du bâtiment, de manière à ne pouvoir être dominé par les toitures des autres bâtiments.

Lorsqu'une salle d'école est spacieuse et que le plafond est bas, les tuyaux du poêle, qu'on place ordinairement au milieu de la salle , ont à parcourir une distance assez grande avant d'atteindre la cheminée. D'un autre côté , on ne peut pas leur donner une inclinaison suffisante , et ils passent à une hauteur trop rapprochée de la tète des élèves.

La longueur des tuyaux doit être proportionnée à la quantité de calorique que le foyer peut donner ; s’ils sont trop longs, la fumée sc refroidit en les parcourant, et elle ne peut s'échapper qu’avec peine par le tuyau de la cheminée ; le tirage est alors considérablement diminué. De plus, la fumée en sc condensant dans les tuyaux se transforme en vapeur, et il en résulte que si les tuyaux ne sont pas assemblés enlr'cux avec précision, il s'opère un suintement par les jointures; la vapeur, colorée en noir, ne larde pas à tomber sur la tète des élèves.

Pour parer à ce grave inconvénient, il faut, si le local le permet, se servir de deux poêles plutôt que d'un seul , ou si cela ne peut avoir lieu , parce qu'on n'a qu’un seul tuyau

de cheminée à sa disposition, on rapprochera le poêle de la cheminée; on diminuera ainsi la longueur des tuyaux, et l'on obviera à l'inconvénient que nous venons de signaler.

Pendant les grands froids, on entretient dans les poêles un feu violent qui fait rougir le métal ; il peut arriver que le poêle vienne à éclater ; mais ce qui est plus grave, c’est que le^ élèves placés à sa proximité souiïrcnt de l'excès de chaleur; il est bon alors d'entourer le poêle d’une chemise en tôle de la hauteur d'un mètre à 1™ 50.

Les poêles peuvent servir comme moyen de chauffage et comme moyen de ventilation ; l’appareil prend alors le nom de calorifère; il a sur le premier l'avantage d’être plus salubre et d'offrir une puissante ressource pour le renouvellement de l'air.

Le plus simple et le meilleur des appareils est celui qui a été décrit par M. Péclel, dans ses Conseils pédagogiques :

« Soit AfiCl), planche LYIII, la coupe longitudinale d’une salle d'école; ahcd, un poêle simple en tôle forte ou en fonte, supporté par quatre pieds; efgh , le tuyau à fumée du poêle ; ce tuyau, après s’être élevé verticalement à une certaine hauteur, parcourt la longueur de la salle cl pénètre dans un large tuyau de cheminée; ikhn, un cylindre de tôle qui environne le poêle de toutes parts, fermé supérieurement et percé par le haut d'un grand nombre de larges orilices; qrs, un canal par lequel l’air extérieur peut pénétrer dans l'intervalle qui sépare le poêle de son enveloppe; enfin tu, un ou plusieurs orifices par lesquels l’air de la pièce peut se rendre dans la cheminée.

« Il est évident, d’après cette disposition, que quand on brûlera un combustible quelconque dans le poêle abed , l'air extérieur entrera dans le canal srg , et qu’après s’être échauffé autour du poêle, il s'introduira dans la pièce par les orifices np ; que l'air de la pièce sera échauffé en outre par le tuyau à fumée efg, et que l'air s’échappera par la cheminée MN, en vertu de la pression que la colonne d’air chaud qui environne le poêle établira dans la pièce, et de la force ascensionnelle de l’air de la cheminée. Par consé-

quenl, si les différentes parties de l’appareil ont des dimensions convenables, et si l'on brûle une quantité suffisante de combustible, on pourra obtenir dans la pièce une température et une ventilation données. Il est important de remarquer que, par cette disposition, l’air qui s’élève entre le poêle et sou enveloppe se meut avec une grande vitesse ; que la surface du poêle se refroidit rapidement, et qu'il faudrait produire une combustion bien vive pour que celte surface acquit une température assez élevée pour donner à l’air une mauvaise odeur.

« Dans les salles d’éeole, le calorifère doit être placé près de l'estrade, parce que le maitre doit surveiller lui-même le chauffage.

« Examinons maintenant les différentes parties du calorifère, les différentes formes qu'on peut leur donner et les dimensions qu'elles doivent avoir.

« Poêle. — Les poêles peuvent être en tôle forte ou en fonte. Pour la bouille, les briquettes de poussière de bouille, la tannée et la tourbe, ils doivent être circulaires; pour le bois, il est plus convenable de donner à leur base la forme d'un rectangle allongé. Pour toute espèce de combustible, il est avantageux d’employer des grilles et de faire entrer audessous l'air qui doit alimenter la combustion.

« Voici les dimensions d'un appareil de petit modèle :

« Hauteur totale du poêle, 1“ 50;

« Id. des pieds, O1" 20 ;

« Id. du cendrier, O"1 15;

« Id. de la porte du foyer, 0m 15;

« Largeur id. 0m 20 ;

« Diamètre du poêle, 0"’ 40 ;

« Intervalle du poêle et de l’enveloppe, 0™ 06;

« Hauteur de la partie de la chemise percée d’orifices ou fermée par une toile métallique, 0™ 20.

« Lorsque les poêles sont destinés à brûler du bois, on peut leur donner 0"‘ 45 de profondeur sur 0m 50 de largeur.

« Il est important de garnir de. briques l'intervalle qui sépare les bords de la grille du corps du poêle, jusqu’à une

hauteur de 0"' 20 , en donnant à cette maçonnerie la forme d’une trémie. Pour plus de simplicité dans la construction, le chapeau du poêle peut être seulement posé et non cloué; celle disposition permet de placer plus facilement la grille. La chemise doit être clouée à trois montants en fer, qui se recourbent horizontalement à la partie inférieure; ces appendices servent à les fixer sur le sol au moyen de vis.

« L’orifice placé au-dessus du poêle, et par lequel l’air extérieur s’introduit dans l'espace qui le sépare de son enveloppe, doit être garni d’un registre au moyen duquel on puisse facilement fermer ect orifice. L’enveloppe du poêle doit être garnie à sa partie inférieure d’une grande ouverture, ordinairement fermée , mais qui , lorsqu’elle est ouverte et que le registre du tuyau d’accès de l’air extérieur est fermé, permet à l'air de la pièce de s’introduire dans l'enveloppe. Par cette disposition, on peut chauffer la salle avant l’arrivée des élèves , sans produire de ventilation , et par conséquent en dépensant beaucoup moins de combustible.

« Les ligures 1 , 2 , 3 , 4 et 5, planche LIX, représentent une élévation et différentes coupes d’un appareil rectangulaire de la plus petite dimension. La figure i est une élévation du côté des portes ; la figure 2, une coupe verticale dans le sens de la longueur du foyer; la figure 3, une coupe verticale, perpendiculaire à la précédente; les figures 4 et 5, des horizontales à la hauteur du foyer, et au-dessous du cendrier. Dans toutes ces figures , les mêmes lettres indiquent les mêmes objets. ABCD, poêle en fonte ou en tôle; A’B'C’D’, enveloppe extérieure en tôle, fixée sur le sol ; E, foyer environné sur trois côtés d'un revêtement en briques ; F, cendrier; G, porte du foyer; 11, porte du cendrier; I, porte au moyen de laquelle on permet à l’air de la pièce de circuler dans le poêle ; K, registre du tuyau d’appel d’air; L, registre du tuyau à fumée; M, maçonnerie du foyer; PQR, écrous qui servent à fixer l'enveloppe A’B’C’D’ sur le sol ; ST, canal qui amène l’air froid dans le calorifère.

" Tuyaux d'introduction de Pair extérieur dans l'enveloppe des poêles. — Ces tuyaux aboutissent d’une part au-

dessous des poêles , et de l’autre à l’extérieur. Il est de la plus grande importance (|ue l'or i lice extérieur soit placé dans un lieu découvert, loin des latrines, cl à l’abri de toutes les influences qui pourraient vicier l’air. Si les bâtiments renfermaient des caves dont les soupiraux fussent convenablement placés , il serait avantageux de faire la prise d’air dans les caves, parce que la température de l’air appelé serait plus élevée, en hiver, que celle de l’air de la surface du sol , et qu'en été elle serait plus basse. Il faudra éviter de prendre l’air dans les pièces où les enfants déposent leurs paniers, parce que l’air n’y est jamais bien sain.

« Les tuyaux peuvent être placés au-dessous du sol, dans l’intervalle des planchers et des plafonds, dans les embrasures des fenêtres ; ils peuvent être en maçonnerie, en planches, en terre cuite ou en métal, et ils peuvent avoir des formes quelconques ; la seule condition essentielle est relative â leur section. Le tableau suivant indique le minimum de section des tuyaux d’appel pour des salles destinées à contenir un nombre d’élèves, variable de 50 à 200.

Pour 50, surface de la section, fi décimètres carrés.

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« Ces sections suffisent à la ventilation lorsque la longueur des canaux ne dépasse pas 4 à 5 mètres ; pour des longueurs plus grandes, il faudrait les augmenter. I)u reste, il n’y a pas d’inconvénient à donner aux tuyaux des sections beaucoup plus grandes. »

Les locaux servant d’école sont quelquefois insalubres , soit à cause de l’humidité du sot , soit à cause du mauvais établissement des latrines, soit encore par le manque de ventilation; souvent aussi une école renferme plus d’élèves qu'elle ne devrait en contenir. On nous objectera que l'on peut renouveler l’air le matin, avant l'entrée des élèves, et entre les heures des classes, de même que pendant une partie de l'année on peut tenir les fenêtres ouvertes pendant

les dusses ; mais lu pluie, le \ent, le bruit extérieur ne permettent qu'assez rarement d’employer ce dernier moyen.

Quiconque a visité des écoles communales a pu se convaincre qu’après que les enfants y ont séjourné pendant plusieurs heures , le local a contracté une odeur nauséabonde ; il est facile de comprendre que la santé des élèves et celle du mailre doivent en souffrir.

Le renouvellement de l’air est donc une précaution salutaire de la plus haute importance. Les administrateurs doivent s’efforcer d'améliorer, autant que possible, l'hygiène des écoles.

De l'aire des salles d'école. — L’aire d’une salle d’école peut être construite en dalles de pierres, en carreaux de terre cuite, en cendrée, ou recevoir un plancher. En employant le premier mode , on ne peut obtenir une aire constamment sèche ; elle sera de plus très-froide. Le pavement en carreaux vaut mieux que le premier ; il est moins humide et moins froid, et s'il est posé sur un lit de mâchefer et de sable, comme nous l’avons indiqué dans un de nos articles précédents, on obtiendra une aire solide et sèche.

Les dallages à la cendrée conviennent parfaitement au pavement des salles d’école; lorsqu’ils sont bien faits, ils sont aussi durs que la pierre, ne présentent aucune Assure où l'humidité puisse se produire , et ils sont d’une très-longue durée.

Quel que soit le choix qu'on fasse entre ces différentes espèces de pavement, il convient que les bancs et les pupitres soient élevés sur un gradin d’une hauteur de O"1 15. Cet isolement de sol empêchera les élèves de se ressentir du froid ou de l'humidité provenant du sol.

Si l'on établit un plancher, il faut que le gilage soit en bois de chêne, et le plancher en bois de chêne ou de sapin. Les gîtes doivent être supportés par de petits murs en moellons; le sol doit être battu et disposé pour recevoir une couche de chaux, qui empêche l'humidité d’agir sur le bois, ce qui le pourrirait en peu de temps.

Nous avons dit, page. 121, en traitant des précautions à

prendre pour prévenir l'humidité dans les habitations , que le gilage qui supporte le plancher devait être isolé du sol, et qu'un courant d’air devait être ménagé en-dessous du plancher , afin de conserver les bois. Ce mode de construction sera modifié pour les» planchers des écoles, car nous ferons remarquer que plus le plancher sera éloigné du sol , plus il sera sonore ; or, le bruit dans une classe est nuisible aux progrès des élèves , et fatigue la poitrine du maître. Il faut donc, quand le gitage qui doit supporter le plancher est posé, en remplir les intervalles avec du poussier de charbon, du mâchefer ou des cendres de houille, ou même avec du sable sec, si l'on n’a pas autre chose à sa disposition. Ces substances seront nivelées et tassées ; alors le plancher , au lieu de rendre un son éclatant, ne produira plus qu'un bruit sourd.

Nos lecteurs nous pardonneront si nous nous sommes un peu étendu sur celte question; mais sachant dans quel état se trouvent une partie des écoles, tant en France qu’en Belgique, nous avons cru devoir donner les principes généraux pour leur établissement et leur assainissement.

Nous présenterons dans une autre livraison quelques projets où ces principes ont été mis en pratique, ainsi que les plans de quelques écoles que nous avons fait construire.

Do» con»lruct!onH on pl»^.

Les constructions de cette nature sont très-coinmuncs dans les pays méridionaux, principalement en Espagne et dans les départements du Rhône, de l’Ain et de l'Isère. Employé avec intelligence, le pisé convient parfaitement pour les habitations rurales et le logement des animaux domestiques. Ce mode a beaucoup d’analogie avec les constructions en briques crues; seulement il est plus simple, plus expéditif cl plus économique. Il est très-durable dans les pays méridionaux, mais il est présumable qu’il réussirait moins bien dans des contrées plus humides. Toutefois, on pourrait l'appliquer aux pays septentrionaux, en prenant quelques précautions : il sullirait,

par exemple, d'ajouter à la terre une légère quantité de chaux hydraulique en pâle ou en poudre, ou de l’humeeler simplement avec du lait de chaux.

Le pisé est une maçonnerie composée de terre franche , un peu graveleuse, que l'on comprime fortement sur place dans des moules en bois. Quelquefois celte terre est façonnée préalablement en moellons factices, qu’on laisse sécher jusqu'à ce qu'ils aient acquis une certaine consistance ; afin de les empêcher de se gercer en se desséchant, on y mêle, en les pétrissant, de la paille hachée. Ces moellons sont reliés entr’eux avec de la terre humide.

La terre sablonneuse ne convient pas à la construction des murs en pisé; on reconnaît qu'une terre est convenable lorsqu'étant un peu humide, elle fait corps sous les doigts.

Trois conditions sont nécessaires pour réussir dans ce genre de travail; il faut 1“ que la terre soit bien choisie; 2° que le mélange de terre, d’eau et de paille soit fait avec soin; 3° que la pression des terres dans les inouïes soit forte cl uniforme.

Choix des terres. — Toutes les terres qui ne sont ni trop grasses ni trop maigres, sont propres à la fabrication du pisé, mais la meilleure est la terre franche cl jaunâtre que l'on trouve presque partout en-dessous de la terre végétale; elle est un peu graveleuse. Lorsqu’avcc une bêche ou une charrue, on enlève des molles de terre qu’il faut briser pour les désunir, cette terre est bonne pour le pisé.

Les terres cultivées, les terres de jardin, les terres naturelles formant des berges qui se soutiennent presqu'à plomb ou avec peu de talus, peuvent être employées avec suceès.

Préparation des terres. — La terre doit être écrasée et passée à travers une claie d'ouvertures moyennes. La terre trop sèche doit être mouillée par aspersion , puis remuée à la pelle, afin que l’humidité puisse se commurfiqucr à la masse. Cette humidité doit être telle, qu'en prenant une certaine quantité de cette terre et en la jetant sur le tas , elle conserve la forme qui lui a été donnée par la pression de la main.

Exécution. — Pour les constructions tout-à-fail grossières on ajoute dans la trituration de la terre du foin ou de la paille; l’ouvrier poseur, après avoir tendu ses cordeaux d'alignement, prend le mélangé au moyen d’une fourche et le pose dans l'emplacement du mur à construire ; il se sert du même instrument pour dresser les parements.

Dans les maçonneries en pisé que l’on veut établir avec soin, les murs se construisent par parties et au moyen d'un encaissement. Cet encaissement est fermé à l'aide de châssis mobiles , dont les deux parois sont maintenues à un intervalle égal à l'épaisseur que l'on veut donner au mur.

Nous donnons dans la planche LX, figure 1 , une vue perspective de l'appareil qui sert à cet usage; ses dimensions intérieures sont d'environ 0m 54 de largeur, 2IU 25 de longueur, et 0m 90 de hauteur. Les deux parois en planches, dont l'une est représentée par la figure 2 , se nomment hanches; un des châssis mobiles, ligure 3 , est composé d’une traverse a appelée clef ou lassonnier, d'une longueur de 1“ 15 cl de 0'" 10 d'équarrissage; de deux montants bb, d'une hauteur de im 45 et de même grosseur que le lassonnier; </ est une eutrcloisc, appelée gros-de-mur; les montants sont assemblés dans le lassonnier et maintenus par une corde brelée.

La terre étant préparée , on la jette dans le moule par couches de 0m 10 d’épaisseur, et on la comprime par le pilonnage jusqu’à ce que celte épaisseur soit réduite de moitié. L’instrument, figure 4, qui sert à comprimer la terre dans le moule se nomme pisoir. On forme de celle manière un massif qui a pour dimensions celles du moule.

Lorsque le moule est rempli, on détache les clavettes c qui retiennent l'assemblage, on démonte celui-ci et on transporte le coffre sur un autre point.

Comme fin le voit, c'est le même moule qui sert successivement à former tous les massifs des murs. Chaque banchée doit se terminer en biseau à ses extrémités, afin qu’elles se relient convenablement. En conséquence, le moule recouvrira en entier la partie laluée de la banchée précédente. Ce

travail se continuera de lu même manière pour toute la longueur du mur.

Avant de poser une assise nouvelle on repique celle qui la précède, et on emploie pour cela une pointe en fer ou une petite pioche. Les trous laissés dans la muraille par le passage des iassonniers sont ensuite remplis de terre.

Les murs en retour devant se terminer carrément, il devient nécessaire, lorsqu'on est arrivé à cet endroit, de fermer le moule avec une troisième hanche qu’on assemble solidement, mais de manière toutefois à pouvoir l’enlever avec facililé.

Les talus des bouchées , dans chaque assise, sont inclinés en sens contraire; les joints montants ne doivent jamais se correspondre.

Les extrémités des assises aux angles des murs doivent être construites en liaison ; à cet effet, l’extrémité des assises de l'un des murs doit recouvrir celle des assises de l'autre mur et en être recouverte alternativement (1).

Les clavettes qui maintiennent l'écartement des montants servent aussi à donner le fruit convenable à chaque hauteur d'assise. Ce fruit est ordinairement de 6 à 8 millimètres par mètre de hauteur pour chaque assise.

Les encadrements des portes cl des fenêtres doivent être faits en pierre, en briques ou en bois; dans ce dernier cas, on laisse dépasser l'assemblage de l'encadrement pour qu'il puisse se relier dans la maçonnerie. Ce genre de construction est très-expéditif; deux ouvriers peuvent en une journée de 12 heures faire 8 mètres cubes de pisé.

La maçonnerie en pisé peut être employée pour les murs de clôture, les chaumières, les maisons de peu d'importance, et particulièrement pour les exploitations agricoles dans les pays où le moellon est rare. Les murs de clôture seront couverts d’un chaperon, et les combles des habitations auront

(I) Dans quelques localités 1rs angles sont reliés avec (1rs morceaux de boi*. méplats qui portent sur les murs et les empêchent de s’écarter.

une saillie de 0“ 20 à U"1 30, alin d'empêcher lu pluie de dégrader les murs.

Lorsque l'on construit en pisé une habitation à plusieurs étages , les murs doivent être reliés enlr’cux par des pièces de bois d'un faible équarrissage, que l'on place dans leur épaisseur.

Les angles des murs étant les parties les plus exposées à la dégradation dans une construction en pisé, on établit souvent les angles en moellons ou en briques; mais comme le tassement de la maçonnerie et de la terre ne se fait pas d’une manière uniforme, ou remédie à eet inconvénient en plaçant de distance en distance, dans le sens longitudinal du mur et horizontalement, des lattes ou baguettes.

Les constructions en pisé doivent se faire au printemps, alin de laisser à la terre le temps de sécher complètement avant la saison rigoureuse. L’enduit qu'on applique alors sur les faces et qui ajoute à leur solidité, se compose d’une partie de chaux, de quatre parties d'argile et d’une certaine quantité de bourre. Cet enduit, qu’il faut placer par un temps sec, donne au pisé assez de résistance pour qu’il ne se détériore pas sous l'action des agents atmosphériques.

Pour préserver les ipurailles de l'humidité du sol, qui ne tarderait pas à détruire la cohésion de la terre formant le pisé, on établit les fondations en moellons ou en béton; il serait même convenable d’élever cette maçonnerie jusqu'à 0m 30 du niveau du sol , afin de préserver le pied des murs soit des pluies, soit des chocs.

De la durée des maçonneries en pisé. — On aurait de la peine à croire, si de nombreux faits ne venaient le constater, que des murs en terre soient capables de résister à l'intempérie des saisons ; il en est ainsi pourtant lorsqu'ils ont été revêtus d'un bon crépi de mortier, cl garantis contre l’humidité du sol par une assise en maçonnerie. Pline le jeune rapporte qu'Anniba! fit bâtir en Espagne des lanternes et des tours en pisé sur la cime des montagnes, cl que ces lanternes et ees tours existaient encore de son temps ; elles avaient donc déjà trois siècles de durée. Il n'y a, dit-il, ni mortier ni

ciment qui résiste comme celte terre , à la pluie , au vent et au feu.

La solidité du pisé ne peut plus être mise en doute depuis le siège de Lyon, où les murs en pisé ont mieux résisté aux effets du canon que les remparts construits en pierres.

On a pu voir par ce qui précède, qu’il est facile de faire exécuter soi-même des maçonneries en pisé , et de se procurer ainsi très-promptement et à peu de frais des logements et des dépendances rurales.

Le seul inconvénient que présente ce genre de construction, c’est que dans les pays tempérés il pleut une partie de l'année; or, la pluie retarde les travaux et occasionne toujours des dégâts difficiles à réparer. Cointereau, qui s’est spécialement occupé de cette sorte de maçonnerie, a conseillé, pour les pays où il pleut souvent, de fabriquer le pisé à l'avance, sous des hangars, dans de petits moules, où l'on pourrait le laisser sécher à l’ahri des intempéries. On obtiendrait ainsi de véritables pierres factices d'une très-grande dureté, qu’il ne s’agirait que de relier entr’elles au moyen d’un mortier clair ou de chaux vive.

On peut, si l’on adopte ce système , varier la grandeur et la forme des moules; on ferait, de cette manière, des pierres d'angles, des encadrements de portes et de croisées, des pilastres et des voûtes. Ces pierres factices auraient des dimensions assez restreintes pour qu’un homme pùt les placer avec facilité. Ainsi les pierres qui doivent servir pour former un mur auraient pour longueur l’épaisseur que celui-ci doit avoir, et pour les autres dimensions on suivrait la proportion que l'on donne aux briques ordinaires.

Les maçonneries en pisé offrent plusieurs avantages qu'il est important de consigner ici : I" elles procurent une grande économie, même dans les pays où les matériaux de construction sont abondants ; 2° elles sont fraîches en été et chaudes en hiver; 3° elles sont très-solides; 4° enfin les habitations de cette nature sont promptement terminées el promptement habitables.

On nous dira peut-être (pie l’aspect de ces constructions

n'a rien d'agréable el doit donner une assez pauvre idée de eelui qui les Tait établir. A cela nous répondrons que de richesjpropriétaîrcs et des négociants de Lyon possèdent, dans les environs de cette ville, des maisons de campagne d'un aspect charmant et qui sont cependant construites en pisé. Les faces sont revêtues d'un enduit et d’une peinture à fresque de très-bon goût. Ils ont ainsi des habitations à plusieurs étages qui ne leur reviennent qu’à un prix modique.

La maçonnerie en pisé coûte moitié moins qu’une maçonnerie en moellons et mortier de terre; elle coûte neuf fois moins qu'un mur en pans de bois, et dix-neuf fois moins qu’une construction en briques.

Dr» nmronncrlra rn Mollir ri chaux.

L'article précédent a fait connaître le genre le plus économique de maçonnerie en usage dans les pays méridionaux; nous allons parler maintenant d'un système de maçonnerie employé dans les pays septentrionaux, lequel joint à une grande solidité l'avantage d'être très-économique.

Cette maçonnerie se compose d'une partie de chaux et de neuf parties de sable; elle n'est guère connue que depuis 1828 ; elle a eu pour inventeur l'architecte Rydin. Le succès obtenu dans la reconstruction de la ville de Doras, qui venait d’ètrc détruite par un incendie, en propagea l'usage, et bientôt la capitale de la Suède vil s'élever des édifices à plusieurs étages, construits d'après le système Rydin.

La Suède, la Norwège, la Poméranie et le Nord de l’Allemagne offrent de nombreux échantillons de celte maçonucrie, dont la durée et l’économie ne peuvent plus être mises en doute.

La trituration et le mélange du sable et de la chaux se fait avec addition d’une certaine quantité d’eau, et la mise en œuvre a lieu comme pour la maçonnerie en pisé.

Pour réussir dans ce genre de maçonnerie, il faut choisir un sable sec, rude, à grains moyens, sans mélange d’argile. — La chaux grasse ne convient pas aussi bien que celle qui

possède des qualités hydrauliques. Plusieurs méthodes sont pratiquées pour le mélange des matières; la première consiste à éteindre la chaux avec beaucoup d’eau , de manière a obtenir un lait de chaux épais. Dans cet étal, on la jette dans l’appareil où elle doit être mêlée avec les autres parties.

Le deuxième procédé consiste à mélanger ensemble une partie de chaux et trois parties de sable, comme on ferait pour un mortier ordinaire ; les sept parties restantes de sable ne sont ajoutées qu'ensuile, et par portions.

Lorsque le sable qu'on emploie est lin et humide , il faut le mêler avee de la chaux en poudre; la quantité d’eau qu’on y ajoute dépend du degré d'humidité du sable.

L'appareil qui sert à la manipulation des matières destinées à cette maçonnerie, est des plus simples; il est formé d’une caisse en planches de 0m 04 d’épaisseur. L’introduction des matières se fait par une ouverture qui sert aussi à leur extraction, lorsque les parties dont elles se composent ont été mélangées. La figure 8 donne la coupe de celte caisse ; on remarquera qu'elle est montée sur deux roues pleines, faites en madrier et garnies d'un bandage en fer; un axe A, ainsi que les barres bbbl> , relient ces deux roues et traversent la caisse. C’est au moyen de ecs barres que s'effectue le mélange, lorsque la machine est en mouvement.

La construction des murs a lieu de la même manière que celle des inurs en pisé. Les figures 5, 6 et 7, indiquent les moules qui servent à ce genre de travail, et les ligures 10 et II, les pilons que Ion emploie pour lasser le mortier dans les moules. Les ouvriers exécutent ectlc maçonnerie plus facilement que celle en pisé, par le motif que les assises ne doivent pas être tassées avec autant de force.

Comme le pisé, cette maçonnerie est élevée par couches horizontales ; mais on ne doit commencer une nouvelle assise qu’après que la précédente a été suffisamment tassée, ce qui exige à peu près vingt-quatre heures.

La ténacité du sable et de la chaux permet d’établir les portes et les croisées aussitôt que les murs sont élevés ; pour cela, on se sert d’une scie. On peut aussi construire

des portes cl des fenêtres cintrées, et, dans ce cas, on ménage les vides, cl l'on fait porter l'intrados de la voûle sur un cintre en bois, que l’on peut enlever au boni d'un mois.

L'épaisseur des murs varie suivant leur hauteur; on donne ordinairement 0,n 40 d'épaisseur pour un mur de façade de 3 mètres de hauteur, et 0m 43 à 0"‘ 30 pour un mur de 4 à 7m 30 d’élévation. Les murs de refend peuvent n’avoir que 0m 30 d’épaisseur.

Dans les localités où le sable se trouve sur les lieux mêmes, le mètre eube ne reviendrait qu'à environ 2 francs 30 centimes , ce qui produirait une grande diminution de prix sur les maçonneries les plus ordinaires.

Après avoir présenté un aperçu du système Rydin , nous ferons observer que l’on peut opérer un mélange aussi complet des matières qui entrent dans la composition de eetle maçonnerie, en se servant d’un manège, comme cela se pratique dans les chantiers pour la fabrication du morlier.

Dans un moment où la cherté des loyers pèse lourdement dans les grandes villes sur la classe nécessiteuse, ne seraitil pas convenable de bâtir dans les banlieues des habitations dont le coût serait minime, comparativement aux constructions en usage aujourd'hui? On a bâti des cités ouvrières dans différentes villes , et comme dans leur construction on a visé à la plus stricte économie, nous conseillons aux administrations et aux propriétaires d’essayer de ce nouveau système de bâtisse, qui est tout à la fois solide et économique; car, outre que la matière première ne coûte presque rien dans certaines localités, le, travail peut être confié aux moins habiles des manœuvres de campagne, à des femmes et à des enfants.

Ce genre de maçonnerie conviendrait parfaitement dans la Sologne et dans les landes sablonneuses de la (lampine belge.

l'DKXit'K DEM II ITMIIMK.

Le constriicleur ne doit pas seulement connaître la théorie et la pratique de la mise en œuvre des matériaux qui entrent dans la construction d'un bâtiment, il doit aussi connaître les lois qui régissent la propriété; son ignorance à cet égard peut l’entraîner dans des erreurs déplorables et souvent ruineuses.

Les lois qui règlent la propriété sont d’une application si fréquente, qu'il est important de les bien posséder. Qui ne sait d’ailleurs que leur interprétation erronée est la cause de contestations journalières'? Prenons pourexempledeux propriétés contiguës; par cette position, les droits des deux propriétaires vont cire en contact. Ce que l’un pourra faire, nuira au propriétaire voisin, et celui-ci devra nécessairement interdire à son voisin ce qui lui eause un préjudice. La loi a pour objet de concilier l’intérêt général et l’équité avec l’intérêt privé, et chacun doit rester dans les bornes qui lui sont assignées par les servitudes ou services fonciers.

Les lois sur la police rurale apportent certaines modifications à la règle générale, qui permet à chacun de faire sur son terrain ce qui lui plail; nul ne peut être contraint d’y faire ce qu’il ne veut pas; d’un autre côté, nul n'a aucun droit sur la propriété d’autrui , et ne peut y faire quoi que ce soit sans l'autorisation du propriétaire.

Cela établi, nous allons reproduire les principales dispositions qui régissent la propriété.

Servitude* ou wervlce* foncier*.

La dénomination de servitudes établies par la loi, ne doit pas nous faire conclure qu’il ne peut pas y être apporté de dérogation ou de modification par la volonté de l'homme, mais seulement qu’elles agissent en l’absence de toute convention par la nature des choses et l’autorité des lois.

Les servitudes sont relatives au ntur et au fossé mitoyen, à la maison, â la cour et à la fosse commune , au cas où il y a

lieu à eonlre-mur, aux vues sur la propriété voisine, à l’égout îles toits et au droit île passage.

Du mur mitoyen. — lTn mur mitoyen est une clôture qui sépare deux propriétés; cette clôture ayant été construite à frais communs , est assise dans l'axe de la délimitation , c'est-à-dire que la séparation des deux héritages se trouve à la moitié du mur ou de la clôture.

Art. 653 du code civil. — Dans les villes et dans les campagnes, tout mur servant de séparation entre bâtiments, jusqu'à V héberge (1), ou entre cour et jardin , et même entre enclos dans les champs, est présumé mitoyen ou appartenant aux deux voisins dont il sépare les propriétés, s’il n’y a titre ou marque contraire.

Par mesure de. précaution il est nécessaire, lorsque le propriétaire de la maison la moins élevée contribue pour sa quote-part dans la construction du mur mitoyen au-dessus de son héberge, qu’il se fasse donner acte par son voisin de sa participation aux frais d’exhaussement du inur, afin que plus tard il puisse élever à son tour son bâtiment sans qu’on vienne lui contester sa part de propriété dans le mur dont il aurait besoin.

Lorsqu'un propriétaire qui veut se clore juge qu’il lui est avantageux de laisser un espace de son terrain en dehors du mur, pour y placer soit une échelle, soit des matériaux, soit des échafauds, soit pour tout autre motif, il le doit faire signifier à tous ses voisins, à chacun en particulier ; prendre alignement avec eux, en bonne et due forme, de la ligne qui sépare leurs héritages, et énoncer dans l'acte la largeur du terrain qu'il entend laisser libre jusqu'à la ligne de séparation de son héritage d’avec les héritages voisins. S’il négligeait de prendre cette précaution , scs voisins , par la suite . pourraient lui disputer cet espace de terrain et prétendre qu’il

(1) On nomme héberge l'endroit où deux bâtiments établis sur le même mur commencent à se séparer; c'est aussi ce qu'occupe un bâtiment de la portion d'un mur mitoyen, tant en longueur qu’en hauteur.

Tait partie de leur propriété. Ils pourraient aussi prétendre à la mitoyenneté de ses murs, s’il n’v a pas de marques de non-mitoyenneté , et dans le cas où il y aurait marque de non-miloyenneté, se les rendre mitoyens, conformément à l'article 661 du code civil, en remboursant au maître des murs la moitié de leur valeur et la moitié île la valeur du sol sur lequel ces murs seraient bâtis (C. Yasserot).

Lorsqu'il est prouvé que celui qui s'est clos le premier a laissé un espace libre en dehors de ses murs, si la largeur de ce terrain n'est pas déterminée, elle est présumée être de un mètre de. distance à partir dit pied du mur. (Acte de notoriété du Châtelet de Paris, du 23 août 1701).

Si celui qui s'est clos a laissé un espace de terrain en dehors de ses murs, il ne peut pas être forcé par le propriétaire voisin à vendre la propriété de ce terrain et à céder la mitoyenneté de son mur. Le voisin qui veut se elore à son tour peut , mais seulement dans les lieux où l'on est obligé de se clore, contraindre son voisin à contribuer à la construction de la clôture; et dans ceux où l'on n’est pas forcé de se clore, construire son mur joignant le terrain laissé pour tour d’échelle; de telle sorte qu'il existera entre son mur et celui du voisin une ruelle plus ou moins large, suivant la largeur du terrain que le propriétaire qui s’est clos le premier n'a pas compris dans sa clôture. (C. Yasserot).

Cependant, il a été jugé que lorsque l'espace laissé entre la ligne de clôture et le mur est de. trop minime importance pour avoir une utilité quelconque, le propriétaire voisin peut acquérir la mitoyenneté du mur en payant la valeur de la petite portion réservée. (Bourges, 9 décembre 1857).

La présomption de mitoyenneté établie par la loi peut être étendue ou restreinte d’après les marques particulières du mur, ou l’usage auquel il est destiné. Ainsi, cette présomption cesse pour les murs de terrasse séparant cours et jardins, lin pareil mur est regardé comme un accessoire et une dépendance de la terrasse qui, sans lui, ne pourrait exister. (Arrêt du 26 mai 1762).

Lorsque le mur est mitoyen entre deux voisins, et supporte

des bâtiments de part et d'autre, si l'un des voisins fait abattre son édifice sans le reconstruire, le mur reste toujours mitoyen jusqu’à la hauteur de l’héberge de l’édifice démoli ; pour le constater et éviter toute difficulté , il faut laisser subsister des vestiges du bâtiment démoli , tels que les corbeaux de pierre qui étaient sous les poutres, ou les marques des tranchées, des planchers et combles qui ont été descellés; ce qui vaudrait beaucoup mieux, ce serait un acte en bonne forme qui constaterait que celui à qui appartenait l’édifice l’a fait démolir, et jusqu’à quelle hauteur le mur était mitoyen; un simple solin ou filet de plâtre de la couverture détruite ne serait pas suffisant pour attester que le mur était mitoyen jusqu'à la hauteur dont la marque serait restée dans le mur, 1° parce qu’il arrive quelquefois que l’on établit un hangar ou tout autre bâtiment en charpente légère sans que le propriétaire du mur s'en aperçoive; 2° parce que, d'après le code civil, des filets, moulures ou encorbellements en plâtre ne peuvent servir de marque de mitoyenneté pour une hauteur supérieure à celle de la clôture. (Desgodets , Lois des Bâtiments).

654. — Il y a marque de non-mitoyenneté lorsque la sommité du mur est droite et aplomb de son parement d’un côté, et représente de l’autre un plan incliné; ou bien encore lorsque le chaperon (1), les filets (2) et corbeaux (3) de pierre ne se trouvent que d'un côté. (C. Ç.)

Il faut par conséquent, pour qu’il y ail marque de mitoyenneté, que les filets , chaperons ou rebords existent des deux côtés du mur. On ne doit pas regarder comme marques de mitoyenneté, les harpes de pierres ou de moellons que l’on fait saillir à la tète des murs, du côté du voisin, pour servir de liaisons.

(1) Le chaperon est le sommet du mur formant un plan incliné ordinairement de chaque côté.

(2) Les filets sont Ips parties du chaperon qui débordent le mur et facilitent la chute de l’eau, sans dégradation de la muraille.

(3) Les corbeaux sont des pierres en saillie qu’on place dans le mur en le construisant, afin de supporter des poutres ou poutrelles si Pon rient à bâtir.

Lorsqu'on construisant un mur mitoyen , les deux voisins contribuent à la confection des jambes étrières ou autres jambes de pierre de taille, il doit y avoir des saillies ou encorbellements de pierre de taille des deux côtés pour indiquer qu’elles sont mitoyennes. (C. Vasserot).

653. — La réparation et la reconstruction du mur mitoyen sont à la charge de tous ceux qui y ont droit, et proportionnellement au droit de chacun. Ainsi, quand on répare ou quand on reconstruit un mur mitoyen qui sert à porter un édifice du côte de l’un des voisins, et ne sert que de. clôture à l’autre voisin, celui à qui il ne sert que de clôture ne doit la moitié de la réparation et de la reconstruction de la fondation que jusqu’à la hauteur où se trouve le premier fonds solide pour porter un mur de clôture. Il ne doit payer non plus que la moitié de l'épaisseur d'un mur de clôture , et l’excédant de celte épaisseur doit être payé par celui qui en a besoin pour l’exhaussement de son édifice; il ne doit contribuer aux autres dépenses que dans la proportion de son droit. Il faut de plus observer que le propriétaire d'un mur mitoyen n'est pas tenu de contribuer à la réparation ou à la reconstruction de ce mur lorsqu'il a été dégradé ou détruit par le fait du voisin ; c'est à celui dont l'imprudence on le délit donne lieu à la réparation, à la faire à ses dépens.

Si deux propriétés , terrains ou constructions, sont séparées par un pan de bois, et que l’un des propriétaires veuille y substituer un mur, il sera seul obligé à en payer la valeur et à fournir l’excédant d'épaisseur. ( Cassation , 5 déc. 183‘J).

Dans la démolition et la réfection des murs , cloisons et autres choses mitoyennes, chacun des propriétaires doit également supporter les inconvénients de la construction , tant pour le dépôt des matériaux que pour le passage des ouvriers.

Lors de la démolition et reconstruction d'un mur mitoyen séparatif de deux maisons, chaque propriétaire est obligé de faire faire à ses frais les étaiements de tous les planchers de la maison , sans recours contre son voisin pour cause de quelque dommage que ce soit, ne procédant pas de son fait personnel. (Desgodets, 203 de la Coutume).

(i56. — Toul propriétaire d'un mur mitoyen peut, dans les lieux où il n’est pas contraint de se clore , se dispenser de contribuer aux réparations et reconstructions de ce mur, en abandonnant son droit de mitoyenneté , pourvu que le mur ne soutienne pas un bâtiment qui lui appartienne. (C. C.)

La défense d’abandonner son droit de mitoyenneté dans un mur, lorsque ce mur soutient un bâtiment, n’est point absolue; elle cesse lorsque le propriétaire du bâtiment l’avant fait abattre, il n’a plus besoin de la mitoyenneté.

Par le mot bâtiment dont sc sert l’article CSC, on entend, en général, toute construction que l'on élève sur terre et au-dessus du sol, pour l'usage de l'homme , pour celui des animaux destinés à son service, et pour la conservation des choses à son usage (C. Vasserol).

Lorsque la reconstruction d’un mur est nécessitée par le fait de l’un des eo-propriétaires, ou par celui des personnes dont il répond, ce co-propriétaire ne peut pas en abandonner la mitoyenneté, et le mur doit être reconstruit à scs frais. Si le voisin au profit duquel l’abandon de la mitoyenneté a été fait laisse tomber le mur en ruine, celui qui a fait l'abandon peut le révoquer, et demander en conséquence à partager les matériaux provenant de la ruine du mur, et à rentrer dans la portion de terrain qu'il avait consacrée à sa construction. (Pothier, n° 221).

Lorsque le propriétaire abandonne la propriété d’un mur de clôture ancien , pour ne pas contribuer aux réparations ou à la reconstruction de ce mur, son abandon comprend le fonds de terre sur lequel le mur est assis. On ne peut abandonner en pârlie un mur mitoyen et s’en réserver le surplus , par exemple la portion sur laquelle repose une construction. Cependant dans les lieux où l’on est contraint de sc clore, on peut seulement abandonner son droit dans un mur au-dessus de la hauteur que doit avoir la clôture. ( Lois des Bâtiments.)

657. — Tout co-propriétaire peut faire bâtir contre un nmr mitoyen et y faire placer des poutres ou solives dans toute l’épaisseur du mur, à 54 millimètres près, sans préju-

dice du droit qu'a le voisin de faire réduire à l’ébauclioir la poutre jusqu’à la moitié du mur, dans le eas où il voudrait lui-même asseoir des poutres dans le même lieu ou y adosser une cheminée. (Code civil.)

On ne peut user de la faculté de faire placer des poutres dans un mur mitoyen, qu’en se conformant à ce qui est prescrit par les réglements de police relatifs à la construction des bâtiments, réglements qui exigent que les propriétaires qui veulent asseoir des poutres dans un mur, fassent placer au-dessous de ces poutres, des chaînes ou jambes de pierre de taille, dans les lieux où il se trouve de la pierre de taille , et de la bonne maçonnerie dans les lieux où, faute de pierre de taille, on est forcé de se servir de moellons ou du libage qu'on reuconlre sur les lieux.

Les jambes et les ehaincs de pierre ne sont pas une seule et même chose. La jambe est une maçonnerie en pierre de taille de toute l’épaisseur du mur, et qui doit y être insérée depuis la fondation jusqu'à la hauteur de la poutre, lorsque le mur a peu d’épaisseur. La chaîne est , comme la jambe , une maçonnerie en pierre de taille ; mais on ne lui donne pas toute l’épaisseur du mur sur lequel la poutre est assise, lorsque cette épaisseur n’est pas nécessaire. Si les murs mitoyens sont faibles et de peu d'épaisseur, et qu’il y ait des poutres de grande longueur à poser sur les jambes , on fortifie ces jambes par des dosserets de 54 à 81 millimètres de saillie; la saillie se prend sur le terrain de celui auquel les jambes appartiennent, et les dosserets se construisent à ses dépens. (Goupy : Lois des Bâtiments.)

Lorsque les propriétaires se sont écartés de ces réglements, ils peuvent être forcés à s'y conformer ; et le propriétaire ou le maçon qui ferait poser une poutre dans un mur, sans y mettre des jambes de pierre ou une maçonnerie suffisante, serait condamné à l’amende et à des dommages-intérêts , s’il était résulté quelques dommages de sa construction. Il en est de même lorsqu'un propriétaire veut asseoir des poutres sur un mur mitoyen qui n'a pas assez d’épaisseur pour les soutenir; le propriétaire est obligé de donner à ce mur

l'épaisseur nécessaire pour qu’il puisse supporter les poutres sans danger. Si, faute d'avoir pris cette précaution , il arrivait le moindre déversement du mur et que les poutres n'en suivissent point l'inclinaison, comme cela arrive lorsqu'elles sont retenues à l’autre bout par des ancres de fer , elles sc trouveraient alors sans portée et risqueraient de tomber avec les planchers ; et si elles occasionnaient quelque accident ou quelque dommage, on en rendrait responsable le propriétaire imprudent qui, pour épargner quelque dépense, n'aurait point donné au mur mitoyen l’épaisseur suffisante pour le rendre propre à supporter les poutres. Celui qui pose des poutres dans un mur mitoyen doit faire les réparations uon-sculeincnl du inur qui a été endommagé , mais encore de toutes les dégradations éprouvées à ce sujet par la maison du voisin: il doit payer les frais de l'étaieinent, s'il faut étayer, et ceux de l'alignement, s’il a été nécessaire d'en prendre un pour placer les jambes sous les poutres. (C. Vasserol.)

6S8. — Tout co-propriélaire peut faire exhausser le mur mitoyen ; mais il doit payer seul la dépense de l’exhaussepient, les réparations d'entretien au-dessus de la hauteur de la clôture commune, et en outre l'indemnité de la charge, en raison de l'exhaussement et suivant la valeur.

Si les co-propriétaires du mur ne peuvent pas s’accorder à l’amiable sur le montant de l'indemnité à payer, cette indemnité doit être fixée par des experts , lesquels doivent la régler proportionnellement à la durée présumée du mur qui aura supporté l'exhaussement. Celui qui, pour exhausser le mur mitoyen, a été obligé d'enfoncer ce mur plus bas que le fonds solide, doit réparer à ses dépens tout ce qui est audessous du fonds solide, par la même raison qu’il est obligé d'entretenir de réparations tout ce qui est au-dessus de la hauteur de la clôture commune. (C. Vasserol.)

Lorsque le mur mitoyen est de construction et d’épaisseur suffisantes, et que celui qui veut l'exhausser fait faire par sous-œuvre une augmentation de fondations jusqu'au fonds solide, il ne doit payer la charge que suivant la proportion qui existera entre la hauteur du mur de clôture, jointe avec

la plus basse fondation, et la hauteur qui sera restée de l'ancien mur, paree que le mur dont on paie la charge doit être établi sur le fonds solide. Ainsi , par exemple , si ce qui est resté de l’ancien mur est de 4 mètres de hauteur, y compris son ancienne fondation , et que la plus basse fondation faite par sous-œuvre soit de l,n 30 de profondeur, on ne doit payer pour la charge de ce qui sera élevé au-dessus de la hauteur de clôture, que les trois quarts de ce qu’on aurait payé si le mur avait été bien fondé. (Desgodets.)

Si l’exhaussement d’un mur mitoyen était fait par un copropriétaire , sans nécessité ou sans utilité , et dans le seul dessein de rendre obscure et inhabitable la maison du voisin, il y aurait lieu à réduire l’exhaussement à une proportion raisonnable , tant que le mur ne serait pas nécessaire pour bâtir.

659. — Si le mur mitoyen n’est pas en état de supporter l’exhaussement, celui qui veut l’exhausser doit le faire reconstruire en entier à ses frais, et l’excédant d’épaisseur doit se prendre de son côté.

660. — Le voisin qui n’a pas contribué à l’exhaussement peut en acquérir la mitoyenneté, en payant la moitié de la dépense qu'il a coûté et la valeur de la moitié du sol fourni pour l’excédant d’épaisseur, s’il y en a.

661. — Tout propriétaire joignant un mur, a de même la faculté de le rendre mitoyen en tout ou en partie, en remboursant au maitre du mur la moitié de sa valeur , ou la moitié de la valeur de la portion qu’il veut rendre mitoyenne, et moitié de la valeur du sol sur lequel le mur est bâti.

662. — L’un des voisins ne peut pratiquer dans le corps d’un mur mitoyen aucun enfoncement, ni y appliquer ou appuyer aucun ouvrage sans le consentement de l’autre, ou sans avoir, à son refus, fait régler par expert les mesures nécessaires pour que le nouvel ouvrage ne soit pas nuisible aux droits de l’autre.

Si donc le propriétaire d’un mur mitoyen veut y adosser un batiment, y faire placer des poutres ou solives, ou s’en servir pour soutenir la voûte d’une cave , ou de toute autre

manière , il doit requérir le consentement du voisin par un acte extrajudiciaire , afin que sa réquisition ne puisse pas être contestée , et si le voisin refuse son consentement par écrit, il doit faire régler par des experts choisis à l'amiable, ou nommés en justice, les mesures nécessaires pour que les ouvrages projetés soient exécutés sans nuire aux droits du voisin ; s’il ne le fait pas, il peut être empêché de continuer ses travaux jusqu'à ce que la manière de les opérer ait été réglée; et s’ils ont causé quelque tort, il peut être condamne à réparer ces torts et à des dommages-intérêts. — Il ne doit pas même se borner à requérir et à obtenir le consentement du voisin s’il veut abattre une maison adossée contre un mur mitoyen, lorsque le voisin a aussi une maison adossée contre le même mur. Il faut encore, dans cc cas , exiger que le voisin prenne les précautions nécessaires pour que sa maison ne s’écroule pas , si le mur ne se trouve plus en état de la soutenir . lorsqu’il ne sera plus lui-méme soutenu par la maison que l’on veut démolir. Si le voisin sc refuse à prendre ces précautions, il faut l’y forcer, sous peine de devenir responsable des accidents et dommages auxquels peut donner lieu la chute de sa maison ou celle du mur mitoyen. (Loin des Bâtiments.)

Lorsqu'un des voisins a fait pratiquer des armoires, niches ou autres enfoncements dans un mur mitoyen, sans le consentement de l’autre co-propriétaire, celui-ci peut en demander et en faire ordonner la démolition, quand même ces ouvrages seraient construits en pierre de taille , et quand on articulerait et demanderait à prouver qu'ils existent de temps immé- • morial, car la présomption serait toujours que ces ouvrages ont été faits à l'insu du voisin , et celte présomption étant établie par la loi, ne pourrait-être détruite que par la preuve écrite que le voisin a consenti aux ouvrages contre lesquels il réclame, ou qu’à son refus d’y consentir , ils ont été judiciairement autorisés par un rapport d'experts qui constatait qu’ils n’étaient point préjudiciables aux droits du voisin. (C. Vasscrot.)

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