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Chacun peut contraindre son voisin, dans les

villes et faubourgs , à contribuer aux constructions et réparations de la clôture faisant séparation de leurs maisons , cours et jardins, assis ès dites villes et faubourgs. La hauteur de la clôture doit être fixée suivant les règlements particuliers et les usages constants et reconnus. A défaut d'usages et de règlements , tout mur de séparation entre voisins , qui est construit ou rétabli, doit avoir au moins à compter au-dessus de la terre, outre les fondements, 32 décimètres de hauteur, y compris le chaperon , dans les villes de 50,000 âmes et au-dessus, et 26 décimètres dans les autres. (Code civil.)

Lorsque deux voisins sont d’accord, il leur est libre de faire des murs de clôture mitoyens, plus ou moins haut qu’il n’est ordonné par le Code, pour plus de sûreté ou pour se conserver plus d’air et de jour.

Lorsque les murs de clôture mitoyens sont bas , on en revêt quelquefois le sommet de chardons ou de grilles en fer ; si ces objets sont placés à frais communs, ils doivent être scellés dans le milieu de l’épaisseur ; et si c'est aux dépens d’un seul , il doit les faire mettre plus près du parement du mur de clôture , et cela ne suffit même pas, car il en est de ees grilles posées d’un côté ou d’un autre , comme des chaperons des murs de clôture. Ainsi le voisin qui fait poser des grilles doit, pour éviter toute contestation , prendre une reconnaissance du voisin. (C. Vasserot.)

664. — Lorsque les différents étages d’une maison appartiennent à divers propriétaires, si les titres de propriété ne règlent pas le mode de réparations et de reconstructions , elles doivent être faites ainsi qu’il suit :

Les gros murs et le toit sont à la charge de tous les propriétaires , en proportion de la valeur de l’étage qui appartient à chacun.

Le propriétaire de chaque étage fait le plancher sur lequel il marche. Le propriétaire du premier étage fait l’escalier qui y conduit; le propriétaire du second étage fait, à partir du premier, l’escalier qui conduit chez lui, et ainsi de suite. Pour fixer le quart de dépense afférent à chacun , dans les réparations que le code énumère , il est donc indispensable

de faire constater la valeur de chaque étage. — Lorsque les eo-propriélaircs d’une maison composée de plusieurs étages en ont fait le partage sous l’empire d’une loi ou d'un usage, d’après lequel l’obligation de réparer le toit pesait sur le propriétaire de l’étage le plus élevé , celui-ci ne peut prétendre à obliger les propriétaires des étages inférieurs à concourir aux réparations du toit commun , surtout si ses auteurs et lui-méme ont, pendant plus d’un siècle, supporté exclusivement ces réparations.

Ce qui est applicable pour les différents étages d'une habitation a lieu aussi pour les caves, les lieux d'aisance, les cheminées, etc. Quand on. abandonne une fosse d’aisance pour quelque raison que ce soit , il faut en enlever les matières fécales, de crainte que les héritages, puits et maisons voisines n’en soient incommodés par la suite des temps. (C. Vasserol.)

665. — Lorsque l'on reconstruit un mur mitoyen ou une maison , les servitudes actives et passives se continuent à l’égard du nouveau mur ou de la nouvelle maison , sans toutefois qu’elles puissent être aggravées, et pourvu que la reconstruction se fasse avant que la prescription soit acquise. (C. 703, 704, 707, 2262.)

La question de savoir quand un mur mitoyen a besoin d’être réparé ou reconstruit, est une cause très-fréquente de contestations. Il arrive souvent qu’un mur mitoyen, quoique un peu délabré, est bon pour l’un des voisins, et que l'autre voisin veut le faire rétablir , parce qu’il a besoin d’une plus grande hauteur ou d’une plus grande solidité. Il est vrai qu’on nomme des experts pour en juger; mais comme il s’agit de solidité , pour peu que cette solidité ne paraisse pas suffisante, on ordonne la destruction du mur, et la construction d’un autre mur plus solide. De plus , le mur peut être bon dans ses fondations pour celui des voisins qui n’est pas élevé ; cependant il doit payer sa moitié. En cette occasion les experts doivent avoir égard à la situation de celui qui est obligé de souiïrir la démolition , bien que le mur existant soit suffisant pour ses besoins.

Des fossés. — 666. — Tous fossés entre (leux héritages sont présumés mitoyens, s’il n'y a titres ou marques du contraire. (1390, 1352 et 456.)

Les fossés sont des tranchées faites dans la terre, pour environner un champ, un bois, un pré ou autres héritages, en défendre l'entrée ou en fixer les limites.

On distingue plusieurs sortes de fosses, suivant l'usage auquel ils s'appliquent ; tous ces fossés peuvent servir de limite à la propriété. La première sorte comprend les fossés servant au cours des eaux , des sources , à l’écoulement des eaux pluviales d'une campagne, ainsi qu’au dessèchement des terres dans l'intérêt de l'agriculture. La seconde sorte comprend les fossés creusés dans le, but de servir de clôture et empêcher le passage d'un héritage dans un autre, qu'ils contiennent ou non de l’eau dormante. Enfin, la troisième comprend les petits fossés secs qui ont pour objet d'empêcher qu'on ne fasse un chemin à travers les héritages. (Lois des Bâtiments.)

667. — Il y a marque de non-mitoyenneté lorsque la levée (1) de la terre se trouve seulement d’un côté du fossé. (1350, 1352.)

668. — Le fossé est censé appartenir exclusivement à celui du côté duquel le rejet se trouve. (C. 1350, 1352.)

669. — Le fossé mitoyen doit être entretenu à frais communs. (646, 655.)

670. — Toute haie qui sépare des héritages est réputée mitoyenne, à moins qu'il n'y ait qu’un seul des héritages en état de clôture, ou s’il n’y a litre ou possession suflisanlc du contraire. (C. 673, 1134, 1135, 1350, 1562, 2262.)

Lorsqu'un fossé est mitoyen, les terres provenant du curage doivent être jetées également des deux côtés. Lorsque les droits de propriété ou de servitude ne sont pas contestés.

(\) On entend par levée un amas de terre placé sur les bas-bords du fossé, ordinairement pour retenir l’eau qu’il contient; et par rejet delà terre , les terres que l’on jette hors du fossé, soit en le creusant, soit en le curant. Ces terres servent à former la levée.

le tribunal de paix connaît de ces demandes sans appel , jusqu’à la valeur de 100 francs. (Loi du 23 mai 1838.)

Un voisin ne peut sc dispenser de l'entretien des fossés de la première espèce, en abandonnant son droit au fossé à l’autre voisin. Ces sortes de fossés sont des charges que les propriétaires doivent supporter également. Comme il est de nécessité que ees eaux aient leur écoulement, et que les propriétaires des deux côtés sont également intéressés à ce qu’elles coulent librement pour empêcher que leurs terres ne soient inondées, il est juste que chacun fasse les frais nécessaires pour entretenir le libre cours des eaux, puisqu’ils en profitent egalement , et que l’un des propriétaires ne puisse pas rejeter sur l’autre celte dépense, par l’abandon qu’il lui serait libre de faire de ces sortes de fossés. (Goupy , sur Desgodets.)

Un des voisins ne peut contraindre l'autre à faire un fossé pour séparer leurs héritages. S’il veut en faire un, il doit en prendre toute la largeur sur son terrain ; il doit aussi laisser au moins 0m 30 de largeur sur toute la longueur, entre le bord du fossé et l’héritage de son voisin, et faire en sorte que la berge du talus, du côté voisin, soit proportionnée à sa hauteur, afin d’éviter l’éboulement des terres. (Loin des Bâtiment*.')

Des haies et des arbres. — 670. — Toute haie qui sépare des héritages est réputée mitoyenne, à moins qu’il n’y ait qu’un seul des héritages en étal de clôture, ou s’il n’y a titre ou possession suffisante du contraire.

Les haies mitoyennes qui séparent des héritages doivent être entretenues et replantées à frais communs par les propriétaires des deux héritages voisins ; l’un d’eux peut contraindre l’autre à contribuer à l'entretien et au rétablissement de la haie, ou à renoncer, par un acte valable et par écrit, au droit qu'il avait à la haie ou au fonds de terre sur lequel elle est plantée. ( Lois des Bâtiments.)

Lorsqu'un propriétaire a fait l’abandon de la mitoyenneté d’une haie, il ne peut plus en acquérir la mitoyenneté sans

le consentement de celui qui en est propriétaire. — Si le propriétaire d’une haie néglige d'en faire élaguer les branches, et que ces branches nuisent aux récoltes du fonds voisin, le fermier de ce fonds peut actionner le propriétaire de la haie , pour le faire condamner à élaguer les branches qui nuisent aux récoltes, et à des dommages et intérêts, attendu que le fermier a action pour dommages causés aux fruits et récoltes. Lorsqu’une haie se trouve plantée sur le bord d’un fossé qui n’est pas mitoyen, elle appartient au proprietaire du fossé. Au contraire , si elle se trouvait plantée de l’autre côté du fossé, elle est réputée appartenir au propriétaire qu’elle sépare du fossé. (C. Vasscrot.)

671. — Il n’est permis de planter des arbres de haute tige qu'à la distance prescrite par les règlements particuliers et actuellement existants, ou par les usages constants et reconnus; et à défaut de règlements et usages, qu’à la distance de 2"‘ de la ligne de séparation des deux héritages pour les arbres de haute tige (1), et à la distance de 0" 50 pour les autres arbres et haies vives (2). (C. 652.)

672. — Le voisin peut exiger que les arbres et haies plantés à une moindre distance soient arrachés. — Celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres du voisin , peut contraindre cclui-ci à couper ses branches. — Si ce sont les racines qui avancent sur son héritage, il a le dro’it de les couper lui-même.

673. — Les arbres qui se trouvent dans la haie mitoyenne sont mitoyens comme la haie , et chacun des deux propriétaires a droit de requérir qu’ils soient abattus. Mais ni l’un ni l’autre des voisins ne peut couper la racine de ces arbres, ni faire quoi que ce soit de son côté qui puisse y porter dommage ; et, s’ils ne les font pas abattre, ils doivent en partager par moitié les fruits et la tonte.

(1) Les arbres à hautes tiges sont ceux qui s’élèvent ordinairement à une hauteur assez considérable, comme les chênes, les cerisiers, etc.

(2) Les haies vives sont les haies formées d’arbustes vivants. Quant aux haies murtes formées avec des branches d’arbres, comme elles n’étendent ni branches ni racines, on peut les élever entièrement sur In limite.

Fondations sur «ablr.

Procédé sûr cl économique pour asseoir les constructions les plus lourdes sur les plus mauvais terrains.

Parmi les terrains sur lesquels il n’est pas prudent d’asseoir les fondations d’un édifice, ceux qui se rencontrent le plus fréquemment sont les terres végétales, la tourbe, les terrains vaseux, l’argile même et les terres rapportées, en un mot , ce qui forme la classe des terrains éminemment compressibles, que les constructeurs ont désignés par l'expression de mauvais terrains, parce qu’il faut souvent des précautions infinies, des soins minutieux pour y établir une construction , qui éprouve trop souvent encore des mouvements considérables et désastreux.

Divers moyens sont employés lorsqu'il faut s’établir sur l’un de ces terrains.

Le plus usité consiste à bâtir sur pilotis, c'est-à-dire à chasser au travers du mauvais terrain, à grande force et surtout à grands frais, des pilotis en bois qui vont atteindre une couche inférieure de terrain plus solide; c’est sur la tête de ces pilotis que reposera l'édifice. Ce moyen ne réussit pas toujours, et cela se comprend aisément lorsqu'on réfléchit à toutes les circonstances qui peuvent en compromettre le succès. Quelquefois le mauvais terrain qu'il faut traverser est d’une grande épaisseur , et il peut fort bien arriver que des pilotis de 15 à 20 mètres de longueur ne gardent pas leur verticalité. On a vu, rapporte Sganzin, des pilotis de fondation de quai marcher et s’incliner en surplomb, malgré le poids des maçonneries qu’ils portaient. — Le battage des pieux est encore une opération des plus délicates; malgré la surveillance la plus active, on n’oserait affirmer que chacun des pilotis est arrivé à la couche résistante que l’on veut atteindre. Le frottement du pieux contre le terrain peut devenir tel qu'il contre-balance le choc du mouton; on a vu des pilotis

qui présentaient un refus absolu à la sonnette à liraude, s’enfoncer encore par la sonnette à décline ; le contraire s'est présenté aussi. Enfin, tout porte à croire que l'action continue du poids d'un bâtiment reposant sur pilotis, présente des effets tout différents de ceux que produit le choc des moutons, et la science n’a pu arriver encore à établir entre ces effets une relation mathématique et incontestable.

Le procédé suivi dans une partie de la Belgique, lequel, à ce qu’il parait, est usité dans l’Inde, est analogue au précédent. On creuse des puits à travers les terres rapportées, jusque sur le sol naturel, et l’on remplit ces puits avec de la maçonnerie ; le bâtiment repose ainsi, au moyen de voûtes de décharge, sur un certain nombre de colonnes de maçonnerie. Ce mode de fondations, dans la plupart des cas, est plus économique que le pilotage ; il présente en outre cet avantage, d’être moins altérable ; cependant il n’en est pas moins assez coûteux, puisque pour une habitation ordinaire, il occasionne un surcroît de dépense de 12 à 1,500 francs; il exige des soins qui, il faut bien le dire, sont trop souvent négligés. Ces piliers étant seuls pour résister à la compression, il semblerait que l’on dût apporter dans leur établissement toutes les précautions nécessaires pour obtenir une maçonnerie solide, composée de matériaux soigneusement mis en place. Or, que l’on se figure une de ces habitations construites sur des puits remplis d’une maçonnerie grossière, en moellons jetés péle-mèle, et l’on sera surpris de n’avoir pas plus d’accidents à déplorer. Aussi ce mode de fondation n’esl-il bon qu’autant que les matériaux ont été posés avec soin.

Dans ce système , abstraction faite de la solidité des supports, toute la stabilité de l’édifice dépend du sol naturel sur lequel s'arrête le creusement des puits. Or, ce sol peut être lui-même un mauvais terrain , et les couches vraiment résistantes peuvent être à une profondeur telle, qu’il ne soit pas possible de les atteindre ; dans ces localités, le mode de fondations sur puits est impraticable.

En augmentant la consistance du terrain on diminue nécessairement sa compressibilité; c’est dans ce but que les

anciens constructeurs chassaient dans le sol un grand nombre de petits pilotis qui, en raison de leur volume, resserraient les terres et leur donnaient plus de solidité. Celte méthode coûteuse aurait peu de succès dans les terres rapportées.

Il est enfin un procédé qui semble présenter, dans beaucoup de cas , de très-grands avantages sur les précédents : c'est la fondation sur massif de sable. Bien qu’un certain nombre de constructions ainsi établies puissent être citées à l'appui des théories et des expériences faites sur ce sujet, le procédé dont nous parlons est peu employé ; et nous ne pouvons attribuer celte circonstance qu’à ce qu'il n’est pas suffisamment connu des constructeurs. Nous nous sommes donc proposé de résumer ce qui a été publié de plus important sur ce genre de fondation. Nous rappellerons d'abord les remarquables propriétés du sable, propriétés qui sont utilisées par la méthode dont il s’agit; nous citerons ensuite quelques exemples d’édifices établis de cette manière , et dont la solidité est garantie par plusieurs années d'existence.

L’emploi d'un massif de sable sous les fondations d'un mur, en reportant une partie de la pression sur les cotés, soulage d'autant le fonds, c’est-à-dire le sol. Ainsi on a mis sur le plateau d'une balance un massif de sable contenu latéralement par une caisse sans fonds ; on a chargé ce massif et l'on a constaté le poids qui, dans l'autre plateau, faisait équilibre au poids du sable et de la surcharge. Lorsque ce dernier était de 468, 726 ou 976 kilog. , le poids au-dessus duquel il y avait équilibre n'était que de 256, 400 ou 500 kilog.

Les expériences faites dans le but de reconnaître la manière dont le sable se comporte lorsqu'une partie du fonds seulement vient à céder, ont fait reconnaître une propriété particulièrement précieuse pour l’emploi de ce mode de fondation, l’nc ouverture ayant été pratiquée dans le fond d’une caisse remplie de sable , une partie seulement de ce sable s'est écoulée et il s’est formé dans le massif et au-dessus de l’ouverture une espèce de voûte en ogive qui supporte tout le sable superposé. Celte voûte semblait même être d'autant

plus résistante que le massif de sable était plus haut ou qu'it était chargé plus fortement. Cet effet n’a lieu toutefois que lorsque l’ouverture du fond ne dépasse pas certaine proportion au-delà de laquelle la plus grande partie du sable contenu dans la caisse s’écoule.

Cette propriété d’arc-boutant est d’une grande importance pour l’emploi du sable en fondation. En effet, les mouvements des constructions supérieures étant très-lents , les pressions supportées par les diverses parties du fond s’éloignent peu des pressions primitives; dès qu’une partie viendra à céder, elle sera déchargée aux dépens de celles qui l’entourent, et il s'établira une multitude de petites ogives dont les piedsdroits s’appuieront sur les parties les plus résistantes du fond, jusqu'à ce qu’enfin , ce fond ayant pris une forme telle que la résistance soit partout la même, le massif de sable, dont la forme se modilie en même temps, vienne s’appuyer également sur tous les points.

Nous avons dit que la pression du fond n'était diminuée que par suite des pressions exercées latéralement; ces pressions latérales ont donné lieu aux mêmes observations que le fond. Ainsi lorsqu’on pratique dans une des parois de la caisse remplie de sable une petite ouverture, il ne s’écoule aucune partie du sable; si l’on agrandit l’ouverture, il ne s’en échappe qu’un petit volume, et il se forme dans le massif, au-dessus et en avant du trou , une voûte en ogive analogue à celle qui se forme au-dessus d'une partie du fond qui cède; ce n’est que lorsque l'ouverture atteint certaines dimensions que le sable s’échappe réellement en prenant dans la caisse son talus naturel jusqu’au bas de l'ouverture.

La pression latérale exercée par un massif de sable supportant une construction, exige une certaine résistance dans le terrain, sans laquelle résistance le sable s'étendrait latéralement et entraînerait la chute de l’édifice. Si le sol ne présentait pas celte résistance, on pourrait maintenir le sable par un encaissement en planches, en béton ou en maçonnerie; mais ici encore l'expérience fournit un plus sûr moyen. On a constaté que le poids placé sur un massif de sable

n’exerce de pression latérale dans ce massif que jusqu'à line certaine distance du point où ec poids agit, de. sorte qu’en donnant au massif un empâtement convenable, les parois de l’excavation n’auront à supporter qu’une très-faible pression indépendante du poids de la construction.

C’est ainsi que dans une expérience de M. Niel, un poids de 15,000 kilogrammes reposant sur un plateau en bois posé sur une couche de sable d’un mètre de hauteur, n’excreait d’action latérale que jusqu’à lm 05 de distance du pied du plateau; ce serait donc là l'empâtement à donner pour décharger les parois latérales. M. Poncelet, dans son excellent Mémoire sur la stabilité des revêtements, a soumis au calcul cette question, et indiqué les moyens de trouver pour chaque cas les dimensions à donner au massif de sable.

Dans le Cours de constructions de l’Ecole centrale, nous trouvons que la distance à laquelle la poussée latérale du sable se fait sentir est égale à l’épaisseur de la couche multipliée par 2,050.

Les expériences que nous avons rapportées ont toutes été faites sur du sable contenu entre des parois solides. En voici une autre qui a été faite sur un terrain vaseux constamment rempli d’eau. Un même poids de 29,000 kilogrammes a été placé dans deux excavations voisines; dans l’une, ce fardeau reposait sur un massif de sable de lra 20 de hauteur; le tassement a été de O1” 126; dans l’autre, le plateau chargé a été placé sur le terrain nu ; il a éprouvé un tassement de 0m 550, et la charge s’est fortement inclinée.

Ce dernier effet montre surtout l’avantage de. l’emploi du sable; il est à remarquer d'ailleurs que le massif de sable n’avait pas d’empâtement, et il y a lieu de croire que sans cette circonstance le tassement n’eùl pas dépassé 0m 104, c’est-à-dire moins que le tiers du tassement dans le sol naturel.

Il nous reste maintenant à citer quelques exemples de constructions faites sur des massifs de sable, et dont la stabilité ne laisse rien à désirer.

Bien que ce mode de construction n’ait été employé que

depuis une trentaine d'années, il parait remonter à une haute antiquité ; il résulte d'une communication faite à l’Institut des architectes anglais, dans la séance du 5 février 18-i-4, que M. Perring, qui a exploré presque toutes les pyramides d’Egypte, a remarqué que pour établir les fondations de quelques-uns de ces monuments colossaux, on avait nivelé la surface pierreuse du désert avec du sable lin contenu par un mur de soutènement autour de la base, et que c’est sur ce sable que s’élève la pyramide. Le même procédé est encore exclusivement employé à Surinam pour l’établissement des édifices les plus considérables sur les plus mauvais terrains.

Vers le commencement de l’été de 1836, dans l’un des petits ports situés sur la côte septentrionale de la Bretagne, on vit un jour une. partie de la population se porter vers les rives du cours d'eau où les fortes marées amènent quelques bâtiments. Il s'agissait d'un travail important pour la localité, de la fondation d'un mur de quai au long duquel les navires pourraient se ranger , et chacun était curieux de connaître comment on viendrait à bout de vaincre, pour cette construction, des difficultés qui paraissaient presque insurmontables. Que l'on se ligure un terrain vaseux à une grande profondeur, et si peu consistant que les parois de la fouille que l’on avait creusée sur la rive gauche s’éboulaient successivement, et ne pouvaient, sous aucune inclinaison, rester coupées sur une hauteur de 5 à G mètres que devait avoir le mur de quai. Les éboules s'avancaient rapidement vers un magasin d’une valeur assez considérable, établi à peu de distance du bord de la rivière, et menaçaient de l'entrainer bientôt. Si l'on avait suivi le procédé usité en pareil cas, on aurait encore approfondi la fouille des fondations; on y aurait enfoncé un grand nombre de pieux de forte dimension, et sur leurs têtes on aurait appuyé un grillage ou plancher solide en charpente , sur lequel on aurait élevé le mur de quai. Mais le temps nécessaire à l’achèvement de tous ecs préparatifs eût été fort long, la dépense très-considérable cl l'ébranlement produit par le battage des pilotis eût causé la

chute du magasin. Cependant l'heure du Ilot approchait, cl il fallait prendre un parti prompt cl décisif. On commença par étayer solidement le magasin à l'aide d’une longue poutre appuyée à sa partie inférieure sur la berge droite du cours d’eau ; on soutint les parois de la fouille par un boisement fait à la hâte ; et approfondissant remplacement du mur du quai jusqu'à un mètre environ au-dessous du sol de la rivière, on y étendit une couche de sable bien tassé sur 0ro 80 d’épaisseur, et sur cette base, en apparence si mobile et si facile à déranger, l’on établit la première assise d'un mur de quai, que l’on éleva successivement jusqu'à 6 mètres de hauteur sur 20 mètres de longueur environ, au grand scandale des habitants de la localité, qui s’attendaient à voir tomber la construction avant même qu’elle fût achevée. Cependant aujourd'hui, après plus de trois ans, le mur n'a pas éprouvé la moindre altération dans la régularité de ses formes; sa paroi extérieure est toujours bien plane , et l’œil placé à l'une de scs extrémités reconnaît la parfaite horizontalité de ses diverses assises : nul indice de surplomb ni de lézarde.

La première application de ce procédé en France ne remonte qu’à l’année 1822; elle est duc à M. Dcvillicrs, inspecteur divisionnaire des ponts et chaussées, qui l’employa en grand au canal St-Martin. Malgré le succès dont elle avait été couronnée, elle resta comme oubliée jusqu'en 1830, époque à laquelle M. le capitaine du génie Gauzencc en fit l’essai à Bayonne pour asseoir les piliers du porche du oorpsdc-gardc de Mousscrollcs sur un terrain d’alluvion , vaseux jusqu’à une grande profondeur. M. Gauzencc se décida à établir ces piliers sur un massif de sable de 1 mètre de profondeur, et de l,n 30 de longueur et de largeur; les deux premières assises de pierres étant posées sur ce massif, on les chargea de 20 milliers de plomb san- qu'il en résultât un tassement sensible. Après cet essai, la construction fut achevée et ce porche n'a éprouvé depuis aucun tassement , tandis qu'un des murs de pignon du même eorps-de-garde, qu’on a relevé sur son ancienne fondation, manifestait, un an après, qucl-

ques mouvements sensibles; chaque massif de sable supporte un poids de 10,000 kilogrammes environ.

Une autre construction fondée de la même manière a parfaitement réussi dans les travaux de fortification de Bayonne, quoiqu'elle ait été assise sur un terrain entièrement rapporté, et que toutes les parties du terrain , loin d’étre homogènes , présentassent des résistances fort inégales.

La manière dont on a fondé sur sable , dans l'arsenal de l'artillerie, est tout-à-fait différente. Le terrain, dans l’enceinte de l'arsenal, est vaseux et de peu de consistance jusqu'à une grande profondeur. En 1825, on avait voulu y construire un bâtiment sans pilotis, mais on fut oblige de le démolir à cause des ruptures qui se manifestèrent dans les murs.

D'un autre côté, les bois sont chers à Bayonne, et ils sont exposés à pourrir lorsqu'on les emploie en pilotis, parce que la couche d'eau qui pénètre le sol varie de hauteur à chaque marée. On en a vu des exemples frappants en reconstruisant le bastion du Sault. On a trouvé en avant deç escarpes, à un mètre au-dessous des fondations, de petits pieux en pin de 0ra 15 de grosseur, qu’on avait plantés probablement pour consolider le terrain , et qui étaient tellement pourris qu'on les coupait à la pelle aussi facilement que la terre. On a de meme atteint sous la face du bastion , au niveau des basses eaux moyennes, un grillage en bois de pin, dont les pièces principales avaient 0m 30 d'équarrissage, et que l’on coupait en sept ou huit coups avec une mauvaise hache. Pour remédier à ces graves inconvénients, le colonel Durbach eut l'heureuse idée de remplacer par des pilots incorruptibles en sable les pieux de bois dont l'altération est si profonde en quelques années. Le bâtiment des forges de l'arsenal est formé de pilastres reliés entr'eux par un tnur à hauteur d'appui ; leur poids, joint à celui de la charpente qu’ils supportent, est de 34,554 kilogrammes. Pour régler l'espacement *des pilots de la fondation, on a pris 1000 kilogrammes pour limite du poids à faire supporter à chacun d'eux ; on enfonçait dans le sol un pilot de O"1 15 de diamètre et de 2

mètres de longueur, puis on l'arrachait et on remplissait de sable le trou qu'il avait laisse. Enfin , après avoir nivelé la surface des pilots en sable sous chaque pilastre, et l'avoir fortement battue, on y a élevé la maçonnerie.

La fondation sous les murs d'appui qui relient enlr’cux tous les pilastres a été faite de lu même manière. Pour enfoncer le pieu de bois qui sert de moule à tous les pieux de sable, on s'est servi de la machine si connue sous le nom de sonnette A tirande , dont le mouton pesait 100 kilogrammes. Pour l'arracher, on l'a armée d'une chaîne et d’une broche du calibre de 55 millimètres, comme le montre la figure 5 de la planche LXI. Lorsque la longueur du pieu dépasse 2 mètres , l’arrachage devient très-difficile.

Le procédé du colonel Durbach, légèrement modifié, a été employé avec plein succès à Paris, en 1855, par M. l'ingénieur en chef Mary. Il s'agissait de reconstruire un égout latéral au canal Saint-Martin, dans un terrain de remblai de très-mauvaise qualité, et traversé par des filtrations abondantes. Au lieu de sable pur, qui n'aurait pas tardé à être entraîné, on employa, pour remplir les trous, du sablemortier, c’est-à-dire du sable imbibé d'un 7e environ d’un lait épais de chaux hydraulique.

Nous ne pouvons rappeler toutes les constructions faites par le génie français; nous nous bornerons donc à citer l'application qui a été faite de ce système en Belgique par un officier des plus distingués.

L’établissement du passage sous la courtine, à la porte de Philippcville à Charleroy, a 25 mètres de longueur, 4"' 94 de largeur, cl 5m 00 de hauteur. Cette construction , qui datait de 1818, avait été établie partie sur un fond très-résistant, partie sur le fond du fossé des fortifications de Vatiban, terrain de nature glaiseuse et compressible. Scion le système généralement suivi par les constructeurs hollandais, les fondations furent uniformément assises sur un grillage reposant sur pilotis. Peu de temps après l'achèvement des maçonneries, un tassement se manifesta par des crevasses dans la partie assise sur l’ancien fossé. Ce tassement fut assez com-

promettant pour nécessiter, quelques années plus tard ( 1 82 1 ), une reconstruction partielle du passage en question; on se borna, pour consolider l'assiette des fondations , à enfoncer de nouveaux pilots, bien que l’accident eût prouve que les pilots n'avaient pas une flèche en rapport avec la pression du massif.

Cette insuffisance des moyens employés pour suppléer à la mauvaise qualité du sol donna lieu à un nouveau tassement qui produisit dans les pieds-droits et dans la voûte de la partie reconstruite de nombreuses crevasses.

Quoique les déchirements eussent un caractère très-prononcé et atteignissent en certains endroits une largeur de 0"‘ 12 à 0m 13, cet état de choses subsista jusqu'en 1844, époque où l'on reconnut qu’il était urgent de procéder à une nouvelle restauration. On proposa de rétablir la partie lézardée, de 101" 60 de longueur, sur un massif de sable ; et se basant sur des expériences faites en petit relativement à la compression du sable sous une charge donnée , on fixa l'épaisseur du massif à 1 mètre sur toute la surface de 1a partie à reconstruire, avec empâtement de lm 00 de chaque côté (l’épaisseur du massif de sable dépend de la charge qu’il doit supporter). Le fond de l’excavation ayant été convenablement nivelé à la profondeur de 1m 50, le sol en était tellement compressible, que par la seule pression de 1a main on y enfonçait un mètre en bois dans toute sa longueur. On éleva, pour encoHrer le sable , deux petits murs en moellons de 0m 50 d’épaisseur et 1” 00 de hauteur.

Un sable très-pur et surtout non terreux fut versé dans cet encoffrement par couches de 0m 23 d’épaisseur, successivement tassées au moyen d’une dame plate, de manière à obtenir, autant que possible, le maximum de compression de la matière. Avant le drainage, on arrosait le sable au moyen d’un arrosoir û pomme dont les trous étaient trèspetits. Sur le massif de cette table fut établie une plate-forme en béton de O1" 50 d’épaisseur, et sur cette plate-forme fut immédiatement assise la maçonnerie. Lorsque le massif de sable fut complet, pour avoir une idée de sa résistance à la

compression , on plaça sur une planche carrée de 0"' 30 de coté, ce qui donne une épaisseur de 0°’ 09, trois blocs de fonte cubiques, ayant la même surface et pesant ensemble 630 kilogrammes. Celte charge , enlevée avec soin uprès 48 heures, n'avait laissé sur la surface du sable qu'une empreinte d'un demi-millimètre qu’on n'appréciait que par le gonflement qui s’était produit autour des bords de la planche.

Des observations suivies et très-minutieuses, commencées dès le début de l'exécution des maçonneries, n'ont révélé aucun tassement, et depuis lors cette partie du passage offre tous les caractères d'une solidité parfaite.

Ces caractères sont très-concluants ; aussi depuis l’essai fait à Charleroy, ce procédé a-t-il été fréquemment employé dans les travaux du génie ; des magasins à poudre, construits à Anvers, ont été entièrement établis sur des massifs de sable. La seule précaution à prendre, c'est de rendre toutes les parties de la construction solidaires, comme on l'a fait à Charleroy, où l'on ne s'est pas contenté de faire des massifs de sable sous les pieds-droits seulement, mais bien sur toute la longueur du passage.

Cette dernière précaution n'est pas indispensable dans tous les cas. Lorsque les piliers sont assez espacés pour qu'il y ait une économie notable à isoler les massifs de sable, tout en leur donnant un empâtement convenable, nous ne comprenons pas l'utilité de continuer ces massifs sur toute l’étendue de la construction.

Les exemples que nous venons de citer, et quelques autres encore, prouvent d’une manière irrécusable que l'on possède maintenant un procédé sur et économique pour asseoir sur une base inébranlable, dans le sol le moins résistant, les constructions les plus lourdes, les édifices les plus élevés. Or, si l'on considère que les grandes cités où l’industrie de l'homme s’exerce avec le plus d’activité, sont presque toutes situées au milieu de plaines fertiles dont le sol, composé d'alluvions récentes, offre peu de résistance, souvent jusqu’à une assez grande profondeur, on ne pourra s'empêcher d'accorder la plus haute importance au procédé technologique,

aussi simple qu’élégant, dont nous venons de donner une idée. Si les architectes du moyen-âge l'avaient connu , nous n’aurions pas à déplorer la perte de quelques beaux monuments, dont la cime orgueilleuse ne s'appuyait que sur des pieds sans force. N'est-il pas étrange qn’après avoir poussé l’art des constructions jusqu'à un si haut degré de perfection, depuis plusieurs milliers d'années, l'homme n’ait connu que depuis si peu de temps le moyen de les asseoir d’une manière solide? Et ne peut-on pas faire un rapprochement singulier entre les monuments élevés par la main de l’homme jusqu’à ce jour, et l’échafaudage de la plupart des sciences? Semblables à la statue de Nabuchodonosor, nos connaissances comme nos monuments ne sont bien souvent fondés que sur des pieds d’argile.

En résumé, le mode de fondation sur sable devra être employé dans tous les cas où l'on a des tassements à craindre; par exemple lorsqu’on veut asseoir des maçonneries sur des terrains rapportés, dont la résistance peut être inégale, sur des terrains vaseux, glaiseux ou de dépôt, sur le gros gravier compressible, dans la tourbe même, ainsi qu'il résulte de l’essai qu'on a fait, il y a quelques années, pour l’établissement d’une maison de pontonnier du canal de l'Ourcq, au milieu des marais tourbeux de la Bcuvrone.

Dans les terrains entièrement dépourvus de consistance, où il serait diOicile d’ouvrir les tranchées nécessaires pour y bâtir au moyen d'un massif de sable, on trouvera avantage à employer les pilots de sable, qui présenteront plus de solidité que les pilots en bois; de plus, ils ne seront point exposés à pourrir, et ils coûteront généralement beaucoup moins cher que ces derniers.

Si le sol des fondations était exposé à être afTouillé ou délavé par des filtrations, on devrait faire usage de sable-mortier capable de durcir promptement et de prendre corps dans un terrain humide. On a pu se contenter de sable pur dans la fondation du mur de quai qui nous a fourni notre premier exemple, parce que la mer tend plutôt à apporter

de la vase qu'à corroder les rives de la petite rivière dont nous avons parle.

Le choix du sable n'est pas indilTércnt; le meilleur est moyennement fin, non terreux, homogène dans sa grosseur. Il faut le mouiller et le battre par lits de Om 20 à 0"' 25 d'épaisseur. Cette dernière précaution est importante.

La théorie de la singulière propriété dont jouit le sable, de rendre pour ainsi dire légères à la terre qui les porte les charges les plus lourdes, est encore fort obscure. Quelques faits semblent indiquer que , par suite de la disposition que prennent les grains d'un massif de sable, le poids qui pèse sur la surface supérieure est supporté par les parois latérales aussi bien que par le fonds, de sorte que la base d'un cube de sable ne porterait qu’environ le cinquième de la construction assise sur ce cube. On a même fait à ce sujet une expérience curieuse. Dans un tube recourbé en siphon, fîg. 4, ou a versé du mercure qui s'est mis au même niveau dans les deux branches ; puis on a achevé de remplir de sable la branche la plus large, et le poids de ce sable n’a pas troublé sensiblement l’équilibre du mercure ; d’où l’on a conclu que le sable n’exerçait pas de pression appréciable sur le fond du tube qui le renfermait. Celle expérience explique un fait connu depuis longtemps des mineurs exercés , savoir, que la simple superposition d'une couche de sable sur la poudre, mise au fond d’un trou de pétard ou répandue dans une fente de rocher, peut remplacer avec avantage la meilleure bourre , à cause de la force de pression qui fait adhérer ce sable aux parois latérales.

Nos lecteurs trouveront peut-être que nous nous sommes beaucoup appesanti sur un sujet qui semble sortir du cadre de notre ouvrage ; mais nous leur ferons observer que c’est principalement dans l’architecture rurale que ce nouveau procédé peut être le plus avantageusement employé, à cause de l'économie qu’il est appelé à procurer.

Toiture* économique*.

Dans nos articles précédents, nous avons parlé des moyens les moins dispendieux à employer pour élever les constructions propres aux habitations de la classe ouvrière et des cultivateurs. Il nous reste à décrire les toitures qui peuvent servir à couvrir les hangars et les logements des animaux domestiques, et qui réunissent à une grande solidité l'avantage d'être à la portée des moins opulents.

Toiture en carton-ardoise. — Cette toiture se compose de feuilles de gros carton bitumé, de 0"‘ 74 de longueur sur 0°’ 04 de largeur. Ce carton est complètement imperméable, et, exposé à l'air, il devient dur et très-résistant. Son poids, qui est dix fois moindre que celui des tuiles , permet d’employer des charpentes très-légères , et de se soustraire ainsi aux grandes dépenses qu’entraîne l’augmentation. progressive du prix des bois. Indépendamment de celle économie dans la charpente, la toiture en carton coûte 0 fr. 23 cent, par mètre carré moins cher que la toiture en tuiles, et peut rivaliser avec elle pour la durée. On peut encore utilement l'employer pour recouvrir les murailles humides.

Depuis quinze ans, des toitures de ce genre existent en Belgique, et elles ne font que se durcir et s'améliorer en vieillissant. Une braise ardente ne parvient pas à les enflammer.

Le carton se pose sur de petits chevrons a, voyez figures 1 , 2 et 3, planche LXI, qui n’ont que 0ln 03 d’épaisseur sur 0™ OC de hauteur, et qui sont espacés de manière que la feuille de carton repose sur trois d’entr’eux. Celui du milieu est entaillé de 0m 02 à l’endroit des ventrières, de sorte qu’il est plus bas que les deux autres et permet au carton de prendre la forme d’une tuile.

On fixe le carton sur les chevrons au moyen de petits clous placés à O01 03 de distance, avec des rondelles en cartons, comme les figures l’indiquent.

Le gouvernement belge, ainsi que les principaux établis-

scments industriels, ont adopte ce système et s’en trouvent satisfaits.

La feuille de carton coûte 0 fr. 40 cent.; il faut ajouter 0 fr. 02 cent, de rondelles et 0 fr. 02 cent, de clous par carton, ce qui porte à 0 fr. 44 cent, le prix de revient d'une feuille de carton ayant 0m 74 de longueur sur 0“ 64 de largeur (I).

Des toitures en chaume. — Les toitures en chaume conviennent parfaitement aux habitations rurales, parce qu’elles sont chaudes en hiver et fraiches en etc; mais, par malheur, elles présentent un inconvénient qui résulte des matières avec lesquelles elles sont construites ; en cfTct, il ne s'agit que d'une étincelle pour allumer un incendie qui peut ruiner en quelques instants toute une honnête famille de cultivateurs.

Une société savante, profondément émue de la fréquence des incendies dans les campagnes, cl jugeant qu'ils étaient le plus souvent occasionnés par les toitures en chaume , avait mis au concours la recherche des moyens les plus économiques de remplacer le chaume dans les couvertures des constructions rurales, ou au moins de faire disparaitre les dangers de celte espèce de couverture.

M. Legavriau s'occupa de cette question et présenta son système de toitures ignifuges, dont les qualités principales étaient t° de pouvoir remplacer avantageusement les toitures en chaume ; 2° de s'opposer à la naissance cl à la propagation des incendies; 3° d'être solides, légères cl économiques.

Ce genre de toiture n’est autre qu'un enduit recouvrant la paille qui est arrangée d'une manière particulière, et qui forme des panneaux qu’on attache sur le comble du bâtiment à couvrir. Le grand mérite de ces toitures est de pouvoir être établies par le plus simple manœuvre.

Quoique nous ayons traité cette question dans notre Ma-

(1) Ces cartons bitumés se fabriquent à la Boverie, près Liège (Belgique), chez M. J. Porigneaux, dit Periez.

nuel des Constructions rurales, nous croyons utile de revenir sur cet intéressant sujet, à cause des grands avantages qu'il doit procurer aux habitants de nos campagnes.

La paille qui convient le mieux à ce genre de toiture est celle de seigle (qui est aussi celle que l’on emploie de préférence pour les toits couverts en chaume). On la plie dans le milieu de sa longueur, de manière à former une espèce de corde de la grosseur de 0m 03, à laquelle on donnera pour longueur la distance qui existe d'axe en axe entre trois chevrons de la charpente, c’est-à-dire que si celte corde est placée en travers sur le premier chevron, elle s'étendra jusqu’au milieu du quatrième. Les cordes doivent avoir une épaisseur égale, ce qu'on obtiendra en croisant l’une sur l’autre, en sens opposé, chaque moitié du faisceau de paille que l'on a pris pour les former; un lien sert à retenir ces deux parties et les empêche de se séparer. On entoure alors une des extrémités du faisceau d'un lien flexible que l'on serre fortement. On peut se servir utilement, pour cet usage, de la tille, qui est la seconde écorce du tilleul; on la divise en lanières de 0,n 01. L’osier franc, ou la ronce sarmenteuse des bois peut aussi convenir, mais la tille doit être préférée parce qu'elle se tord dans tous les sens et qu’elle peut s’ajuster sur un carrelet, ce qui permet de la faire passer avec facilité à travers les cordes.

Pour exécuter le travail qui va suivre avec aisance et promptitude, on place dans un local quelconque, à un mètre du sol et à environ 0” 80 de distance les uns des autres, des crochets en fer de la longueur de 0"' 30, formant demicercle, et dont la pointe est tournée vers le mur. Le nombre de ces crochets varie selon le nombre de travailleurs que l’on veut mettre à cette besogne.

Le faisceau de paille étant serré à l’une de ses extrémités par trois ou quatre tours de lien , on accroche cette extrémité à la broche de fer, et on continue de serrer fortement le faisceau dans toute sa longueur, en décrivant une spirale avec le lien et en laissant entre chaque circonvolution, Om 02 de distance ; après quoi on arrête le lien et la corde est faite.

Celle manœuvre peut se répéter à l'infini, selon le nombre de eordes donl on a besoin. Il est bon que l’ouvrier qui travaille aux cordes ait la main garnie d'un morceau de linge ou de peau , afin d’éviter les écorchures qu’il pourrait se faire en serrant les liens.

La seconde opération consiste à assembler les cordes pour en former les panneaux. Pour cela , on les égalise à la longueur déterminée ; on enfile la première par son milieu, soit avec de la tille passée dans un carrelet , soit avec de la ficelle; on entoure et on traverse cette corde de paille , puis on en prend une seconde que l’on enfile par le milieu sans l’entourer, puis une troisième, et ainsi de suite.

Lorsque toutes les cordes sont jointes côte à côte et arrêtées par leur centre, on recommence à les enfiler à 0“ 12 ou Om 15 de distance du point central, et de chaque côté, jusqu’à ce qu'on ait joint In ligature des extrémités; puis on approche et on serre fortement les eordes les unes contre les autres et on arrête les liens. Les parties destinées aux croisées ou lucarnes et aux autres parties irrégulières du toit peuvent être préalablement taillées dans la forme que nécessitent ces parties de couverture, à moins qu’on ne préfère les clouer d’abord et retrancher ensuite ce qui est en trop.

Mise en œuvre îles panneaux. — On commence à placer ceux des bords latéraux du toit; ils doivent avoir en largeur 0ln 10 de plus que ceux des autres parties. On les couche sur la charpente de manière à revêtir le faite également des deux côtés, et on les fixe de 0" 50 en 0m 30 avec des clous à large tète avant 0m 035 de longueur ; un second panneau se place à la suite de l’autre en descendant; parvenu au bas du toit, s'il arrive qu’un panneau le dépasse de plus de 0ni 05, on détache le nombre de cordes nécessaire pour qu’elles viennent l’affleurer, et on arrête de nouveau les liens qui maintiennent celles-ci. Une seconde roule de panneaux s’applique à la suite de la première , qu’a laissée à découvert une demi-largeur de chevron, et on continue de même jusqu'à ce que le toit soit entièrement couvert de panneaux.

On noiera que pour éviter les cimes que pourraient occasionner les ouvriers par leur propre poids ou par celui des échelles, il faut placer au bas et en travers des chevrons une planchette ou volige ; on agira de même pour la partie supérieure de l’échelle, car sans celte précaution la toiture serait bosselée et formerait des courbures ou renfoncements, qu’il serait très-dillicüle de niveler.

Des substances t/ui entrent dans la composition des enduits. — La pose des panneaux sur les toits ne subirait pas à abriter convenablement l'intérieur, si l’on n’y appliquait un enduit pour empêcher les infiltrations de la pluie et de la neige. Ces enduits sont de trois espèces : ils ont la même propriété et subissent la même manipulation, seulement on donne la préférence à celui dont on peut se procurer à meilleur compte les matières premières.

L’enduit n° I se compose de cendres et scories de houille

passées au crible 2 parties.

Chaux éteinte d'avance et réduite en pâte. . . 2 id.

Argile ou glaise trempée cl délayée dans l’eau. I id.

Sang de boeuf ou autre, 2 1/2 kilog. par hectolitre des autres matériaux 2 1/2 kil.

Iîourrc de vache éparpillée cl battue, 1/C' de kilog. par hectolitre des autres matériaux I/Ge kilo.

Cet enduit sera employé dans les localités où l’on se sert de la houille ou du charbon de terre pour le ehaulTagc des habitations et des usines.

L’enduit n" 2 est formé de tuiles ou briques pulvérisées

et passées au crible 2 parties.

Chaux en pâte I id.

Argile ou glaise trempée et délayée dans l’eau 1/2 id. Sang de bœuf, 2 1/2 kilog. par hectolitre. . . 2 1/2 kil.

Bourre de vache, 1/6' id. par id. ... 1/6' kilo.

Cet enduit sera employé avec avantage dans les lieux où l’on fait rarement usage du charbon de terre.

Enduit n“ 3. Sable fossiblc ou falaise de rivière 2 parties.

Chaux en pète 2 id.

Argile ou glaise délayée 1 id.

Sang de bœuf el bourre de vache comme aux n"* 1 el 2.

Cet enduit est le moins coûteux, et scs qualités sont à peu près les mêmes que celles des autres enduits, ce qui lui fera presque toujours donner la préférence, ear dans beaucoup de localités de nos pays il est plus facile de se procurer du sable ou du gravier que des cendres de houille, ou des matériaux argileux.

Manipulation dos enduits. — On étend en cercle, sur une aire ferme et nivelée, la cendre de houille, si l’on emploie l'enduit n° I ; on dépose la chaux en pâte dans le milieu du cercle, et on la délaie avec l’eau argileuse qui a été préparée à l’avance, on triture ces matières comme l’on ferait pour un mortier ordinaire, on ajoute ensuite la bourre éparpillée et battue avec l’eau nécessaire pour faire de la masse une bouillie épaisse ; puis le reste des matières y étant incorporé , on mélange ce composé en relevant les bords avec la pelle. On relève enfin le tout en un seul tas, comme pour un mortier ordinaire. On opère de la même manière pour les autres enduits.

La qualité des enduits dépend du corroyage qu’ils ont subi, aussi ne faut-il pas épargner les bras du manœuvre. Peut-être conviendrait-il, pour alléger la fatigue, d’occuper à ce travail deux ouvriers qui se relèveraient alternativement. Lorsqu'on reconnaît, au moment de l’employer, que l’enduit est trop compacte, on peut l'humecter et le ramollir soit avec du sang de bœuf, et à défaut de celui-ci, avec de l’eau de mare.

Application des enduits. — L’épaisseur que l’on donne à l'enduit est de 0m 005. Le couvreur doit commencer par le haut du toit cl ne se faire apporter qu'un baquet à la fois. Cette couche d'enduit est étendue d’une manière uniforme

sur les panneaux au moyen de la truelle, et égalisée avec la palette en bois dont se servent les ouvriers plafonncurs.

Si l'enduit est appliqué sur les panneaux par un temps see ou par un vent du nord, il arrive souvent que la couche se gerce et se fendille ; il faut alors refouler les crevasses avec la truelle mouillée. Autant que possible il faut éviter aussi d'appliquer l'enduit par un soleil ardent, car alors la dessiccation serait trop prompte et occasionnerait des fissures qu’il faudrait nécessairement refouler plusieurs fois , ce qui occasionnerait un excédant de travail. Pour réussir parfaitement, il convient d'appliquer l'enduit par un temps couvert ou un peu humide. Ainsi que nous l'avons fait observer plus haut, il est à propos que l’ouvrier couvreur garnisse les extrémités de son échelle avec des bourrelets de paille ou de jonc, afin de ne pas dégrader les couches d’enduit, à mesure qu’elles sont posées sur le toit.

On peut se contenter d’une seule couche d'enduit, lorsqu'elle a été mise avec soin et égalisée d’une manière uniforme. Dans les endroits où il serait difficile de se servir de la truelle pour poser l’enduit, comme pour les croisées, les bords et le faite du toit, on l'applique avec la main, et on égalise l’ouvrage au moyen d’une petite pièce de bois taillée en quart de rond, que l’on trempe de temps à autre dans un baquet d'eau, afin d’empècher l’enduit d’adhérer au bois.

Le brai ou le goudron liquide dont on se sert pour calfater les bateaux, convient parfaitement pour donner à l’enduit plus de consistance. Lorsqu’on peut s’en procurer, on choisit le moment où l’enduit est à peu près sec pour le recouvrir d’une couche que l’on étend au pinceau ; mais celte addition n’est pas indispensable , et le sang de bœuf peut y suppléer.

Mise en routeur des enduits. — L’enduit qui recouvre les panneaux n’aurait pas une longue durée, si Ion ne prenait la précaution de le revêtir de plusieurs couches de couleur. La couleur rend les panneaux lout-n-fait imperméables et donne aux toitures un aspect agréable.

Nous donnons ci-après la composition de la couleur avec laquelle on pourra imiter les tuiles et les ardoises.

Toiture imitation de tuiles. — Lait écrémé cl non tourné.

20 litres ou 20 kilogrammes.

Chaux vive 3 litres 1/2.

Huile de lin, de noix ou d'œillette 2 kilog. 1/2.

Poix blanche de Bourgogne 1/2 id.

Rouge de Prusse bien pulvérisé 2 id.

Blanc de Bougival 3 id.

Ces quantités suflisent pour la mise en couleur de 150 mètres de couverture.

Préparation des matières. — La poix de Bourgogne , après avoir été concassée, est dissoute dans l’huile, à une chaleur douce. On plonge la chaux dans l’eau et on la laisse s'effleurer à l'air ; on la met ensuite dans un vase de grandeur convenable et on verse par dessus une portion de lait suOisanle pour en former une bouillie assez épaisse. On ajoute alors l’huile dans laquelle on a fait dissoudre la poix, en ayant soin de remuer le composé avec une spatule ; puis on verse, le restant du lait en agitant toujours le mélange. — On écrase le blanc de Bougival, et on le répand doucement à la surface du liquide ; il s'imbibe aussitôt et finit par s’immerger ; on mêle avec la spatule, et on termine en incorporant le rouge de Prusse ; enfin on passe le tout à travers une passoire ou une grosse étamine.

Mise en couleur. — On emploie pour ect usage la brosse de blanchisseur; les deux couches de couleur doivent se succéder à un court intervalle. Il faut avoir soin de remuer le mélange de temps à autre, afin d'cmpèehcr que le lait ne vienne à se cailler. Dans le cas où la couleur deviendrait trop épaisse, on y ajouterait un peu de lait écrémé.

Toiture imitation d’ardoises. — On emploie pour obtenir cette teinte la même préparation que pour les tuiles ; seulement on remplace le rouge de Prusse par 1 kilogramme de noir d’ivoire ou d’os, et 1 1/2 kilogramme de bleu commun , ce dernier détrempé pendant 48 heures dans l’eau ; alors on

mêle le noir en poudre aux autres matières , et on suit en tout point le même procédé que ci-dessns. Nous ferons observer que l'on ne doit pas appliquer la deuxième couche avant que la première ne soit parfaitement sèche.

Pesanteur des toitures ignifuges. — Une surface de 4™ 00 de couverture, entièrement finie et séchée, pèse au plus 90 kilogrammes et n'augmente pas de 3 p. 0/0 après plusieurs jours d’exposition à la pluie. Le poids de 4'" 00 de couverture en ardoises, y compris la volige, est de 85 kilogrammes; celui de la même surface en tuiles plates ou en pannes est de 350 à 340 kilogrammes, et celle de chaume, dans son état normal, de 170 kilogrammes; de plus, les toitures en tuiles et en chaume peuvent augmenter en poids d'un huitième pendant les temps pluvieux.

Prix de revient. — Le genre de toiture que nous venons de décrire coûte environ 5/6 moins que la toiture en ardoise, moitié moins que la toiture en tuiles ordinaires ou en panne, et enfin moins que la toiture en chaume.

Un ouvrier couvreur peut, dans une journée de douze heures de travail, attacher environ 28 mètres de panneaux cl y appliquer l'enduit ; le même ouvrier ne pourrait couvrir dans le même espace de temps que 20m 00 en pannes , 16m 00 en tuiles et 8™ 00 en ardoises.

Il est donc évident que, sous la rapport de la légèreté comme sous celui de l’économie, le mode ignifuge mérite la préférence. Quant à la solidité, on peut l’apprécier d’après les épreuves qui ont été faites ; et puisqu'il est démontré que les alternatives de sécheresse et d’humidité, de gelée, de verglas et de dégel ne peuvent en rien détériorer l’enduit, on peut présumer avec quelque apparence de fondement que la durée des toitures ignifuges égalera celle des plafonds intérieurs, sauf bien entendu les cas de force majeure et les accidents auxquels toute autre espèce de couverture est exposée.

Résumé. — Les avantages de ce genre de couverture ne consistent pas seulement dans la sécurité qu’elle assure aux

bâtiments ruraux contre les incendies , mais dans l'application facile qu'on en peut faire à toute espèce d’édifices, tels que fabriques, usines, ateliers, magasins, celliers, hangars, etc. On peut aussi l'employer utilement pour couvrir les meules de grains.

Le seul reproche qu’on puisse lui faire, si on l’emploie à couvrir les logements des animaux domestiques, c’est que l’humidité qui règne constamment dans les étables ou écuries serait peut-être nuisible à la conservation de la paille dont les panneaux sont formés , mais il sera facile de remédier à cet inconvénient, en délayant dans un baquet trois parties d’argile, une partie de chaux en pâte et 1/6 de bourre éparpillée ou de balle d’orge. On se sert de ce composé réduit à la consistance de bouillie épaisse pour crépir les panneaux à l’intérieur.

Lorsque les panneaux et l'enduit ont été placés avec soin sur les charpentes, ces toitures ne demandent que très-peu d’entretien. Etant, comme les autres toitures, sujettes aux dégradations atmosphériques, il pourrait arriver qu’une forte grêle, chassée par un vent impétueux, vint à détacher quelques parcelles de l'enduit qui recouvre les panneaux ; mais ces dégradations seront toujours minimes en comparaison de celles qui seraient produites par les mêmes causes sur un toit d’ardoises ; car dans ce dernier cas, il faudra nécessairement remplacer les ardoises cassées et attendre l’arrivée du couvreur avant d’èlrc à l’abri de la pluie, tandis que dans la toiture ignifuge tout individu peut lui-mèine, avec un peu d’enduit, réparer les dégâts que la grêle a occasionnés.

Les toitures ignifuges sont mauvaises conductrices de l'électricité ; l'expérience a prouvé que le fluide électrique se partage et se divise à l’infini dans chaque tube de la paille qui forme les panneaux; ceux-ci d’ailleurs n’ont pas, comme la tuile et l’ardoise, la propriété de retenir et de concentrer la chaleur des rayons solaires, chaleur qui nuit beaucoup à la conservation des grains dans les granges et des vins dans les celliers. C'est un des motifs pour lesquels les cultivateurs préfèrent le chaume, malgré les dangers qu’il présente, aux

toitures en tuiles ou en ardoises, pour couvrir les dépendances rurales.

La légèreté de notre nouveau genre de toiture permet d’employer les bois les plus communs et par conséquent les moins coûteux, à la construction des charpentes destinées à supporter les panneaux; ainsi le peuplier, le tremble, le platane, conviennent pour cet usage, parce qu’on n’a besoin alors que de bois d’un faible équarrissage. Un des grands mérites de cette découverte est de permettre à chacun de s’occuper à ce travail. Ainsi dans une ferme on peut, pendant les longues soirées d’hiver, employer le personnel de l’exploitation, hommes, femmes et enfants à faire les panneaux, ce qui réduira considérablement encore la dépense de main-d’œuvre. Ajoutons que la matière première , c’est-à-dire la paille , se trouvera toujours en abondance dans les campagnes.

L'incombustibilité de ces toitures a été constatée par des expériences. On a placé sur l’une d’elles un lit de paille de 2 1/2 centimètres d’épaisseur, puis on y a mis le feu ; celle expérience, réitérée quatre fois sur la même surface, n’a occasionné que quelques légères fissures, qu’un nouveau colorage a réparées. Ainsi un feu médiocre, au lieu d’endommager le. toit, ne ferait que consolider l'enduit.

Nous nous résumons en disant que les avantages que nous venons de signaler seront pris en sérieuse considération par les propriétaires et par les agriculteurs, parce qu’ils sont d’un grand poids dans l’économie agricole. Us permettent de convertir en fumier et en engrais, pour l’amélioration des terres, les 5/6 de la paille ou du chaume que l’on employait pour les couvertures de l’ancien mode. Les habitants des campagnes ne larderont pas à reconnaître tout le bénéfice qu’ils peuvent retirer d’une pareille invention, surtout en ce qui concerne les incendies. Ainsi disparailra de lui-même un fléau qui désole l’humanité et qui compromet la fortune publique. Le feu a souvent fait perdre en peu d’heures au laborieux cultivateur les fruits de plusieurs années de travail et d’économie. Cet élément a tout détruit, et parfois la flamme n'a pas même épargné le vieillard infirme et l’enfant au berceau.

Pompe agricole.

M. Barrai, secrétaire du jury des instruments à l'exposition universelle de Paris, a donné la description d'une bonne pompe agricole dans le Journal d’ Agriculture pratique. Nous croyons utile d’en propager l'usage, parce qu’elle vient combler une lacune importante dans l’économie rurale.

Les pompes, et particulièrement les pompes à purin, font le désespoir des agriculteurs à cause des fréquentes réparations qu’elles exigent; en outre, elles ne fonctionnent jamais d’une manière satisfaisante, à moins qu'elles ne soient d’un prix élevé. Un constructeur d’instruments de précision trèshabile, M. Perreaux, demeurant à Paris, rue Monsicur-Ie- Princc, N° 10, connu surtout par une très-remarquable machine à diviser, et par une autre machine à essayer la forée des tissus, étant venu dans le cours de l’hiver dernier nous montrer une soupape en caoutchouc, qui laisse passer sans s’engorger des morceaux de bois et des cailloux assez volumineux, nous l'engageâmes vivement à appliquer son invention à une pompe agricole qui pourrait se vendre à bon marché.

M. Perreaux lit d’abord l'essai de son nouvel instrument dans la belle ferme que possède à Trappes notre collaborateur H. Dailly : la pompe fonctionna à la complète satisfaction de l’habile régisseur de celte ferme, M. Baron; elle est restée plusieurs mois dans le purin sans s’altérer. Celte pompe a figuré au concours agricole universel de celte année, et elle a obtenu le second prix; le jury n’avait à apprécier qu’un instrument qui devait faire ses preuves dans la pratique, et que son inventeur voulait encore perfectionner. Aujourd’hui la pompe est parfaite. On la vend à Paris, chez M. Perreaux; à Londres, chez M. Holmes, 2, Fencourl- Slreet; à Bruxelles, chez MM. Brandi frères, opticiens du Roi, rue du Marché-nux-Herbes. Qu’on ne se prenne pas à sourire en voyant des opticiens, des constructeurs d’instruments de précision bien limés, bien polis, se décider à donner leurs soins à des machines rustiques. Il y a là un

progrès dont l'agriculture 11’aura qu’à se louer. N’esl-cc pas tout prolit que d'avoir à bon compte des instruments d’une exécution solide et parfaite? Quant au bon marché, il est complet ici : la pompe (lig. I et 2) ne coûte que 70 francs: la pompe à laquelle se trouve annexé un réservoir à air comprimé (fig. 3) ne dépasse pas le prix de 110 fr.

Celte pompe se compose d’un tube en cuivre étiré d’une épaisseur sullisantc pour avoir une longue durée. Ce diamètre de ce tube est celui des corps de pompes ordinaires, c’est-à-dire de 8 à 9 centimètres. Pour le garantir de tout eboe, ce corps de pompe est enveloppé d’une boite en bois de chêne ronde ou carrée, ajustée de manière à le préserver dans toutes ses parties contre les accidents qui pourraient le déformer. Celte boite est percée de deux trous à deux endroits différents. Le premier trou est placé à 0m 23 de distance de la partie supérieure et sert de déversoir; le second est placé dans l’axe du corps de pompe, à la partie inférieure, et sert de tube d’aspiration. Le fabricant donne avec la pompe 4 à 3 mètres de tubes en zinc, pour aller chercher le liquide, eau ou purin, à la profondeur nécessaire.

Le piston se meut absolument de la même manière que dans les pompes ordinaires ; le balancier a aussi la forme connue, il est solidement agencé de façon que la pompe puisse être transportée même à de très-grandes distances, sans être démontée et sans être sujette à se déranger.

Cette pompe ne diffère que par son système de soupape des pompes les plus simples actuellement employées. La soupape en caoutchouc (lig. 4 cl 3) est destinée à rendre les plus grands services, parce qu'elle est la seule qui s’applique commodément à tous les corps de pompe.

Sensible sous la plus légère oscillation du piston, la pompe Perreaux peut se dilater ou se resserrer, s’ouvrir ou se fermer, aspirer ou fouler, sans aucun intermédiaire; son élasticité suffit à tout. Le jeu a lieu par la seule pression qui résulte soit de l’élévation, soit de rabaissement du piston dans le cofys de la pompe. Le principe sur lequel elle repose

est celui de l'anclie du hautbois. File forme un tuyau aplati à l’une de ses extrémités, et se termine par deux lèvres ou valvules. Les épaisseurs de ces deux valvules varient suivant que la soupape est destinée à résister à des pressions plus ou moins grandes, à des hauteurs d’eau plus ou moins élevées, suivant qu’elle doit être employée dans tel ou tel milieu, car elle peut servir dans toutes les industries.

Comme cette pompe ne s'engorge pas, ainsi que nous l’avons dit plus haut, elle sert avec un grand avantage pour l’épuisement des eaux bourbeuses et des purins.

Il est extrêmement facile de se rendre compte de la manière dont elle fonctionne. Prenons-la d’abord simplement aspirante. Le tuyau d'aspiration c (lig. 6) plonge dans le liquide. Au bas du corps de pompe se trouve retenue, par son collier, une première soupape C; une seconde soupape B sert de piston. Si le piston s’élève parce qu’on appuie sur le bras du levier H, mobile autour du support d, placé sur la pompe elle-même, il y a un vide au-dessous de B ; la soupape C s'ouvre, tandis que la soupape B reste fermée ; l'eau monte par la pression de l’air extérieur. Quand on fait fonctionner le levier 11 en sens contraire, l'eau monte à travers la soupape B, cl dans le mouvement suivant du levier, cette eau est rejetée à travers le déversoir. L’air, logé en A, tend à rendre l’écoulement presque continu.

Il est facile de faire que la pompe ait un jet absolument continu, qu’elle projette l’eau assez loin, et agisse utilement même dans les incendies. On ajoute un réservoir D à l’endroit même du déversoir e (lig. 7) ; l’eau , dans le mouvement ascendant de la soupape-piston B, est obligée d’ouvrir la soupape E, et le tuyau FG ne donnant pas un écoulement égal à la quantité envoyée en I) par la pompe, l’air supérieur réagit et projette le liquide à travers la lance G à une distance et à une hauteur de plusieurs mètres.

Nous avons fait marcher cet appareil; nous avons été étonné du peu de travail exigé, de l’abondance et de la force du jet. Nous ajouterons qu’une frette d très-simple et un anneau en caoutchouc mis en c permettent de placer faci-

lement le réservoir D sur la pompe simplement aspirante. Un seul appareil suffit donc à deux fins. Les expériences faites jusqu'à présent garantissent une longue durée aux soupapes, qui ne demandent aucune réparation. D'ailleurs toutes les parties de l'instrument se démontent et se rajustent sans aucune difficulté.

La pompe de M. Pcrreaux nous parait donc pouvoir rendre un véritable service à l'agriculture, et nous n'hésitons pas à en recommander l'usage.

Dca maison» communales.

Les bâtiments affectés à cette destination doivent, autant que possible, se trouver au centre des villages.

Dans les communes de peu d'importance ou n'ayant que peu de revenus, il n’existe pas de bâtiment spécial pour servir de lieu de réunion aux autorités ; une partie de ce qu'on appelle alors la maison commune est employée à des usages fort différents; le plus souvent c'est un cabaret dont quelques-unes des pièces seulement ont été réservées. Cet état de choses est inconvenant sous plus d'un rapport : 1° les fonctions dont sont revêtus ceux qui représentent les intérêts d'une localité exigent un bâtiment spécial ; 2° les distractions bruyantes nuisent aux délibérations ; 3° les archives d’une commune doivent être en lieu de sûreté.

Dans les communes de quelque importance, le bâtiment servant de mairie peut avoir diverses destinations, mais il faut qu’elles soient toutes du ressort de l'administration. Leur concentration offre une surveillance plus facile et diminue la dépense des constructions qu'il faudrait élever pour chacune d’elles ; ainsi le rcz-de-chausséc , s’il est disposé convenablement, pourra contenir 1° une salle d’école pour les garçons ; 2" une salle d’école pour les filles ; 3° une école gardienne ou petite salle d'asile; 4° un logement pour l’instituteur ; 5" une remise pour la pompe aux incendies, etc. Ordinairement l’instituteur est en même temps secrétaire de la commune; il peut, au moyen de cet arrangement, avoir la garde des archives.

Le premier étage pourrait être divisé de façon à contenir la salle de délibération du conseil, la justice de paix, une. salle pour le comité d'agriculture, et enfin le logement des institutrices.

Les souterrains pourraient contenir les cuves pour le combustible, ainsi que les caves à provisions pour le personnel de rétablissement. Sous les pièces principales du rez-dechaussée on peut établir des remises pour les denrées, les légumes et le combustible que le bureau de bicnraisancc distribue aux indigents pendant la saison rigoureuse.

Ces différentes combinaisons, nous les avons réunies dans le projet que nous offrons à nos lecteurs dans les planches LXIII et suivantes, projet qui, à part quelques légers changements que nous avons fait subire à la décoration de la façade principale, a été exécuté par nous dans la commune de Bcauraing (Belgique) en 1830. .Nous y avons annexé l’habitation de l'instituteur, ce qui, dans le projet primitif, n’a pu avoir lieu faute, d'emplacement. Celte annexe rend le plan de celte maison communale complet sous le rapport des dépendances.

Le rez-de-chaussée sc compose de deux salles d’école, 1 et 2, pour les garçons et les filles ; elles sont séparées entre clics par l’arrière-corps du bâtiment, lequel contient une école gardienne 3. Ces salles sont élevées au-dessus du sol naturel ; on y arrive au moyen de trois marches en pierres de taille.

Les deux pavillons d’angles sont maintenus au niveau de la partie centrale par le trottoir A. Des préaux 8’ font face aux différentes salles d’école et servent aux élèves de lieux de récréation. La disposition de notre plan, par l'intervalle qui reste libre au milieu, permet de séparer complètement les garçons d’avec les filles.

Les deux salles d’école peuvent contenir chacune de CO à 70 élèves, et l’école gardienne 30 enfants. — Pour obvier à l’inconvénient d’une entrée immédiate de la classe sur les préaux, ce qui nuirait considérablement au bien-être des élèves, nous avons établi dans chaque salle un porche vitré B , ce qui empêche l’air d’arriver directement dans les classes.

Les emplacements 4i servent de remise pour déposer les effets et paniers des élèves. Ces remises sont très-utiles dans toutes les écoles, parce qu’elles éloignent des élèves certains objets qui ne feraient que les gêner, et qui répandent souvent une odeur qui est loin d’être agréable.

Les poêles servant au chauffage et à la ventilation sont placés en avant de l'estrade du mailrc , afin qu’ils puissent être surveillés par lui ; leurs tuyaux de fumée se dirigent vers la porte d’entrée et entrent dans la cheminée placée au-dessus de chaque porche.

Deux dégagements 3’ donnent accès pour arriver aux latrines ü‘, situées au bout des passages 7’. Des cheminées d’appel sont ménagées dans les corps de cheminée de l'habitation de l'instituteur , afin d’empêcher toute mauvaise odeiir de pénétrer dans l'intérieur des classes.

L'habitation de l’instituteur est séparée du bâtiment principal par un corridor, lequel contient 1° l’escalier qui conduit au logement des institutrices; 2" et des armoires destinées à renfermer les objets qui servent aux démonstrations. Deux chambres sont affectées au logement de l’instituteur, l’une 10 lui sert de cuisine, et l’autre 11 de chambre à coucher.

Deux petits parterres I2> sont disposés dans les angles du bâtiment cl sont séparés des passages 71 par des treillages en bois. — 13 emplacement pour la pompe â incendie. — 14’ escaliers desservant le premier étage.

Cet étage contient la salle des délibérations du conseil communal 17, et un cabinet pour les archives 18. La salle de justice de paix, 19, occupe le centre du bâtiment; 20, cabinet du juge de paix; 21, bibliothèque; 22, salle du comice agricole ; 23’, dégagements ; et enfin 24’, terrasses auxquelles on arrive par les cabinets 18 et 20.

L’appartement des deux religieuses institutrices est composé de deux chambres à coucher 23’ et d’une cuisine 26.

La distribution du premier étage de ce bâtiment permet d’y donner des bals au profit des indigents ; il ne s’agit pour cela que d’enlever les bancs et les portes des dégagements

pour avoir une suite de pièces parfaitement disposées pour cet usage.

Considéré dans son ensemble, ce bâtiment est bien distribué; il présente, du côté de la route, une façade élégante qui porte en elle-même le cachet de sa destination. Les deux pavillons sont bien motivés et divisent gracieusement la longueur de la façade; sans eux, cette élévation serait sans caractère et d’une uniformité monotone. L’arrièrecorps est surmonte d’un tympan cylindrique destiné à recevoir une horloge. Le faite du bâtiment est couronné d'un campanille où se trouve la cloche qui appelle les élèves à l’heure des classes.

Les planches LXV, LXVI, LXVII et LXV1II représentent les différentes élévations et les coupes de la maison communale.

L’école communale de Bcauraing n’a pas coulé plus de 17,300 francs. Son étendue est de 265 mètres carrés, ce qui donne, pour un mètre de surface bâtie, la somme de 66 francs 10/265.

Si nous ajoutons à ce total de 265 mètres le logement du personnel des écoles, soit 52 mètres, nous aurons une surface de 317 mètres qui, à raison de 66 francs le mètre, nous donneront la somme de 20,922 francs.

En évaluant les deux dépendances à 500 francs, le coût total de notre maison communale sera de 21,422 francs, chiffre peu élevé, si l'on a égard à la grandeur du local et au nombre des pièces qu’il renferme.

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