SOIE
A Charles Vives- Apy.
Le grand mûrier a mis son ombre sur la porte... La [ragile lueur des lampes qu'on apporte, Glisse dans la maison la preuve de la vie. Le coucou dans l'horloge innocente et vieillie Tombe l'heure et distrait le zèle des servantes Qui rentreront le linge avec des pas qui chantent, Avant de regagner leur chambre sous le toit. Comme une source proche et lointaine à la fois, Le retour des bergers encombre la veillée ; Leur sifflement sous la tenêtre entrebaillée
- ii6 —
Passe et semble mourir sur les lourds volets verts;
Dans la salle a manger on lève le couvert ;
Les grands chiens roux viennent roder contre la table ;
L'armoire où l'on détient les beaux fruits innombrables
S'ouvre en grinçant pour recevoir les compotiers.
Des assiettes, portant des décors familiers,
Luisent sur le bois nus des panetières closes,
Parmi les broderies et les bouquets de roses
Que posèrent ici des femmes en entrant.
Et le soir continue son geste pénétrant
Sur la courbe des yeux que le sommeil approche.
L'Angelus — le dernier — soupire dans la cloche
De l'église, là-bas, que l'on a visitée
Le matin, car c'est un beau dimanche d'été
Qui finit plein d'odeur de buis et de prières...
Les doux bonsoirs dans les caresses coutumières
S'égrènent et l'on va prendre les chandeliers
Disposés sur un meuble au seuil de l'escalier.
RENCONTEE
A Paule Lizaine.
C'est bien ici. Le haut portail est clos encore Et le fond du bassin a bu lentement l'eau. Les volets ont des marques de pluie sur le dos Et le grand seuil n'a plus le banc qui le décore.
Je n'entre que des yeux, appuyé sur la grille,
Dont les premiers barreaux sont dans les bras du lierre ;
Et je pense, dehors, à la saison dernière
Et claire en moi comme une lampe qui vacille.
- ii8 -
O les étés d'amour qui ne reviennent pas '. La maison couvre tout: sa musique, ses pas Et le geste orgueilleux de la table servie. Le cher passé ainsi qu'une glace ternie
Me renvoie doucement mes images du cœur Pareil au rosier mort qui garde son odeur.