L'ABANDON
L'hiver nous a fait fuir par la petite porte Sur laquelle grimpa le rosier déjà mort ; Nous avons verrouillé la maison qui s'endort Sous les feuilles blessées du vent qui les apporte.
La cloche des adieux, aux jardins que l'on quitte, Sonne des coups profonds dans l'air du chemin nu Où, portant de l'Été le cœur qui ne bat plus, Nous cherchons à ne point l'éparpiller trop vite.
Autre relique, autre chagrin que le temps laisse, Il vit au fond de nous le vaste souvenir Des vergers et des fruits qui tardaient à mûrir Sur la terre joyeuse au soleil qui l'oppresse.
Voici les oliviers pâles et le visage Ardent du blé couché par l'éclatante faux, Et voici la terrasse et voici le jet d'eau Oui pleut d'en bas la pluie étroite qu'il étage.
O cœur harmonieux redisant la paresse Que nos bras ont serrée à l'ombre du grand pin ! Je poursuis doucement un rêve qui s'éteint Et j'évoque, à jamais, un livre que je laisse
Ouvert, comme un symbole, à la page trop lue S-r ce banc alangui que nous avons quitté. Si nous fuyons, du moins reste à pleurer l'été Poème de Samain, dont l'âme revenue
Doit être la dernière sœur de la campagne !
Par la petite porte, où le rosier grimpa,
Ne rejoins pas ma vie quittant à tristes pas
Ce jardin mort que tes vers simples accompagnent!
Je te laisse le corps de ce cœur que j'emporte Le tien, très douloureux, le remplacera bien, Et si, du bel Eté, mon souvenir revient. Je regretterai moins d'avoir fermé la porte.