‹ L'ardente chevauchéeChapitre 14 sur 24 · MELITTA · texte numérisé non relu

MELITTA

(En contant une histoire, Mélitta entre au bras de Kléis qui ne l'écoute pas).

« . . . Alors la nymphe Ea, trop longtemps poursuivie Par le fleuve Phasis qui coulait sur sa vie, Légère et ruisselante et blonde, ouvrit les yeux Pour implorer la rive et faire appel aux dieux. . . »

PHANÈS à part.

Tomme elle est grande et belle et comme elle ressemble A celle qui jadis l'accompagnait !

KLÉIS

... Je tremble . . .

MÉLITTA

L'air était pourtant doux sous les acacias !

KLÉIS

Non, c'est en moi qu'il neige. . .

MÉLITTA, continuant.

«... Et le fleuve essaya De la poursuivre encor. . . »

KLÉIS

Dans une nuit je glisse. . .

MÉLITTA

Kléis ! tu ne veux donc jamais que je finisse Mon histoire ?

Finis !

MÉLITTA

Si tu ne m'écoutes pas ?

KLÉIS

J'écoute et ne voudrais écouter que cela,

Que cette histoire, enfant, d'une nymphe futile

Que sauvèrent les dieux en la changeant en île !

MÉLITTA

Tu savais donc la fin ?.. . tu ne l'avais point dit... C'est mal...

KLÉIS

Je sais encor beaucoup d'autres récits,

On en a tant comblé l'éveil de ma jeunesse !

(en regardant Phanès).

Mais voici que quelqu'un s'avance

MÉLITTA

Je te laisse. . .

PHANÈS, après s'être avancé.

Mon navire qui me portait vers le malheur

Vient d'aborder en lui. Je suis le voyageur

Dont le vent s'est moqué tout le long de l'espace ;

Maintenant que je sais ma fatigue remplace

La force de mon cœur que l'on vient de briser.

Je ne demande abri, ni chambre où reposer

Mes membres lourds, mes yeux brûlés, ma tête vide,

Car je repartirai sitôt que l'heure avide

Ne saura point qu'ici je me suis arrêté.

Mais encor que ton seuil pèse à ma volonté,

Permets que ma pensée à la tienne s'enchante

Un moment, pour parler à deux voix de l'absente.

KLÉIS

Ton cher visage est-il sur mon rêve ou sur toi ?.. . ... Ai-je bien vu ? (dans un cri) Phanès!...

PHANÊS. Avec Kléis dans les bras

Kléis ! oui, c'est bien moi L'ancien ami, celui que Ton ne sut attendre.

KLÉIS

Je t'attendais...

PHANÈS

Mais ce n'était que pour m'apprendre Qu'un deuil avait germé durant que j'étais loin.

KLÉIS

Non, c'était aussi pour te dire que...

PHANÈS

(Toute la suite devra marquer l'opposition entre les sentiments de Phanès et ceux de Kléis.)

Du moins, Ua-t-on parée avec délicatesse et grâce ?

KLÉIS

... Que ton exil avait., laissé vide... la place De ma vie où tu fus... où tu es... où tu viens !

PHANES

Elle est morte, elle est morte î Et je ne savais rien !

KLÉIS

Ainsi que d'infinis colliers que l'on égrène

En ses doigts, j'égrenais ma détresse inhumaine :

Et ma peine s'amoncelait vers ton retour

Et je ne comptais plus les colliers sous les jours !

PHANÈS , soucieux.

Il me faudra descendre avant que la nuit passe

Vers mes rameurs. Conduis-moi donc pour que j'efface

Avec mes fleurs un peu la terre du tombeau.

KLÉIS

Ne pars pas, ne pars pas, il ne faut pas...

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