‹ L'ardente chevauchéeChapitre 17 sur 24 · LE PIN · texte numérisé non relu

LE PIN

Ce pin comme un navire à l'ancre désespère ;

Le vent n'a plus passé sur ses mâts de lumière

Depuis le samedi que le temps a compté.

Il lui manque aujourd'hui dans le cœur de l'été,

La caresse allongée et fraîche des orages ;

Un matin de Juillet en a fait une image

Si douce qu'elle tient au livre des couchants

Et qu'elle n'a depuis, sur la gloire des champs,

Que l'air de pavoiser une futile chose.

Je me retrouve ainsi que l'arbre qui repose

Dans ma vie où le calme a rentré ses vaisseaux

Et je suis si distant de l'heure des assiuts

Que je n'ose, à me v ir, me retrouver moi-mêiner

Quelques mots attendris comme les mots : je t'aime

Semblent éparpillés sur l'aire de mes yeux ;

Mes bras inconscients s'ouvrent pour saisir mieux

La maîtresse légère et grave qui s'appuie

Aux barreaux de mon âme où l'ombre s'est enfuie.

Avec le pin superbe et grand nous sommes deux

A mourir de la vie tranquille et peu à peu.

Le vent et la détresse ardente sont les frères

Qui, sur le long chemin des maisons familières,

Ont trouvé quelque part un coin pour nous laisser.

Il y fait beau si beau, qu'un rien pourrait froisser

Le fragile rideau de notre paysage ;

Et pareils aux enfants qui savent rester sages

Le moment de la vie qui les tient par la main,

Nous savourons la joie que l'heure verse en vain.

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