DIMAKOHE SUE LE QUAI
La halle humide et longue est vide où les corbeilles
Luirent pendant six jours des écailles vermeilles
Que les hommes de mer rapportent des filets.
Le quartier est paisible où sont clos les volets
Des maisons n'ayant plus aujourd'hui sur les portes
Que la mère qui garde et les enfants qui sortent .
La semaine est finie et l'argent ramassé.
Le port est dévêtu des gestes cadencés,
Que faisaient au soleil les chargeurs de navire.
Sur les treuils fatigués des ombres d'or s'étirent
Face au ciel qui sera dans le soir étoile !
Des roues semblent penser aux chevaux dételés...
Les câbles goudronnés laissent, sur les poulies,
Flotter le clair repos de leur petite vie ;
Quelques vieux bateliers proposent des départs
Pour une île qu'on voit d'ici, dans un brouillard
Léger comme le vent qui pousse les fumées.
Contre un canal meurent des coques abîmées...
La mer a des regards de silence ébloui
Et le quai, sans travail est un autre pays
Oîi viennent paresser les filles qui descendent...
Dans le chaud coudoiement des bras, leurs bras se tendent ;
Leurs hanches de mollesse ont le lourd mouvement
Des barques au roulis sous les grands ponts tournants ;
Leur bouche est un fruit mûr venu des balancelles,
Kntre le raisin rouge et la pêche nouvelle ;
Elles sont des matins qui ne déclinent pas !
Des journaliers mettent leur force dans leurs pas
Et, pour leurs yeux qui sont des métiers de merveilles,
Ils offrent le désir de leur cœur qui s'éveille!
Quand la nuit tombera les hommes reviendront
Par les étroites rues oii elles passeront.
Un voilier, maintenant, glisse devant le nombre
Des marchands de plaisir dont les trottoirs s'encombrent
Au bord des bars fumeux, bruyants, ensevelis
De soleil qui s'éteint dans les verres emplis !
La sirène s'entend d'un paquebot de Chine
Quittant les hangards blonds pour les routes marines.
Déjà quelques lueurs de lampes font des trous Dans l'air d'une couleur égale, un peu partout... Une guitare geint une musique vaine, Un chanteur chante une chanson napolitaine Et l'heure passe avec un visage enchanté.
0 les quais indolents des dimanches d'été !