‹ L'ardente chevauchéeChapitre 4 sur 24 · DIMAKOHE SUE LE QUAI · texte numérisé non relu

DIMAKOHE SUE LE QUAI

La halle humide et longue est vide où les corbeilles

Luirent pendant six jours des écailles vermeilles

Que les hommes de mer rapportent des filets.

Le quartier est paisible où sont clos les volets

Des maisons n'ayant plus aujourd'hui sur les portes

Que la mère qui garde et les enfants qui sortent .

La semaine est finie et l'argent ramassé.

Le port est dévêtu des gestes cadencés,

Que faisaient au soleil les chargeurs de navire.

Sur les treuils fatigués des ombres d'or s'étirent

Face au ciel qui sera dans le soir étoile !

Des roues semblent penser aux chevaux dételés...

Les câbles goudronnés laissent, sur les poulies,

Flotter le clair repos de leur petite vie ;

Quelques vieux bateliers proposent des départs

Pour une île qu'on voit d'ici, dans un brouillard

Léger comme le vent qui pousse les fumées.

Contre un canal meurent des coques abîmées...

La mer a des regards de silence ébloui

Et le quai, sans travail est un autre pays

Oîi viennent paresser les filles qui descendent...

Dans le chaud coudoiement des bras, leurs bras se tendent ;

Leurs hanches de mollesse ont le lourd mouvement

Des barques au roulis sous les grands ponts tournants ;

Leur bouche est un fruit mûr venu des balancelles,

Kntre le raisin rouge et la pêche nouvelle ;

Elles sont des matins qui ne déclinent pas !

Des journaliers mettent leur force dans leurs pas

Et, pour leurs yeux qui sont des métiers de merveilles,

Ils offrent le désir de leur cœur qui s'éveille!

Quand la nuit tombera les hommes reviendront

Par les étroites rues oii elles passeront.

Un voilier, maintenant, glisse devant le nombre

Des marchands de plaisir dont les trottoirs s'encombrent

Au bord des bars fumeux, bruyants, ensevelis

De soleil qui s'éteint dans les verres emplis !

La sirène s'entend d'un paquebot de Chine

Quittant les hangards blonds pour les routes marines.

Déjà quelques lueurs de lampes font des trous Dans l'air d'une couleur égale, un peu partout... Une guitare geint une musique vaine, Un chanteur chante une chanson napolitaine Et l'heure passe avec un visage enchanté.

0 les quais indolents des dimanches d'été !

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