‹ L'ArétinChapitre 4 sur 89 · L'ERMITE · texte numérisé non relu

L'ERMITE

Nanna. — Une matrone d'une quarantaine d'années, qui possédait dans le pays un domaine d'une grande valeur, fille d'une très honorable famille, femme d'un docteur qui faisait des merveilles avec sa littérature, dont il remplissait de gros livres, cette matrone que je te dis s'en allait toujours vêtue de brun, et si le matin elle n'avait pas entendu cinq ou six messes, elle n'aurait pas pu tenir en place de la journée; c'était une file- Ave- Maria, une happe-saints, une balaye-églises ; elle jeûnait les vendredis de tous les mois et non pas seulement ceux du mois de mars, faisait les répons, à la messe, comme l'enfant de choeur, et chantait Vêpres sur le ton des moines ; on disaitqu'elle portait jusqu'à une ceinture de fer sur les chairs.

Antonia. — Jen compisse sainte Verdiana.

Nanna. — Va, ses abstinences étaient cent fois plus nombreuses que celles de cette Sainte ! Elle ne portait jamais que des socques et aux vigiles de saint François de la Vernia et de celui des Ascèses (i), elle ne mangeait de pain que ce qui aurait pu tenir dans sa main, ne buvait que de l'eau claire, une seule fois, et restait

(i) Elle vent parler de saint François d'Assise, dont elle fait deux personnages en estropiant le nom de l'AlTerne (où il reçut ses stigmates) et celui d'Assise,

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jusqu'à minuit en oraison ; le peu qu'elle dormait, c'était sur des orties.

Anlonia. — Sans chemise?

Nanna. — Je ne saurais te le dire. Il lui arriva qu'un solitaire préchi-précha, qui vivait dans un petit ermitage à un mille du bourg, peut-être à deux, venait presque chaque jour par chez nous, se procurer de de quoi vivre ; il ne retournait jamais les mains vides en son désert, parce que le sac dont il se couvrait, sa longue face maigre, sa barbe pendant jusqu'à la ceinture, sa chevelure ébouriffée et je ne sais qu'elle pierre qu'il portait à la main, à la façon de saint Jérôme, excitaient la pitié de tout le monde.

Sur ce vénérable ermite jeta son dévolu la femme du docteur, qui se trouvait alors à la ville, en train de plaider de nombreux procès; elle lui faisait d'abondantes aumônes, allait souvent à son ermitage, certainement dévot et agréable, d'où elle rapportait quelques salades amères : car elle se serait fait conscience d'en goûter de la douce.

Antonia. — Gomment était fait l'ermitage?

Nanna. — Il se trouvait au faîte d'une colline assez raide, qui portait le nom de Calvaire. Au milieu s'élevait un grand crucifix, avec trois gros clous de bois, qui faisaient peur aux pauvres bonnes femmes. Cette croix portait à la tête la couronne d'épines; des bras pendaient deux disciplines faites de cordes nouées; au pied était une tête de mort; d'un côté gisait par terre l'éponge, au bout d'un bâton, et de l'autre un fer de lance tout rouillé, au bout du manche d'une vieille pertuisane. Au bas de la colline s'étendait un jardin potager, entouré d'une haie de rosiers, et dont la porte était de baguettes de saule entrelacées, avec sa chevillette de bois ; je ne sais pas si, en cherchant toute une journée, on v aurait trouvé un caillou, tant l'ermite le tenait proprement. Les carrés, séparés par de petites allées, étaient

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