‹ L'ArétinChapitre 86 sur 89 · Lettres d 'Arétin, t. III, p. j · texte numérisé non relu

Lettres d 'Arétin, t. III, p. j

(il Toscano, Ptplus Ilaliœ, p. 82. Gaddi, de Script, noi ecclft., t. I, p. 4- BtilUrd, Acad. d's Scienc. et des Arts, t. Il, liv. V, p. 327. L-ttres d' Arétin, t. III, p. a43.

(fi) Lettres d' Arétin, t. I. p. 4' 3.

(6) Lettres d' Arétin, t. 1, p. 4i3. Marescalco, coin, alto III, $cena v.

(7) Dialogho de Color., p 55.

(8j Acad. des scienc. et des arts, t. II, 1. V, p. 337.

APPENDICE 3ll

gea lclo^e avec plus de fureur, « Quand je dirais, écrit i! à ce prince, que vous êtes à vos peuples ce que Dieu est à tous les hommes, un père à ses enfants, pourrait-on m'accusor de mensonge? Quand je dirais que vous réunissez les vertus l^s plus opposées, la valeur et la prudence, la justice et la clémence, la magnanimité et la science universelle, me traiterait-on d'imposteur (1) ?»

Philippe, archiduc et prince d'Espagne, lui donna une troisième chaîne d'or du prix de cent écus (2). Ce serait entreprendre un inventaire de bijouterie, que d'extraire da ses lettres tous les présents qu'il reçut. Mais outre ces libéralités fortuites, plusieurs princes lui payèrent des pensions annuelles. Nous avons vu que l'empereur lui avait assigné deux cents écus sur le duché de Milan ; le marquis du Guàst l'augmenta de cent (3). Le duc d'Urbin lui donnaitdeux cents écus par an (4). Louis Grii.ti lui payait régulièrement une somme dont on ignore la quotité (5). Baudouin del Monte (6; et le prince de Salerne (7) lui promirent chacun cent écus. Le premier supprima le payement dès le cinquième mois (8), et le second fut longtemps sans dTectuer sa parole (9) ; aussi lui en fait-il des reproches dans les vers suivants :

J'imputerais à mes malheurs Le retardement de vos grâces, Si j'ignorais que les sriïneurs, Si prodigues partout ailleurs.

Du mérite indigent méprisent les disgrâces (io).

Antoine de Levé lui écrivit pour le prier de fixer lui-même la pension qu'il exigeait de lui (11).

(i) Lettres d'Arétin, t. I, 1. I.

(a) Lettres d'Arétin, t. V, p. 98. A l'Arêtin, t. II, p. u6. (3) Lettres à l'Arêtin, t. I, p. 1 16. (A) Lettres d'Arétin, t. IV, p. 52; t. V, p. 104. (5) L-tlrcs d'Arétin, t. III, p. to8. A l'Arêtin, U II, pp. ia5, 142, 288.

(6 Lettres d'Arétin, t. IV, p. >/3.

(7) Lettres d'Arétin, t. III, p. a:3. A l'Arêtin, t. I, pp. 16%, 280.

(8) Lettres d'Arétin, t. VI, pp. 26 -, 280.

(9' Ln Cortiggiar.a, corned., alto IJ, scona vm. (10) Rime burl'srhe, I. III, p. ai.

(ii) Lettres à l'Arêtin, 1.1, p. 121.

3ia l'arétin

II dépensait à mesure qu'il recevait, et sa prodigalité égalait la magnificence de ses bienfaiteurs. 11 était somptueux dans ses vêtements, ce qui fait dire à l'Ammirato qu'il n'a jamais vu de vieillard plus mignon, ni mieux orné (1). Fontanini l'accuse d'avoir jeté des sommes immenses dans le gouffre de la débauche (2) ; mais s'il donnait à ses plaisirs, sa libéralité s'étendait aussi sur les malheureux, et ses contemporains rendent un témoignage avantageux de sa charité (3). « Tout le monde vient à moi, nous dit-il, comme si j'étais un caissier royal. Qu'une pauvre femme accouche, c'est aux dépens de ma maison ; qu'un misérable soit mis en prison, il me demande sa liberté. Le soldat tout nu, le vovaçeur dévalisé, toute espèce d'aventurier me regarde comme Je réparateur de ses pertes. Il n'y a point de malade qui ne s'adresse à mon apothicaire ou à mon médecin (4). » Un de ses amis lui conseillant de supprimer ces dépenses : « Il ne sera pas dit, lui répond-il, que j'aie fermé aux malheureux un asile que mon cœur leur ouvre depuis dix-huit ans. On aurait raison de regarder une économie si tardive, plutôt comme une banqueroute que comme une réforme raisonnable (5). » La vanité et le soin de se faire des trompettes de sa gloire n'avaient-ils pas plus de part à ses largesses que la bonté de son cœur ?

Il est temps d'écouter ses ennemis : et d'abord, Crescimh-ni propose comme un problème si l'Arétin fut plus digne de blâme que de louange 6). Toscanella lui reproche un style enfle et peu naturel (7). Guarini l'accuse de donner dans l'hyperbole (8), et Fontanini d'outrer l'expression et la pensée (9). Malheureusement tous ces reproches sont fondés. On trouve partout un homme qui court après l'esprit, qui ne dit rien

(i) Opuscuoli, t. II. Gaddi, de Script, non eccle$., p. ih. (■•) Elog. liai., p. 36a.

(3) Lettres de Doni à l'Arétin, t. I, p. ,,4. Du Titien, p. i/l7. De Uarcolim, t. II, p. 432. .

(4) Lettres dWvélin, t. II, p. 207.

(b) Lettres cCArétin, t. III, p. 340.

(6) Istor. de'la Poes., volg , t. H, p. 45.

(7) Relhor. à Gain Erennio, p. 4oa.

(8) Segret., p. 146.

(9) Elog. liai., p. 367.

APPENDICS 3 I 3

comme un autre, qui cherche à se singulariser par un jargon thintelli jible, qui veut rajeunir une pensée us-ée par un tour obscur ou prétentieux (1), qui personnifie ridiculement les choses inanimées t?<), métamorphose l'adjectif en substantif (3), répète une phrase par une inversion désagréable (4) ; en sorte qu'un homme de bon goût ne peut soutenir l'ennui d'une lecture aussi fastidieuse.

Comme il n'y eut qu'une voix sur son ignorance, et qu'il était forcé d'en convenir (5), il conçut une aversion, pour les anciens qui retombait sur leurs admirateurs : il traitait ces derniers de plagiaires, et comparait ceux qui les prenaient pour modèles à des voleurs qui croient cacher leur larcin en effaçant les armes du maître (6). Il dit que les sentiments étaient partagés sur son compte dès son vivant, que les uns le traitaient de brouillon, parce qu'il n'avait pas de lettres ; que les autres soutenaient qu'il n'avait pas composé les livres qui paraissaient sous son nom ; et qu'enfin les troisièmes le regardaient comme un génie extraordinaire qui savait tout sans avoir eu de maître (7). On ne peut lui refuser le feu et l'imagination : ses comédies sont remplies de sel et de saillies; mais elles blessent les règles du théâtre et la pudeur. Ce

(i) < Voici des exemples de ces tours vicieux : « Aiguiser l'ima- « gination par la lime de la parole ; pêcher avec là ligne de la ré- « flexion dans le lac de la mémoire ; mettre le pied de la maturité « dans le chemin de la jeunesse ; refréner la bouche des passions o avec le mors de la réflexion; joindre le bois de la courtoisie au a feu de la politesse; planter le coin de l'affection au nom de l'ami- « lié ; ensevelir l'espérance dans l'urne des promesses menteuses, « etc. »

(2) « Les mains de l'art, les larmes de la chair, l'humeur de la joir, etc. »

(3) Le facile, le clair, le gracieux, le noble, le fervent, le fidèle, le bon, le vrai, l'agréable, le salutaire, le sacré, etc. C'est par de pareilles expressions qu'il avait tellement su gagner les esprits que Lucretia Marinella s'efforce de justifier cette façon d'écrire, par l'exem:)le d'Apulée.

(4 Toscano, Pépias liai., p. 8a. Muzzio, Batag., p. 68. Essais de Mont., I. I, ch. li.

(£>) La Monnoye. Méneg., Paris, 1729, t. IV, p. 3o3.

(6) Lettres d'Arètin, t. III, p. a4i.

(7) Lettres d'Arètin, t. V, p. 368.

3i4 l'arf.tin

ne sont propremant que des dialogues assez niai cousus. Sa versification est dure, entortillée, sans grâces et sans naturel. Il n'est plus supportable dès qu'il veut louer : nous rapporterons pour excuple le fameux sonnet qu'il Ht pour Jules III, auquel les Romains donnèrent le prix sur tous les vers qui parurent à l'avènement de ce pontife.

Du monarque des cieux la sagesse profonde

Pour le bien des mortels a fait ce changement ;

Si Jules III jadis fut la terreur du monde,

Jules III en devient aujourd'hui l'ornement.

Ce dieu qui le forma par sa bonté féconde,

De toutes les vertus l'a doué richement ;

On entend retenir sur la terre et sur l'onde

Son éloge, qui doit vivre éternellement :

Sa force et son savoir égalent sa puissance ;

Courageux, éloquent, plein d'esprit, de science.

Mais ces hiens ne sont pas les plus chers à ses yeux :

Il préfère la paix, la douceur, la justice.

Le bonheur des humains est pour lui précieux,

La vertu qui renaît va terrasser le vice.

Je doute fort que le lecteur s'écrie avec Ruscelli : Oh! Vadmirible poète (1) !

Manuzzio, d'ailleurs assez bon juge, lui fait un mérite de n'avoir imité personne. « Vous n'avez pu vous résoudre, lui dit-il, à mareber dans les routes battues, et l'élévation de votre génie a dédaigné les sentiers ordinaires. Sans autre secours que celui devospropres lumières, vous avez parcouru rapidement la carrière de la nouveauté, et vous avez a'teintà un but qu'aucun mortel n'avàt frappé. Vous avez appris sans connaître les règles de l'art, et composé sans modèle des ouvrages qui vous rendent immortel (2). Barbaro lui dit que les florentins lui doivent des remerciements de ce qu'à l'exemple des autres poètes il n'a pas dérobé la robe du bon Pétrarque. Quelques modernes ont imité notre auteur dans la fureur de se rendre originaux; mais ils p'ont pas eu la bonne

(i) Annot. à la septième Nouvelle de la dixième Journée de Boceace, édition i552, p. fio.

(a) Lettere di P. Manuzzio. Pezzaro i556. n. 11S.

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