‹ L'ArétinChapitre 87 sur 89 · APP3ND1CK 3 J · texte numérisé non relu

APP3ND1CK 3 J

foi dans l'aveu du motif. « Si je n'ai imité ni Boccace, ni Pétrarque, dit-il, ce n'est pas que je connusse leur valeur ; maisj'ai sei.ti que j'aurais perdu mon t<»mps et raaréputation en voulant leur ressembler (1).» Ce/ ui qnis 'éloigne rirs grand» modèles, dit M. de Vohaire, ne iloi i tu sefiaittr d'en servir ; Un irniic personne, personne ne l'imitera. Arétin se définit de lui-même lorsqu'il écrivait : « Quand je ne mériterais aucun honneur pour avoir su donner de l'âme à mon style par le secours de l'invention, je mérite au moins quelque gV'ire pour avoir eu la hardiesse de porter la vérité dans le cabinet des grands, à la honte de la flatterie et du mensonge |

Si r-e- partisans outrèrent l'éloge, ses ennemis poussèrent la satire dans l'autre extrémité. Ils firent frapper une médaille avec le buste d'Arétin d'un côté, et de l'autrela représentation d'une figureque la modestie n'a pas permis de graver, et pour légende : Toto in loto et totus in qualibet parle.

Paul Jove est soupçonné d'en être l'auteur, et d'avoir voulu 6e venger de I'épitaphe suivante :

L 'hermaphrodite Jove est sons ce marbre-ci. Il fut femme des uns, des autres le mari.

Mais on peut donner de cette anecdote, qui n'est fondée que sur l'autorité de quelques antiquaires, qui souvent inventent les faits pour appuyer leurs conjectures. Il faudrait, pour l'établir, prouver une rupture entre ces deux amis, et leurs lettres annoncent une liaison iutime et sans interruption. Paul Jove mourut en 15o2, et l'Arélin écrivit à ce sujet une lettre au çrand-duc, dans laquelle il fait l'éloge du défunt (3). 11 est donc plus naturel d'attribuer cette médaille à Franco, qui composa un volume entier de satires contre Arétin. 11 fut imprime en 15u7, à Venise, sous le titre de Priapein, et comme il est fort rare, pour satisfaire la curiosité du lecteur, nous en rapporterons deux sonnets des moins mauvais.

(i) L'ttres d'Arétin, t. I, p. a$8.

(a) Lettres d'Arétin, élir. de Giolito, t. I, p. ia8.

(3) Lettres d'Arétin, t. VI, p. ia5.

3,6 l'aRBTIN

Achille de Volta, je vous baise les mains, Ces mains dignes d'un roi, dont le mâle courage, Aux dépens d'Arétin, ont signalé leur rage, Et vengé bravement le reste des humains. Qu'importe si le sort, le sauvant du naufrage, A trompé du poignard les coups trop incertains, Et si de nos clochers les lugubres tocsins N'annoncent pas sa mort à notre voisinage ? Souvent l'événement est un signe trompeur ; Un effo/l généreux met le prix à l'honneur,' Et l'entreprise seule en fait la renommée. Aussi l'on m'entendra répéter dans ces vers: Contre un monstre odieux la main d'Achille armée A voulu d'un seul coup en purger l'univers.

Courage, Titien, que ton repentir cesse ; Tu peux te dispenser de voir le sacristain, Ce n'est pas un grand mal d'avoir peint Arétin ; On peut te pardonner sans aller à confesse.

Pour l'élever, ton art, il est vrai, se rabaisse ; Tu profanes l'honneur de ton pinceau divin, Et, peignant un sujet digne de Dragonzin (i),

Sa gloire à tes dépens vainement t'intéresse.

Modère cependant ta vive affliction ;

Loin de diminuer ta réputation,

Ce tableau va te faire une gloire infinie.

Tu viens, par un dessin vivement coloré,

De placer savamment, dans un petit carré,

De notre siècle entier la honte et l'infamie.

On ne sait où Bullard a pris que ces satires portèrent coup, qu'Arétin changea de vie et de langage, et que Franco se fit de ce changement un nouveau sujet d'épigramme (2). Quoi qu'il en soit Fontanini applique à notre auteur (3) ces vers de Faerno :

(i) Le Dragonzin était un peintre de taverne. (a) Acad. des teienc. et des arts. ch. 373. (3) Elog. liai., p. 36; .

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