‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 72 sur 106 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

serez I'etS avec nous, dans les montagnes. L'air pur, le repos... Ge sont mes prescriptions de Tan dernier, souvenez-vous en.

ROGER

Enfiu, vous venez de parler de la dot de Marie. Je suis bien aise de pouvoir m'expliquer nettement

avec VOQS k Ce SUJet. (Geste de Fournier.) Si... Si...

G'est une question que je tenais k vider. Faut-il vous dire que je n*entends avantager aucun de mes enfants au detriment des autres? lis entreront en manage avec quatre-vingt mille francs chacun.

Eh bien, mais, mon cher monsieur Roger, c'est un apport tr^s raisonnable. Je ne prends pas mademoiselle Marie pour sa fortune. Et ma foi, si ma situation neTeiit permis, jeTauraispeut-^tre mfime ^pous6e sans dot.

ROGER

Seulement, ces quatre-vingt mille francs versus, vous ne devez plus rien attendre de moi, je vous en avertis.

FOURNIER, gaiemont,

Voila du nouveau I A quoi comptez-vous done employer voire argent ? Allez-vous I'enterrer comme un avare ou le dissiper? Ge serait votre droit...

ROGER

11 ne s'agit pour moi ni de gaspiller mon bien, ni de th^sauriser. Ge sont des dons que je veux faire, des oeuvres que je veux fonder.

FOURNIER

Quand vous mourrez, — si vous mourez avant moi—j'aurai probablement une situation brillante.

A ce moment-1^ cent mllle de plus ou de moins!... Cependant, je ne serais pas Mcbe de connaitre les raisons qui v6us poussent a jouer les Saint- Vincent-dc-Paul, et i desh6riter au profit d'etrangers iTQtre famille.

G'est bi60 simple, mon ami. D*abord ces six cent trente mllle foancs qui me sont tomb^s du del, je ne les consid^re pas oamme m'appartenant en propre. Je ne les al pasgagiid&,et j'ignoredans quelles speculations louches mon oausin les a gagn^s luimdme.

POURNIBR.

II ne faisait pas la traite des ndgres !...

ROGER

II jouait k la Bourse.

POURNIER.

Eh bien ? Pint au del que toutes les grosses fortunes contemporaiues n'eussent pas des origines moins pu^es.

ROGER

N'importe t Je ne me crois pas autoris^ k disposer en faveur des miens de Th^ritage entier de mon cousin. Et puis... je m^prise Targent... L'argent, c'est le terreau des vices. Je vous avoue que ce n'est pas sans une certaine inquietude que je me suis vu brusquement enrichi.

POURNIER.

Mais, quediable! II neme parait pas que madame Roger ou vous...

ROGER

Oh ! Je ne crains rien pour ma femme ni pour

AGTE PREMIER ^0

moi. (Riant.) Noiis resterons honndtes. Le pli est pris. Mais mes filles, mon fils? J'ai pear que cette fortune no les perde. Aussi taudls que rambition de la plupart des p^res est d'amasser deTor pour leurs enfants, la mionne est de les laisser dans un etat mediocre.

FOURNIER

A merveillet Vos id^es sont trSs saines, et je les partage... en theorio, maisjen pratique! Enfin, ilen sera ce quevous voudrez. Vous fixez a quatre-vingt mille francs la dot de votre fille. J'accepte votre chiflfre.

ROGER, heureux.

Bien vrai ?

POURNIER.

D'ailleurs quand je vous aurai donn^ uiie nich6e d^ petits-fils, vousn'aurez pas, j'en suis stir, le courage de...

ROGER

Oh! nous verrons cela plus tard! Mais pour le moment vous vous d6clarez satisfait de la dot quo je donne k Marie?

FOURNIER

Pleinement satisfait !

ROGER, lui serrant la main.

Mon Cher Andre, j'attendais cette r^ponse de votre part; la bonne gr^ce avec laquelle vous la faites me touche infiniment.

FOURNIER

Puisque nous voWk d'accord surle point capital, et qu'aucune difficult^ no peut plus surgir entre nous, jo vous prie de no pas trop retarder le moment oii je deviendrai votre gendre.

ROGEH.

La date de votre mariage? Eh bien, nous la fixerons ce soir mdme.

FOURNIER

Si je venais vous reprendre vers les six heures.. ? Nous irions au cafe... Je ferais votre partie d'echecs.

ROGER

Ah! oui... oui... bien volontiers...

lis sont debout. Marie et Alphonsiue entrent par la droite. Habilleesj pretes a sortir.

MARIB, a Fournier.

Vous partez?. . G'est nous qui vous mettons en. fuite.

FOURNIER, gaiemont

Je vais cltez un client.., Maisje reviendrai... J'ai de bonnes nouvelles a vous donner. Nous marquerons cette journee d*une pierre blanche.

Apres avoir serro la main a Roger, il s*arret6 deyant Marie et interroge Roger du regard.

ROGER, riant.

Allons 1 Je ferme les yeux.

Fournier embrasse Marie sur lo front et sort.

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