ACTE PREMIER
Pourquoi est-elle venue ?
GUILLAUME
Elle est venue chercher fortune, parbleu ! se divertir, faire ce que font une masse de jolies filles ! Et, n'est-ce pas, vous discernez l'appoint que nous serait un tel auxiliaire, (Piquant les mots,) docile, vêtu, payé, instruit par nous ? A la Bourse, l'argent roule, on se réunit, on godaille; Plutus a grande opinion de lui-même, Plutus court volontiers la prétantaine, Plutus a de magnifiques salons oii s'ébat et picore la finance. Je me charge d'y introduire notre jeune personne. Elle est charmante, exquise, blonde comme de l'or, un morceau royal I une joie du regard! Elle brillera, miroitera, scintillera au clair des lustres ; les alouettes arriveront en foule; et, sur le nombre, du diable s'il ne se présente pas quelque richissime catholique, fier d'être distingué, brave, assez intelligent pour nous ouvrir ses coffres et nous prêter son influence.
CATHERINE
Oui, et Henri logerait avec votre blonde, ne la quitterait pas !
LAFONTAS.
Non, Catherine. Toi et moi, nous continuerions d'habiter ensemble. Mon rôle joué, ma besogne accomplie, chaque soir, je rentrerais au bercail. Chose promise, chose inviolable. (Sur un ge4e de Catherine ) Ah! çà, t'imagines-tu que je voudrais de la femme à tout le monde?
CATHERINE
Cette femme là n'est pas la plus aimante, mais
les trois quarts du temps, c'est elle qu'on aime le mieux.
LAFONTAS.
Baste !
CATHERINE
Je sais ce que je dis.
LAFONTAS.
En es-tu certaine?
GUILLAUME, la VOIX rude» sur un nouveau geste de Catherine.
Voyons! madame, nous parlons affaire, nous ne parlons point science du cœur. Inutile de dériver!... Aucun de nous ne courtisera TAméricaine, ne s'occupera d'elle autrement que d'une collaboratrice, d'une camarade, d'un mannequin. On s'y est engagé, la plus vulgaire prudence l'impose, nous sommes des gens pratiques, ainsi...
CATHERINE
J'ai des scrupules ; je n'admets pas tous les moyens de parvenir.
GUILLAUME
Hé! Madame, qui les admet? qui n'éprouve des scrupules ? Nous jugez-vous secs et pourris comme du bois mort ? Aucun chemin n'est plus facile qiie le droit chemin, quand il existe, s'il existait dans le milieu où nous opérons. Lafontas a pourtant dû vous le peindre, ce milieu, les écueils, les abîmes de ruse, .les voraces qu'on y rencontre. Même sans scrupules, neuf fois sur dix, on est jeté à Teau et dévoré.
CATHERINE
Il fallait choisir une profession.*, moins dangereuse;