‹ L'argent: rentiers, agioteurs, millionnairesChapitre 2 sur 27 · L'ACTIONNAIRE · texte numérisé non relu

L'ACTIONNAIRE

(introduction.)

A lui la première place ! c'est lui qui fait les fonds* qu'on enrichit ou qu'on ruine, un être sacré, un personnage auguste, inventé parLaw, revu, corrigé et considérablement augmenté par les spéculateurs hardis du dixneuvième siècle.

L'actionnaire, comme le soldat, le prêtre, l'ouvrier, a été tour-à-tour Tinstrumenl des grandes et des petites passions, aujourd'hui l'aide intelligent d'une idée féconde, demain le serviteur d'un projet absurde, dangereux, sans grandeur, et il faut le dire, à côté de certaines entreprises vraiment sérieuses et puissantes, combien d'autres qui sont tombées sous le coup du ridicule, entraînant dans leur chute un peuple d'ignorants et de malheureux.

La Spéculation a remporte bien des victoires, mais elle a perdu bien des batailles.

Heur et malheur ! sauve qui peut !

11 s'est trouvé des hommes remarquables à plus d'un titre, des écrivains distingués, des politiques habiles, pour condamner ces formes nouvelles adoptées par l'Industrie dans la poursuite du capital nécessaire à sa vie et à sa santé. D'un autre côté, dans le monde des Béotiens, M.Prudhomme, Gabrion le rapin. M® Pet-de-loup, homme sévère mais juste, tous les provinciaux de Paris ou de Pézenas se sont beaucoup amusés de l'actionnaire , l'appelant à l'envi imbécile , crétin, vache à lait, chair à sangsues, et des amis à nous ne passent jamais devant la Bourse sans murmurer des mots sauvages, Jésus- Christs râpés et ignorants, qui demandent un fouet pourchasser les vendeursduTemple!

Nous n'avons pas à nous préoccuper de ceux-là. Ils ne savent rien, ne connaissent rien. Et d'ailleurs, la moitié d'entre eux, si demain ils ont à faire à un lanceur habile ou à une annonce mousseuse , la moitié fera volte-face et se jettera tête baissée, sans réflexion, sans jugement, dans les jambes des Barnums nouveaux.

Mais les bommes sérieux, ceax que Télé'' vation de leur esprit, leur posilioa dAn& le monde, nous obligent à respecter, soat-il$ bien venus à condamner sans merci les ma^^ nœuvr^s de la spéculation 7 Les gens de Bourse sûnt-ils utiles ou nuisibles dai^ la vie des peuples ? Voilà la question : noua la discuterons plus tard.

Disons, dès à présent, qu'il faut être bien ignorant ou bien timide pour se prononcer contre la Bourœ sans retour. Bonne ou mau-^ yaise^ cette institution est maintenant fondéa sur des bases indestructibles. Lisez ces deux pages écrites par un philosophe qu'on ne taxera pas de partialité. Tout son livre qui» soit dit en passant, a un peu trop Tair et les façons d'un pamphlet, tout son livre estpfeja de reproches adressés aux joueurs assemblés devant ce grand tapis vert. Mais, avant d^en* trer dans la maison et de fouetter les intrus, il se découvre sur le seuil. Ecoutez

< La Bourse est le monument par oxceL * lence de la société moderne.

> Ce n'est pas seulement l'atelier, la feiroe, ji le magasin, les docks et les ports, les entre- > pots et les comptoirs> la terre et l'Océan qui » lui sont soumis et lui payent tribut: elle

* passe avant Fécok, l'académie, le théâtre^ » les assemblées politiques, les congrès; avant

> l'armée, avant la justice, avant l'église elle*^ jr même !

> Aucune puissance, ni dans l'antiquité, nr

* dans les temps modernes^ ne peut se com-

> parer à la sienne.

» Jamais les Templiers, les ordres de Jéru- » salem et de Malte, cette milice des Papes

> qui dominait les empereurs et les rois ,

> jamais les franciscains, les dominicains ou

> les jésuites ; jamais les «tribunaux vehmi-

> ques et la franc-maçonnerie , ne produi- » sirent des effets plus prompts, plus unij» versets, plus puissants.

* Les Alexandre, les César, les Charleraa-

> gne, les Napoléon, dans toute leur gloire, » n^étaient auprès d'elle que des pygmées.

> Llmprimerie elle-même, servie par les gé-

> nies les plus profonds et les plus sympa* » thiques, assistée de la vapeur, est au-des- » sous de cette puissance souveraine, qui :» trône invisible à la Bourse et chaque jour

> y rend ses oracles, non pas toujours équi- ^ tables, mais toujours sûrs.

» C'est là que le philosophe, l'économiste,

> l'homme d'Etat doivent étudier les ressorts

» càt^hës de la civilisation, apprendre à ré- 3 sondre les secrets de Thistoire , et à prévoir t» de loin les révolutions et les cataclysmes* ^ C'est là que les réformateurs modernes j> devraient aller / s'instruire, et apprmdre » leur métier de révolutionnaires.

€ On ne peut dire, à quelle hauteur ces » hommes se fussent élevés , quelle prodi- » gieuse influence ils eussent exercée sur les » destinées du (^obe, si, maîtres de nos flottes^ ^ de nos capitaux, de notre industrie, de nos » propriétés , tls avaient eu la moindre étin- » celle du génie spéculatif, s'ils avaient été, » dans la plus faible mesure, des prophètes de » ce Dieu qu'adorent les boursiers »

Proudbon a raison, si bien raison que chacun, jeune ou vieux, dans l'armée des vaillants, parmi ceux que préoccupe l'avenir de la France et du monde, chacun laisse, pour un temps^ les récréations frivoles de la littérature, ses distractions inutiles et ses leçons banales^ pour se tourner, la raison en avant, vers l'étude de ces problèmes économiques dont la solution Importe tant à la France, pauvre pays si souvent victime de sa \éf^ reté, de $on enthousiasme et de son ignorance opiniâtre J

Pour nous, qui avons été mêlés k tette vie agitée, habitués à la hausse et à la baisse, (oyr*à-tour acheteurs , vendeurs, actionnai* reà, lions n'avons point voulu en écrivant ce livre , faire tin panégyrique, on le verra; mais nous ne sommes point un ennemi systématique de la Bourse. Nous ne venons pas louer ou blâmer, crier bravo, crier raca, mais expliquer les faits, analyser les opérations, observer les choses et les hommes, montrant, par ci, par là, les trucs, rubriques, ficelles, pièges à loup, édairant le coin dangereux, où le client sérieux ou non, riche ou pauvre,^ Macaire ou Germeuil, est pillé, carotté, saignée

Qu'on ne s*y trompe pas! Le spectacle des petits et des grands dangers, des floueries mesquines et des honteuses manœuvres, ce spectacle doit blesser les délicatesses d'un esprit prudent et honnête; mais faut-il/sans pénétrer plus avant, fermer les yeux et sonner la Saint-Barthélémy de la Bourse !

C*est un terrain dangereux , dirons-nous avec les hommes sérieux, qu'irrite la voix dure et cruelle des spéculateurs. C'est là que les fils de familles, les gentilshommes et les petits bourgeois viennent dans un jour, dans

une heure, perdre le patrimoine héredilaîre, le capital amassé sou à sou par la sagesse pa-^ ternelle, sans que rien puisse les arrêter, sans qu'il soit possible de rester sourd au bruit de For qui frétille et des écus qui dansent.

C'est là, qu'on oublie les lois heureuses de la prudence, quelquefois les premiers devoirs, laissant sur les degrés de la noutdle maison de jeu son honneur et sa réputation. C'est là que les malheurs de la patrie sont acceptés par une hausse de 5 francs. Quelquefois, dit» on, les historiens se trompent et c'est la Bourse qui a raison. Quoiqu'il en soit, il est dangereux pour les peuples, dangereux pour les individus, de sacrifier à la cupidité les idées d'honneur que Dieu met dans les cœurs et dans le pli des drapeaux.

Il est, sur le sol mouvant de la Bourse, des égoïstes cruels, des charlatans habiles, qui engagent dans des chemins obscurs, dangereux, sans issue, la foule moutonnière, et détournent, à leur profit seulement, le cours des fortunes privées et des richesses publiques. Que ceux-là soient flétris, condamnés; qu'ils deviennent la risée de tous , qu'ils amassent, aviBC des écus volés, des trésors de honte, et que les hommes loyaux s'irritent !

• c'est ju^ice.

Il est dans i'bistoirc des sociétés fondée»

depuis trente ans» des exemples déplorables de compagnies à jamais discréditées, ruinées par Tinconduite des chefs^ Des idées excel-* leiites^ d'heureux projets, utiles pour Taction* naire, utiles pour le pays, ont ainsi sombré sur cet Océan dangereux, dont les flots engloutissent les mourants et les blessés, sans que rien ne surnage*

Oui, la Bourse a été le théâtre de bien des infamies, de bien des maladresses, et Taction** naire, ce malheureux actionnaire a été joué, exploité, pressé, dévalisé. Pauvre diable !

Mais après^tout, sur ce champ de bataille, semé de débris, pavé d'or, tapissé de billets de banque, c'^t comme dans la vie, une lutte, un combat.

Au plus fort le succès, au plus tin les bénéfices : les lois de la guerre , Vœ tnctis !

Là. plus qu'ailleurs, nous le savons, peuvent agir la fraude, la perfidie, et ces dames ne se gênent pas, font des leurs, s'en donnent à leur aisej leurs serviteurs sont, la moitié du temps, de bonnes gens que l'autorité de leur nom et de leur fortune met à l'abri de plus d'un rev^*s et sauve de plus d'un reproche.

Cependant , si l'imbécile qui a pris des*

actions sur la Gastronomie, gérant M. Ventre, a perdu son argent, devons-nous verser sur son malheur un torrent de larmes, et n'est-ce point une juste punition de sa folie ?

Le conte de Jérôme-Pâturot est une vérité- Tout actionnaire dans la société générale de Gastronomie a droit à un diner à cent sous par tête, comme disent les provinciaux, €t ces provinciaux alléchés prennent des actions. Les agents de change des grandes villes qui viendront voir l'Exposition universelle»

les bons habitants de la Gasci^ne et de la Bretagne se lancent, s'intéressent dans l'affaire. Encore une fois, si ceux-là ont perdu leurs pauvres sous, ils le méritaient bien.

Qu'ils essuient leurs larmes ! voilà un exemple entre mille.

Nous pourrions ^encore parler de quelques valeurs égarées sous les piliers de la Bourse, dont le nom seul fait venir le sourire aux lèvres, méchants carrésde papier, couvertsd'une signature inconnue , avec lesquels les victimes peuvent allumer un cinq centimesau prochain bureau de tabac — de l'argent qui s'envole en fumée. — '4^^

Puis, après la comédie, le drame, le drame triste, sans pose, sur les escaliers de la maison.

— 10 ~ On entend une détonation: une victimede plus; trn homme de moins ! Il s'est tué avant qu-oa Yexécutât. A la Bourse on exécute les gens.

Quelques-uns se laissent guillotiner flnan*cièrement et sont plus philosophes. Nous aimons mieux ceux qui en tinîssent de Suite et s^en vont pour ne plus revenir.

Touchons même en passant au côté sensible, au cœur delà question. Il s'agit d'une idée bonne, grande, heureuse. La Compagnie offre de hautes garanties de prudence et de moralité ; les dividendes montent très haut, et nous les savons sincères.

Le mouvement qu'entraîne la mise en actions, les opérations a terme, à prime, la danse des valeurs, le gain sur les di£^rences> combinaisons, manœuvres, ces achats par dfîs gens qui n'ont pas d'argent , ces ventes par ceux qni n'ont pas de titres, ce jeu là est-il honorable? honorable et productif?

Non, disent les hommes prudents et sages.

C'est une agitation stérile, un remue-ménage inutile, une activité sans résultats, sans d'autres résultats au moins que la ruine de quelques-uns au profit de quelques autres.

Agents de change et courtiers se gaudîs-

— tl —

sent, se frottent les mains, noircissait lenr carnet, prélèvent le courtage, et tout est dit. Ia France, Timlttstrie, le commerce , qtf(mtîis gagné?

Et les ficelles tirées de droite et dégauchie pour hisser cet autre payiHon qu'on appelle ] Si prime,..

La prime! voilà le grand mot: le miroir aux alouettes, le filet, la glu, le sifflet, la grasse caisse, la grosse affaire.

La prime! saluez, honnêtes commerçants, boni^eois du Marais , épiciers de la rue aux Ours, qui gagnez doucement, bêtement, machinalement votre vie à vendre des pruneaux et du sucre au fond de vos boutiques! à genoux, ouvriers stupides, qui usez vos mains à creuser la terre, à porter les moellons, à tirer le soufflet dans la forge, à faire marcher la machine. Et vous, pauvres diables, qui cherchez dans les livres une science qui vous servira bien peu dans le monde , passez les jours, passez les nuits; vous ne pourrez nouer les deux bouts. Si le hasard vousfayorise, vous aurez le nécessaire, un peu du superflu, il faudra toujours compter. Courage, talent, génie, belle affaire vraiment!

Prenez du Mobilier, des petites Voitures (!),

quelques Aulrichiens; les actions font prime^ les chefs inspirent toute confiance , le char est bien lancé: dans une bourse , dans une heure, vous réalisez un gain, une petite fortune quelquefois, et la liquidation vous trouve riche, joyeux, considéré.

La prime, la prime!

C'est encore là un de ces mots nouveaux, pleins de danger, chargés d'argent, gros d'orages, que la spéculation grave en majuscules sur la couverture de son grand livre, et que les financiers jettent , comme un drapeau , dans la mêlée ardente des grands inté^ rets.

Que de diplomatie , que d'habileté pouk* faire monter ces pauvres actions ! Combien de moyens employés pour attacher à cette feuille de papier jaune, bleue, rôuge ou rose, une valeur qu'elle n'a pas, sans souci de l'avenir, sans qu'on sache encore ce que rapportera l'aifaire, si le public en voudra , si elle réussira jamais, si seulement le dividende atteindra le taux ordinaire.

Devons- nous signaler quelques-uns de ces moyens, parler de la façon habile dont les fondateurs se réservent un nombre magnifique d'actions , les retiennent, les lâchent.

les pressent , les poussent, les montrent ou les cachent?

Qu'importe ! qu'ils s'arrangent comme ils voudront , cesmessieurs ! mais nous, qu'avonsnous à faire , qu'à suivre le mouvement , à bien regarder et à bien voir, à profiter du jour, de l'heure , de l'occasion ? Quant aux premières cérémonies, à l'accouchement, au baptême, c'est toujours, toujours la même chose. Des annonces, des mots , des articles et des promesses ; des promesses, des mots, des articles et des annonces, voilà tout bêtement les armes qu'ils manient, et depuis que l'on met tout en actions, tout, dit-on, sauf la morale, les braves gens, qui ont de l'argent à faire marcher, n'en demandent pas davantage, se laissent prendre encore aux mêmes trucs, viennent en masse^ quelques-uns au bon moment, quand on a bien gonflé la chose, et que la prime est belle , d'autres la veille du désastre, quand un coup d'épingle crève le ballon, et qu'il tombe sans parachute au railieu des pauvres diables, qui ont bâti la nacelle, payé le gaz et les cordages !

— Voilà le danger. Il est grand. Cette fièvre du jeu, cette passion de l'argent, cette avalanche d'annonces, de découvertes, de

— 14 ~ géraats, d'inventeurs, d'encre et de papier, tout ce bruit et ce mouvement, est^^e là un bien> et le docteur Pangloss trouve*t-il tout pour le mieux dans le meilleur des mondes )K)3SÎbles ?

— La Bourse a un côté grand , noble et fort.

Après avoir parcouru à vol d'oiseau le monde de la rouerie et du danger , détournons nos yeux et regardons plus haut.

Une nation, comme un homme, a des mem« bres , un cerveau , un cœur. La Bourse esl peut-être à cette heure le cœur de la Francec C'est là que par mille veines , mille canaux ^ arrive, s'agite et gronde, ce métal sacré> l'or, le sang des nations !

Dans leur action directe , les opérations de la Bourse, dit M. Forcade, sont improduc-' tives et n'augmentent en rien la richesse gé* nérale. C'est dans leurs effets indirects qu'il £aut chercher leur utilité. Le grand commerce des valeurs, qui se fait à la Bourse, a le double avantage de procurer aux propriétaires de ces valeurs la disponibilité de leurs capitaux, toutes les fois qu'ils veulent les déplacer pour les appliquer à de nouvelles entreprises , et d'altirer vers des placements

--^ 15 — utiles et commodes des capitaux sans em|4oL Par cette double actioa , le commerce des valeurs agglomère à la Bourse les capitaux et les épargnes, il excite leur concurrence. Il seconde par la hausse des cours la baisse de rintérét et rend ainsi d'éminents services à l'Ëtat, lorsqu'il est obligé de recourir aux emprunts» à l'industrie, lorsqu'elle réclame des entreprises trop considérables pour les efforts et les ressources privées , et qui ne peuvent être tentées que par l'association commanditaire. Quoique la circulation que les opéra** tions de Bourse donnent aux valeurs ne.soit pas directement productive, comme la Giç^ culation des capitaux dans le commerce et l'industrie , elle a pourtant une influence indirecte^ mais heureuse et féconde, sur les progrès de la richesse générale, puisque sans elle le crédit public et le crédit commanditaire seraient soumis à de gênantes restrictions.

Voilà donc deux économistes, l'un célèbre, considéré à juste titre comme un des hommes les plus remarquables de son époque, l'autre nouveau venu dans l'arène, mais appelé à se créer un rôle, un beau rôle sur cette scène de l'économie politique, qui tous deux, après ^voir dans leur langage puissant , comme

nous dans la faible mesure de nos forces, si^ gnalé les dangers , déclarent clairement que c'est bien là, rue Vi vienne, le rendez- vous des intérêts les plus chers de la société moderne.

La mobilisation du capital, succès immense , suprême victoire remportée sur le passé par le présent actif, industrieux, habile et fécond, garantie admirable pour l'avenir!

L'argent vole , va et vient , ici et là , d'un bout de la France à l'autre , de la poche du gascon à celle du breton , de la maison du rentier au cabinet de l'agent de change , la sève circule , les fonds se déplacent , tout se mêle, s'échange, se confond, se compense, c'est la^ foire aux[écus !...

Qui ne trouverait dans cette circulation active, incessante , dans ce mouvement prodigieux dés valeurs, un gage excellent de grandeur et de prospérité, à la condition que les spéculateurs seront sages, et ne compromettront pas par leurs folies les magnifiques avantages que leur a faits le caractère entreprenant de la nation dont ils sont les tils, des enfants terribles souvent!

Dans cette Bourse pleine d'accidents; d'embuscades et de ravins, dans cette arène ouverte à bien des aventuriers sans esprit et

sans cœur, se sont agitées, débattues, d^ouées les plus hautes questions que se soient poséeâ^ sans pouvoir les résoudre, les soldats courageux et dévoués de ce mot profond qae les bommes ont appelé Progrès. Grâce au bruit qui s'est £ait sous ces voûtes , grâce au courage des uns, à Tambition des autres, grâce aux bonnes et aux mauvaises passions, grâce aux manœuvres sans fin de la spéculation, le Capital devenu sensible, mobilisé, canalise, si Ton peut parler ainsi, a roulé sur le lit de la Bourse , comme un fleuve nouveau arrosant sur sa route la terre ingrate et dure, rivière aux milles bras dont chaque flot est utilisé» sans qu'une goutte soit perdue, «me molécule égarée.

Les politiques feront leurs théories, écriront des thèses, bâtiront des systèmes ; la Bourse n'en restera pas moins la source vive et bonne des associations fécondes, et nous avons fait nn grand pas dans le chemin qui m^e les peuples à la richesse.

Les plus faibles épargnes , le plus mince billet de banque, le plus petit napoléon ^ le moindre grain de mit, le louis et Fécu sont tombés des coins du portefeuille dans le domaine de l'industrie; chaque bribe a été ra»

massée, chaque parcelle de métal lancée dans Faîré L'actionnaire, quand il a voulu réfléchir, étudier, comparer, mesurer, l'actionnaire est devenu, entre les mains du spéculateur intelligent, l'instrument le plus heureux des découvertes enfantées par l'esprit humain.

Sans lui, sans ces sociétés armées pour la lutte dans le grand duel de l'esprit contre la matière , le fer, le zinc, Tétain , le chêne, le sapin , les os et les muscles du sol , les métaui, les pierres, l'air et l'eau seraient restés presque immobiles, inertes, barbares. Les voici civilisés. Tout se réunit, se joint, se mêle. On fait des wagons, on fond les chaudières, on creuse les puits profonds , la vapeur siffle, les machines marchent , et les entrailles de la terre sont bénies.

Sans lui, sans la Bourse, sans le mécanisme qu'on a créé pour elle, les écus seraient-ils venus se fondre au creuset des grands inventeurs? Ces chemins de fer, ces usines regorgeant de noirs travailleurs, ces temples du crédit, ces ateliers de Vulcain , ces villes , ces ports seraient encore à tracer, à bâtir, à creuser. Oh n'eût pàasongéà rapprocher les peuples sur un pont de paquebots ; sous les mers, ôn-n'attacherait pas les fils du télégra-

~ 19 — phe aux bras des nations , et, s^il faut songer à la gloire de la patrie, où donc se négocient les emprunts faits par l'Etal au nom de Thonneur français, où ramasse-t-on les millions pour forger les canons, acheter du pain aux soldats , des chevaux aux cavaliers , pour payer les frais de la guerre? La Bourse était près des Tuileries, et la Bourse, pour un jour au moins, a donné la main à la France armée pour la bonne cause. N'essayons pas de rabaisser les sentiments qui firent alors battre son cœur de pierre. Qu'importe! elle adonné de quoi combattre, c'est-à-dire de quoi triompher !

Elle se prête trop bien à ces grandes manœuvres, pour qu'on ait le droit de l'insulter encore. Pour quelques misères, que de grandeurs!

L'actionnaire, tant qu'il est resté propriétaire sérieux de ses titres , tant qu'il ne s'est point fait joueur, vendeur à prime et à découvert, voltigeur de l'agio , l'actionnaire a bien mérité de la patrie !

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