‹ L'argent: rentiers, agioteurs, millionnairesChapitre 3 sur 27 · LA BOURSE · texte numérisé non relu

LA BOURSE

Ceci est une carte delà Bourse.

Avant de pénétrer au cœur de ce pays dangereux, dans ce monde agité , avant d'étudier sa politique , de raconter ses mœurs« d'écrire son vocabulaire , donnons la topographie, divisons en départements, coœptong les populations , soyons géographe avant d'être historien.

On sait où est la Bourse ; on connatt ses bornes naturelles, et, si la fantaisie s'en mêlait , on pourrait dire seulement qu'elle est bornée au nord par la Richesse, au sud par le Déshonneur ; à l'est par le grand duché de

la Spéculation , à l'ouest par la république de Saint-Macaire.

Laissons la rue Vi vienne avec monsieur Panis à sa gauche, la Banque à sa droite, le Vaudeville en face, la rue Notre-Dame-des- Victoires derrière, et entrons bras-dessus bras-dessous dans le temple de Mercure^ comme dit M. Prudhomme.

Pour que le visiteur retienne mieux cette description géographique, pour qu'il sache bien, une fois poyr toutes, où se tiennent les divers bataillons de spéculateurs, joueurs, agioteurs, agents de change, banquiers, courtiers, coulissiers, ce que Ton fait à chaque bout, ce que l'on fait au centre, quels sont les gensappuyés sur les murs, assis au dehors, pour qu'il arrive tout droit, quand il aura lu les opérations et pris son parti, à l'endroit où se négocie la valeur sur laquelle il veut jouer , pénétrons à la Bourse par la petite porte donnant à droite , sur la rue Notre- Dame-des-Victoires. Cette promenade ainsi commencée sera plus heureuse, et le visiteur contraint de regarder avec plus d'attention se souviendra mieux. Et d'ailleur» c'est de ce côté là que la lutte est grande , sérieuse, difficile. Agents de change et coulissiers gagnent

de gros rhumes, les clients de grost)énéfices, ou encore la frontière voisine. C'est là qu'on fait la pluie et le beau temps.

Passons donc par cette porte de droite, rue Notre- Dame-des-.Victoires. La Bourse va ouvrir. On va, on vient ; on cause lentement sur les escaliers et sous la galerie, bordée de diaK ses qu'on paie deux sous, comme à l'église^

Des gens de toute espèce, jeunes, vieux, .chauves et chevelus, généralement bien mis, comme vous voyez, et tous fumeurs ou pen s'en faut !

Ces messieurs sont des clients. Quelques* uns ont des paletots dont la couleur et U coupe font réfléchir, des barbes pleines de mystère, une tournure un peu... un peu équivoque. Il y a là-dedans bien des chevaliers d'industrie; mais d'autres, la plupart sans doute, ressemblent à tout le monde, sont mis comme tout le monde, décorés, encore comme tout le monde.

Je n'irais point avec vous, si vous étiez en casquette, et d'ailleurs elles sont rigoureusement refusées, là, comme à Valentino. Vous avez déposé au vestiaire, à gauche, en pas*sant, votre jonc à pomme d'or ou voire élégant parapluie.

Et tovtt d'abord, vous avez payé 1 franc pour entrer. On a placé là le tourniquet devenu classique, nîaisqui est resté incommode. Vous rappelez-vous l'Exposition universelle?

Là aussi se dressait menaçant le tourniquet. Je tourniquet du Dante. On ne payait que quatre sous, 20 cent., pour visiter ces galeries superbes habitées par les maîtres de l'art, tapissées de chefs-d'œuvre, éclatantes de génie, toutes pleines de gloire. Ici c'est plus cher, mais aussi sur les murs coule de l'or fondu, de l'argent liquide, et les yeux s'allument <i'un feo plus vif et plus sombre.

Assez de poésie. Parlons en prose.

On ne rend pas de monnaie. Attention aux gena^arés par hasard du côté de ce paradis profane! Faisons de suite en deux lignes le tour de la citadelle. Vous voyez, H y en a partout, des soldats du tourniquet : sur la place, en face la rue Vivienne, du côté <)à nous sommes.

Voulez^vous un abonnem^^nt î 125 francs pm an pour la Bourse des effets publics, la Traie Bourse au point de vue des spéculateurs. 162 francs pour la Bourse de mar»

chandises. Le bureau d'abonnement est

silué en face cle l'agence Panis. On enire de cç côté là pour, aller au tribunal de commerce. Pour aller au greffe, passez h l'autre bord en face de Chanapeaux le traiteur.

El maintenant revenons à notre poste, vers la poçle de droite, du côté de l'hôtel Bouillon, comme on disait autrefois en parlant de l'hôtel des ventes, situé alors dans la rue.

A droite, un bureau composé d'employés de la Bourse ; à gauche, le cabinet de MM. les agents de change, à la porte duquel se tiennent deux ou trois gardes chargés de porter aux agents les ordres qu'on leur envoie.

C'est là que ces messieurs se réunissent à midi et demi pour faire leurs cours-moyens^ c'est-à-dire pour exécuter les ordres d'achat ou de vente au comptant qui sont limités au cours moyen ou au mieux {sans limites).

Quelquefois aussi l'on fait des affaires au cours moyen. C'est assez rare. Mais en revanche on en fait beaucoup au premiers cours, qui est encore ignoré, bien entendu.

C'est là aussi, dans ce cabinet leur servant de vestiaire, qu'ils viennent, après la clôture de la Bourse, conclure quelques affaires, et que deux d'entre eux vérifient la cote;

travail dont ils sont chargés à tour de rôle.

Dans ce cabinet sont afScbés les ordres du jour, les escomptes, les rachats, etc.

Là, se font les réunions officielles, lors de la réception d'un'nouvel agent au parquet.

Un peu plus loin, ^ droite, se trouve le cabinet de messieurs les commis.

Un ou deux commis par maison se réunissent dans cette salle pour échanger les enga-gements et pointer les affaires faites la veille au comptant (1).

(-1) Les engagemenls sont des reconnaissances mutuelles que se donnent les agents des affaires quils ont négociées entre eux, la veille, en liquidation.

Les engagements sont faits sur papier timbré par la CbamSre syndicale.

Cet échange des engagements est excessivement important et demande beaucoup de soin de la part des commis qui, le plus souvent, le font un peu trop en l'air.

H arrive quelquefois que deux agents ont fait entre eux une affaire dans le même sens, c est-b-dire que tous deux ont acheté ou tous deux vendu.

Si cette erreur, qui ne peut pas avoir de conséquences en la rectifiant de suite, n'est pas signalée, si les commis échangent étourdiment leurs engagements entre eux, sans s'apercevoir que leurs patrons se sont trompés, cette erreur se découvrira forcément en liquidation, mais alors

Celte réunion des commis a lieu tous les jours, une demie-heure avant la Bourse, afin que, en cas d'erreur, les patrons en soient de suite prévenus et puissent les rectifier au besoin.

Pénétrons maintenant dans l'intérieur de la Bourse. In antrum.

Non pas au milieu de la salle , mais entre les deux galeries et du côté du cabinet des agents, se trouve le Parquet ainsi nommé sans doute, parce qu'on a parquetécette partie de la salle afin de l'exhausser un peu — une explication comme une autre.

Le parquet est entouré d'une balustrade, autour de laquelle viennent se ranger les associés , les commis d'agent de change et certains clients.

Au milieu du parquet, la corbeille, qui en a non-seulement la forme, mais encore la des-

l6s cours penvcot ôlre plas élevé» ou plus bas, et les deux agents sont obligés de racheter ou de revendre, puisqu'ils n'ont réellement pas fait d'affaire, et de racheter ou de revendre avec perle.

Une erreur peut proûlerfparfois, mais c'est bien rare; et l'on perd ainsi, chez les agents, plus d'argent que l'on n'en gagne.

tination — un panier où l'on Jette les petits papiers inutiles.

C'est autour de cette corbeille, appuyés sur ses bords , que se placent les agents de change pour faire leurs opérations.

Des gardes circulent aussi dans Tintérieur du parquet, afin de remettre aux agents les ordres des commis, ordres écrits sur de petits bulletins portant le nom et l'adresse de l'agent, et pour rendre aux commis les réponses de leurs patrons*.

Les agents arrivent au parquet quelques minutes avant une heure, et, lorsqu'une heure sonne, des cris confus s'élèvent, les agents offrent et demandent^ la Bourse est commencée et la lutte s'engage : garde à vous !

Tout ce bruit vous effraie ; vos oreilles saignent : c'est un brouhaha sans nom, un tohubobu infernal, des cris de sauvage, des gestes depileptique; vous avez la migraine, et vous n'y comprenez rien. Tout ceci cependant est une affaire d'habitude ; les agents s'entendent parfaitement entre eux. Leurs associés et les commis les comprennent fort bien , en s'ap* prochant un peu du parquet : mais vous vous croiriez au milieu de la foire, dans une halle, dans un marché.

A rexlrémité du parquet, dans les deux couloirs, la bandedes associés et des commis ; dans celui qui est à gauche, en descendant, les commis qui font les affaires au comptant.

Les agents n'ont pas le temps de s'occuper de tous ces petits ordres donnés avant ou pendant la Bourse, et ils chargent simplement les commis de les exécuter , malgré la défense expresse de la Chambre syndicale.

Les commis font les affaires entre eux en singeant leurs patrons; ils traitent même assez souvent directement avec les agents.

Devant eux est le crieur qui est là pour crier au public, qui ne l'entend pas, les cours de la rente et de la Banque de France : ces cours là seuls, retenez le bien.

A côté du crieur, est assis un commis de la Chambre syndicale, chargé d'enregistrer les cours que viennent faire coter les agents.

C'est à l'aide de ces cours que l'on fait la cote ofiScielle , revue et corrigée chaque jour par deux agents, comme nous l'avons déjà dit.

Au bout des deux couloirs, le public est rangé sur deux lignes. Entre ces deux haies, comme entre deux rangées de soldats , marcheQt, courent , s'agitent messieurs les com-

mis, qui portent les cours au client et vont chercher ses ordres.

A droite du parquet, ces vingt individus criant, hurlant, se poussant, se déchirant, et proférant des cris plus étranges, plus bizarres encore que ceux des agents, sont les coulissiers ou plutôt leurs commis.

Nous expliquerons plus loin à nos lecteurs ce que c'est que la Coulisse et les Coulissiers. Nous ne devons que signaler sa place sur la carte, écueil dangereux au milieu de cette mer agitée.

En continuant, après avoir passé le parquet, nous voyons groupés devant nous une dizaine déjeunes gens, qu'à leur type il est facile de reconnaître pour des juifs, et, comme dit Co rneille:

La valeur n'attend pas le nombre des années.

Il y en a de fort jeunes parmi eux.

Ils forment ce que l'on appelle Fa petite coulisse, dont nous parlerons plus tard également.

Nous arrivons enfin sous la galerie de l'Horloge. Sur le pilier du milieu sont affichés les coursi de Londres qui arrivent à deux heures d'abord, puis à trois.

C'est là, sous cette galerie, que vous trouvez

— 31 ~ les hommes qui tiennent entre leurs mahis les destinées de la Bourse, de la Bourse et de la France !

C'est laïque siègent les banquiers , les financiers, les capitalistes, et les grands faiseurs.

Voyez avec quel empressement , quelle courtoisie et quelle politesse, les commis présentent leur cote à ces messieurs. Ils attendent patiemment l'ordre d*acheter et de vendre , ne font aucune remarque, aucune réflexion, et se hâtent d'aller faire exécuter les ordres qu'ils ont reçus des gros bonnets > des gros épauletiers, comme aurait dit Robespierre — un homme qui n'aimait pas l'argent.

Nous trouvons au milieu des banquiers, des capitalistes, etc., les courtiers-marrons, les courtiers de change, et les courtiers de valeurs industrielles.

C'est là que se négocient te Darmstad , les Glaces, le Creuzot, etc.

Mais ces courtiers ne se groupent pas pour faire leurs affaires; celles-ci, parleur nature, exigent qu'ils soient partout à la piste, allant de côté et d'autre, pour cherchera vendre ou pour découvrir , afin de les acheter , les valeurs qu'ils sont chargés de négocier.

Nous n'avons encore vu que les clients fai-

~ 32 ~ sant Ja haie , au milieu de la Bourse. Nous avons passé de gens bien modestes et bien singles à des hommes bien riches et bien puissants.

H y a cependant un client intermédiaire , que nous n'avons pas rencontré sur notre route, parce qu'il ne se tient pas dans Tintérieur de la Bourse , mais le plus souvent sous le pérystile.

L'été, il s'asseoit ; l'hiver, il se promène. Ce client jouit ordinairement de quelque fortune. Tantôt, c'est un commerçant, un marchand ; tantôt c'est un fonctionnaire public , un médecin, un avocat.

L'aristocratie même se donne rendez-vous sur les marches de la Bourse, et ne rougit pas de se trouver parfois en mauvaise compagnie.

L'argent rapproche les distances !

Ici l'on ne fait que des affaires à terme, encore en assez grand nombre , mais ce n'est plus la grande Spéculation, debout sous l'hor' loge, dominant le champ de bataille.

Chacun de ces messieurs a sa place habituelle. Il faut qu'il en soit amsi : sinon , les commis courraient après eux, sans pouvoir les atteindre, et l'Occasion n'a qu'une touffe

— 33 ~ de cheveux au sommet du crâne ; saisisse2*)a vite ! Celles de ces personnes qui font des affaires, non-seulemenl avec le parquet , mais encore avec la coulisse » se tiennent du côté de la rue Notre-Dame-des- Victoires. C'est, de ce côté en effet, vous les avez entendus, que se trouvent les coulissiers.

La Bourse, comme vous le savez, commence à une heure précise.

Déjà, depuis longtemps, une foule de petits faiseurs est venue se ranger sur deux rangs, comme de vrais collégiens, sous la ga«lerie, du côté de la rue Vivienne, depuis le bureau de poste jusqu'à la porte d'entrée.

Un ou deux gardiens maintiennent Tordre et la discipline dans les rangs.

Savez-vous pourquoi ces braves gens sont là, depuis onze heures du matin ? Afin d'avoir de bonnes places.

A une heure moins cinq minutes, quand on ouvre les portes , il est curieux de les voir, entrant les premiers, toujours en rang, allongeant le pas , pour aller se mettre autour du parquet, et principalement auprès du couloir où se tiennent les commis qui font les affaires au comptant. Ces gens là sont de petits spéculateurs ayant presque tous une profession,

qui se trouveainsi, comme bien vous pensez, tant soit peu négligée.

Us achètent et vendent dans la même Bourse, lèvent et livrent cependant quelquefois leurs valeurs , et opèrent sur un nombre de chemins variant de cinq à dix.

Us font presque leurs affaires eux-mêmes, et ne donnent guère au commis que la peine de les écrire.

Vous comprenez combien il est important pour eux d'être près des commis au comptant, toujours afin de saisir et de ne point laisser passer cette malheureuse Occasion.

Les premiers arrivés peuvent s'appuyer les bras sur la balustrade, ce qui n'est pas un petit avantage; car il est bien fatiguant de passer deux heures debout à la même place, sans bouger. Mais ces places sont peu nombreuses, et ce sont toujours les mêmes individus qui les occupent. Ils ont, pour ainsi dire, pris possession du sol.

Ces messieurs, avons nous dit, viennent pour faire des affaires au comptant. En effet, ils en font fort rarement à terme, d'abord parce qu'ils ne sont pas millionnaires, surtout parce qu'ils représentent la Prudence.

Les plus considérables d'entre eux vont

~ 35 — quelquefois jusqu'à acheter yiDgt-ciuq chemins au comptant, pour les revendre en liquidation ; mais c'est une exception.

Ils sont à la Bourse pour faire valoir leurs petits capitaux. Quelques-uns d'entre eux sont assez habiles, et l'on en pourrait citer qui ont élevé au biberon de la patience une assee jolie fortune. •

Tous ceux qui font du comptant une spéculation sont donc massés derrière les commis chargés de ces sortes de négociations.

Ceux qui s'occupent d'affaires à terme et qui s'en occupent eux-mêmes, trouvent quelques places autour du parquet, afin de savoir plus exactement les cours, et de pouvoir passer directement les ordres à leur agent.

Vous savez donc maintenant où se placent les différents clients, suivant leur importance, où se trouvent ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent. Nous ferons plus tard avec ces derniers plus ample connaissance.

Une galerie supérieure fait le tour de la Bourse. C'est là que se placent les curieux^ les étrangers, qui ne veulent pas être venus à Paris sans avoir visité la Bourse, les provinciaux et les pauvres.

C'est, en effet , un spectacle assez curieux que la Bourse vue de cette galerie , avec tous ces petits bons hommes que Tintérêt agite, mannequins qui font en remuant sonner des grelots d'or.

Les philosophes , s'il y a encore des philosophes, les observateurs sérieux, s'il en reste, doivent être singulièrement émus à ce spectacle!

Les femmes, qui faisaient des opérations à la Bourse , se tenaient autrefois dans cette galerie. On les en a chassées, et celles que l'on y rencontre aujourd'hui sont des spectatrices indifférentes.

Ces dames se tiennent maintenant , quand il fait beau, dans les jardins qui entourent la Bourse , et, quand il fait mauvais, nous ne savons pas trop où.

On a tout fait pour empêcher les femmes déjouer h la Bourse, et Ton a eu raison.

Nous ne parlons point pour elles, mais pour les malheureux agents qu'elles ont tant de fois fatigués, tourmentés, assomés.

Toutes celles que nous avons connues, nonseulement ont perdu de l'argent, mais encore en ont fait perdre aux agents qui voulaient bien s^occuper de leurs affaires. Aussi les

Soixante ont- ils mis poliment ces dames dehors. Les courtiers étaient là pour les mettre dedans, et Dieu sait s'ils savent s'y prendre!

La plupart des femmes postées en sentinelles perdues le long de la Bourse , rangées en compagnie contre la grille, sont laides comme les sept péchés capitaux et vieilles comme le diable. C'est vraiment pitié que de les voir , pendant la Canicule , fondre petit à petit sous la chaleur brûlante du soleil, pendant les mauvais jours, serrer sous leurs châles leurs mains violettes, que réchauffent seuls le billet de banque et les pièces de cent sous, trop rares à venir hélas!

Elles y sont toutes, ces dames, Mâme Pipelet, la mère Michel, madame Grégoire devenue maigre. Elles usent leurs dernières années à poursuivre des bénéfices chimériques. C'est 4încore la loterie, mais les billets coûtent cinq cents fois plus cher, et on les vole !

On «ait que quelques-unes faussent le règlement, prennent une culotte, des bottes etun tuyau de poêle, et, ainsi déguisées, se mêlent à la foule des spéculateurs, et suivent d'un œil jaloux les mouvements du 3 0(0.

D'autres, dit-on, celles de vingt-cinq ans»

se déshabillent aussi, laissent glisser leur robe, et soulèvent la couverture à la pointe de leurs dents blanches. Hais ce n'est plus le jeu de Bourse. Marivaux a fait cette comédie ; on rappelle: Les jeux de l'amour et du hasard.

C'est Adam qui paie le courtage.

Quant à nos femmes , celles qui attendent là-bas, elles ont pour entremetteurs des courtiers, tous laids comme elles , peu délicats pour la plupart, des croupiers plutôt, qui se chargent spécialement des affaires du sexe.

L'un d'eux, à l'esprit épais, aux allures communes, à la tête grotesque, est appelé le Rotschild de ces dames.

Avec ces gens là, les cuisinières finissent toujours par manger les petites économies qu'elles ont amassées en faisant danser l'anse du panier.

Laissons-là ces Vésuviennes de la cupidité ; regardez de ce côté.

Voyez-vous cet homme petit, rondelet, qui a les jambes si courtes et le nez si long ! Il rentre chez lui, à deux pas, rue Richelieu.

C'est La Caisse et le Jotirnal des chemins de fer, c'est La Jolieite, c'est l'habileté faite banquier. Saluez monsieur Mirés!

A quelques pas de là, un de ceux, que nous

avons vus sous l'horloge, cause familièrement avec un homme de lettres. C'est MiUaud, de la famille des Millaudnaires.

Derrière eux, modeste et grave, vient monsieur Pereire. Pereire, du chemin de fer de Saint-Germain, du Midi, de l'Ouest , du Crédit Mobilier. C'est là que nous le verrons tout-àrheure, avec son frère Isaac, au sommet de l'échelle, l'échelle juive, qui ne menait qu'au ciel , et qui mène aujourd'hui à la fortune et à la gloire.

La Bourse ferme, il est trois heures : vous connaissez le terrain. Choisissez sur la carte. Là, comme partout ailleurs, il y a de bons endroits. Frappez du pied la terre, il en sortira de l'or ou des larmes.

Nous oublions de dire que le tribunal de commerce est dans la maison, au premier étage, au-dessus de l'entre-sol; le bureau des faillites sous les toits.

Plus Ton tombe ùe 4iaut, et plus l'on se fail ma).

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