‹ L'argent: rentiers, agioteurs, millionnairesChapitre 5 sur 27 · REPORT, DÉPORT · texte numérisé non relu

REPORT, DÉPORT

On nefait, à la Bourse, que deux sortes d'opérations : les opérations au comptant ei les opérations d terme.

Parmi celles-ci, nous distinguerons les opérations ferme j les opérations à prime et les reports.

Occupons-nous d'abord des opérations h terme, c'est-à-dire de celles qui se font en liquidation, au 15 ou à la fm du mois.

Les liquidations seraient , non-seulement embrouillées , mais encore impossibles, si la r.bambre syndicale n'avait décrété que le«

opérations à terme ne se feraient pour le 3 0|0 et le 4 1/2 que sur 1,500 et 2,250, et leurs multiples ; pour les chemins , sur les multiples de 25.

Les variations sur la rente et sur les chemins sont fixes^ en liquidation , comme au comptant : 5 centimes , et les multiples pour la rente; 1 fr. 25 et les multiples pour les chemins.

On ne fait jamais de 4 OiO en liquidation, ety en fait de rentes étrangères, il n'y a que le Piémont, sur lequel on fasse quelques opérations à terme.

On sait que, pour fa^re ces opérations qui constituent le jeu de Bourse , il n'est pas besoin d'avoir l'argent nécessaire pour entrer en possession des valeurs que Ton achète , ni posséder les titres des valeurs que Ton vend.

Vous déposez seulement chez votre agent de change une somme plus ou moins importante (cela dépend du nombre d'affaires que vous voulez entreprendre), laquelle somme, appelée cowverfwre est une garantie des différences que vous pouvez avoir à payer, en cas de perte.

Avec cela vous achetez, vous vendez ; mais les ventes et les achats ne sont que fictifs.

— ^, 46 — Toutes les opérations de Bourse peuvent se résumer en deux mots : acheter^ et vendre , ou vendre et acheter ; de là deux sortes d'opérations^ Tune en hausse et l'autre en baisse. ^cAefer d'abord pour vendre ensuite, si l'on espère que la valeur sur laquelle on opère doit monter : vendre d'abord pour racheter à un cours plus bas, si l'on voit la baisse sur telle valeur ou sur toutes en général.

Certes, si ces opérations ne sont pas compliquées , elles offrent du moins un grand danger. Il Sf'agit de ne point acheter quand il faudrait vendre^ de ne point vendre quand il serait bon d'acheter. C'est au spéculateur à apprécier les événements qui doivent produire, selon lui, ou la hausse ou la baisse.

Mais il ne suffît pas d'acheter , ou de ven* dre, ni d'attendre patiemment que l'oa monte ou que l'on baisse. Il faut savoir , en cas de perte, parer aux événements. Il faut être assez habile pour se retourner, pour prendre, si l'on a fait fausse route, une position inverse et double de celle que l'on occupait, pour se faire une moyenne^ échelonner ses prix de vente ou d'achat, et chercher à rattraper ainsi ce que l'on a pu perdre.

C'est là le secret du jeu, secret auquel nous

— 47 ~ ne pouvons , malheureusement » initier nos lecteurs. Il ne s'apprend qu'à la Bourse, par ]a grande habitude des affaires , et il dépend souvent, des circonstances d'abord, de l'inspiration ensuite, et surtout de la chance.

On peut rester plus ou moins de temps sur une affaire, quelquefois la liquider dans une même Bourse , si l'on y trouve un bénéfice convenable; on a l'avantage alors de ne payer qu'un courtage au lieu de deux.

Dans tous les cas, la durée d'une opération ne peut excéder quinze jours pour les chemins, et un mois pour la rente, à moins qu'on ne veuille se faire reporter ou reporter.

La liquidation des chemins a donc lieu le quinze et à la fin du mois, et celle de la rente à la fin du mois seulement.

 ces deux époques, toutes les positions doivent être liquidées: c'est-à-dire, tout ce qui a été acheté doit être revendu ou levé, et tout ce qui2Léiévenduàoiièiverùchetéou livré.

Mais qu'arrivera-t-il pour celui qui ayant acheté, et ne voulant pas vendre le jour delà liquidation, désireux de garder sa position pour la quinzaine suivante ou pour le mois suivant, n'a cependant pas l'argent nécessaire pour lever ses titres ?

Celui-là se fera ^reporter : c'est-à-dire que

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sa position se balancera par celle d'un autre client ayant fait la même affaire, en sens contraire, et qui, lui aussi, ne veut pas se liquider; ou bien, il trouvera chez son agent ou chez un autre (c'est ici l'affaire de l'agent de change) quelqu'un qui. avancera pour lui les fonds nécessaires pour lever les valeurs dont il est acheteur, moyennant un certain intérêt de l'argent avancé. Cet intérêt est ce qu'on appelle le /îepor^

Ainsi, vous avez acheté 3,000 à 69 50, et, ne voulant pas vous liquider à perte , vous n'avez pas cependant 69,500 francs pour lever votre rente. Gomme il faut absolument, ou que votre rente soit vendue, ou que votre position se balance par celle d'un autre client qui sera votre reporteur y ou que vos titres soient levés , l'agent n'ayant pas de clients vendeurs ou n'en ayant pas assez vous fera reporter, soit par un client qui lui aura donné des fonds à cet effet, soit par un de ses confrères ayant des reports à faire.

Supposons que, le jour de la liquidation , l'on prenne pour, cours de compensation (i),

H) On appelle cours de compensation le coors sur le- , quel, on liquide une opération dont Tachât et la vente ont . été faits chez deux agents différents.

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•cours sur lequel on fait les reports, 68

Vous devenez donc vendeur fin courant de vos 3,000 à 68 75, et votre reporteur devient acheteur de ces 3,000 qu'il lève avec son argent. Puis, vous redevenez acheteur pour fin prochain de 3,000 à 69 fr. avec 25 centimes de report, et votre reporteur , vendeur de ces 3,000 qu'il livrera contre la somme qu'il a versée, plus les 25 centimes de différence, intérêt de son argent pendant un mois.

Si, au contraire, vous avez fait une opération à la baisse, c'est-à-dire que vous soyez vendeur, et que vous ne vouliez pas racheter, vous reportez alors un acheteur. Vous devenez acheteur lin courant, et vous reprenez votre position pour fin prochain, en bénéficiant du report.

Mais, dira-t-on, pourquoi ne pas vendre et racheter de suite? L'on n'aurait également qu'un courtage à payer, et l'on ne supporterait pas de report. C'est une erreur: car le cours du mois suivant est toujours 20 cent, ou 25 cent, plus élevé que celui du mois courant ; ce serait exactement la même chose : on aurait toujours à subir le report.

Quelquefois, mais bien rarement, il y a

déport. Nous allons donner l'explication de ce mot.

Supposez une liquidation fort chargée à la baisse ; si, avec cela, l'argent ordinairement consacré aux reports devient plus abondant, le jour de la liquidation arrivé, tous les agents offriront de reporter, et pas un de se faire reporter. Le cours du report varie comme celui d'une valeur, et plus il est offert, plus il tombe.

Comme il faut nécessairement reporter pour les vendeurs à découvert, on reportera à quel que prix que ce soit. Ainsi, dans ce cas,, le cours de la rente serait, par exemple, 68 95 fin courant, et 68 75 fin prochain avec 20 c. de déport.

Il est bien évident que, dans ce cas là, on n'emploierait pas l'argent des capitalistes, puisqu'ils perdraient à le prêter. Mais le déport arrive fort rarement, car il y a plus de haussiers que de baissiers, ce qui du reste est bien plus naturel.

Vour le reporteur rf'argfent, c'est-à-dire pour celui qui emploie son argent à faire des reports, il ne court aucun risque , puisqu'on lui livre des titres contre son argent. C'est ordi- ' nairement un assez bon placement, d'autant

— 51 ~ pins commode qu'on a ses fonds à sa disposition, auboutdequinzejoursou un moisau plus, II y eut un temps ^ en 1 852 , lorsque la spécnlation commença à prendre son vol , où les reports offraient un intérêt de 30 ou 40 pour cent. Il y avait 20 francs de report sur certains chemins, et 1 fr. 50 et rpême Sfr. sur la rente; si bien qu'un capital de 70,000 fr, vous rapprrtait en un mois 1,950 fr. environ, soit 25,400 fr. par an- Tout le monde était à la hausse , on voulait garder sa position ; il fallait par conséquent se faire reporter. Lorsqu'on vendait, ce n'était que pour réaliser d'immenses bénéfices.

Il n'en est plus ainsi : mais, en temps ordinaire, les reports peuvent aisément offrir un intérêt de 7, 8, et même 10 pour cent; avec cet avantage d^avoir toujours son argent à sa disposition.

En général , les reports sur les chemins sont plus avantageux que les reports sur la rente.

Le reporteur d'argent ne court qu'un risque, c'est de se trouver forcément, en cas d'une grande catastrophe , possesseur de valeurs qui ne représentent plus, vu la baisse, la somme qu'il a versée. Cependant il peut

toujours attendre et retrouver ses cours à un moment donné. Il n'y a donc pas de danger sérieux à placer ainsi son argent.

Il y a encore une autre espèce de report, le report du comptant à la liquidation. Celui qui a de l'argent, peut faire acheter au comptant 25 ou 50 actions, suivant la somme dont il peut disposer, et, comme les cours de la liquidation sont ordinairement un peu plus élevés que ceux du comptant, faire revendre ses actions, dans la même Bourse, au 15 ou à la fin du mois, avec un bénéfice de 5 francs. Il prend possession de ses actions achetées au comptant, et les livre le jour de la liquidation. Il rentre alors en possession de son argent.

En supposant ces actions de 1,000 fr., 50 actions- font 50,000 fr. 5 francs de différence sur 50 chemins font 250 fr.,— moins 62 fr. 50 de courtage,— reste un bénéfice net de 187fr. 50 pour quinze jours au plus (ce qui n'arrive même jamais). C'est donc 4,500 fr. par an, ou 9 pour cent.

Voilà la véritable spéculation ; ce n'est pas du jeu, mais un moyen sûr de faire rapporter à son argent le plus d'intérêt possible. •

Quelquefois aussi il y a déport du comp^

tant à la liquidation^ c'est-à-dire que les cours du comptant sont plus élevés que ceux de la liquidation. Dans ce cas, ceux qui possèdent des titres peuvent faire l'opération inverse de celle que nous venons d'indiquer.

Us vendent leurs titres au comptant et les rachètent au quinze ou fin du mois, avec la difTércnce qui existe entre les deux cours. On leur donne l'argent, produit de la vente, et avec cet argent, ils rentrent à la fin du mois en possession de leurs titres» après avoir fait un certain bénéfice.

Ici il y a double avantage, puisque ces actions, au moyen desquelles vous bénéficiez, rapportent déjà un intérêt. Nous verrons le même cas se représenter lorsque nous parlerons de la vente des primes. Mais aussi ce déport ne se présente-t-il que fort rarement.

Ces deux sortes d'opérations ne peuvent être faites que par des gens , qui ont, ou de l'argent ou des titres : car un agent de change, pour avoir un courtage, ne se soucierait pas de vous fournir l'un ou l'autre.

Acliats et Vente» à prime-

Ces opérations pures et simples, à la hausse et à la baisse, dont nous venons de parler et que l'on appelle opérations ferme par oppo* sition aux opérations à prime y offrent de grands dangers qui ne sont ignorés de personne, pas même de ceux qui ne fréquentent pas ordinairement la Bourse. Si voire bénéfice est illimité, votre perte Test également.

En faisant au contraire des affaires à prime ^ vous limitez votre perte, et votre bénéfice seul peut être indéfini. Aussi sont-ce là les seules opérations vraiment raisonnables dans le jeu de la Bourse.

Ainsi vous achetez 35 actions à 1 ,000 fr, <lont 10 francs, c'est-à-dire avec une prime, de 10 francs par action.

Si, à la liquidation, les actions que vous avez achetées ne font pas au moins 990 fr., vous abandonnez votre prime, et vous perdez par conséquent 10 fr. par action, soit 250 francs, qui constituent le bénéfice de celui qui vous a vendu votre prime. Vous ne pouvez jamais perdre davantage, que les actions dont vous êtes acheteur à prime baissent de 100 francs, de 200 ou de 50Ï): vous n'aurez jamais à payer que votre prime de 10 fr. Si, au contraire, vos actions achetées à 1,000 fr. dont 10 (ce qui s'écrit 1,000/10) sont, au moment de la liquidation, au-dessus de ce cours, vous levez votre prime qui devient alors du ferme, et vous pouvez vendre, si vous vous contentez de votre bénéfice,* ou vous faire reporter, si vous voulez attendre une hausse plus forte.

On ne saurait croire tous les avantages d'un achat à prime : nous allons essayer de les faire ressortir.

Vous n'avez pas besoin d'attendre le jour de la réponse des primes, qui se fait la veille de la liquidation à deux heures, pour reven-

~ 56 — dre vos actions, si l'on est à un cours pFu»

élevé que celui auquel vous avez acheté à prime. Car, depuis le moment où vous avez acheté jusqu'à celui de la liquidation, les cours ont pu s'élever, et cependant être plus bas, le jour de la réponse des primes. Vous auriez alors laissé échapper l'occasion de réaliser un bénéfice. En vendant au-dessus de votre cours d'achat, lorsque vous croyez la hausse terminée, vous pouvez profiter quelquefois de la baisse, sprès avoir profité de la hausse. Car si les cours viennent à baisser après que vous avez vendu sur votre prime, et que vous soyez obligé d'abandonner, vous perdez 250 francs, il est vrai, mais pour gagner bien davantage d'un autre côté ; car vous vous trouvez alors vendeur à découvert, à un cours beaucoup plus élevé que celui que l'on fait en ce moment.

Supposez un instant que vous ayez acheté 50 Lyon à 950 dont 10. Quelques jours après, leLyonfaitd65:vousnecroyezplusàlahausse; vous pensez qu'il est prudent de vendre ; et vous vendez à ce prix. Quoi qu'il arrive, vous êtes sûr de gagner quinze francs par action, si votre prime devient du ferme, si l'on reste au-dessus de 950. Mais tout d'un

coup. Ton vient à baisser, et le Lyon, le jour de la réponse des primes fait 930 fr. Vous abandonnez alors forcément votre prime ; vous perdez ainsi 10 francs par action, mais vous êtes vendeur à découvert de 50 Lyon à 965.

Vous rachetez alors à 950, ce qui vous fait 35 francs de bénéfice, moins 10 fr. déprime abandonnée ; restent 25 francs au lieu de 15 que vous aviez d'abord. La baisse vous a donc procuré un bénéfice de 10 francs.

Ainsi avec une prime achetée, c'est-à-dire avec une position à la hausse, vous avez profité de la hausse et de la bais^^p.

Celui qui sait bien tirer pari.i d'une prime achetée, peut, au moyen de cette prime, faire un grand nombre d'opérations ; toujours en risquant seulement ce qu'il veut bien perdre, et en le sachant d'avance.

Voilà donc, non pas un moyen sûr de gagner de l'argent (il n'en existe pas à la Bourse), mais un moyen de n'en pas perdre plus qu'on ne veut.

Si l'on peut opérer ainsi à la hausse, il faut bien que la baisse jouisse du même avantage.

Il existe en effet un moyen de jouer également a la baisse, en ne risquant qu'une

somme déterminée. Seulement, ici, il fant faire deux opérations au lieu d'une, il fant vendre ferme contre prime : vous achetez 25 ou 50 actions à prime de 10 fr. et les revendez en même temps au cours ferme.

Si vos prévisions sont trompées, si Ton monte au lieu de baisser, et si, le jour de la réponse des primes, le cours de votre prime achetée est dépassé, cette prime devient du ferme, et vous perdez l'écart entre le cours de votre ferme et celui de votre prime» quelle que soit du reste la hausse de la Bourse.

Ainsi, vous ne voulez pas risquer les chances d'une opération purement à la baisse.

Dans ce cas, vous vendez par exemple 25 Lyon à &35, et les rachetez à 945/10.

Si vous vous êtes trompé dans votre opération, et que, le jour de la réponse des primes, le Lyon fasse 955 ou 960, vous levez votre prime qui devient du ferme, en sorte que vous perdez dix francs par action, puisque vous êtes vendeur à 955 et acheteur à 945 ; tandis que, sans l'achat de votre prime, si vous aviez seulement vendu dans l'espoir que l'on baisserait, vous eussiez peut*être perdu 25 ou 50 fr. par action.

Vous connaissez donc d'avance votre perte:

mais, comme dans rôpération contraire à la hausse, votre bénéfice est illimité.

Si, selon voire attente, Ton vient à baisser» vous perdez probablement votre prime, mais vous avez toute la baisse pour vous, et vous rachetez lorsque vous croyez la baisse terminée, ou que vous vous contentez du bénéfice que vous pouvez réaliser.

Ici, encore, le spéculateur peut profiter, lorsqu'il a l'adieté ce qu'il avait vendu, d'une réaction à la hausse, au moyen de sa prime, si saprimedevienldu ferme, le jour delà réponse.

Si , croyant à la ha usse, vous achetez une prime,etque vous voyez clairement que vous avez fait fausse route, que vous serez dans l'obligation d'abandonner votre prime, changez votre position : rien ne vous empêche de vendre immédiatement du ferme contre votre prime. Au lieu d'avoir une position àla hausse, vous en avez une à la baisse, et vous savez également que vous ne pouvez pas perdre plus que l'écart existant entre votre ferme et votre prime.

Il est tout naturel , puisque ces primes offrent aux acheteurs de véritables avantages, que le cours en soit plus élevé que cdui du ferme.

Plus l'esprit général est à la hausse, et plus lecart entre le ferme et les primes grandit : c'est assez facile à concevoir; de même que plus l'on approche de la liquidation , plus cet écart diminue ; on ne fait même plus de primes deux ou trois jours avant la liquidation.

La réponse des primes, nous l'avons dit, se fait la veille de la liquidation, à deux heures, selon les cours qui existent alors.

L'acheteur à prime, parce qu'il ne réalise pas un bénéfice , ne perd pas toujours complètement sa prime; quelquefois même le cours ferme est celui de sa prime, et, dans ce cas, il ne perd que son courtage. Il ne perd pas forcément 250 fr. sur 25 actions, qu'on ne s'y trompe pas! mais c'est le maximum de ce qu'il peut perdre.

Ce que nous venons de dire pour les chemins s'applique également à la rente , et à toute valeur se négociant en liquidation.

Pour la rente, la prime est de 50 cent., ce qui fait également pour 1,500 — correspondant à 25 chemins — 250 francs.

Il existe aussi d'autres primes que celles de 10 fr. et de 50 cent. Il y a pour les chemins la prime de 20 fr., et pour la rente les primes de 1 fr. et même de 2 fr.

La prime de 1 fr. pour la renie est encore assez fréquente; mais celles de 20 fr. et de 2 fr. ne se négocient presque jamais.

On ne fait que fort peu de primes sur le 4 1|2, maison en fait considérablement sur le3 0[0, la véritable valeur de la Spéculation, dont nous aurons à parler, quand nous arriverons à la coulisse.

Mais, nous dira-t-on, pour qu'on puisse acheter des primes, il faut qu'il y ait néces? sairement des vendeurs , et s'il y a un si grand avantage à les acheter , il est difficile qu'il y ait aussi le même avantage à les vendre?

Nous allons répondre à celle objection bien nalurelle.

S'il est bon d'acheler des primes, il n'y a rien de plus dangereux que d'en vendre, a moins que l'on ne soit propriétaire d'actions.

L'acheteur qui vend une prime sur du ferme se lie les bras, et ne peut plus parer aux événements. En cas de hausse, il limite son bénéfice, puisqu'il ne gagnera que l'écart entre son ferme achelé et la prime vendue.

Si l'on baisse, il peut vendre son ferme le moins mal possible, et espérer que les 10 fr. delà prime abandonnée diminuerontsa perte.

Mais il peut se faire aussi qu'après qu'il a ra-

chelé, l'on vienne à monter , qn'il se trouve débordé, et que sa prime vendue devienne du ferme. Le voilà donc forcé de racheter sur sa prime, et de réaliser une seconde perte, (car, à la Bourse, on réalise une perte comme . on réalise un bénéfice), et il perd ainsi de deux côtés à la fois.

Il est donc aisé de voir qu'il n'y a rien de bon à gagner à vendre des primes^ dans ces conditions , et que c'est un jeu fort dangereux.

Il y a aussi des gens qui, dans des moments de stagnation, ne voyant ni hausse ni baisse, et partant aucune opération à faire , vendent simplement des primes, sans être acheteurs de quoi que ce soit. Cela peut réussir en effet dans des moments de grand calme ; en ce cas, leurs primes leur sont abandonnées , et ils trouvent un bénéfice de 10 francs : différence qui n'aurait peut-être pas existé entre les cours durant toute la quinzaine.

Mais, que l'on monte au-dessus de leur prime, les voilà dans l'obligation de racheter, en essuyant une perte. Puis, au moment où ils se croient liquidés, l'on redescend bien au-dessous du cours de leur prime qui se trouve abandonnée, et ils sont- forcés de re-

vendre leur ferme, en perdant celle fois encore bien davantage.

Quelquefois aussi Ton achète à prime, et Ton revend de même, avec un certain écart, bien entendu. Cet écart qui ne peut jamais être bien considérable, est le seul bénéfice que Ton puisse espérer.

On ne peut pas, dans cette opération , gagner grand chose, mais il est impossible aussi de perdre beaucoup ; car, si vos deux primes sont abandonnées , vous avez seulement vos courtages à payer.

Il n'y a , avons-nous, dit , que les propriétaires de titres qui puissent vendre des primes.

Pour ceux-là, en effet, ils savent au moins ce qu'ils font, et ne courent aucun risque.

Vous avez acheté 25 actions à 950 fr. que vous avez levées et que vous gardez en portefeuille. Ces actions, bien entendu, vous rapportent un intérêt de... ou un dividende. Le cours actuel de ces actions est 980. Mais vous ne voulez pas vous en défaire à ce prix.

A 1 ,000 francs, vous consentiriez à les vendre, et vous vous contenteriez d'un bénélice de 50 fr. par action. Justement, on vient à les coter 1,000 fr. dont 10. Vous les vendez

— 64 -' donc à prime, à ce prix ; car, si votre prime devient du ferme , vous avez atteint le cours que vous vous étiez fixé, et vous livrez vos titres. Si votre prime , au contraire , est abandonnée, vous gardez vos actions, et vous touchez 10 francs par action. C'est simplement S50 francs tout trouvés.

On voit donc clairement par là l'avantage qu'il peut y avoir pour les porteurs de titres, de vendre des primes, avantage qui n'existe que pour eux.

Il est bien évident que l'on peut appliquer à la rente ce que nous venons de dire pour les chemins.

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