‹ L'argent: rentiers, agioteurs, millionnairesChapitre 9 sur 27 · VII · texte numérisé non relu

VII

flpératlons aa Comptant.

VALEURS NOMINATIVES ET AU PORTEUa.

Trcmsfert.

Il ne s*agit plus ici du jeu , mais bien du placement de capitaux.

Si vous avez des fonds à placer, et que vous choisissiez la rente, un chemin de fer, ou une valeur industrielle, vous faites acheter au comptant une certaine quantité de rente, de ce chemin , ou de cette valeur, de telle sorte que la somme totale de vos capitaux soit employée.

Si, au contraire^ vous possédez de la rente

ou des actions de chemin de fer. et que vous ayez besoin de vos capitaux , vous faites vendre voire rente ou vos actions au comptant.

Les valeurs sont de deux sortes : les valeurs au porteur, et les v2L\eurs nominatives.

Les valeurs au porteur sont celles sur lesquelles tous les versements sont effectués, et qui ne portent point le nom de leur propriétaire. Ces valeurs/au besoin, pourraient se négocier de client à client. Car rien n'empêche que je ne vous remette deux actions du Nord, contre la somme de 1 ,900 fr. , le cours du Nord étant 950.

Il n'en peut être ainsi pour les valeurs nominatives qui se font par voie de transfert, et pour lesquelles, par conséquent, Tintennédiaire d'un agent de change devient nécessaire.

La rente est nominative ou au porteur.

Mais il ne se négocie que fort peu de rente au porteur, le transfert (1) étant une garantie contre la perte des titres.

La seule rente que l'on achète au porteur est le 3 0/0, et encore n'est-ce que pour des

{\) Le bureau des transferts de rente est à la Bourse, au premier étage. Chef des transferts: M. Jahineau.

mineurs, afin d'éviter les frais de notariat qui sont toujours fort élevés. Qu'en dites- vous , messieurs les notaires ?

Les actions des Compagnies de chemins de fer commencent presque toutes par être nominatives, attendu que Ton n'exige d'abord que le paiement d'une partie de l'action, et que les versements s'effectuent ensuite au fur et à mesure.

La Compagnie a donc intérêt à connaître les noms des porteurs d'actions , dans le cas où ceux-ci ne viendraient pas faire leurs versements.

Quand l'action est complètement libérée, elle devient au porteur.

Toutes les obligations sont au porteur.

Certaines valeurs industrielles sont aussi transférables.

Si la voie du transfert est parfois longue , ennuyeuse et difficile, elle offre en revanche une grande sécurité.

On a vu, surtout depuis peu, combien il est facile, au contraire, de soustraire des actions au porteur, de les vendre, d'en toucher l'argent, et tout cela sans qu'on s'en aperçoive.

Comme les opérations au comptant ne sont pas pour le client une affaire de spéculation.

~ 8t — le mieux est de limiter comme cours cPachat, ou de vente, le cours moyen ^ c*est-à-dire le cours intermédiaire entre le plus haut et le plus bas.

Le cours moyen se fait toujours avant la Bourse , ou tout au moins dans la première demi-heure. Si les ordres ont quelque importance, il n'est donc pas toujours facile de les exécuter. Mais s'agit-il de valeurs courantes, telles que la Rente, le Nord, le Lyon, ou quelque autre grande ligne, on trouve toujours à vendre ou à acheter au cours moyen.

Quand vous donnez un ordre non limité, soit à terme, soit au comptant, vous devez vous fier complètement à la bonne foi , nonseulement de l'agent de change , mats encore de ceux qui le remplacent.

Vous avez donné l'ordre d'acheter 20 Nord à 950, et l'on vous écrit le soir, selon l'usage, que votre ordre a été exécuté, c'est-à-dire que l'on a acheté par votre ordre au comptant 20 Nord à 950. Vous prenez la cote et vous y lisez : Nord, au comptant, 950, 947 50, 945.

Rien ne prouve qu'on ait acheté vos Nord à 950, mais aussi rien ne prouve le contraire. Vous avez limité 950; le cours a été coté:

Ou'avez-vous à dire ?

Si vous n'aviez pas limité de cours, et qu'on vous eût donné réponse de vos 20 Nord achetés à 950, vous auriez simplement le droit de vous plaindre , mais pourriez-vous prouver que vos actions ont été achetées à 945 et non à 950?

Il est donc plus sage, si vous voulez faire un placement de fonds , d'acheter au cours moyen, pour vendre la même chose.

Vous pouvez encore parfois, même dans ce cas, vous trouver lésé, non par votre agent, mais par quelque autre, qui, dans son intérêt, fera coter un cours imaginaire, et qui élèvera ou abaissera nécessairement le cours ^ moyen.

tJn agent, par exemple , se trouve avoir acheté une assez forte somme de rente 5 0;0, au cours moyen. Il voit à la fin de la Bourse le 3 0/0 coté 70 fr. 50, 45, 40 : il viendra alors faire coter 70 fr. 30 pour abaisser le cours moyen, qui sera par là 70 fr. 40, tandis qu'il aurait dû être réellement 70 fr. 45.

Tant mieux pour ceux qui ont acheté, tant pis pour ceux qui ont vendu ! Mais ceci n'est qu'un petit malheur; il faut bien accepter ce qu'on ne peut empêcher.

Parmi les clients, il s'en trouve qui sont

trop défiants, et d'autres qui ne le sont pas assez. Les premiers croient qu'on les trompe toujours , les autres se figurent qu'on ne les trompe jamais. Pour sa tranquillité personnelle, il vaut mieux penser avec les seconds. Hais l'excès en tout est un défaut, vous le savez, et ils sont tous deux dans l'erreur.

On n'abuse pas chaque jour de l'ignorance forcée du client — dans certains cas seulement* Si votre agent de change a bien réussi l'affaire que vous lui avez confiée ; si, d'un autre côté, il se trouve avoir mal opéré pour un autre de ses clients, il compense l'un par l'autre. Vous vous trouvez ainsi , sans vous en douter, servir les intérêts de votre prochain.

L'agent de change y met qudquefois du sien, mais rarement. Il n'agit ainsi qu^avec les banquiers, dont une affaire mal faite peut faire perdre la clientèle, en les mécontentant, et il est bon de ménager les grands personnages. On doit savoir, au besoin, perdre un peu, pour gagner beaucoup.

€'est surtout à propos des reports que le petit client est sacrifié au profit de ces mes* sieurs. Il faut en effet leur donner de bons reports rapportant un bon intérêt.

L'acheteur qui a besoin de se faire reporter

quand même en souffrira peut-être un peu, mais qu'importe? Songera-t-il à réclamer? et qu'est-ce donc que 10 ou 15 centimes de plus sur la rente, quand il rêve une hausse de 2 fr.? Pour les clients de province , le danger existe là, réel, et presque incessant. Ils ne peuvent guère en effet limiter de cours, et doivent s'en rapporter complètement à la bonne foi de leur agent.

Il y a, chez tout agent de change, un compte de Profits et Pertes, par lequel on passe les affaires faites par erreur et qui restent sur le dos de la maison , les achats ou les ventes négociées en doubles. Ces erreurs peuvent donner lieu à des pertes ou à des bénéfices, presque toujours à des pertes.— Quand ce compte est débiteur , il faut bien rattraper quelque chose sur une affaire heureusement terminée.

Malheur au client!

Néanmoins, ce compte de profits et pertes reste toujours débiteur, et chaque agent sait bien qu'il doit perdre ainsi au bout de l'année une assez forte somme , sans compter les clients qui lui claquent entre les mains.

C'est le revers de la médaille, mais bien faible, bien pale , en comparaison de la face qui brille d'un si vif éclat!

Nous nous sommes laissé un peu entraîner hors du sujet. Revenons aux affaires au comptant.

Ce comptant , vous l'avez déjà vu , ne se fait point par l'intermédiaire des agents de change : le temps leur manque. Ce sont des commis qui sont chargés de ces négociations.

Nous savons oii ils se tiennent à la Bourse.

Presque tous tripotent tant soit peu , et l'on comprend aisément que l'intérêt du client doive en souffrir.

La Chambre syndicale a rédigé mainte et mainte fois des arrêtés défendant aux agents de change de faire faire les négociations au comptant par leurs commis. L'amende, en cas de contravention, allait jusqu'à 500 francs.

Pendant deux jours» on se conformait aux ordres de la Chambre syndicale ; puis on recommençait les affaires à voix basse, sans montrer son carnet trop ouvertement ; enfin le carnet était mis au jour, on recommençait à crier, et les choses reprenaient leur cours habituel.

Vingt fois la Chambre syndicale a répété sa défense, et vingt foison ne l'a pas écoutée.

Mais, dira-t-on, si les agents de change ne peuvent pas faire en même temps les opéra-

fions à terme et les affaires au comptant^ va le nombre toujours croissant des valeurs qui encombrent le parquet, que ne crée-t-on dix charges de plus? Le gouvernement n'aurait-il pas le droit d'imposer ces charges , en en partageant le prix entre tous les agents, à titre de dédommagement ?

On comprend que le gouvernement ne veuille pas vendre ces charges, imitant ainsi ce qui s'est pratiqué sous certains gouvernements qui firent argent de tout.

Mais, que l'on fasse pour les agents de change de Paris ce qu'on fait pour les courtiers de marine dans certains ports. Quand un nouveau courtier est nécessaire, le gouvernement le nomme: il paie sa charge, et Ton en distribue le prix au courtiers de la ville , dont le nouveau titulaire est censé devoir diminuer les courtages.

Les agents de change ne voudraient pas même entendre de cette oreille-là. Ils s'érigent volontiers en Protectorat. Ils permettent aux coulissiers et aux courtiers de braconner sur leurs terres, de lever le même lièvre. Mais accepter de nouveaux collègues ? Jamais! Du reste, que feraient dix hommes de plus autour de la corbeille? Ils ont déjà bien asses^ de peine

à s'entendre > les erreurs sont assez fréquentes; elles le seraient bien plus encore. Tant pis pour l'agent de change, direz- vous! Non: tant pis pour le client, car c'est encore lui qui sera le dindon de la farce.

Cet intermédiaire des commis pour les affaires au comptant est donc loin d'être une garantie pour le client. Mais> vous le voyez « c'est presque un mal nécessaire. Résignezvous ! Les affaires au comptant se règlent le lendemain même de l'achat ou de la vente.

Cet achat ou cette vente est constatée par un bordereau sur lequel se trouvent le cours, le capital, le courtage, et le produit net de la négociation. Ce bordereau, dont le timbre est de 35 centimes, est signé ordinairement par le caissier, qui a la procuration de son patron.

Quand il s'agit d'une vente, il y a un double bordereau que signe le client et qui reste entre les mains de l'agent de change. C'est simplement un reçu du montant de la vente.

Nous allons nous occuper maintenant du courtage sur les opérations à terme et sur celles au comptant.

— sa —

§ VIIL

Page 1