INTRODUCTION XVII
depuis que l'immense empire colonial de l'Espagne s'est déclaré indépendant, dans le premier quart du siècle passé, pour se fractionner en quinze républiques distinctes. Cette anarchie et cette désorganisation, comparées avec Tordre, l'esprit de progrès qui a régné dans la grande République du Nord, ont donné naissance à cette croyance, aujourd'hui généralisée, que la destinée si différente de ces États était due à des qualités et à des aptitudes spéciales de la race anglosaxonne, qui faisaient défaut aux races latines.
Cette croyance est née d'une étude incomplète et superficielle, et elle a rencontré un facile accueil, même dans des œuvres qui ont la prétention d'être scientifiques, comme « Les lois psychologiques de l'évolution des peuples », où nous voyons affirmer, à l'égard des races latines et des peuples sud-américains, nombre de faits inexacts ou calomnieux, qui ont été recueillis dans les écrits d'un reporter dyspeptique et grincheux. Ces faits ont suffi à M. Gustave Lebon pour déduire des lois psychologiques, terriblement fatidiques pour notre race.
Si l'on veut se rendre compte des causes véritables de cette diversité de destinées entre les peuples de F Amérique du Nord et ceux de l'Amérique du Sud, il faut étudier l'origine de chacun d'eux et les formes particulières qu'a prises sur leur sol la colonisation, formes imposées par la force des faits historiques plus que par la volonté des hommes.
Les Anglais et les Anglo-Saxons arrivèrent sur les côtes de l'Amérique et fondèrent, dans la première moitié du xvii e siècle, des cités telles que New-York^
l'argentine au xx« s. O
XVIH INTRODUCTION
Boston et Philadelphie, quand il y avait déjà un siècle et demi que l'Amérique avait été découverte et explorée par les Espagnols. Ces colonies étaient formées de groupes de familles, qui avaient abandonné leur mère-patrie pour en chercher une nouvelle, où ils puissent vivre et travailler, libres de persécutions et d'intolérance politique et religieuse.
Quand ces colonies acquirent une certaine notoriété, l'excès de population qui débordait en Europe fut naturellement attiré par ces terres vierges et fertiles, relativement proches quoique de l'autre côté de l'Océan. Il se forma ainsi un courant d'immigration, qui peupla rapidement l'Amérique et utilisa les grandes richesses naturelles de son immense territoire. C'est ainsi que se forma peu à peu un peuple nouveau, qui était en quelque sorte la prolongation des divers peuples auxquels il devait son origine et qui conservait leurs mêmes coutumes et leurs mœurs sociales et politiques.
Ces colons commencèrent par acheter des terres aux tribus indigènes; mais, en augmentant en nombre et en force, ils trouvèrent plus commode de les dépouiller, obligeant les débiles Peaux-Rouges à fuir vers le Nord et l'Ouest, sans jamais, par des raisons d'amour-propre ou des principes religieux, chercher à se mêler avec cette population primitive.
Cette forme de colonisation, qui eut sa cause première dans les persécutions, pu lieu de répondre à un plan préconçu, aboutit à ce résultat, qu'à la fin du xvm e siècle, les treize colonies étaient exclusivement peuplées par les hommes de la race blanche, origi-