INTRODUCTION XXIII
faisantes, la Colonie espagnole appelée Vice-Royauté du Rio de la Plata, aujourd'hui la République Argentine, fut tout spécialement favorisée. Son territoire, composé d'immenses prairies, les célèbres « pampas argentines », s'étendant sur les rives de la mer et le littoral fluvial, offraient comme unique richesse leur fertilité et leur climat. Il n'y avait pas là des mines d'or ou d'argent pour réveiller la convoitise des aventuriers ; ils n'arrivaient dans ces parages que pour les traverser et atteindre aussitôt la région aurifère de la lointaine Cordillère.
De plus, les premiers colons qui s'établirent sur les rives de la Plata, repoussés et délogés par les indigènes, durent abandonner un petit nombre de vaches et de juments, qui trouvèrent dans ces pampas un champ admirable pour vivre et se multiplier en liberté, arrivant ainsi à former ces immenses troupeaux de taureaux et de chevaux sauvages, dont les peaux devinrent la grande richesse et le principal élément de commerce de cette région.
Quoique le Rio de la Plata n'eût pas de relations commerciales avec l'extérieur et ait pu seulement trafiquer avec Cadix, l'immensité et la solitude de ses rivages favorisaient la contrebande, de telle sorte que les contrebandiers anglais, portugais et hollandais accouraient de tous côtés pour échanger leurs articles manufacturés contre les dépouilles de ces troupeaux sauvages. C'est ce qui explique comment Buenos-Ayres a pu devenir, dès le commencement, un grand centre commercial, dans lequel l'industrie de rélevage occupa bientôt la première place.