XXVI INTRODUCTION
Les classes sociales, d'origine anglo-saxonne, craignent que l'immigration actuelle provenant des peuples d'autres races, c'est-à-dire du Sud et de l'Est de l'Europe, ne vienne à modifier ou à affaiblir les grandes qualités morales et politiques auxquelles elles attribuent la grandeur et la prospérité de leur nation. D'autre part, les fédérations ouvrières voient dans ces nouveaux arrivants, sains et vigoureux, mais ayant moins d'exigence et de besoins, des compétiteurs redoutables appelés à exercer une influence funeste sur les conditions du travail et du salaire.
Le courant d'immigration qui se dirige maintenant vers les États-Unis, et atteignit dans l'année 1904 le chiffre de 800 000 immigrants, devra donc forcément, peu à peu, dévier vers d'autres régions, et comme dans aucun autre pays il ne rencontrera de plus grands avantages que dans l'Argentine, il s'y dirigera, comme il le fait déjà maintenant, avec une intensité de plus en plus forte, déterminant ainsi un développement de richesse et de puissance supérieur à tout ce que l'on a pu constater jusqu'à ce jour.
Quelques personnes cependant formulent des réserves sur la consistance et la valeur politique et sociale des nations formées par ces alluvions humaines, composées d'hommes de races différentes, n'ayant ni la même langue, ni la même religion, ni les mêmes coutumes; ils doutent que de cette nouvelle Babel puisse surgir un esprit national, suffisamment vigoureux pour imprimer un caractère d'unité morale et politique à ces nouvelles recrues.