PLAN ET MÉTHODE DE CE LIVRE
qui possède des sommes disponibles provenant d'un bon revenu des terres, les consacre généralement à de3 augmentations de bétail, à de nouvelles cultures ou à la mise en valeur d'autres terrains, de telle sorte que ce qui vient de la terre retourne à la terre et contribue à en augmenter le rendement.
Cette situation particulière de grand pays agricole, qui fait tout à la fois la puissance et l'instabilité de la République Argentine, nous indique dans quel esprit et avec quelle méthode elle doit être étudiée. Tout dépend ici du rendement de la terre, puisque c'est elle qui est le grand dispensateur de la richesse nationale; c'est donc la question agricole qu'il convient tout d'abord d'examiner, si l'on veut avoir la solution des problèmes que soulève l'état présent de l'Argentine ou son avenir.
Pour nous maintenir dans ce plan général, nous devrons, d'abord, envisager ce pays au double point de vue de sa production et de ses débouchés, afin de bien connaître ses conditions d'existence, la valeur de son sol, ses sources de revenus.
Puis, nous passerons à l'examen de ses divers rouages, montrant comment l'Argentine vit et progresse en tant que nation et analysant son organisation financière et monétaire dans ses rapports avec la situation économique l .
Les deux parties de ce pian sont étroitement liées,
1. Nous rappelons ici que l'Argentine possède deux monnaies : la piastre or ou dollar, dont la valeur est de 5 francs, et la piastre papier, qui, d'après la loi de conversion, équivaut à 2 fr. 27.
Pour les poids et mesures, c'est le système métrique
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et leur étude doit nous mener à la même conclusion, c'est que l'Argentine est une nation en état de croissance, et, comme tout peuple jeune, encore incertaine de ses premiers pas; mais elle est animée d'un esprit d'initiative, poussée par un souffle de progrès, qui peuvent la conduire à de hautes destinées, parmi les grands pays producteurs.
décimal qui a été adopté. Quand il s'agit d'évaluer les grands domaines, on prend parfois comme unité la lieue carrée, dont la contenance est de 2 500 hectares.
Nous rappelons également que la République Argentine, dont la Capitale fédérale est Buenos Ayres, se trouve divisée en 14 Provinces autonomes et 10 Territoires nationaux.
Les Provinces sont les suivantes, par ordre d'importance comme population : Buenos Ayres, Santa Fé, Côrdoba, Entre Rios, Corrientès, Tucuman, Santiago de l'Estero, Mendoza, Salta, Catamarca, San Juan, San Luis, La Rioja et Jujuy.
Les Territoires nationaux sont : la Pampa, Misionès, Neuquen, Rio Negro, Chaco, Formosa, Chubut, Santa Cruz, les Andes et la Terre de Feu.
Y a-t-il une nationalité argentine et que vaut-elle par rapport au territoire qu'elle occupe? Formation de cette nationalité.
Régime fédéral, sa convenance, mais sa mauvaise application. L'ingérence de la politique dans le gouvernement des Provinces. — Système électoral, son fonctionnement défectueux. — Le Caudilisme. — Instabilité des principes et des méthodes.
Examen des qualités du peuple argentin. —Sens du progrès, remarquable faculté d'assimilation, caractère essentiellement pratique; c'est la fusion du génie latin avec l'énergie anglosaxonne.
Contraste entre le côté politique, caractérisé par l'instabilité et le manque d'organisation, et le côté économique où se manifestent la vie intense et les progrès du pays. — Nécessité de développer l'idée nationale et de l'élever au-dessus des questions matérielles. — Lente élaboration d'une race nouvelle issue des divers éléments d'immigration.
Pour présenter le tableau complet de l'Argentine, il ne suffit point d'indiquer sa configuration, ses grands fleuves, son climat, sa population, ses cultures, la valeur de son sol ; tout ceci est lettre morte et ne nous livre point le secret de l'avenir de ce pays, si nous ne résolvons pas avant tout cette question d'ordre sociologique : Y a-t-il une nationalité argentine, et que vaut-elle par rapport au territoire qu'elle occupe? Pourrait-on, par exemple, juger de l'importance des
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États-Unis par le seul aspect de leur richesse agricole et minière, sans faire entrer en ligne de compte l'action de cette admirable race anglo saxonne, qui s'est adaptée au sol des États-Unis et a su le mettre en pleine valeur? Et, de même, pourrait-on s'expliquer pourquoi certains pays de l'Amérique du Sud, qui avaient aussi, grâce à leurs richesses naturelles, les éléments pour un développement rapide, sont restés stationnaires et comptent à peine comme nations, si la question de race ne venait éclaircir ce mystère, en nous montrant qu'en plus des dispositions favorables du sol, il faut un ferment pour faire lever la semence.
Concernant l'Argentine, c'est donc ce problème qui se pose si Ton veut voir plus loin que la minute présente et discerner dans quelle mesure ses progrès peuvent être consolidés et même accentués. En d'autres termes, il s'agit de savoir si l'Argentine devra rester une juxtaposition d'individus, apportés par les différentes immigrations et n'ayant entre eux d'autre lien que le commun désir de s'enrichir, ou si réellement ces éléments divers sont appelés à se fondre, pour former, avec le temps, une véritable nationalité ayant ses traditions et son idéal.
C'est là naturellement le but que doit poursuivre le Gouvernement argentin, s'il veut préparer l'avenir en faisant marcher de pair les progrès moraux avec les progrès matériels. Son rôle n'est point de diriger le pays à la façon d'un Syndicat, mais de faire converger tous les efforts individuels, toutes les initiatives et tous les résultats vers un même but national et patriotique.
C'est ce que le Président de la République a cru devoir affirmer lorsque, en prenant possession du pouvoir, il a dit dans son message : « Je suis le chef
d'une nation qui a un idéal en Amérique », et il ajoutait : « Il y a chez nous un trait commun que Ton découvre dès les temps de la colonie, dans la grandeur des plans de guerre, dans le bruit des luttes intérieures, dans le gouvernement de l'époque constitutionnelle, c'est que tous nous portons au fond de notre âme le sentiment de notre future grandeur. »
En quelle mesure ces nobles aspirations peuventelles passer dans les faits? Voilà ce qu'il nous reste à examiner avec sincérité et en toute indépendance de jugement.
Ce n'est pas dans les livres que l'on peut étudier la nationalité argentine, car un pays, emporté si rapidement dans un courant de progrès matériel, n'a que peu le temps de s'observer lui-même. Il n'a pu encore former une sociologie ou une littérature où se refléterait le caractère dominant de la génération; c'est donc par voie d'enquête et en analysant des faits que l'on peut dégager cette nationalité des divers éléments étrangers qui ont contribué à sa formation.
Ce qui facilite sur ce point notre tâche, c'est la clairvoyance même des Argentins, qui sont les premiers à reconnaître, avec beaucoup de bonne grâce, leurs propres défauts. Ils sont presque exagérés dans leurs critiques quand ils se peignent eux-mêmes, et notre travail a dû surtout consister à éviter des généralisations hâtives et à adoucir certains jugements trop rigoureux, alors que cependant ils émanaient de personnalités bien en situation de connaître les tendances de leur génération.
Un principe domine toute la question, c'est celui qu'un historien contemporain a énoncé en ces termes : « Quand des peuples sont en contactais commencent par échanger leurs défauts )). Pareille observation
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peut s'appliquer à un peuple comme le peuple argentin, qui ne vit point encore sur son propre fonds et s'accroît constamment par l'immigration.
Toutes les variétés de sang latin ont contribué à former cette nationalité : l'Espagne et l'Italie lui ont fuit les apports les plus considérables, et, de même, la France a fourni en son temps un certain appoint d'immigrants. L'Argentine s'est également assimilée »me population de Basques, spécialement intéressante pour son aptitude au travail agricole et ses facultés dndaptation à ce milieu nouveau.
Enfin, les Anglo-Saxons sont aussi venus se joindre h l'élément latin et ont puissamment aidé à sa misp on valeur, en faisant prévaloir dans ce pays leurs qualités d'initiative, leur sens du progrès et leur énergie. Cette pénétration de la race latine, un peu indolente et inactive, par la race anglo-saxonne, énergique et progressiste, nous permettra de mieux comprendre le bon et le mauvais de la nationalité argentine.
Nous plaçant au point de vue politique, le seul qui nous importe ici, nous devons constater que le premier aspect sous lequel se présente à nous l'Argentine est celui de l'instabilité, défaut bien latin qui forme le fond du caractère national.
Étant donnée l'importance de son rôle économique, ' l 1 Argentine aurait besoin de se développer sous un régime de paix et de travail, soustrait aux agitations de la politique intérieure et aux bouleversements qu'entraîne la lutte des partis. Or, par une déplorable fatalité, le système de gouvernement fédéral, qui, théoriquement, semble le mieux s'adapter aux conditions d'existence du pays et favoriser son développe*
ment, se trouve faussé dans la pratique par les empiétements du pouvoir central et aboutit à une sorte d'état ailarchique, plus propre à engendrer des conflits qu'à fonder 1 l'unité de la nation.
Le régime fédéral peut bien convenir, en effet, à de vastes territoires comme les États-Unis, le ^Brésil, l'Argentine, où il faut, d'une part, sauvegarder des traditions historiques, et, d'autre part, décentraliser l'administration et créer des centres autonomes capables de communiquer la vie à tout un immense organisme, sans attendre les impulsions de la Capitale. Mais, par contre, il importe d'éviter que ce régime "ait pour résultat de faire pénétrer la politique jusque dans les moindres provinces, de soumettre leur administration aux intrigues électorales, et c'est là malheureusement le cas dans la République Argentine.
L'autorité se trouve répartie entre quatorze gouvernements provinciaux, qui forment autant d'États dans l'État et dont l'existence précaire est constamment troublée par le contre-coup des agitations politiques que subit le gouvernement fédéral. L'autonomie ne peut guère, du reste, exister que de nom, quand il s'agit de provinces à peine peuplées, n'ayant encore qu'une civilisation rudimentaire et qui doivent se gouverner elles-mêmes sous un régime parlementaire, sans avoir fait encore l'apprentissage de la liberté.
En dehors de leur participation au gouvernement fédéral par la nomination de sénateurs et de députés nationaux, les provinces possèdent chacune un gouverneur soumis à l'élection, une Chambre des représentants et un Sénat, des Ministres nommés par le gouverneur, des Tribunaux distribuant la justice provinciale, bref, elles entretiennent, en dehors du pouvoir central, trois pouvoirs, exécutif, législatif et
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judiciaire, dont le fonctionnement est livré à tous les hasards de la politique lorsque le Président est un politicien.
Ce régime peut à la rigueur se comprendre pour des Provinces, comme celle de Buenos Ayres, qui compté parmi les plus étendues et les plus riches et contient environ 1200000 habitants. La décentralisation administrative a pu produire, là, quelques avantages quand il s'agissait d'ouvrir au progrès et à la civilisation un domaine aussi grand que la moitié de la France. La Province de Santa Fé, qui compte 576000 habitants, et celle de Côrdoba, avec 436000 habitants, peuvent aussi faire figure de petits États et trouver sur place les éléments nécessaires pour s'administrer elles-mêmes sous un pesant et coûteux régime d'autonomie. Mais, que peut-on penser de ce système appliqué à des provinces comme celles de San Luis, qui possède 93 976 habitants, ou de Catamarca avec 100613 habitants, San Juan avec 97 803, La Rioja avec 79 442, ou enfin Jujuy avec 54287 habitants?
Toutes ces provinces peu fortunées, dont les revenus sont insignifiants et dont la population n'a aucune chance d'accroissement sérieux, doivent payer cher le luxe de former un État autonome. Ne pouvant se suffire à elles-mêmes, elles convient donc le gouvernement central à supporter sa part des frais de cette administration, ce que celui-ci est obligé de faire pour ne pas s'aliéner, au Congrès, le concours des représen* tants de ces provinces.
C'est là encore une nouvelle preuve de l'abus que peut entraîner un régime, où le pouvoir suprême fait pénétrer la politique dans toutes les organisations locales.
De plus, ces provinces ayant la faculté d'emprunter à l'intérieur ou à l'extérieur, de donner des garanties d'intérêt pour l'exécution de grands travaux publics, de créer des banques pour faciliter le commerce ou la spéculation, ont exercé maintes fois ces prérogatives sans aucun discernement, à l'exemple de l'État lui-même, et en dehors de l'honnêteté administrative, qui exige que l'on proportionne ses engagements à ses ressources existantes. En fin de compte, c'est le gouvernement central qui a dû intervenir dans les règlements avec les créanciers, afin de sauver le crédit de la nation, qui, aux yeux de l'étranger, est toujours solidaire du crédit des provinces. Tel fut le cas pour les Provinces de Buenos Ayres, Entre Rios, Santa Fé, Côrdoba, Tucuman, Catamarca, San Juan, Gorrientès et San Luis, soit neuf provinces sur quatorze, ce qui est, comme on le voit, une bonne proportion. L'État obligé d'engager son propre crédit pour régler des dettes faites en dehors de lui et sans contrôle sérieux, voilà quel a été la résultante d'un système dans lequel toute l'administration était subordonnée à la politique.
En résumé, l'Argentine est dotée d'une Constitution qui, théoriquement, possède toutes les qualités, hormis celle de s'adapter aux mœurs de la nation qu'elle doit régir. Cette Constitution, animée d'un esprit très libéral, est inspirée des grands principes de droit public, qui, depuis la Révolution française, ont fait leur chemin dans le monde. Elle s'est, en outre, approprié les dispositions contenues dans la Constitution des États-Unis pour l'établissement du régime fédératif basé sur l'autonomie des provinces. Malheureusement, toutes ces clauses, transportées dans un autre pays, ont perdu de leur vertu, car une
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Constitution, si parfaite soit-elle, ne vaut que par la façon dont on la comprend et dont on rapplique. Aussi est-ce là précisément la difficulté qui se présente, avec un peuple comme le peuple argentin, chez lequel la notion de l'État, c'est-à-dire de la souveraineté nationale, commence à peine à se dégager au-dessus de l'agitation des partis.
Pour que ce régime puisse fonctionner normalement, il faudrait d'abord assurer l'exercice régulier du suffrage universel» puisque c'est par lui que doit se manifester cette souveraineté nationale. Or, un simple exemple montrera combien est faussé, dans la pratique, ce système électif, qui est la base même de la Constitution. Buenos Ayres, la capitale, qui compte aujourd'hui 1 million d'habitants, possède 52 154 électeurs inscrits, sur lesquels 28 186 ont pris part à l'élection des sénateurs du 6 mars 1904, et 19 880 seulement à l'élection des députés du 13 mars 1904. Cette double élection était celle qui devait décider de la nomination du nouveau Président, c'est-à-dire régler pour six années la politique du pays.
Ce qui est plus regrettable encore, en dehors des nombreuses fraudes auxquelles donne lieu l'exercice de ce suffrage dit universel, c'est que ce petit noyau d'électeurs n'est composé que d'éléments populaires essentiellement versatiles, les classes dirigeantes s'abstenant de toute participation aux opérations électorales. Ceux qui sont les plus intéressés à la bonne marche des affaires publiques ne peuvent ou ne veulent user de leur droit, de telle sorte que le sort du pays est remis entre les mains des chefs de partis, qui agissent sur cette masse électorale non avec des programmes ou des principes, mais avec des intérêts
et des faveurs. 11 faut même ajouter que dans les provinces, et surtout dans les campagnes, où la population est très clairsemée, ce régime électoral est encore beaucoup plus précaire et ne répond nullement à une consultation réelle de l'opinion publique.
Notre intention n'est pas de conclure que de ce système électoral ne peut sortir qu'un mauvais gouvernement. La presse, l'opinion, la crainte des jugements étrangers inspirée par un louable sentiment de fierté nationale, tout cela, et d'autres facteurs encore, obligent les divers partis à garder dans leur choix une certaine réserve et à ne pas perdre de vue le bien public. Mais ce que nous avons voulu constater, c'est que le régime représentatif n'existe que de nom en Argentine, et que le gouvernement, issu d'une cuisine électorale souvent peu décente, n'a point l'autorité morale d'un gouvernement élu librement par la Nation.
Par contre, il serait inexact de dire qu'à défaut de cette autorité morale, le gouvernement n'a pas même l'autorité matérielle nécessaire pour gouverner le pays. Tout au contraire, on observe que, sous l'apparence du suffrage universel, c'est au fond le pouvoir personnel qui fonctionne, sans que le Congrès, en raison des conditions de l'élection de ses membres, puisse représenter un contrepoids sérieux.
Le pays marche par la politique; toutes les questions, qu'elles soient économiques ou financières, se transforment toujours en questions politiques, ce qui n'empêche pas que la pierre angulaire du régime est le gouvernement personnel du Président, lequel tient en mains tous les fils de cette politique et les manœuvre à son gré.
Son autorité s'exerce sur les provinces, par l'en-
tremise des gouverneurs, qui sont, en fait, les élus du pouvoir central et ne peuvent se maintenir qu'avec son appui moral et surtout financier, puisqu'ils doivent recourir à lui pour combler les déficits de leur administration. Les gouverneurs, à leur tour, ont une influence décisive dans les élections des sénateurs ou des députés nationaux, chargés de représenter au Congrès les intérêts de la province. Enfin, les membres du Congrès eux-mêmes doivent aussi marcher d'accord avec le pouvoir central s'ils veulent canaliser vers leurs circonscriptions les faveurs qui leur méritent ensuite une réélection.
C'est par cet échange de services, cette communication de biens entre tous ceux qui détiennent une fraction du pouvoir, que le Président arrive à asseoir très solidement son autorité, aussi bien dans l'État que dans les provinces. Mais, malheureusement, cette situation engendre souvent une véritable politique de bascule, dont la pratique absorbe le meilleur de l'intelligence d'un gouvernement. Celui-ci est amené, contrairement à l'esprit de la Constitution, à intervenir dans les affaires provinciales, à faire nommer ses amis au poste de gouverneur, pour que ceux-ci, à leur tour, provoquent l'élection au Congrès des députés ou sénateurs partisans de la politique du gouvernement. Et c'est ainsi, parfois, que des autorisations, des garanties, des concessions, des subsides, ont été accordés à des provinces, en dehors de tout intérêt général, mais à seule fin de ne pas s'aliéner le vote de leurs représentants au Congrès.
Ce régime, où l'intérêt de parti se subordonne l'intérêt national, porte en Argentine un nom caractéristique : il s'appelle le caudilisme, mot qui évoque le souvenir des factions par lesquelles certaines Repu-
bliques italiennes ont été pendant longtemps gouvernées.
A un moment donné, ce régime a peut être représenté un progrès sur l'anarchie précédente, mais actuellement l'intérêt du pays exige en Argentine d'autres méthodes de gouvernement. Ce qu'il importe maintenant, c'est de briser les mille résistances qui s'opposent encore à la création de l'unité nationale, et pour cela il faut restaurer la notion de l'État et l'incarner non plus dans un parti politique, mais dans les principes de la Constitution ramenés à leur véritable sens.
Cette instabilité de principes et de méthodes, qui est à la base du système politique argentin, s'affirme avec non moins d'intensité dans les grandes administrations d'État. Il est des pays où l'on peut dire que les Ministères changent, mais que les Bureaux restent, tandis qu'en Argentine, à chaque nouveau gouvernement, le changement de décor est complet. C'est là certainement un mal, dans un pays qui a besoin d'être administré avec esprit de suite, afin d avancer sans secousse.
Là encore, c'est la politique qui vient tout bouleverser : le parti arrivant au pouvoir amène avec lui tout son personnel administratif et place dans les principaux postes ceux qui lui ont prêté un concours utile dans la lutte électorale. Il résulte de cette situation que les fonctionnaires en exercice, dont le sort est mis en question à chaque élection présidentielle, sont les premiers intéressés à se mêler activement à la politique, afin de s'assurer des chances de conserver leur emploi.
Aucune administration n'échappe à cette loi : direction de la police, des postes et télégraphes, des
l'argentine AU XX e 8. 2
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douanes, des ports, des impôts, intendance municipale, présidence de la Banque de la Nation ; tous les hauts postes, et d'autres encore, sont la proie du parti triomphant.
Assurément, ce mode de recrutement des principaux fonctionnaires de l'État n'implique pas forcément que les choix soient mauvais; mais il entraîne avec lui, du haut en bas de l'administration, un état d'incertitude, un flottement dans les vues, qui peut être préjudiciable à la marche régulière des affaires.
Si nous avons cru devoir insister ainsi sur certains vices d'organisation, c'est qu'il y a vraiment un contraste amer entre la vie économique et la vie politique de l'Argentine, la première débordante de sève et de jeunesse, la seconde offrant les symptômes de désorganisation qui caractérisent certains pays de race latine.
Mais enfin, nous souvenant que, suivant la parole de Bossuet, Dieu a fait les nations guérissables, il nous est permis d'espérer que le temps fera son œuvre et que l'Argentine régénérera son sang trop latin, en éliminant peu à peu les mauvais germes qu'elle tient de ses origines ethniques.
Ce qui, du reste, nous fait croire en cette évolution, c'est l'examen des qualités du peuple argentin, qu'il faut maintenant opposer à ses défauts, pour dégager la vraie physionomie de cette nationalité en formation. Les qualités, comme les défauts, sont le résultat du mélange des divers éléments apportés par les courants d'immigration, se pénétrant les uns les autres, et dont les traits dominants se retrouvent finalement dans le caractère argentin.
Il y a un don qu'on ne peut certes refuser à ce
peuple, c'est l'intelligence, jointe à une remarquable faculté d'assimilation. 11 a, de plus, cet esprit d'entreprise, ce sens du progrès que possèdent les races anglo-saxonnes et que nous voyons s épanouir si magnifiquement dans l'Amérique du Nord.
Nation jeune et sans passé, l'Argentine ne traîne pas après elle, comme les vieux peuples latins, un cortège de coutumes, de préjugés, de routine qui entrave ses développements. Profitant de l'expérience des autres, elle sait s'adapter ce qu'il y a de meilleur, prenant son bien partout où elle le trouve. Elle ne crée rien, n'invente rien, mais s'approprie toutes les idées nouvelles, qui trouvent chez elle le terrain propice pour une rapide expansion. N'est-elle pas, du reste, formée à l'image de son sol, qui produit sans effort et se plie admirablement à toutes les cultures ?
Ce sens du progrès est assurément le trait le plus caractéristique de l'Argentine, celui par lequel elle se distingue des autres peuples latins de l'Amérique du Sud. L'Uruguay, par exemple, qui possède un sol non moins riche et offre les mêmes facilités pour les transports, n'a pas encore donné des preuves de vitalité et d'initiative pouvant faire espérer que ce pays se régénérera par le travail. Il en est de même du Paraguay et d'autres États encore, qui n'ont pu accomplir aucune des transformations qu'impose la civilisation moderne.
L'Argentine, au contraire, a toujours su prendre son bien partout où elle le trouve, grâce à ce courant d'immigration qui établit un contact permanent entre elle et les peuples étrangers. Elle s'est assimilé les inventions, les méthodes des nations les plus civilisées, et s'est attaché les hommes capables de les
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appliquer. A la tête des grandes administrations de TÉtat, il n'est pas rare de voir figurer des techniciens d'Europe et des États Unis, qui viennent apporter le fruit de leur expérience, et augmenter l'avoir intellectuel du pays. Les départements des chemins de fer, de la navigation, des travaux publics, de l'hygiène, grâce à ces heureux choix, offrent toutes les garanties de bon fonctionnement.
On peut dire, il est vrai, que tout cela est le résultat de l'influence étrangère ; mais qu'importe pour l'avenir du pays l'origine de tous ces perfectionnements, s'ils s'incorporent à la vie de l'Argentine et contribuent à son évolution. Ce qui prouve bien, du reste, que cet instinct du progrès est dans le fond du tempérament national, c'est qu'on le retrouve à la base de certains services publics où l'élément étranger n'a aucune part. L'administration de la police, celle de la poste et du télégraphe, pour ne citer que ces exemples, fonctionnent en Argentine avec autant de régularité que dans n'importe quel pays d'Europe.
Ainsi, tout en constatant que l'initiative de tous les progrès est venue de l'étranger, il faut reconnaître que l'Argentine se les est appropriés avec la plus grande facilité et que ce don d'assimilation fait bien aujourd'hui partie du patrimoine national.
Malgré ce caractère éminemment cosmopolite, qui est la marque de son développement, l'Argentine a su dégager de tant d'éléments divers sa propre personnalité. C'est le type de la nation moderne, qui a comme idéal celui des États-Unis : « business ».. On est « sonso » ou « vivo », sot ou plus qu'habile, il n'y a presque pas de milieu.
A ce point de vue, l'Argentine est à la hauteur de son époque, elle ne vit point d'idées pures ou d'im-
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mortels principes; elle a surtout comme ambition de vendre ses céréales ou son bétail et de s'enrichir. Derrière l'agitation des partis politiques, il n'y a pas d'autre objet : participer à l'exploitation du pays et jouir de ses richesses. L'époque héroïque est d'ailleurs close pour l'Argentine; son indépendance est aujourd'hui définitivement assurée; elle ne poursuit aucun rêve de conquête, mais recherche seulement des victoires pacifiques pour ses produits sur les grands marchés internationaux.
Si prosaïque que soit cette génération présente, elle a pourtant, par quelque côté, sa grandeur : elle aime son sol, elle le glorifie, non pas certes à la façon de Virgile saluant la terre latine féconde en héros, mais comme terre productrice de riches moissons et source de prospérité matérielle. C'est ce qui explique, du reste, la puissance d'attraction qu'exerce l'Argentine sur tous ceux qui ont foulé son territoire. Le pays progresse avec une telle rapidité, la valeur de la terre s'accroît dans de telles proportions que les plus indifférents finissent par être entraînés dans ce courant. Tel qui était venu s'établir dans ce pays sans esprit de demeure, prend le parti de s'y fixer dès qu'il détient la moindre parcelle de propriété. Lorsqu'on est depuis quelque temps en Argentine et qu'on assiste au spectacle de son développement rapide, on est bien vite saisi par cette fièvre d'affaires, qui vous pousse à prendre part à ce vaste mouvement d'entreprise.
Cet amour de l'Argentin pour son sol peut avoir assurément sa grandeur, mais il n'a pas la poésie touchante que revêt cet amour dans nos vieux pays d'Europe, où l'on s'attache non point seulement à la terre cultivable, mais à tous les souvenirs du village
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natal, aux coteaux familiers, à la vieille église, à tout ce qui nous fait communiquer avec l'âme des choses. Il semble que Ton tient d'autant plus à la terre qu'elle vous coûte plus de travail, plus d'efforts, plus de déceptions même.
Nul ne fut plus attaché à sa terre que le Boër, qui vivait paisiblement sur une lande ingrate, restant indifférent aux richesses minières que pouvait contenir son sous-sol. C'est cette lande, où il poursuivait une existence indépendante, qu'il a défendue avec tant d'opiniâtreté, et non pas l'or, qui était cependant la vraie fortune du pays.
L'Argentine a vu, elle aussi, passer sur son sol cette génération d'hommes rudes, n'ayant d'autres rêves que l'indépendance L'ancien « gaucho », type mélangé des races indienne et espagnole, vrai fils de la pampa, était réellement attaché à la plaine immense où il vivait au gré de sa fantaisie, la parcourant en tout sens dans de folles chevauchées. Mais, aujourd'hui, le type tend à disparaître à mesure que la civilisation, et surtout l'administration, font sentir partout leur influence et que l'ancienne pampa farouche s'est transformée en terre cultivable, hérissée partout de fil de fer. Comme il n'était pas facile à domestiquer ou à plier à un travail suivi, le « gaucho » a été supplanté peu à peu par le cultivateur étranger, le colon, et, actuellement, il est presque submergé par le flot des immigrants, qui ont envahi la campagne et forment aujourd'hui la majeure partie de la population rurale.
A cette nouvelle génération, il ne faut point demander d'autre attachement au sol que celui qui naît du profit qu'elle en retire. Elle peut se transporter indifféremment du nord au sud et de l'est à
l'ouest, la terre étant pour elle partout la même, pourvu que la récolte soit bonne. Mais, à cette nuance près, elle aime cependant cette terre de promission et s'y enracine par intérêt.
De cette génération, dont nous venons de noter les principaux traits, il semble qu'on peut attendre, dans l'avenir, de grandes choses. Assurément, si le monde revenait à son vieil idéal de gloire ou d'impérialisme, nous ne savons pas bien quelle pourrait être dans ce mouvement la place de l'Argentine. La politique militaire ne lui convient point; elle n'a aucune envie de se mesurer avec des nations voisines, beaucoup plus avides d'aventures.
Mais, si nous nous plaçons sur le terrain économique, le seul qui nous intéresse, il faut convenir que cette génération est bien armée pour se défendre sur tous les champs de la lutte commerciale. De cette fusion du génie latin avec l'énergie anglo-saxonne, il est sorti un produit nouveau, très apte aux affaires, plein de sens pratique, très ouvert au progrès et qui saura tenir sa place dans un siècle où l'argent est le grand instrument de domination. Cette race, formée au hasard de l'immigration, est cependant bien celle qui convient au sol argentin; il y a entre les deux v une adaptation aussi parfaite que si elle était le résultat d'un travail séculaire de pénétration.
En résumé, la nationalité argentine apparaît aux yeux de l'étranger sous deux faces distinctes : le côté politique, caractérisé par l'instabilité et le manque d'organisation, et le côté économique, où se manifestent la vie intense et les progrès du pays.
Cette situation vraiment anormale, où se trouvent le pire et le meilleur, finira-t-elle par se modifier dans
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un sens favorable, faisant de ce peuple, non pas. seulement une riche, mais aussi une grande nation?. La gestion des affaires publiques, livrée jusqu'à présent aux hasards de la politique, sera t elle à la hauteur du développement économique? La nationalité argentine éliminera-t elle, sous la poussée des progrès matériels, ces ferments d'anarchie qu'a laissés dans le pays un siècle de dissension civile? C'est là le secret de l'avenir et l'œuvre maîtresse qu'il reste à accomplir pour consolider la prospérité présente.
Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que cette prospérité a été, jusqu'à présent, moins l'œuvre des hommes que celle de la nature, qui a prodigué ses dons à cette terre fortunée. C'est là d'ailleurs une pensée que nous trouvons exprimée en un discours prononcé au Sénat argentin, et dans lequel le sénateur Uriburu montre que la Providence vient toujours à point pour réparer les fautes de l'État :
« C'est elle, dit-il, qui nous envoie opportunément la pluie pour arroser nos terres et faire lever de merveilleuses récoltes ; c'est elle qui nous a donné le plus grand Ministre des Finances que nous ayons jamais connu, notre sol fécond et notre beau ciel, ce Ministre suprême qui fait face à tous nos besoins, qui nous sauve de toutes les difficultés et qui, en dépit de nos erreurs, tient à assurer la grandeur de la République. Que les hommes s'approprient son œuvre, mais qu'ils rendent à César ce qui est à César. »
Et maintenant, si par impossible cette situation venait à être modifiée et que, malgré l'énorme extension des terres ensemencées, une période de mauvaises récoltes succède à la période des vaches grasses dans laquelle se trouve actuellement l'Argentine, ne
faudrait-il pas craindre de voir se désagréger, sous le coup de l'adversité, tout cet édifice national ayant la prospérité comme fondement? C'est là le péril qu'il importe d'écarter; aussi est-ce pour cela qu'apparaît nécessaire l'intervention d'un pouvoir fort, afin de contenir les mauvais germes apportés par tant de races diverses, et d'éviter que l'Argentine retombe dans cet état d'anarchie et de révolution, qui n'est pas du reste pour elle un si lointain souvenir.
Nous plaçant même à un point de vue plus élevé, nous ajouterons que pour fondre entre eux tous les éléments d'immigration et les attacher au pays, dans sa bonne comme dans sa mauvaise fortune, il est nécessaire d'avoir un autre ciment que l'intérêt personnel ou le profit. Pour créer une nation, il peut suffire de lui donner un corps, mais pour la faire vivre, il faut aussi lui donner une âme, et qu'à son souffle la collectivité des individus se transforme en cette unité morale qu'on appelle la Patrie. Or, c'est là une question primordiale dans un pays comme l'Argentine, où la lutte pour l'existence a pris une forme particulièrement vive, qui ne favorise guère Féclosion des sentiments désintéressés.
C'est donc à l'État qu'il appartient de développer dans ce peuple l'idée nationale et de faire tourner à son profit tous les efforts individuels. Son rôle est d'élever son autorité au-dessus de la mêlée des intérêts, de contenir toutes les ambitions dans une juste limite sous l'influence des idées morales et patrioti-. ques et d'assurer ainsi le règne de la justice et de la paix sociale, sans lesquelles la prospérité matérielle ne saurait être qu'éphémère.
En envisageant la formation d'une nationalité sous cet aspect, notre intention n'est point de formuler
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une critique à l égard de l'Argentine et moins encore de nier l'évolution qui a peu à peu transformé son organisme. Une nation ne se crée pas en un jour, surtout quand il s'agit d'un pays aussi jeune que l'Argentine, qui est sortie, il y a moins d'un siècle, des luttes de l'indépendance, et se trouve, aujourd'hui encore, à peine débarrassée de l'esprit révolutionnaire.
Pour qu'une nation prenne conscience d'elle-même, il faut que les siècles passent, que les traditions se forment, que les grandes forces morales ou intellectuelles de l'humanité, la religion, la science, la littérature, la poésie même, aient développé le sentiment d'une vie collective autre que la vie des affaires. Or, jusqu'à présent, l'Argentine n'a pas eu le temps de produire des générations de penseurs, de philosophes, d'historiens, et encore moins des poètes. Elle a surtout des statisticiens lui donnant les résultats très exacts de sa balance commerciale.
Nous ne doutons pas, cependant, qu'à la faveur des progrès matériels, cette lente élaboration d'une race nouvelle finisse par s'accomplir. Dans la première phase de sa vie comme nation, l'Argentine, suivant l'esprit de sa Constitution, a ouvert fraternellement les portes de son territoire à tous les hommes qui ont voulu l'habiter. On n'a opposé aucune restriction à l'entrée ni à la permanence des étrangers; au contraire, la législation et les coutumes sociales ont concouru à favoriser l'immigration. Il en est résulté que les nouveaux arrivés se sont considérés comme non liés sous le rapport économique et politique à la nationalité à laquelle ils s'incorporaient, croyant que leur mission consistait seulement à créer et à faire circuler de la richesse, en regardant avec indif-
férence la solution des grands problèmes nationaux.
Mais aujourd'hui, l'Argentine est entrée dans une phase nouvelle; il lui faut non plus seulement recevoir, mais aussi s'incorporer tous ces éléments d'immigration, et, sans éveiller d'antagonisme contre l'étranger, tendre cependant à le rapprocher de l'àme nationale.
Cette faculté d'assimilation est, du reste, une vertu du sol américain. Les États-Unis l'ont manifestée dans l'Amérique du Nord, et il appartient maintenant à l'Argentine de l'exercer à son tour dans l'Amérique du Sud. Il faut que la nouvelle génération d'immigrants, après s'être enracinée sur son territoire hospitalier, vive complètement de la vie nationale, s'imprégnant des sentiments patriotiques dont sont animés, aux États-Unis, les nouveaux citoyens.
Pour donner l'expression de ces tendances loyalistes, nous nous bornerons à citer les paroles mémorables que prononça au Parlement du Wisconsin un député américain, né en Allemagne, l'honorable Richard Guenther, paroles qui furent également applaudies et approuvées dans l'Amérique latine. On verra, à travers l'exaltation même du discours, quel dévouement sans réserve un étranger naturalisé américain peut apporter à sa nouvelle patrie :
« Nous savons aussi bien qu'aucune autre classe de citoyens américains, dit Richard (îuenther, où se trouvent nos devoirs. Nous travaillons pour notre pays en temps de paix et combattrons pour lui en cas de guerre, si ce temps vient jamais. Quand je dis notre pays, je veux dire naturellement notre pays d'adoption, les États Unis d'Amérique. Après avoir passé par le creuset de la naturalisation, nous ne sommes plus^AUemands; nous sommes Amé-
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ricains. Notre attachement à l'Amérique ne peut pas se mesurer d'après la longueur de notre résidence ici. Nous sommes Américains depuis le moment où nous touchons le rivage de l'Amérique, jusqu'à ce que nous soyons couchés dans des tombes américaines. »