L'ARGENTINE AU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE
Climat. — Sol. — Situation géographique de l'Argentine, ses limites, sa superficie.
. Climat suivant les contrées. Régime des vents.
Nature du sol, sa fertilité, son adaptation à la culture des céréales et à l'élevage. — Transformation des terres incultes en terres fécondes. — La Pampa. — Superficie cultivable.
Fleuves. — Leur rôle exceptionnellement favorable. — Système hydrographique. — Réseau des voies fluviales navigables : le Rio de la Plata; le Rio Parana. Leurs conditions de navigabilité. — Canaux.
Ports. — Énumération des principaux ports, avec le tableau de leur mouvement. — Buenos Ayres : description du Port, son étendue, son outillage, son tonnage, ses docks, le Mercado Central de Frutos. — Importance de Buenos Ayres, en comparaison avec les grands ports du Monde. — Le Port de la Plata. — Le Port de Rosario, progression de son trafic, construction du nouveau port concédé à une société française. — Bahia Blanca, son développement. — Décentralisation du trafic.
La République Argentine occupe l'extrémité australe de l'Amérique du Sud et s'étend du Nord au Sud
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entre les 2t°30' et 54°52' de latitude sud, soit sur 33 degrés dans le sens du méridien. De l'est à l'ouest, elle occupe 22 degrés dans le sens des parallèles entre les 62 et 74 degrés de longitude.
Son territoire est borné au nord par la Bolivie et le Paraguay, à Test par le Brésil et l'Uruguay, à l'ouest par le Chili. Ses limites terrestres s'étendent à l'ouest sur environ 4800 kilomètres; celles du nord, sur 1600 kilomètres; à l'est la limite fluviale est de 1 200 kilomètres. Enfin, la côte de l'estuaire du Rio de la Plata et de l'Atlantique forme une étendue de 2600 kilomètres, ce qui représente au total, pour les limites de ce pays, un développement d'environ 10200 kilomètres.
La superficie de la République Argentine n'a pas été établie jusqu'à présent sur la base d'une triangulation géodésique du terrain ; elle a été seulement calculée sur des cartes plus ou moins correctes. Suivant les estimations les plus dignes de foi, elle atteindrait actuellement, en y comprenant les dernières rectifica-' tions de frontières, 2952551 kilomètres carrés. C'est environ six fois la superficie de la France, laquelle comprend seulement 529000 kilomètres carrés. La Province de Buenos Ayres, à elle seule, est plus grande que la moitié de la France.
Les saisons dans l'Argentine, comparées à celles de l'autre hémisphère, sont dans un rapport inverse. L'été correspond au trimestre de Décembre, Janvier, Février; l'automne à celui de Mars, Avril et Mai; l'hiver à Juin, Juillet et Août, et le printemps à Septembre, Octobre et Novembre.
Au point de vue climatérique, le territoire de l'Argentine peut se diviser en trois régions, savoir : celle du littoral, celle du centre et celle des Andes.
La région du littoral comprend les Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, Entre Rios et Corrientès. La température moyenne annuelle est d'environ 19 degrés Celsius; à Buenos Ayres, elle atteint seulement 17 degrés. La température moyenne de l'été est d'environ 25 degrés, celle de l'automne 18 degrés, celle de l'hiver de 12 degrés et celle du printemps de 17 degrés. Le mois le plus chaud est Janvier, où la moyenne est de 25 degrés, et le mois le plus froid, Juillet, avec 11 degrés.
Dans cette région, les températures extrêmes sont de 42 degrés en été et 5 degrés au-dessous de zéro en hiver; mais, en tous cas, ce sont là des exceptions. Ce qui est fréquent dans la période d'été, ce sont des températures de 35 degrés aux heures de l'après-midi. Il est également assez rare qu'en hiver le thermomètre descende au-dessous de zéro et s'y maintienne. La neige est aussi un phénomène peu commun, qui ne se produit parfois qu'à plus de dix ans de distance.
Une particularité du climat argentin en général, ce sont les rapides changements de température dans un même jour et souvent dans l'intervalle de quelques heures, changements représentant parfois des différences de plus de 20 degrés, surtout au printemps, qui est la saison où s'observent les plus rapides variations.
Le climat du littoral, c'est-à-dire d'une région formée presque exclusivement de plaines, est en général influencé par les vents, qui soufflent en tempête en toutes saisons. Ceux du nord et ceux du sud sont les plus communs ; les premiers surtout s'observent très fréquemment. A Buenos Ayres, on constate, durant l'été, l'alternance des brises de mer et de terre,
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Tune dominant pendant le jour, et l'autre pendant la nuit.
Les vents du nord sont toujours chauds et même suffocants; ils exercent leur influence sur le système nerveux, provoquant chez certaines personnes de véritables troubles névralgiques. Lorsque soufflent ces vents, l'air se charge d'électricité, jusqu'au moment où Tétat atmosphérique étant devenu insupportable, une tourmente vient rétablir l'équilibre, pour faire place alors à un autre vent venant du sud-ouest, appelé le pampero. Le vent ne dure le plus souvent que peu de temps, mais en accusant une intensité comparable à celle d'un véritable ouragan. Le pampero, ainsi appelé parce qu'il se forme dans la région des pampas, est un vent fortement ozone, et, comme tel, joue un rôle sanitaire pour la désinfection de l'atmosphère viciée des centres urbains. Par contre, les effets du pampero, et surtout des vents du sud-ouest, sont parfois terribles sur le Rio de la Plata, où ils produisent une forte houle.
Quant à la pluie, elle ne présente aucun caractère de régularité, ce qui contribue naturellement à rendre assez variables les résultats de la culture et de l'élevage. On observe que les pluies sont plus fréquentes en été et en automne que dans les autres saisons, tandis que l'hiver est, à ce point de vue, la saison la moins favorisée. A Buenos Ayres, il est rare qu'un mois se passe sans pluies et celles-ci deviennent souvent torrentielles et sont même accompagnées de grêle.
Le climat de la région du centre, si l'on fait exception pour la partie montagneuse des Provinces de Côrdoba et de San Luis, se distingue de la région du littoral par sa grande sécheresse et par ses variations brusques de
température. Dans la plaine, les étés sont très chauds, et il n'est pas rare de voir la température s'élever à 40 degrés, tandis que pendant l'hiver on constate de très fortes gelées. Comme sur le littoral, les vents du Nord et du Sud sont les plus fréquents. Les pluies sont plus rares que sur le littoral, et tombent presque exclusivement en été et en automne; sauf quelques rares exceptions, l'hiver est totalement sec.
Dans la région andine, le climat varie suivant l'élévation du sol, mais est toujours caractérisé par les brusques variations dans la température journalière et la sécheresse excessive. Sur le versant oriental des Andes et sur les plateaux du Nord, il ne pleut jamais. Ces régions sont continuellement balayées par des vents furieux, qui ne permettent aucune culture. A la chaleur intense du jour succède le froid de la nuit, avec des différences de température qui atteignent quelquefois 20 degrés en 24 heures.
Le climat de l'Argentine, à quelques exceptions près, passe pour très salubre en raison des changements brusques de température et de la sécheresse prédominante dans la plus grande partie du pays. Ces conditions atmosphériques ont assurément une influence sur les affections de poitrine; mais, par contre, elles contribuent à écarter les épidémies. On constate que chez les adultes et chez les adolescents, le chiffre de la mortalité ne dépasse pas la moyenne constatée dans les pays les plus salubres du globe. Les statistiques dressées par la Ville de Buenos Ayres indiquent même que les étrangers accusent ici une vitalité plus grande que les indigènes.
En ce qui concerne le climat, il importe donc de ne pas faire de confusion, comme celle que l'on commet assez volontiers en Europe, entre la République Argen-
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tine et son voisin le Brésil, situé plus à proximité de la région équatoriale. Favorable à la santé de l'homme, le climat argentin, comme nous le verrons plus loin, est aussi particulièrement propre à la plupart des cultures et à l'élevage du bétail; c'est à ce point de vue une terre privilégiée qui ne demande que des bras pour êtrç fécondée.
Le sol de l'Argentine réunit, dans une bonne partie de son étendue, les conditions géologiques et climatériques les plus favorables pour la production des céréales et pour l'élevage. C'est dans la fécondité de ses terres de labour et dans les richesses de ses pâturages que repose toute la valeur économique du pays.
Suivant des études faites, dans ces derniers temps, par des personnes compétentes, le sol de l'Argentine est en grande partie composé de terrains sablonneux; on rencontre très fréquemment aussi des terrains aréno-argileux, plus rarement les argilo-sabionneux, et fort peu d'argileux. Les autres sortes, c'est-à-dire les humifères et les calcaréos, sont peu abondants. Dans le sous-sol abondent les aréno-argileux, la proportion des argileux et des calcaréos étant plus grande dans le sous-sol que dans le soi.
Au point de vue chimique, la proportion élevée de potasse — qui ne diminue presque jamais — a fixé depuis longtemps l'attention des agronomes; l'acide phosphorique y figure également, bien qu'en dose moindre. La chaux se rencontre très souvent en petite proportion, dans les meilleurs sols des zones où l'agriculture est très répandue; enfin l'azote est parfois abondant, sauf dans la région méridionale et dans quelques parties de la région occidentale, où les
pluies sont peu fréquentes, les vents violents et la végétation pauvre et rachitique.
Les sols salés sont fréquents dans les régions occidentale et méridionale; mais, en général, pas dans une proportion si élevée qu'on ne puisse les destiner à l'agriculture, surtout lorsqu'on emploie des moyens de culture convenables.
Les terrains de grande fertilité se trouvent dans les régions centrale et septentrionale et occupent de vastes superficies dans les Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, partie de Côrdoba et de l'Entre Rios. Il existe des terres apparemment peu fertiles, dit M. Charles Girola, dont nous tirons ces renseignements, qui donneraient de magnifiques récoltes, grâce à l'irrigation ou à une meilleure distribution des eaux, spécialement dans les régions occidentale et méridionale 1 .
Mais, dans la République Argentine, l'expérience a démontré qu'il n'existe presque pas de terres qui ne soient susceptibles d'une profitable utilisation pour la culture ou pour l'élevage. On remarque très fréquemment que des terres, que l'on avait longtemps considérées comme pauvres, presque stériles, inaptes à l'exploitation, se trouvent aujourd'hui converties en belles prairies naturelles ou artificielles, qui nourrissent de nombreux troupeaux, ou bien encore qui ont été défrichées par le colon et donnent maintenant d'excellentes récoltes. Cette transformation merveilleuse est due principalement à l'action des troupeaux, qui foulent et engraissent le sol, puis à la matière organique génératrice de l'humus, enfin aux varia-
4. Investigation agricola en la Repûblica Argenlina, par Charles Girola, ingénieur agronome, chef du Bureau d'agronomie au ministère de l'Agriculture (1904, p. 47).
tions que subit la terre sous l'action des nombreux détritus ou cadavres d'insectes, qui sont soulevés par le vent et viennent ensuite se déposer à la surface du sol comme une sorte d'engrais naturel.
Ces admirables conditions de fertilité se trouvent réunies dans la région appelée Pampa, qui occupe la plus grande partie de la zone tempérée du pays. Elle est formée par d'immenses plaines naturelles, s'étendant à perte de vue presque sans variations de terrain appréciables, et offrant d'admirables ressources pour l'exploitation agricole et l'élevage du bétail.
Presque toutes les terres de l'Argentine, qui ont atteint aujourd'hui des prix fabuleux, ont mérité, à une autre époque, le titre méprisant de « terres bonnes à rien ». Pour cette raison, l'estimation théorique, faite a priori, des terres susceptibles d'une culture avantageuse, doit augmenter considérablement, au fur et à mesure que le travail de l'homme y fera sentir son action transformatrice.
Il est difficile d'apprécier, si' ce n'est d'une manière très approximative, la superficie cultivable de l'Argentine. Elle ne doit pas être inférieure à la moitié de la superficie totale, soit, en chiffres ronds, 150 millions d'hectares. Sur ce chiffre, les deux tiers au moins représentent les terrains pour l'élevage, de telle sorte que l'agriculture proprement dite dispose d'environ 50 millions d'hectares, sur lesquels, à l'heure actuelle, la dixième partie seulement est mise en exploitation. On voit, par ce simple rapprochement, que l'agriculture dans la République Argentine a encore devant elle une grande marge de développement.