CHAPITRE II L'élevage
Transformation de l'ancienne estancia. — Les principaux établissements d'élevage, description, étendue, leur nombre de tètes de bétail et désignation des types. — Les grandes estancias dans la région du Sud et la Patagonie.
Surface approximative des terres consacrées à l'élevage. — Estimation générale du nombre de bétail de l'espèce bovine et ovine. — Nécessité d'une investigation sérieuse pour connaître plus exactement sur ce point la richesse de l'Argentine.
Après avoir parlé de l'agriculture argentine et de son avenir, nous devons mentionner une autre industrie, qui est la seconde source de richesse nationale : il s'agit de l'élevage.
Comme résultat du rapide renchérissement de la terre, de la multiplication et de la sélection du bétail, l'ancienne forme d'exploitation de l'élevage subit, en ce moment, une profonde modification dans tout le pays. L'estancia traditionnelle où les animaux broutaient dans de vastes champs clôturés de fils de fer, exposés à toutes les variations du temps et à toutes les intempéries de l'air, se nourrissant de l'herbe qu'ils trouvaient à la surface du sol, l'estancia, disons-nous, se transforme peu à peu en fermes bien soignées où
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Ton fait des prairies artificielles, avec des luzernières de 5000, 10000, 20000 hectares et plus, c'est-à-dire d'une surface bien difficile à concevoir pour un Européen.
L'élevage scientifique des troupeaux de race fine et la culture de la terre soigneusement clôturée, a dit un homme de lettres distingué, ont créé la véritable industrie pastorale 1 . Des écuries et des étables remplacent l'antique « corral ». De la gare du chemin de fer, le propriétaire enrichi arrive à son estancia en voiture; la vieille habitation rustique s'est convertie en une véritable maison de campagne, parfois en un château, avec parc et jardin. Il y a des « estancias » à une centaine de lieues de Buenos Ayres, que nous avons pu connaître comme des campagnes désertes au pouvoir des Indiens, où maintenant les voitures, attelées à l'anglaise, parcourent la plaine et où Ton dîne en tenue de soirée, dans de somptueuses demeures. Les éleveurs européens ont fait reculer le « gaucho » jusqu'aux grands domaines situés aux confins du désert.
Rien n'est plus difficile — et, pour notre part, nous renonçons à cette tâche — que de dire quels sont les premiers établissements d'élevage de la République, tant par l'étendue de leurs champs, le nombre et la sélection des animaux qui y vivent, que par les magnifiques résidences qu'ont édifiées leurs propriétaires. Les établissements qui se trouvent dans ces conditions se comptent par centaines et même par milliers.
Cependant, bien qu'exposés à tomber dans d'inévi-
1. Cf. Costumbres y Creencias populaires de las Provincias argentinaS) conférence de M. P. Groussac au World's Congress de Chicago, le 4 juin 1893, publiée dans La Nation du 23 octobre 1893.
tables omissions, nous né pouvons oublier de mentionner VEstancia San Juan, fondée par M. Léonard Pereyra, à 40 kilomètres de Buenos Ayres et à une demi-lieue de La Plata, composée de près de 4 lieues 3/4 de champs en plein rendement. Il en est de même de VEstancia San Jacinto, appartenant à M. Angel T. de Alvear, dont on déplore la mort récente, établissement réputé comme l'un des premiers du pays et qui embrasse une superficie de 25 lieues ou 62 500 hectares, presque celle d'un État européen. Sur cette vaste surface, 6 lieues 1/2 ou 16250 hectares sont devenues des luzernières, et sont habitées par 100000 bêtes à cornes de la race Durham, 100000 moutons Lincoln et 10000 chevaux.
VEstancia La Gloria de Santamarina et fils, située à Laprida, dans la Province de Buenos Ayres, est composée de 15 lieues carrées (37 500 hectares), sur lesquelles paissent 20000 bêtes à cornes et 60000 moutons.
Un autre établissement, qui peut aussi être présenté comme modèle, c'est VEstancia San Martin, dç M. Vincent L. Casarès, située à Canuelas, et embrassant une étendue de 7 705 hectares. Les spécialités de cet établissement sont l'élevage des chevaux de trait des variétés Morgan, Hackney, Shire et Clydesdale et le croisement des diverses races ; rélevage de vaches des races Durham, Holstein et Suisse, dont les plus beaux produits sont conservés comme reproducteurs et les produits secondaires engraissés comme bœufs d'exportation; l'entretien dans diverses étables de bovins de pur sang des trois variétés nommées, fournissant les taureaux reproducteurs du bétail général; enfin l'élevage de béliers Lincoln et Negrete de pur sang et purs par croisement et celui de porcs Yorkshire
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de pur sang. Les produits chevalins de cette estancia ont acquis une renommée bien méritée dans l'Argentine et ils commencent même à être connus à l'étranger.
Fait également partie de cette estancia rétablissement appelé La Martona, qui fournit à lui seul les trois quarts du lait que Ton consomme dans la Ville de Buenos Ayres, et qui s'occupe aussi de la fabrication du beurre pour les besoins du pays et pour l'exportation.
Un autre des grands établissements d'élevage de la République, c'est Y Estancia Huetel, de M. Charles Casarès, située à 280 kilomètres de Buenos Ayres, sur la ligne du chemin de fer du Sud. Elle occupe une superficie de 25 lieues, — 62 500 hectares, — toute clôturée par des fils de fer et divisée en 42 établissements d'élevage, avec 57 maisons de bergers et 5 maisons de maître. Cet établissement contient plus de 62000 bêtes à cornes Durham, 87000 brebis Lincoln servies par des béliers de pur sang, importés ou nés à l'estancia, et 4200 chevaux Clydesdale, de trait léger et de course. Il comprend 4500 hectares ensemencés en luzerne et 2000 en maïs, blé, avoine et lin. Il compte plus de 56 taureaux importés et a même acquis, dernièrement, le célèbre Aguinaldo, gagnant du premier prix accordé par la Société Rurale.
Le parc de cette estancia appelle l'attention des visiteurs; il a une étendue de 208 hectares contenant environ 520000 plantes forestières, 870000 arbustes et 35000 petits arbres. Le nombre des arbres croissant dans cet établissement est supérieur à 2 millions.
Comme annexe, l'on y trouve une école dont tous les frais sont payés par le propriétaire.
L'Estancia San Jacinto, de M. Saturnin-J. Unzué, mérite aussi une description spéciale. Elle est située
à peu d'heures de Buenos Ayres et représente une étendue de 6 lieues carrées. Elle compte 10000 bœufs et 30000 moutons. Dans cette estancia, le bétail Durham est arrivé à un haut degré de perfectionnement. Le haras est fameux par les chevaux de course qui le composent; on en compte 140 de pur sang, importés ou nés dans le pays.
•Las Palmas, appartenant au colonel Alfred-T. de Urquiza, est un autre établissement d'élevage qui, dans n'importe quel pays du monde, figurerait comme modèle. Dans la Province de Buenos Ayres, où il est situé, il serait difficile de trouver un établissement d'élevage de races fines aussi bien organisé et dont les champs s'adaptent mieux au but auquel il est destiné. Son terrain se compose de 1 600 hectares, dominant le majestueux Parana de las Palmas, avec ses vertes îles qui s'étendent jusqu'au Rio de la Plata. On engraisse annuellement dans cet établissement environ 3000 bœufs, type d'exportation. Les bêtes à cornes sont de la race Shorthorn et les chevaux de la race Hackney.
Un autre établissement, qui doit aussi figurer parmi les meilleurs de l'Argentine, c'est la Cabana San Gregorio, de M. Grégoire Villafane, un Argentin qui, en toute justice, mérite être mentionné parmi les premiers éleveurs du pays, à cause des efforts intelligents et des débours pécuniers qu'il a faits pour améliorer les espèces ovine, bovine et chevaline, en de nombreuses années de travail personnel.
L'établissement de M. Villafane n'est pas très important par son étendue, car il n'est que de 7400 hectares, mais il l'est par le grand nombre de ses reproducteurs de pur sang, et par le haut degré de métisation des troupeaux. Il s'applique principa-
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lement à l'élevage de taureaux Heresford et Durham, des béliers Lincoln, des étalons Hackney et Clydesdale, des chiens Collin, ratiers et fox-terriers, des poules Brahamas, Catalanes, Dorking, Plymouth, etc.
Il faut également citer YEstancia San Pascual del Moro, appartenant à MM. Adolfo et Rufino Luro. Elle est réputée pour son haras de chevaux de courses, d'où est sorti en 1904, le grand vainqueur de la saison sportive, le cheval Old Man.
Cette longue énumération d'établissements d'élevage argentins resterait plus incomplète encore, si nous ne mentionnions, d'une façon spéciale, YEstancia Chapadmalal de M. Michel-Alfred Martinez de Hoz, un jeune Argentin qui a déployé les plus grands efforts pour élever son établissement à la hauteur des meilleurs de l'Europe.
« A la hauteur des meilleurs de l'Europe », c'est là le jugement que porte sur lui un observateur compétent et impartial, M. le colonel Holdich, qui, dans son dernier livre intitulé Los Paises del Fallo del Rey, en fait ces éloges mérités :
« Une estancia connue, celle de M. Michel- Alfred Martinez de Hoz, près de Mar del Plata, me surprit par la nature singulière de ses environs. La terre, avec ses brèches, avait l'aspect d'un parc anglais. Des monticules de moissons dorées se succédaient les uns aux autres, avec de suaves ondulations qui descendaient' jusqu'aux bords escarpés de la mer. Au lieu de l'éternelle clôture en fils de fer, des haies vives commençaient déjà à diviser les champs et les établissements d'élevage. Sur les monticules les plus élevés se dressaient des meules d'avoine, enlevées du champ dans des chars aux hautes roues caractéristiques du pays, où on les empilait rapide-
ment sans le secours d'aucune machine, comme on empile partout les moissons. C'était une belle scène champêtre.
« Plus bas, à droite, sur le terrain mou des bords d'un ruisseau qui descendait en barbotant jusqu'à la mer, au milieu des joncs et des renoncules, dans les crevasses de la rive, était la prairie des chevaux Shire. Les animaux formaient des groupes animés, observant placidement nos mouvements ; c'était les exemplaires les plus splendides que l'on puisse trouver, en dehors du Lincolnshire. Plus bas encore, dans un terrain plus sec, on voyait un troupeau de juments, de croisement anglais et créole, avec leurs poulains. Ces animaux sont destinés au trait, et l'excellence de leur race est mise en évidence dans les registres de la Société Rurale Argentine, où figurent les prix d'honneur décernés à YEslancia Chapadmalal.
« Dans la partie haute de ces champs, dans un endroit où Ton arrive par de longues avenues de peupliers, qui partent de la maison, et où la terre disparaît sous des forêts d'eucalyptus ou de saules, se trouvaient les vaches et les taureaux. L'éleveur argentin ne se préoccupe pas de la dépense quand il s'agit d'importer de bon bétail d'Angleterre, dans un but de croisement. L'estancia principale possède une série de taureaux reproducteurs, qui défilent devant le visiteur, chacun avec son gardien spécial, avec la même pompe et la même cérémonie que les étalons, qui les précèdent dans la brillante revue. »
Ce n'est pas seulement près de la capitale et des principaux centres de population de la République, que l'on trouve des établissements d'élevage modèles et qui offrent à leurs habitants tout le confort européen. Il en existe aussi à l'extrémité sud du territoire,
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dans les solitudes de la Patagonie, aux environs du 50 e degré de latitude australe '.
« A partir de la rivière Coyle, de Puerto Gallegos et du détroit de Magellan, jusque près de la Dernière Espérance, dit un touriste argentin, M. Georges-J.-M. Lean, qui a visité ces régions il y a peu d'années, le pays est assez peuplé et l'on y trouve des estancias, comme El Condor appartenant à MM. Wood et Waldron, établissement de 175000 hectares, avec clôture en fil de fer contenant 160000 moutons et muni de 40 tondeuses à vapeur, de presses hydrauliques et de bains pour les moutons, chauffés par des chaudières à vapeur. Il est commun de trouver là-bas des estancias, dont beaucoup sont clôturées en fil de fer, renfermant de 40 à 60 et 70 000 moutons. Les plus importantes sont unies par le téléphone, qui les fait communiquer non seulement entre elles, mais avec Puerto Gallegos ou Punta Arenas. Là-bas, j'ai parlé par téléphone à 100 lieues de distance. Dans la partie chilienne de la Terre de Feu, il y a un téléphone qui relie le Gap Dungeness à Punta Arenas et, aussi, aux canaux du Sein de la Dernière Espérance. »
Dans le Territoire national de Santa Cruz existe l'estancia San Julian, appartenant à « The San Julian Sheep Company ». Cette estancia a une étendue de 120000 hectares, et contient 70000 moutons, avec une naissance annuelle de 90 p. 100 d'agneaux.
Sur le même Territoire se trouve une autre estancia fort importante, propriété de la société anonyme « The Patagonian Sheep and Farming C° Limited ». Cet établissement d'élevage embrasse une superficie de 191 000 hectares.
1 . Cf. Anales de la Sociedad Rural Argentina, n° 4, 30 avril 1902, p. 159.
Enfin, il existe sur le Territoire de Santa Cruz, une propriété rurale de grande valeur, composée de 285000 hectares, appartenant à la Banque d'Anvers.
Dans le Territoire national du Chubut, qui est, depuis quelques années déjà, le lieu de prédilection du capital et de la population venant d'Europe et qui possède une colonie galloise assez nombreuse, il existe une estancia fort importante, appartenant à la société « Lockiel Sheep Farming C° Limited », qui embrasse une étendue de 132500 hectares et contient 35000 moutons.
Une autre compagnie étrangère établie dans la partie australe de l'Argentine, a The Argentine Southern Land C° Limited », possède 655226 hectares de terres, dont 360000 dans le Territoire du Rio Negro et 295226 dans celui du Chubut. Cette compagnie débuta, en 1899, avec, un capital de 230000 livres sterling, réduit plus tard, à cause des mauvaises affaires, à 140000 livres sterling, qui est le capital actuel. Dans le domaine de cette compagnie se trouvent 45000 bêtes à cornes, 46000 moutons et 4300 chevaux. En 1903 et en 1904, elle donna un dividende de 4 p. 100.
Dans tous ces établissements et dans beaucoup d'autres que nous ne pouvons citer de peur de rendre interminable cette énumération, grâce aux intelligents efforts de leurs propriétaires pour faire venir au pays les meilleures espèces bovine, ovine et chevaline des établissements d'élevage européens les plus accrédités, on compte aujourd'hui des reproducteurs de pur sang de grande valeur, sélectionnés ou importés et, par eux, la totalité des troupeaux a pu atteindre un haut degré de métisation.
Tous les éleveurs, même les plus modestes, se sont
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aperçus aujourd'hui des grands avantages que leur rapporte la sélection de leurs animaux par le croisement avec des pur-sang, et ceci a déterminé dans l'élevage un progrès très notable. La statistique des importations démontre qu'en cinq années, de 1899 à 1903, il est entré dans le pays, venant de l'Angleterre où l'éleveur argentin va principalement chercher les reproducteurs, 3005 bovins et 14675 ovins. Ces deux chiffres révèlent par eux-mêmes l'importance que l'éleveur argentin attribue à l'amélioration de la race de ses troupeaux. Les prix payés pour ces animaux sont parfois exagérés, car il s'est présenté un cas où un taureau a été acquis pour 40 000 piastres (88 000 francs) ; mais les propriétaires font volontiers cette dépense, dans la certitude que de tels reproducteurs leur rapporteront des bénéfices considérables.
L'espace dont l'élevage dispose pour se développer, dans la République Argentine, £st encore presque illimité. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler que, sur les 120 000 lieues carrées qui constituent la superficie approximative de l'Argentine, les deux tiers, près de 80000 lieues, sont aptes à l'élevage et à l'agriculture.
De cette immense étendue, 30000 lieues carrées peuvent être cultivées immédiatement en céréales et en fourrages, dans les Provinces du littoral, dans celle de Côrdoba et dans la Pampa. Il resterait, alors, 50000 lieues carrées pour l'élevage, sans tenir compte des millions d'animaux que l'on pourrait nourrir, grâce à l'élevage intensif, dans la zone cultivée. Cette extension permettrait l'existence de 40 millions de bêtes à cornes et de 200 millions de moutons.
Mais, quel est le stock actuel de ces deux espèces dans les immenses prairies naturelles ou artificielles
de la République? Est-il possible de le déterminer d'une façon approximative? Voilà une demande simple en apparence, mais à laquelle il est très difficile de répondre.
En 1895, lors du second recensement national, on trouva 21701526 bêtes à cornes et 74379562 moutons; cependant, quant à ces derniers, la Commission elle-même éleva des doutes sur le chiffre qu'elle présentait, démontrant à l'aide de considérations bien fondées, que, suivant son jugement, le chiffre du recensement devait être augmenté de 20 p. 100, ce qui donnait un nombre de 89255000 têtes de bêtes à laine. Depuis cette date, Ton n'a effectué aucune nouvelle opération de recensement, ni tenté aucuneinvestigation spéciale à ce sujet; mais, en diverses occasions cependant, on a cherché à connaître le nombre des animaux des deux espèces citées que possède la République, certains soutenant, renforcés par de très bons arguments, que cette existence a diminué considérablement dans les derniers temps.
Ceux qui ont cette conviction s'appuient sur la statistique officielle de l'exportation de la laine, laquelle, depuis 1900, a diminué dans les proportions suivantes :
Exportation (tonnes).
Tonte des années 1900-1901 237 110
Étant donné que, dans les dernières années, aucune épidémie n'a affligé le bétail ovin, alors que cependant les entreprises de chemins de fer ont vu diminuer, d'année en année, le transport de la laine et que le Marché Central de Produits du Pays, et les
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« barracas » où l'on dépose ce textile, ont eu également à supporter la même réduction, il faut donc expliquer la diminution de l'exportation de la laine par d'autres causes.
Il y a quelques années, en 1900, les laines avaient souffert une forte dépréciation. Le marché nord-américain leur était fermé et le stock existant était assez considérable. Les laines croisées Lincoln étaient tombées à un niveau que le pays n'avait jamais connu, et 80 p. 100 de la production se composait malheureusement de ce type. Les gabelles du gouvernement provincial épuisaient le producteur, les chemins de fer avec leurs tarifs l'écrasaient, les loyers des champs étaient très élevés, de telle sorte que le produit d'un troupeau n'arrivait plus à couvrir les débours. Ce fut durant cette crise que beaucoup d'éleveurs, principalement ceux qui n'avaient que de petits troupeaux, se décidèrent à abattre leur bétail pour livrer leurs champs à l'agriculture *.
Une autre cause qui, au jugement de ces mêmes personnes compétentes, a contribué, en grande partie, à la diminution du stock ovin de la République, consiste dans la grande exportation des moutons, soit sur pied, soit congelés dans les frigorifiques, qui a été beaucoup développée depuis 1889, année où elle atteignit le chiffre de 2 485 949 têtes, pour s'élever, en 1904, à près de S millions.
Mais, jusqu'à nouvel ordre, nous sommes encore à ce sujet dans le domaine de l'hypothèse et il est désirable que les Pouvoirs publics pratiquent une investigation sérieuse, afin de connaître le nombre exact
1. Voir un rapport de la Chambre de Commerce de Barracas al Suz, publié dans La Prensa du 5 mai 1905.
des bêtes à cornes et à laine qui existent dans le pays et profitent à cet effet du prochain recensement national. Alors, l'Argentine saura à quoi s'en tenir, et elle verra si elle peut continuer à pourvoir les marchés étrangers de viande de mouton, sans aucune restriction, ou si elle doit en réduire la sortie, en prohibant pour quelque temps l'exporta tion et l'abattage des brebis, afin de conserver son rang dans la production et l'exportation de la laine.