‹ L'Argentine au 20e siècleChapitre 60 sur 94 · BALANCE COMMERCIALE · texte numérisé non relu

BALANCE COMMERCIALE

Dans un pays comme l'Argentine, qui n'a pas de réserves accumulées et n'est point créancier de l'étranger pour ses placements de capitaux, une balance commerciale favorable, c'est-à-dire la réalisation d'un excédent des exportations sur les importations, présente un intérêt considérable. Or cet excédent a été de 76 millions de piastres or en 1904, et, pour le premier semestre de 1905 il atteint déjà 78 millions de piastres or, ce qui est la meilleure preuve de la continuité d'une période exceptionnellement prospère.

Pour comprendre toute l'importance de cette balance commerciale, il faut avoir présente à l'esprit la situation financière de l'Argentine, qui accuse une dette extérieure de 366499000 piastres or, exigeant chaque année pour son service une somme de 21 894 000 pias-

1. Cf. Memoria del Departemenlo de Hacienda, année 1899, par Joseph-Marie Rosa, t. I, p. 170.

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très, payables naturellement en or. Pour que le pays puisse faire face normalement à ses engagements, il faut donc que le montant total de ses exportations, réglé en or, compense le chiffre qu'il doit payer pour ses importations, et que le solde vienne encore couvrir le service de la dette à l'étranger, les revenus et dividendes des chemins de fer ou autres sociétés anonymes, les frais payés pour les transports maritimes, etc.

Tout ce que nous avons exposé jusqu'à présent indique que les forces productives de l'Argentine sont limitées aux produits de l'agriculture et de rélevage. En dehors de ces deux éléments, on peut dire que le pays ne crée rien, ne transforme rien. Son industrie est dans l'enfance, son commerce intérieur peu développé, sa marine marchande sans importance. Il faut donc, avec le produit de ses exportations agricoles, que le pays se procure tout ce qui lui manque comme objets de première nécessité ou matières premières de toutes sortes. On comprend ainsi l'influence qu'un changement défavorable dans la balance commerciale peut exercer sur les destinées du pays. S'il y a un déficit dans la récolte, il faut trouver quelque part la différence, et, comme l'Argentine n'a pas encore d'épargne lui permettant de vivre sur son propre fonds, c'est donc l'emprunt qui s'impose.

Ainsi, chaque mauvaise récolte contribue à augmenter la dette du pays vis-à-vis de l'étranger, sans préjudice des perturbations monétaires qui peuvent en être la conséquence.

On peut se demander comment, après un certain nombre d'années de bonnes récoltes, l'Argentine ne s'est pas encore constitué cette épargne stable, pouvant servir à amortir le contre-coup d'une mauvaise

année agricole et à faire face aux insuffisances des exportations dans les périodes de vaches maigres. On en trouvera la raison dans l'étude que nous publions plus loin sur les capitaux étrangers engagés en Argentine dans les valeurs d'État, titres de chemins de fer ou autres entreprises publiques ou privées. Suivant notre évaluation, ce chiffre s'élève environ à 1 646 millions de piastres or, représentant pour l'Argentine une sortie annuelle de 94 millions de piastres or comme intérêts, dividendes ou amortissements. C'est par là que s'écoule assurément une grande partie de l'épargne du pays, car on peut dire que l'Argentine, véritable terre internationale, travaille plus pour l'étranger que pour elle-même.

Comme nous le verrons également, cette exode de capitaux se produit encore sous diverses formes, notamment par l'émigration des nationaux ou des étrangers quittant l'Argentine pour aller vivre en Europe. Il n'est pas rare de voir, parmi les familles du pays, certains membres émigrer, après fortune faite, pour jouir de leurs revenus sous d'autres deux. Cette constatation est encore plus générale lorsqu'elle s'applique aux étrangers. L'Italien, par exemple, qui est l'élément d'immigration le plus considérable, a tendance à transformer le produit de son épargne en monnaie de son pays, soit en prévision d'un retour, soit parce qu'il ne trouve pas sur place la sécurité ou la facilité d'un placement mobilier.

Donc, il y a, à l'heure actuelle, au point de vue des capitaux, deux mouvements en sens contraire et parfaitement distincts : l'un, qui fait affluer l'or dans le pays comme paiement des exportations ; l'autre, qui le fait sortir pour le paiement des importations ou la rémunération des capitaux étrangers placés en Argen-

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tine. De ces deux mouvements dérive, aux époques de prospérité, un troisième courant, celui qui porte le capital étranger à venir en Argentine pour s'employer dans des grandes entreprises dues à l'initiative de l'État ou à l'initiative privée *. Mais, si ces entrées de capitaux peuvent correspondre à de nouveaux progrès pour le pays, elles n'intéressent pas cependant d'une façon permanente sa balance commerciale, puisque, finalement, les revenus pouvant en résulter seront encore au bénéfice de l'étranger.

Quel que soit le point de vue auquel on se place, il faut donc toujours en arriver à cette constatation, c'est que toute la vie économique de la République Argentine repose sur les exportations agricoles; sa balance commerciale n'a point d'autre contrepoids servant à compenser l'ensemble de ses dettes pour marchandises ou capitaux vis-à-vis de l'étranger. Depuis dix ans, le solde de cette balance commerciale s'est constamment maintenu en faveur des exportations, et même avec une remarquable progression, à peine interrompue aux heures de crise. Cependant, dix années sont peu de chose dans la vie d'un peuple, et quelque favorables que soient les prévisions d'avenir, il faut toujours tenir compte d'un revirement possible dans la balance commerciale, comme conséquence d'une mauvaise récolte ou d'un grave événement politique. Ce sont là, dans un pays sans capitaux d'épargne, des éventualités qu'il ne faut jamais perdre de vue et qui obligent à entourer de réserves nécessaires toute appréciation sur la situation financière ou économique de l'Argentine.

1. D'après une indication récente fournie au Sénat argentin, le chiffre de ce capital pour ces dernières années ne serait pas inférieur à 75 millions de piastres or.

Les principales industries du pays se rattachent à son agriculture et à son élevage.

Sucreries. — Capitaux engagés dans cette industrie, dont le centre est Tucuman. — Production et exportation. — La crise sucrière. — Raffinerie de Rosario.

Minoterie. — Capitaux engagés dans cette industrie. — Son outillage, moulins à vapeur et élévateurs à grains. — Production et exportation.

Frigorifiques. — C'est actuellement la première industrie du pays. — Énumération des établissements. — Tableau de l'exportation des viandes congelées établi pour chaque société.

— Capitaux engagés dans cette industrie. — Ses développements.

Industrie laitière. — Les grands établissements s'adonnant à cette industrie. — Ses dérivés, beurre et fromage. — Exportation du beurre et développement dont est susceptible cette industrie.

Brasseries. — Principaux établissements. — Production et consommation de bière dans les trois derniers exercices. — Suppression de l'importation étrangère.

Alcools. — Décroissance de cette production.

Tissages et tanneries. —Ces industries n'existent encore qu'à l'état embryonnaire en Argentine, malgré les conditions favorables à leur développement.

Quebracho. — Son centre de production. — Ses applications.

— Compagnies s'adonnant à cette exploitation et leurs résultats. — Valeur du produit et importance des bénéfices à entrevoir pour cette industrie.

Industrie forestière. — Variétés des bois en Argentine. Pêcheries. — Premiers résultats de cette industrie.

L'industrie de la République Argentine se rattache plus ou moins directement à son agriculture

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et à son élevage, qui lui fournissent les matières premières pour la fabrication de divers produits alimentaires. Parmi les industries qui sont ainsi reliées à la production du sol, il faut citer, entre les plus importantes, les sucreries, la minoterie, la conservation des viandes, auxquelles viennent s'ajouter la fabrication du beurre, de l'huile, du fromage, puis la brasserie et la distillerie.

A côté de ces industries, pour la plupart florissantes et qui subviennent aux besoins du pays, il convient d'en mentionner d'autres qui sont encore à l'état rudimentaire, mais semblent appelées dans ce pays à un certain avenir en raison de l'abondance de la matière première : nous voulons parler de la fabrication des tissus de laine et de coton et de celle des cuirs. Nous aurons donc à indiquer aussi les conditions de leur développement.

Sucreries. — Cette industrie a des antécédents assez lointains dans la République Argentine. M. Latzina en fait remonter l'origine aux Jésuites, l'inventaire de leurs biens, qui a été dressé au moment de leur expulsion en 1767, ayant permis de constater l'existence d'un champ de cannes et d'un moulin à sucre.

Malgré son ancienneté, l'industrie sucrière n'a commencé véritablement à compter que vers le milieu du xix e siècle, époque à laquelle elle s'implanta à Tucuman, dont le sol parut favorablement disposé à la culture de la canne. Depuis lors, elle s'est graduellement développée, mais c'est seulement dans ces dix dernières années qu'elle a pris une réelle extension. C'est ce que nous avons exposé, avec chiffres à l'appui, dans le chapitre sur les cultures

industrielles, en faisant connaître à cette occasion la législation qui a réglé cette production.

Actuellement le nombre des sucreries atteint 31 ; elles appartiennent, soit à des sociétés anonymes, soit à des particuliers, représentant ensemble un capital de 48 millions de piastres papier, auxquelles il faut ajouter 30 millions de piastres, valeur de 60000 hectares plantés en canne, à raison de 500 piastres chacun, et 4 200 000 piastres, coût de la Raffinerie Argentine de Rosario, ce qui donne un total d'environ 82 millions de piastres placées dans cette industrie. Les plus puissantes entreprises de sucreries sont entre les mains de M. Tornquist et de M. Hilairet, auxquels le pays est redevable des grands progrès qui ont été réalisés dans cette branche.

Pour résumer la situation de cette industrie, nous rappellerons que le chiffre de la production, pour 1904, a été de 129 471 tonnes, alors que le montant de la consommation totale du pays a été approximativement de 115471 tonnes. Il est donc resté un excédent de 14471 tonnes, à écouler sur les marchés étrangers, et ce chiffre est à peu près le même depuis 1897.

Le solde de la campagne de 1903 a été exporté, en 1904, à concurrence de 18311 tonnes, pour la plus grande partie dans l'Uruguay et en Allemagne, qui en ont consommé respectivement 13073 et 2040 tonnes, le reste, soit 3198 tonnes, ayant été exporté pour di versée destinations.

L'industrie sucrière s'est développée ici, comme dans tant d'autres pays, grâce au système des primes d'exportation, aujourd'hui supprimées. Il y a vingt ans, l'Argentine devait importer pour la plus grande part son sucre d'Europe, soit plus de 100 000 tonnes par année, alors qu'aujourd'hui elle produit bien au-

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delà de sa propre consommation, et c'est elle au contraire qui doit exporter son excédent de fabrication.

Si rapides que furent les progrès signalés, ils n'ont pas eu lieu, cependant, sans amener quelques mécomptes, en raison de l'excès de production. A la suite de la crise sucrière en 1896-97, qui occasionna la fermeture de plusieurs usines, des essais de règlement intervinrent, à l'initiative des principaux fabricants. Aujourd'hui, il existe un syndicat qui règle la production dans les limites de la consommation et de l'exportation et sert de comptoir de vente pour toutes les usines.

L'industrie sucrière de Tucuman a, comme annexe, la grande Raffinerie de Rosario, qui reçoit le sucre brut de Tucuman et lui fait subir les diverses manipulations de cristallisation et de blanchiment. Sa production pendant la dernière campagne agricole de 1904-1905 a été de 25482000 kilogr. de sucre raffiné contre 28 362 000 kilogr. dans le précédent exercice.

Minoterie. — La minoterie a suivi la même marche que l'industrie sucrière. Bien qu'elle ait été implantée dans le pays depuis le xvi e siècle, elle ne s'est réellement développée que dans ces vingt dernières années. Avant cette époque, l'Argentine s'approvisionnait en partie au Chili, car sa production n'avait pas progressé dans la mesure de sa population. Actuellement, la situation s'est complètement modifiée depuis les énormes progrès imprimés à l'agriculture; non seulement la production de farine suffit aux besoins du pays, mais il s'est créé encore, depuis 1878, un mouvement d'exportation se chiffrant par 39 000 tonnes en 1902, 72000 tonnes en 1903 et 107298 tonnes en 1904. C'est le Brésil qui est, pour ce produit, le

meilleur client de l'Argentine. En 1904, il reçut 84119 tonnes. La Grande Bretagne est son second client, avec 14 811 tonnes, en 1904.

On estime entre 6 ou 700 le nombre des moulins de la République Argentine, et le capital qu'ils représentent serait de 25 à 30 millions de piastres. Buenos Ayres en compte deux, qui ont été installés dans ces dernières années sur le modèle de ceux des États- Unis. Ils sont situés sur les terrains du port Madero et comprennent un outillage d'une grande puissance, avec élévateurs à grains, silos et magasins. L'un appartient à la Société Belge de Minoterie à vapeur ; sa capacité est de 120 à 140000 tonnes. L'autre, pouvant produire 80000 tonnes, a été construit par les soins de deux grandes Compagnies de Chemins de fer, le Buenos Ayres-Rosario et le Central Argentin. Nous avons vu que des installations non moins importantes vont être effectuées à Rosario par l'en-, treprise française qui est concessionnaire du port.

Frigorifiques, — Parmi toutes les industries de l'Argentine, celle des frigorifiques pour la conservation des viandes par la congélation occupe le premier rang. Elle tend à remplacer peu à peu, sur les marchés de l'exportation, les saladeros préparant des viandes salées, auparavant la seule industrie du pays se rattachant à l'élevage. Celle-ci s'exploitait principalement dans les Provinces de Buenos Ayres, Santa Fé, Entre Rios et Corrientès.

Les établissements frigorifiques sont les suivants : Compagnie Sansinena de viandes congelées, au capital de 3 millions de piastres or, dont les usines dénommées La Negva sont situées à Buenos Ayres et à Bahia Blanca, à l'endroit dit Cuatreros.

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The River Plate Fresh Méat C°, au capital de ,2 268000 piastres or, dont les établissements sont situés dans la Province de Buenos Ayres.

Las Palmas Produce C° fait partie de la société James Nelson et C°, au capital de 2 500 000 piastres or dont le siège d'exploitation est à Gampana.

La B/anca, au capital de 1 500 000 piastres or, établie à Buenos Ayres.

The La Plata Cold Storage C°, au capital de 2019024 piastres or, située à La Plata.

On a inauguré récemment à Zarate un autre frigorifique, propriété de la Société The Smithfield and Argentine Méat C°, dont les installations mécaniques permettront d'abattre 150 bœufs et 600 moutons par jour. Son capital est de 1 000000 piastres or.

A ces établissements, on peut ajouter celui des Produits Kemmerich pour la fabrication de l'extrait de viande. Son capital est de 12 millions de francs, et son siège d'exploitation à Santa Elena, dans la Province d'Entre Rios. Cette société possède 290 lieues carrées de terres, 340000 bêtes à cornes, 20000 chevaux et 50000 moutons.

Les chiffres d'exportation des établissements frigorifiques ont été respectivement les suivants (voir le tableau ci-après) pour les six dernières années et les neuf premiers mois de 1905. On verra par là l'énorme développement pris dans ces dernières années par l'exportation des quartiers de bœuf.

Exportation de viandes congelées (années 1899 a 1905).

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viandes congelées.

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MOUTONS ENTIERS

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Janvier à octobre 1904 Janvier à ootobre 1905

MOUTONS ENTIERS

QUARTIERS DE BOEUFS

MOUTONS ENTIERS

QUARTIERS DE BOEUFS

224 L'ARGENTINE AD XX e SIÈCLE

On évalue à 22249124 piastres or les capitaux investis dans l'industrie des Frigorifiques, en y comprenant le capital-actions et le capital emprunté. Quant à leurs profits, on peut en juger par les dividendes qu'a distribués la plus importante de ces sociétés : les Établissements Sansinena ont donné, en 1902, jusqua 50 p. 100, à la suite de bénéfices exceptionnels réalisés par les ventes de bétail dans l'Afrique du Sud, durant la guerre du Transvaal. En 1905, le dividende de cette société a été fixé à 10 p. 100.

Une autre cause de développement pour cette industrie a été la fermeture des ports anglais à l'exportation du bétail vivant, par crainte de la fièvre aphteuse. C'est à la faveur de cette interdiction que les frigorifiques ont conquis le marché anglais où s'écoulent aujourd'hui la majeure partie de leiirs'ptoduits au lieu et place du bétail en pied. Des démarches ont été faites, en ces derniers temps pour la réouverture des ports anglais sous la promesse de mesures sanitaires; mais elles ne paraissent pas devoir aboutir, en raison des protestations de l'éle vage anglais comme aussi des Sociétés frigorifiques, qui ont été créées, pour la plupart, avec des capitaux venus d'Angleterre.

Industrie laitière. — Parmi les industries se rattachant à l'élevage et qui, sans avoir la même importance, ont cependant une certaine marge de développement, nous citerons la laiterie et ses dérivés, la fabrication du beurre et du fromage.

L'Argentine ayant importé sur son sol cl'excellentes vaches laitières du type Durham ou hollandais, obtient des produits de toute première qualité.

De grands établissements, dont l'un, La Martona,

est une société anonyme, ont été créés pour approvisionner de lait la ville de Buenos Ayres. On évalue le débit journalier, sur le comptoir de La Martona, à 10 000 verres, celui de La Marina, à 6 000 verres, et celui de La Granja B lança, à 10000 verres. Tous ces chiffres approximatifs s'appliquent à la période d'été. La vente au comptoir, par litres, pour la consommation des familles et la distribution à domicile faite par ces établissements, de même que le débit de vacheries établies dans la ville et celui des nombreux laitiers qui reçoivent le lait par chemin de fer, ne sont pas compris dans ces chiffres.

Quant au beurre et au fromage, on estimait, lors du recensement de 1895, à 357 le nombre d'établissements s'adonnant à cette industrie. En ce qui concerne le premier de ces produits, non seulement l'Argentine suffit à ses propres besoins, — ce qui n'était pas le cas il y a dix ans, — mais encore, elle en fait aujourd'hui une exportation assez considérable en Angleterre, au Brésil et aussi dans l'Afrique du Sud.

Afin que le lecteur puisse avoir une idée de l'avenir qu'a devant elle l'industrie du beurre, il nous suffira de lui présenter les données suivantes :

D'après le recensement national de 1895, il existait dans la République Argentine 22 millions d'animaux de la race bovine, dont seulement 1 200000 figuraient comme vaches laitières, celles-ci d'une valeur d'au moins 7 millions de piastres or. La fabrication du beurre et du fromage, la première spécialement, était fort restreinte, et les tableaux statistiques de 1895 ne mentionnent qu'une exportation de 494 000 kilogr. Mais l'impulsion était donnée et les efforts combinés des agriculteurs et des éleveurs, pour l'amélioration

l'argentine AU XX e 8. **

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de la race bovine, allaient imprimer à la fabrication du beurre un élan extraordinaire.

Voici les chiffres de l'exportation du beurre, de 1895 à 1904:

Nombre Valeur

de tonnes en milliers

Années. exportées. de piastres or.

Ces chiffres sont assez satisfaisants ; cependant, ils sont loin de représenter ceux qu'il est possible d'entrevoir pour l'avenir, lorsque le raffinement des races et l'établissement de nouvelles crémeries permettront l'exploitation du beurre sur une échelle beaucoup plus vaste.

Dans le stock actuel de 30 millions d'animaux de la race bovine, il devrait y avoir une proportion d'au moins 15 p. 100 de vaches laitières, soit 12 millions, ou, au minimum, 8 millions. Calculant un rendement moyen journalier de 10 litres de lait par vache, estimé, sous sa forme primitive ou bien sous celle de beurre ou de fromage, à 20 centimes par litre, l'on obtient une somme de 1 600 000 francs par jour, ou 575 millions par an.

Toutefois, le problème ne consiste pas à connaître si l'Argentine pourra produire cette quantité de beurre, mais bien à savoir à qui elle pourra le vendre, attendu qu'en Amérique elle n'a pas d'autre client que le

Brésil, et, qu'en Europe, elle doit lutter contre la concurrence de nations comme la Suisse ou la France s'adonnant à cette même industrie.

Quant au fromage, nous ne le citerons que pour mémoire, vu que sa production est à peu près limitée aux besoins locaux. L'établissement le plus important, dans ce genre d'industrie, est celui que possèdent, à l'estancia San Pascual del Moro, MM. A. et R. Luro, où l'on fabrique le « moro », une imitation du fromage romain, dont la colonie italienne fait une grande consommation.

Brasseries. — Bien que ne se rattachant pas directement aux cultures de son sol, puisque l'Argentine ne produit pas de houblon et très peu d'orge, nous mentionnerons cependant l'industrie de la brasserie, comme l'une de celles qui, actuellement, prospèrent dans la République. Elle est exploitée par plusieurs sociétés anonymes, dont la plus importante, due à l'initiative de M. Bemberg, est la Brasserie Argentine de Quilmes, société française au capital de 600 000 piastres or, plus 200000 piastres d'obligations, et qui fabrique environ 180000 hectolitres sur les 380000 que consomme le pays. Viennent ensuite, avec des chiffres de production beaucoup moindres, la Société JBieckert, au capital de 1814 400 piastres or, dont la production a été de 61336 hectolitres en 4904; la Société Cerveceria Palermo, au capital de 1500000 piastres papier, qui a fabriqué 57 486 hectolitres; la Société Rio Segundo, au capital de 1 million de piastres papier, dont le siège se trouve dans la Province de Côrdoba, et qui produit 19355 hectolitres ; enfin la Fabrica National de Cerveza, au capital de 600 000 piastres or, qui a livré à la consommation 24570 hectolitres.

228 L'ARGENTINE AU XX e SIÈCLE

Voici les chiffres de production, dans les trois dernières années, des 32 brasseries existant en Argentine, avec l'indication de la consommation dans la même période :

Production . Consommation .

1902 27 900 702 litres 26 666 778 litres

Total 97 620 643 litres 95 665 584 litres

La production nationale a remporté une victoire complète sur l'importation étrangère qui est devenue insignifiante, et, de plus, elle a réussi à développer et à populariser dans le pays la consommation du liquide cher à Gambrinus, qui, il y a dix ans, était encore une boisson de luxe. On doit seulement regretter que l'agriculture, dont le développement dans ces dernières années a été considérable, n'ait pu encore libérer la brasserie de l'obligation de recourir à l'étranger pour le malt, produit de l'orge qui est la matière première de sa fabrication. Jusqu'à présent, suivant Girola, les orges indigènes sont très peu employées, parce qu'on ne les apprécie pas comme elles devraient l'être, et, d'un autre côté, les cultivateurs n'ont pas assez soigné la production de bonnes orges à bière. Il faut espérer que cette situation se modifiera promptement et que, dans les nombreuses vallées fertiles de l'Argentine, l'on apportera la plus grande attention à la culture de l'orge et à son développement.

Alcools. — La production de l'alcool, contrairement aux autres productions industrielles, est en pleine décroissance, son chiffre actuel étant de 155000 hec-

tolitres, alors qu'en 1897 il était de près de 300 000 hectolitres. 11 faut dire que l'impôt, qui était primitivement de 7 centavos par litre, a été porté, en 1898, à 1 piastre, soit près de cinq fois le prix coûtant de l'alcool.

Tissages et Tanneries. — En terminant cet exposé des principales industries du pays se rattachant soit à l'agriculture, soit à l'élevage, il nous paraît intéressant de signaler celles qui ne sont encore que fort peu développées, mais qui, les circonstances aidant, pourraient prendre plus d'essor.

Avec les progrès de la culture du coton et l'approvisionnement facile en laine, il semble qu'un grand nombre de manufactures pour la fabrication des tissus pourraient vivre et prospérer en Argentine. Mais la cherté de l'outillage et du charbon qu'il faut faire venir de l'étranger, comme aussi le manque de maind'œuvre, ont paralysé jusqu'à présent l'extension de ces industries primordiales.

La tannerie doit également, avec le temps, occuper une place autrement importante que celle qu'elle tient à présent, étant donnée l'abondance de la matière première, les cuirs, et la présence du « quebracho », la meilleure des substances tannantes. Pour expliquer l'état stationnaire de cette industrie, il faut savoir qu'elle exige un important fonds de roulement, les cuirs devant rester en fosse pendant plusieurs mois; or, il faut pour cela disposer de capitaux à bon marché, ce qui n'est pas encore le cas pour l'industrie dans l'Argentine.

Quebracho. — Nous devons assigner une place toute spéciale, étant donné ses perspectives d'avenir,

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à l'industrie qui exploite les rondins de « quebracho » pour les convertir en traverses de chemins de fer, ou pour en extraire le tannin.

Le quebracho rouge se trouve éparpillé à profusion dans les centaines de lieues carrées de la contrée connue sous le nom de Chaco, située entre les 24 e et 28 e degrés de latitude nord et les 59 e et 64 e degrés de longitude ouest, et, en outre, dans les Provinces de Santa Fé, Santiago de l'Estero et Corrientès. Le quebracho du Chaco est supérieur à celui de Santiago, qui a le défaut de venir dans des terrains salpêtreux où il n'acquiert pas de grandes dimensions. Celui de Tucuman est bon, parce qu'il vient dans un terrain humide où il se développe et acquiert beaucoup de sève. Le quebracho rouge du Chaco Austral est le plus riche du pays en substances tannantes; d'après une analyse faite aux États-Unis, il contient 30 p. 100 de tannin, tandis que celui de Santa Fé n'en a pas 26 p. 100.

Bien que le quebracho, soit parfaitement imputrescible et puisse être employé comme bois de construction ou pour la fabrication des traverses, c'est surtout pour l'extraction du tannin qu'on l'exploite» parce qu'on y trouve plus davantages. Pour une traverse, il faut un beau rondin, beaucoup de temps et de main-d'œuvre, sans compter la perte de bois, tandis que pour sortir l'extrait, on peut employer n'importe quel rondin. Aujourd'hui, la traverse, mise sur wagon, vaut 3 piastres 50, alors que, convertie en extrait de tannin, on en retire trois fois plus. C'est pour cette raison que les principaux établissements qui exploitent cette richesse forestière ont abandonné la préparation des traverses, ce qui a obligé de leur côté certaines Compagnies de chemins

de fer, comme par exemple l'Ouest de Buenos Ayres, à se contenter de la traverse en fer.

Jusqu'à ces derniers temps, on sciait le bois de quebracho en grandeé pièces rondes ou équarries, que Ton envoyait à l'étranger, principalement en Allemagne, où Ton en retirait l'extrait de tannin. Durant les cinq années de 1899 à 1903, on exporta 1 044 000 tonnes de rondins ; en 1903, 200201 tonnes, et, en 1904, 252 723 tonnes. Mais, à présent, diverses compagnies argentines et étrangères se sont formées, avec de grands capitaux, pour convertir le bois en extrait de tannin et l'envoyer sous cette forme à l'étranger.

Ces compagnies sont : la Compania Forestal del Chaco, au capital de 4 millions de piastres papier, avec deux usines établies, Tune à Las Toscas, dans la Province de Santa Fé, qui produit mensuellement 1000 tonnes d'extrait; l'autre, à Calchaqui, dans la même Province, qui produit 600 tonnes par mois. Ces usines ont été installées avec un matériel de provenance allemande.

La prospérité de cette Compagnie est tellement grande que, bien que n'ayant élaboré dans ses deux usines que 42000 tonnes d'extrait, au lieu de 36000, comme elle aurait pu le faire, elle a réparti, pour Tannée 1904, un dividende de 42 p. 100. Comme, cette année, elle se propose d'atteindre le maximum de la production que ses installations lui permettent, le dividende prochain atteindra vraisemblablement un chiffre fort élevé.

Une autre fabrique de tannin, pouvant produire 250 tonnes d'extrait, a été établie, par MM. Herwig Frères, à Pehuajô, Province de Corrientès.

La Compania Induslrial del Chaco vient aussi de

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monter, à Resistencia, une usine pouvant produire 300 tonnes d'extrait par mois.

La Compagnie El Quebracho est la dernière des sociétés qui se soient établies pour exploiter cette industrie, et elle a également débuté sous d'heureux auspices au point de vue du rendement financier. Ses établissements sont installés à Fives-Lille, Province de Santa Fé, dans les champs de la « C ie des Produits Kemmerich » ; ils ont été montés avec les machines les plus perfectionnées de provenance allemande. Le capital de cette entreprise s'élève à 160000 piastres or et Ton espère le regagner en bénéfices, dès les premières années. La production mensuelle est de 450 tonnes d'extrait.

La Mocovi Tanning Company, fondée au capital de 300 000 piastres or, possède une usine à 20 lieues à l'Est de Los Amores (Province de Santa Fé) et produit 300 tonnes d'extrait par mois.

La firme Hardy et C ie exploite à Las Palmas, près de Resistencia, une usine qui a coûté 250000 piastres or, et qui produit mensuellement 200 tonnes d'extrait.

La Formosa, exploitation de forêts et fabrique de tannin, est au capital de 1 million de piastres or. Cette compagnie dispose de 96 lieues carrées de bois, dans lesquels on estime qu'il existe 2 millions de tonnes de quebracho. Elle se propose d'installer une usine capable de produire 15000 tonnes de tannin par an.

La Compania Azucarera de Resistencia, au capital de 258 000 piastres papier, produit 80 tonnes d'extrait de tannin par mois, et celle de M. Benito Pinasco, située à Guaycurû, sur la ligne du chemin de fer de Santa Fé à Rosario, en produit 30 tonnes.

En plus de ces usines, MM^ Charles et Joseph Ca-

sado, Argentins propriétaires de 2 800 lieues carrées de terres dans le Chaco paraguéen, ont établi deux usines, Tune à Puerto Casado, et l'autre à Puerto Sastre, qui produisent, respectivement, 500 et 1 000 tonnes d'extrait.

La moyenne de rendement du bois de quebracho est de 25 p. 100 d'extrait; mais, comme il contient une quantité de matières colorantes et résineuses, qu'il convient de séparer durant l'élaboration pour obtenir un bon produit, le rendement net est de 22 à 23 p. 100 d'extrait solide, avec 20 p. 100 d'eau, laquelle contient de 70 à 73,5 p. 100 d'oxyde tannique, c'est- à dire de tannin pur.

Le système employé pour obtenir l'extrait de tannin est basé sur la diffusion. D'abord, on réduit le bois en poudre au moyen de machines à fabriquer la sciure de bois ou coupeuses, dans lesquelles on place les rondins entiers. Ensuite, lorsque le bois est converti en sciure, on le fait passer dans les extracteurs ou diffuseurs, qui séparent la cellulose du tannin, lequel enfin se concentre dans des appareils pneumatiques, à la teneur demandée par le marché.

Durant les cinq années, de 1899 à 1903, on a exporté 34 578 tonnes d'extrait, en 1903, 12 040 tonnes, et, en 1904, 20 111 tonnes. L'Allemagne et les États-Unis sont les pays qui consomment le plus d'extrait de quebracho; de l'exportation faite durant cette période, 12 013 tonnes ont été expédiées à la première de ces nations, et 13 868 à la seconde. La statistique estime à 3457814 piastres or (17289000 fr.) la valeur de l'extrait de quebracho produit pendant ces cinq années.

Mais ces chiffres, qui paraissent importants, sont cependant modestes, comparés à ceux que présentera

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sous peu l'exportation de ce produit, dès que le nombre d'usines aura augmenté et que Ton exploitera, sur une plus grande échelle, les centaines de lieues de forêts de quebracho qui existent dans l'Argentine. Les progrès s'accompliront, malgré les droits élevés que pourraient imposer quelques nations à l'entrée de ce produit, parce qu'une industrie qui donne, en un an, des bénéfices de 42 et jusqu'à 60 p. 100, peut bien supporter facilement ces droits et même d'autres encore, alors surtout qu'il s'agit d'un produit qui a fort peu de concurrents sur le marché international et que recherchera le consommateur malgré les charges fiscales.

Industrie forestière. — Une industrie qui se rattache également à la richesse forestière argentine est celle ayant pour objet d'exploiter les bois riches et variés existant dans diverses régions de l'Argentine, notamment dans les forêts du Chaco et de Formosa.

La variété des bois de prix que l'on y rencontre est étonnante. On en a classé dernièrement jusqu'à trente-trois sortes, toutes bonnes pour l'industrie. Les voici : ybirâ hû (bois noir), acajou (jacarandà), lapacho noir, payaguâ orangé, guapunu, guaviyû, catiguâ rouge, arazâ guazû, quebracho rouge et blanc, urunday, lapacho jaune ou taisagû, mora, laurier noir ou ayui hû, laurier jaune ou ayui saigû, palétu vier noir ou ibopé hû, cumpai ou cebil, espiniilo (épine) de Santa Fé (qu'il ne faut pas confondre avec le nandubay de Corrientès et de l'Entre Rios, qui n'existe pas au Chaco), palo rojo (bois roux) ou ibirâ puité, palo blanco (bois blanc) ou ibirâ moroti, palo ribera ou ibirà itâ, palo amargo ou iberâ rô, timbo

rouge et blanc, tatané, guayaibi, épine de couronne et cedrillo (petit cèdre).

Pour exploiter cette richesse forestière, il vient de se former une Société Anonyme intitulée Quebrachales Chaquenos, au capital de 4 millions de piastres papier (8800000 fr.), qui se propose d'établir deux scieries importantes au Chaco. Cette compagnie possède actuellement 250 lieues carrées de forêts et pense augmenter son domaine par de nouvelles acquisitions.

Pêcheries. — Enfin, quittant la région des forêts pour entrer dans celle des eaux, nous mentionnerons une autre industrie, pour le moment sans importance dans l'Argentine, mais qui paraît susceptible de quelque développement, c'est celle de la pêche maritime.

Possesseur d'une immense étendue de côtes baignées par les mers australes, l'Argentine dispose là des richesses appréciables, qui n'avaient été exploitées, jusqu'à ce jour, que sous une forme modeste et presque clandestine, mais qui maintenant commencent à attirer l'attention, au grand profit du pays et de ceux qui se sont lancés dans cette entreprise.

Pendant l'hivernage dans les mers antarctiques de l'expédition du professeur Nordenskjold, le capitaine Larsen a pu se rendre compte des grandes richesses, d'une exploitation facile et rémunératrice, que contiennent ces eaux; aussi, à son arrivée à Buenos Ayres, s'est-il mis en rapport avec un groupe de capitalistes argentins, qui ont résolu de constituer, dans ce but, une société anonyme, sous le nom de La Pesca, au capital de 160000 piastres or.

Le résultat de la première campagne de pêche a été si productif, et le nombre de baleines harponnées et

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rl> jMViVs a été si grand, que, suivant un rapport qui nous t*$l communiqué, cette société se trouve, dès la première année en mesure de rendre en dividendes to montant du capital versé par les actionnaires.

Naturellement, un pareil résultat ne peut qu'attirer de nouveaux armateurs pour exploiter cette richesse, et celle-ci à son tour viendra augmenter et développer celle de l'Argentine, donnant en même temps au pays un personnel formé aux rudes labeurs de l'Océan Glacial, personnel dont sa naissante marine de guerre a grand besoin.

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