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BOURSE

La première Bourse de Commerce, ou pour mieux dire, la première institution en remplissant les fonctions — car on ne peut pas donner le nom de Bourse à ce qui exista primitivement à Buenos Ayres, — fut inaugurée en 1810, sous le titre de « Sala de Comercio )). Elle se composait exclusivement de membres de la collectivité anglaise, et, en outre des avantages propres à ce genre d'établissements, leur offrait encore l'attrait d'une bibliothèque bien fournie.

Les documents consultés ne disent pas jusqu'à quelle époque cette institution subsista, si elle ouvrit plus tard ses portes à l'élément argentin, ni si, transformée depuis, elle servit de base pour organiser la Bourse telle qu'elle est actuellement. La seule chose certaine, c'est qu'en juillet 1854 les premiers membres de l'Association se réunirent rue San Martin, pour y fonder la Bourse, dont l'inauguration eut lieu le 1 er décembre suivant.

Avant cette fondation, il existait un groupe intitulé « Sociedad Particular de Corredores », que l'on surnomma Camuaii et qui s'occupait de transactions mercantiles.

La Bourse fonctionna dans son local primitif jusqu'en 1862, époque à laquelle elle s'installa dans un autre bâtiment de la même rue, actuellement occupé par la Caisse de Conversion.

Quelques années plus tard le local étant trop exigu, on projeta d'en construire un autre beaucoup plus vaste, pouvant suffire aux besoins, toujours

croissants, de l'institution. En Tannée 1881 eut lieu une assemblée générale extraordinaire, dans le but de former une entreprise pour la construction d'un édifice destiné à la « Sociedad Boisa de Comercio ». Mais ce n'est qu'en 1883 que celle-ci fut organisée, et acquit l'emplacement où s'élève aujourd'hui la Bourse; son inauguration officielle eut lieu deux ans plus tard, en 1885.

Depuis lors, la Bourse de Commerce a suivi une ère de prospérité continue; elle est aujourd'hui le premier centre commercial de l'Amérique latine. L'influence qu'elle exerce sur la vie commerciale et économique de la République est considérable. C'est le seul établissement de ce genre ayant la personnalité juridique, ouvert à toutes les transactions mercantiles et établissant, sous l'effet de l'offre et de la demande, les prix des produits du travail ou du commerce. Ayant le pouvoir de fixer une valeur aux choses par les cotes de la monnaie fiduciaire, elle est, plus que n'importe quelle autre institution, exposée à s'écarter de ses fonctions, mais elle porte en elle-même, par son admirable organisation, les moyens de réparer ses propres erreurs, et de redevenir le fidèle régulateur des prix et des valeurs.

Le plus éloquent commentaire touchant l'importance des opérations effectuées par la Bourse de Commerce, c'est encore la simple exposition de leur montant à diverses époques, car on constate ainsi l'énorme développement qu'elles ont pris dans un temps relativement court. En 1886, le montant des affaires liquidées s'élevait à 173 millions de piastres papier; en 1887, à 254 millions; en 1888, à 432 millions; en 1889, à 469 millions. Le total de toutes les opérations liquidées ou non liquidées, au comptant et à terme,

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effectuées durant les années 1890 et 1891, atteignit, pour la première, 18 milliards, et, pour la seconde, 7 milliards de piastres papier.

Ces chiffres, dans leur simplicité, révèlent l'histoire d'une période intéressante de la vie financière du pays. La vague de spéculation qui fit tourner toutes les têtes, commença à s'élever par bonds dès 1887, pour arriver en 1891 à sa plus grande hauteur, et se résoudre ensuite en écume, après avoir brisé des institutions de banque fortement enracinées, compromis le crédit national, changé en tristes réalités de brillantes illusions et semé la ruine et la désolation dans plus d'un foyer. Après la catastrophe, le chiffre d'affaires ne tarda pas à baisser, et nous le voyons alors, d'une année à l'autre, descendre violemment, de 18 milliards en 1890, à 3376 millions en 1895 et à 835 millions en 1900, année où se produisit un fait destiné à exercer une influence bienfaisante sur la vie économique du pays.

Dans ce chiffre de 835 millions de piastres papier pour les opérations de Bourse en 1900, celles sur l'or y figuraient pour 774 millions de piastres papier, correspondant aux 334 millions de piastres or négociées, alors qu'en 1899, toutes les transactions faites dans la mêmç Bourse, s'étaient encore élevées au chiffre respectable de 1 295 millions de piastres papier, dont 1234 millions pour les opérations sur l'or. D'une année à l'autre, le montant global des opérations de bourse avait donc diminué de 460 millions de piastres papier.

La cause principale de cette notable diminution fut la loi dite « de conversion monétaire ».

Cette loi, qui est en vigueur depuis 1900, a fixé un prix de 44 centavos or pour la future conversion de

la monnaie fiduciaire et a établi que la Caisse de Conversion recevrait de For et livrerait du papier, et vice versa, à ce même taux, équivalant à 227,27 p. 100. L'effet de cette réforme fut donc sinon de détruire, du moins de limiter considérablement la spéculation effrénée, qui se faisait sentir spécialement sur la valeur de la piastre papier.

La spéculation sur l'or étant supprimée, le volume des opérations traitées à la Bourse de Commerce de Buenos Ayres a été s 'amoindrissant de plus en plus, jusqu'à tomber, en 1904, au chiffre de 424 millions de piastres papier, dont 211 360 pour le métallique. Toute l'activité des spéculateurs se concentre aujourd'hui sur les opérations en titres hypothécaires et en actions de diverses sociétés, qui représentent pour chacune de ces deux catégories de titres, un mouvement d'environ 187 millions de piastres papier.

Après avoir montré la phase nouvelle dans laquelle est entrée la Bourse de Buenos Ayres, il convient maintenant d'étudier son organisation et ses usages d'après le règlement donné à cet établissement.

D'abord, il est bon de remarquer que la Bourse de Commerce de Buenos Ayres n'est pas une institution officielle, mais bien un établissement particulier, fondé et soutenu par la société anonyme « Boisa de Comercio », reconnue comme personnalité juridique par le Gouvernement.

A rencontre de ce qui a lieu dans d'autres Bourses, principalement à New York, le nombre des sociétaires est illimité à Buenos Ayres, et varie suivant les époques. Après avoir été de 2959 en 1886 et de 4901 en 1891, il n'est actuellement (en mai 1905) que de 3709. Pour devenir membre de la Bourse, il suffit

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d'être présenté par deux sociétaires, admis par la Chambre Syndicale et de payer un modique droit d'entrée, en plus d'une cotisation annuelle.

D'après ses statuts, la Bourse de Commerce a poui but « d'offrir un point de réunion à ses associés pour y traiter toutes sortes d affaires licites et pour faciliter et traiter toutes opérations commerciales, en leur donnant la sécurité et la légalité ». Elle exerce, en outre, la représentation du commerce et de la production en général, devant les autorités du pays et les entreprises particulières, soutient les pétitions relatives à leurs intérêts, afin que les lois en projet, ou celles que l'on adopte, soient équitables et favorisent le développement des transactions commerciales. Son but est également d'arriver à l'unité des usages commerciaux et de prendre des initiatives, en cas de besoin, sur toutes les questions économiques qui peuvent intéresser le commerce en général.

La direction de l'association est exercée par la Chambre Syndicale de la Bourse, chargée de la représentation générale et officielle de l'institution. C'est cette autorité qui permet ou non la cote officielle de toutes valeurs, actions ou titres de crédit, émis suivant les lois du pays où ils ont été créés et par des sociétés légalement constituées.

Les fonctions d'agent de change ne peuvent être remplies que par des personnes préalablement autorisées par la Chambre Syndicale de la Bourse, après l'accomplissement de certaines formalités, établissant que l'on a atteint la majorité, que l'on a exercé le commerce, que l'on jouit d'une bonne réputation, ce qui doit être garanti par trois commerçants d'une responsabilité notoire. Le nombre de ces agents est illimité et peut être augmenté ou diminué suivant les

circonstances. Actuellement (mai 1905) leur nombre est de 385. Ils ne sont pas tenus de fournir caution, ni de faire aucun dépôt de garantie avant d'entrer en fonctions ; il suffit qu'ils paient une modique cotisation mensuelle.

Le règlement de la Bourse contient des dispositions sévères contre les agents de change qui viendraient à enfreindre quelques-unes des nombreuses prohibitions les concernant, telles qu'accepter des ordres de commettants dont l'identité ne leur aurait pas été justifiée, de personnes d'une insolvabilité reconnue et d'incapables, ou de servir d'intermédiaires dans des négociations au sujet desquelles il y a lieu de suspecter que les parties ne procèdent pas sérieusement. Les agents de change qui encourraient cette responsabilité ou d'autres, ainsi que ceux qui ne font pas honneur à leurs engagements, sont suspendus par la Chambre Syndicale de la Bourse. Depuis 1876 jusqu'à ce jour, le nombre des agents de change déclarés en faillite par cette autorité — ceci n'a rien à voir avec le Gode — s'élève à 325.

Toutes les opérations doivent être déclarées à haute voix par l'agent de change à l'annotateur, afin que celui-ci les inscrive au tableau noir de la corbeille. Ensuite, le vendeur et l'acheteur doivent échanger leurs bordereaux pour que l'opération soit définitivement validée. En outre, les transactions effectuées à la corbeille, aux heures officielles, sont transcrites du tableau noir au journal des opérations, avec les prix, ces derniers devant être également publiés dans le Boletin de la Boisa de Comercio. La liquidation des opérations effectuées se fait par l'entremise de la Chambre Syndicale, à l'aide du Bureau de Liquidation, sous la direction d'un liquidateur officiel, nommé

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en assemblée générale des agents de change, lequel perçoit un tant pour cent sur la liquidation qu'il effectue 1 .

Telles sont les principales dispositions de la charte organique qui réglemente les opérations de Bourse à Buenos Ayres, et tels sont ses rouages. Voyons maintenant quel a été le montant des opérations durant la dernière décade et comment elles se décomposent :

Années Piastres papier

Total piastres papier 9 937 548 441

Sur ce total, un montant de 8 724 millions, ou 87 p. 100, s'applique aux opérations sur le métallique, dont s'alimentait la spéculation, jusqu'à ce que la loi de conversion de 1899 vînt arrêter les variations de la monnaie financière. Si cette loi n avait pas pro duit d'autres effets, celui-là suffirait déjà, à lui seul, pour la déclarer bienfaisante au point de vue de l'intérêt national.

Les titres hypothécaires occupent le second rang dans les cotes de la décade ; ils représentent une

1. Le courtage est de 1/4 p. 100 pour la vente ou l'achat de titres de Rente, actions, obligations, etc., payable sur le montant nominal. De plus les opérations de Bourse sont frappées d'un impôt de 1/2 p. 1 000.

somme totale de 563 millions de piastres, soit à peine 5 p. 100.

Étant dominée par l'esprit de spéculation, qui se portait presque exclusivement sur le métallique, la Bourse n'avait pas le temps de s'occuper des transactions sur d'autres titres. C'est ainsi que les fonds publics forment une somme de 326 millions de piastres, c'est-à-dire à peine le 3 p. 100 du total. Les actions et obligations de diverses sociétés viennent enfin à Tavant-dernière place, avec 293 millions de piastres. Les actions et obligations de banque figurent pour le chiffre insignifiant de 31 millions de piastres.

La valeur nominale de tous les titres cotés à la Bourse de Commerce de Buenos Ayres en 1904 s'élevait à 462 millions de piastres papier et 58 millions de piastres or et se décomposait comme suit :

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