LA CHENAIE SECHE DU PLATEAU DES GAIZES
Favorisé par l'abondance des précipitations, le draînage des eaux et leur pénétration en profondeur, le CHENE-ROUVRE constitue le fondement des futaies du plateau. Il est communément accompagné du charme, du. bouleau gris et noir (Betula Verrucosa) d'une partie seulement de ses satellites euatlantiques habituels, de trois plantes typiques de la flore de
basse montagne, la luzule, la grande digitale et l'airelle. Lorsque le
traitement est celui du taillis sous futaie — traitement le plus fréquent dans . l'ensemble de la forêt — le chêne sessile s'agrémente du tilleul, de l'érable,
du merisier sauvage et du noisetier, largement répandus et peu sensibles , aux variations des facteurs édaphiques. N'oublions pas la présence du
pin sylvestre et du sapin pectiné, limitée d'ailleurs aux triages les plus
secs. À l'ombre des taillis denses dans lesquels la lumière pénètre diffi-
cilement, le tapis végétal s'appauvrit pour ne laisser subsister que des
fougères, des grandes hypnacées HRrobnees ou même Parois un épais
manteau de lierre.
PROPORTION DES ESSENCES DANS LA FUTAIE. — Les statistiques forestières établies par Daubrée font ressortir la prédominance du chêne. Les chiffres cités en référence ont Da évolué depuis le début du XX siècle. Toutefois, dans le canton de Sainte-Menehould, déduction faite des quelques boqueteaux de pins installés sur le talus des craies, ils doivent être sensiblement modifiés au profit des résineux de Servon et de la Grange-aux-Bois, au détriment du chêne et du charme, ceux-ci ayant temporairement disparu, pour une cinquantaine d'années, de la section centrale de la zone de guerre — Bois de la Gruerie, de la Harazée et du Four de Paris. Si les pourcentages finalement obtenus permettent d'apprécier la proportion globale de chacune des essences, il est à regretter que la distinction entre les deux espèces de chêne n'y apparaisse pas. Cette évaluation serait délicate à établir et ce que nous allons dire doit s'entendre à la fois des variétés sessile et pédonculé. à
Fa
Charme Résineux Feuillus
— Diagramme de la répartition relative des essences principales dans la forêt d'Argonne et détails pour quatre cantons.
— A — Total pour l'ensemble de la forêt du plateau des gaizes. — 1 — Canton de Clermont.
— 2 — Canton de Sainte-Menehould.
— 3 — Canton de Grandpré.
— 4 — Canton du Chesne-Populeux.
Chêne. — Pour les quatre principaux cantons de l'Argonne boisée, le nombre des pieds de chêne atteint 40 % de la totalité des arbres. Dans quelques districts situés immédiatement à l'est de Vouziers, ce taux, déjà
élevé, passe par un maximum de 75 à 80 % pour se réduire à 32 en forêt du Chesne-Populeux. En définitive, le chêne tient partout la première place et entre pour un tiers au moins dans la composition de la futaie.
Le bouleau gris n'a pas été coté séparément. Il est classé dans la catégorie des feuillus divers, mais rivalise avec le charme pour occuper le second rang.
Charme. — La présence de ce satellite est un fait d'ordre constont dans la chênaie sèche où il ne réside ordinairement qu'à l'état d'individus isolés comptant pour 15 à 16 % des essences. Il semble toutefois, autant que les données fournies par les Eaux et Forêts puissent être suffisamment précisées suivant les lieux, que les charmes deviennent plus nombreux au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'Ardenne — 20 % et plus dans les cantons nord contre la moitié dans ceux de Sainte-Menehould et de Clermont. |
“Résineux. — Nous les avons surtout rencontrés dans les districts situés à cheval sur les deux rives de Biesme inférieure. Mais la variété des types leur permet également de se maintenir parfois en milieu humide, à Saint-Rouin notamment où ils forment exceptionnellement de petits groupes ornementaux, au long de certaines routes touristiques où, en automne, ils jettent une note sombre dans les paysages rouilles de la chênaie. S'ils figurent pour le dixième dans les cantons du sud-ouest, ils passnt presque inaperçus à l'échelle de l'Argonne entière — 3 %.
Feuillus divers. — Bouleaux compris, les feuillus sont évalués à 35 % du total des arbres, soit un pourcentage inférieur de peu à celui des chênes. Leur importance relative s'accroît en avançant vers le nord où l'on rencontre désormais deux feuillus sur cinq pieds.
En conclusion, nous pouvons dire que le chêne garde l'avantage dans tous les districts, mais que le charme, les feuillus et parmi eux le bouleau, augmentent dans la futaie au delà de la coupure de l'Aire, au sein des forêts qui annoncent les groupes préardennais de Mazarin et du Mont-Dieu.
CAS PARTICULIER DU HETRE. — Partout épars dans la chênaie xérophile, le hêtre n'en délaisse pas pour autant la chênaie humide, où il ‘est rare cependant d'en rencontrer lorsque les fonds deviennent par trop marécageux.
Dans le classement des essences, le hêtre n'occupe que la quatrième place — à peine le dixième des sujets — et sa répartition dans le massif boisé des gaïzes se révèle très inégale. Pour les circonscriptions de Grandpré, Vouziers, le Chesne et Saïnte-Menehould, la proportion des fûts oscille entre 5 et 10 %; elle est assez faible pour que Gaume ait pu mentionner leur absence dans trois de ces districts. Reste le canton de Clermont, dans lequel le hêtre se réserve le quart de la futaie, au détriment cette fois du chêne et du bouleau. En forêt domaniale de La Chalade et de Grand-Pays, sur le territoire de la commune du Claon également, il existe une véritable ébauche de hêtraie aux peuplements remarquables.
« Quelques belles futaies dans lesquelles Fagus silvatica L. devient « dominant abritent quelques uns de ses satellites (Aspérule odorante). Le « chêne sessile et son cortège se trouvent cependant toujours mêlés en proportions variables à ces peuplements de hêtres et l'on est plutôt dans «ce cas en présence d'un querceto-faguetum que d'une hêtraie nettement « individualisée. Une semblable subordination du chêne au hêtre a déjà été « signalée dans des régions voisines de l'Argonne. » (1)
(1) Vallée de l'Apance, en Haute-Marne (Chuard et Gaume), et Ardenne belge (Mosseray).
À titre indicatif, Te comment s'effectue au Ce le classement des ‘espèces :
Chêne Charme | Bouleau Feuillus
Le bouleau, satellite du chêne, et le charme — 16 % en moyenne pour l'Argonne entière — sont ici en diminution devant le hêtre. Le traitement en futaie claire favorise ce dernier, arbre de lumière et d'espace à un titre plus élevé .que le chêne sessile, tandis qu'ailleurs le taillis sous futaie est favorable à la seconde essence.
Il y a donc absence de hêtraie pure et ce fait laisse penser que le chêne constitue bien la base d'associations naturelles; sa prédominance actuelle serait une survivance.
L'homme a, lui aussi, sa part dans l'élimination partielle du hêtre, espèce qui fut, jusqu'au XIX° siècle, plus largement représentée. Deux de ces initiatives tendent à expliquer la régression de l'arbre: l'utilisation massive du hêtre depuis le début du XVII siècle comme bois de chauffe des fonderies et des verreries maintenant éteintes, son exclusion systématique des réserves de futaie — quarts des Germeries et de la Gruerie notamment — où il devait entrer dans de plus larges proportions, et ceci par les forestiers durant la période 1860-1920. Selon les estimations récentes, le hêtre serait encore l'essence la mieux adaptée économiquement à l'Argonne par suite de sa croissance plus rapide et d'un rapport au moins aussi intéressant que le chêne.
Actuellement, dans les cantons où cette proscription n'a pas joué, on favorise les bouquets demeurés sur pied et dont on peut espérer un réensemencement des parcelles avoisinanies.
DOMAINE — ASSOCIATION — REPARTITION DE LA CHENAIE SECHE. — L'aire d'extension du groupement comprend les plateaux de gaize dans le massif principal entre l'Aisne et l'Aire prolongés jusqu'au défilé du Chesne, les résidus forestiers situés sur la gaize et le gault des bordures orientales, en fait la majeure partie des étendues boisées du nord et du centre de l'Argonne, à l'exclusion des vallons mouilleux et du Bas-Pays méridional.
Suivant l'exposition, les diverses qualités des sols et du sous-sol tant sur les hauteurs que sur les premières pentes d'une part, les traitements pratiqués par l'homme et les dommages considérables causés par la guerre d'autre part, le jeu des associations varie selon les lieux. Certes, il fut affirmé que sur les plateaux de gaize à la couche fruste de terre végétale on ne trouvait que le bouleau blanc, le sorbier des oiseleurs et quelques chênes rabougris. Les nuances locales montrent parfois que ce point de vue n'est pas toujours dénué de fondement, maïs la belle expression de la futaie, la densité des taillis, indiquent qu'en général la réalité est bien différente.
Le PLATEAU présente trois horizons sylvestres distincts dont l'enchevêtrement obéit, dans une certaine mesure, aux modifications du substratum :
— Lorsque la gaïize, ses brèches et ses sables affleurent directement au long de la surface structurale, la chénaie renferme le plus souvent de beaux fûts, mais il n'est pas exclu de rencontrer dans les triages quelques pieds rabougris, non seulement du pédonculé, mais aussi du chêne sessile. Ici, le cortège se compose des espèces silicicoles les plus pures, le sorbier aux fruits rouge corail abonde, mais le charme se raréfie.
CS
— Le milieu semi-humide des limons argilo-sableux est, aux yeux des propriétaires et des exploitants, la terre de prédilection de la futaie et des taillis exubérants. Il faut ranger dans cette catégorie les districts de Courupt, en forêt de Beaulieu, la côte de l'Echelle et les Germeries .prolongées par les Hauts-Bâtis de Florent — plus spécialement les cantons de la Baraque-Thomas, des Erables — les limons argileux de la Croiïxaux-Bois, les argiles rouges de Quatre-Champs et des Alleux. Sur des sols analogues, bouleversés par les combats, les taillis de la Harazée sont à nouveau redevenus très denses. Leur réensouchement s'est effectué au profit du hêtre comme du charme, laissant prévoir dans un avenir prochain des futaies aussi prospères que celles d'autrefois. Partout ailleurs, les chênes fournissent des essences excellentes, des bois recherchés, en particulier dans les coupes de Haute-Haie et des Erables, où abondent encore les jeunes pousses de charme, voire de hêtre.
—— Vers l'ouest, en forêt communale de Vienne-la-Ville, à. Moïiremont, lorsque l'argile limoneuse ne recouvre plus les alluvions anciennes de l'Aisne, la végétation se ralentit; deux satellites du chêne-rouvre, le tilleul et l'érable deviennent rares tandis que l'ensouchement des taillis comporte désormais le coudrier, le bouleau et le tremble.
— Des clairières, des aires dénudées existent également sur le plateau de gaize, maïs elles n'y occupent que des surfaces très restreintes. Au sud de Bellefontaine comme dans la forêt particulière des Princes — en bordure du chemin de bois conduisant de Sainte-Menehould au tunnel des Isleites — :
« Elles sont envahies par les espèces sociales du groupement de la « chênaie xérophile, Calluna et Mollinia. Mais on ne rencontre pas en « Argonne de landes consécutives à la dégradation de la chênaie. »
Par la présence de bruyères subalpines, ces clairières s'apparentent plutôt aux landes ardennaises ou vosgiennes qu'à celles des régions atlantiques. LE :
Les VERSANTS interviennent à leur tour en modifiant sensiblement la composition de la futaie. Mais les groupements forestiers du plateau ne peuvent être définis que sur une grande échelle et la part exacte réservée à chaque essence est difficilement contrôlable à l'intérieur des districts exploités, sinon du canton territorial. Orientation et exposition étant subordonnées à de multiples conditions locales, on se bornera donc à souligner quelques faits d'ordre général :
— le chêne sessile préfère les versants exposés au soleil, sans délaisser pour autant le front de côte oriental soumis aux vents froids de l'hiver, tandis que le pédonculé et à moindre titre le tilleul apparaissent à mihauteur pour envahir la futaie dans la section inférieure des vallées, dès que l'on aborde le milieu semi-humide des nappes profondes de la gaize.
— quelle que puisse être la part de l'homme, le maintien d'une chêénaïehêtraie au Claon est lié dans une certaine mesure à son emplacement sur des pentes orientées vers l'ouest. En forêt de Châtrices, le domaine de prédilection des hêtres disséminés dans les bois est encore le rebord du plateau dominant le val de l'Aisne. Il semble néanmoins que cet arbre aït tendance à supplanter le chêne au flanc des versants nord, à condition qu'ils soient fertilisés par l'argile limoneuse.
— enfin, sur plusieurs pentes escarpées du sud, lorsque la qgaize est complètement décapée, la végétation arbustive s'étiole, l'ensouchement des taillis se réduit aux ronciers, à quelques noiïsetiers parsemés de chênes rabougris et mal venus.
LA CHENAIE HUMIDE ET L'AULNAIE
‘Le donne groupement forestier d'Argonne recherche un milieu où est assurée la présence constante de l'eau. Il correspond en partie aux couches inférieures semi-perméables de la gaize, coïncide avec l'argile albienne imperméable et occupe par conséquent le fond des vallées intérieures du plateau, les toutes premières pentes. Dans le sud, où le gault forme la majorité du sous-sol, la chênaie bumide est appelée à à prendre une extension considérable.
Son fondement est le CHENE PEDONCULE, essence qui préfère l'eau en abondance, l'humidité latente et supporte l'ombre des sous-bois. A Saint-Rouin ou à Châütrices, l'arbre vient prendre racine au bord même des étangs, dans la zone marécageuse qui les entoure. Les grands fûts s'élancent au milieu des roseaux et les branches surplombent la nappe immobile en s'y reflétant.
LA CHENAIE DES FONDS. — A l'intérieur du plateau de gaize et à l'exclusion des bordures orientales où le sous-sol calcaire permet aux espèces xérophiles de se maintenir jusque dans les vallées — forêts de Hesse, de Montiaucon et de Romagne notamment — le chêne pédonculé occupe la première place dans la futaie des fonds mouilleux, associé au frêne et au charme qui forment l'ossature des taillis. « Le tremble rejette dans toutes les coupes », maïs les bouleaux gris ont presque entièrement disparu. Au cortège habituel de la chênaie, il faut adjoindre ici des plantes recherchant les sols frais : la luzule du printemps, une rose des bois (Rosa Arvensis) et plusieurs carex hygrophiles des marais tourbeux, dont l'un au moins appartient à la flore de l'Ardenne. (1)
Lorsque les sols ne sont pas trop humides, sur les remblaiements gaizeux des hauts vallons comme sur les pentes orientées du sud, les deux variétés de chênes cohabitent encore. Pour la seule forêt de Châtrices, on compte alors trois pieds de pédonculé pour deux de rouvre. Les zones basses, où le gault forme le support de la futaie, excluent en général cette dernière essence. Les affleurements de l'argile albienne ne sont d'ailleurs que partiellement recouverts par la chênaie qui cède du terrain devant le pré à crételles. Si caractéristiques soient-elles, les associations hygrophiles purés n'occupent donc, entre le Chesne et Beaulieu que des aires très limitées.
Dans certaines parties éclairées des fonds, à la sortie des gorgeons morécageux dont les ruisseaux gorgés d'eau abordent la plaine alluviaie de l'Aisne, la chênaie devient rapidement moins dense, les taillis disparaissent pour faire place à l'aune et aux espèces satellites de cet arbrisseau.
Au bord des ornières détrempées, sur le sol fangeux où l'eau suinte à chaque pos, le millepertuis couché (Hypericum Humifusum) des marais se dissimule parmi les joncs épars (Juncus Effusus).
Le parcellaire des communes du val d'Aisne mentionne ces AULNAIES dans lesquelles rejettent le frène et le tremble. À la confluence du Sougniat, sur le territoire de Chaudefontaine, elles couvrent plusieurs hectares entre le bas des pentes et la rivière.
Dans le couloir de Beauchamp, on peut suivre le passage d'une chênaie mixte — haut vallon des Goulettes — à une chênaie humide sur l'argile, à l'aulnaie installée à l'emplacement d'un étang asséché, enfin aux prés de la ferme de la Thibeaudette. Fréquente dans la région, cette succession reproduit assez fidèlement la somme des associations peuplant les vallées intérieures du massif des gaizes.
(1) Gaume : ouvrage cité, p. 62.
LES FORETS DU BAS-PAYS. — La différence de composition entre les futaies de l'Argonne gaizeuse et celles du Bas-Paÿys réside dans l'absence au sud de la clairière de Triaucourt d'une chênaie xérophile aussi bien individualisée que celle du plateau, et dans la part prépondérante réservée au chêne pédonculé. Son cortège subit en outre des modifications sensibles.
__ La forêt et la prairie se partagent les terres argileuses de la zone des étangs: mais à l'inverse de ce qui se passe en val de Biesme, de vastes surfaces boisées — les Argonnelles, Belval et Belnoue (districts nord) — reposent ici sur le gault. Dans ce milieu humide, on retrouve le chêne pédonculé associé au charme, au tilleul et au frêne, avec, de place en place, quelques rouvres isolés. Le tapis végétal des sols frais complète le groupement. Il accompagne le peuplier et le tremble, qui ornent les fonds alluviaux de l'Aisne ou de ses affluents. Les aunes, les joncs, les roseaux de toutes sortes se multiplient dans les nombreuses aires marécageuses, en particulier au voisinage des nappes d'eau.
— Sur la gaize argileuse du Chôâtelier ou de Vroil, sur les alluvions
anciennes recouvertes de limon argilo-sableux, les sols sont moins humides
que les précédents. Dans les bois de Monthiers et de Belnoue — districts sud — une certaine harmonie se réalise entre les deux types édaphiques extrêmes : le pédonculé domine encore un peu partout, mais quelques cantons admettent les essences des chênaies sèches et humides sur un pied d'égalité. En plusieurs endroits, lorsque les limons font défaut, au sommet des alluvions, la végétation se ralentit. Le tilleul et l'érable se raréfient, tandis que le chêne rouvre reprend la première place sans produire toutefois des essences aussi remarquables que celle du plateau de gaize.
Nous pouvons, avec Gaume, attribuer à la flore ainsi définie les limites suivantes :
— vers la Champagne, elle s'arrête avec le talus crayeux, dès qu'apparaissent les plantations de résineux. Les forêts siliceuses de Reims (1) et de Sainte-Menehould possèdent évidemment quelques espèces communes, mais nous savons que plusieurs plantes typiques de l'une sont inexistantes dans l'autre et réciproquement.
— en direction de la Lorraine, les calcaires imposent aux bois d'Ahaye et de Souhesme des conditions édaphiques très différentes de celles de la forêt de Hesse. |
— la transition avec l'Ardenne, par le groupe de Mazarin-Beaumont- Le Mont-Dieu, vestige d'une continuité ancienne, semble beaucoup plus lente. Mais le climat élimine de la proche Ardenne la plupart des espèces atlantiques tandis que l'Argonne admet encore certaines plantes du cortège des sols à grès purs.
— dans les plaines méridionales, la dégradation des caractères continentaux s'affirme. Ils cessent de se manifester avec l'Ornain, devant la progression euatlantique.
Gaussen et Flahaut ont respectivement situé l'Argonne, le premier dans la zone sub-medio-européenne, arrêtant toutefois le secteur rhénan à la Meuse; le second, à la limite ouest des basses montagnes nord-alpines. Pour mieux préciser la position relative des masses argonnaises, Gaume retient trois arguments :
— la chênaie se rattache naturellement par sa flore à l'Europe continentale. Elle se ressent déjà du climat vosgien ou lorrain oriental:
(1) Gaume : ouvrage cité, p. 78. Consulter également : i i triot et Geneau de Lamarlière. ï À A Re er OR RICRS
MST) pe
— les plantes de basse-montagne y atteignent leur minimum aititudinal, en particulier la luzule blanche; - — la communication avec l'Ardenne s'inscrit par la réception des espèces venues de ce pays.
. À l'appui de ces considérations :
L'ARGONNE APPARTIENT A L'ETAGE DU CHENE: SON INDIVIDUALITE PROVIENT DE LA COEXISTENCE DES CHENAIES SECHE ET HUMIDE. ELLE FORME LE DERNIER BASTION DES CHENAIES CONTI- NENTALES ET SERT DE TERME DE TRANSITION AVEC LES CHENAIES . ATLANTIQUES DU CENTRE DU BASSIN PARISIEN, PRESENTES DANS LE PERTHOIS. AU MEME TITRE QUE LES ROCHES, LE RELIEF, LE CLIMAT, LES ASSOCIATIONS VEGETALES CLASSENT ENCORE L'ARGONNE PARMI LES REGIONS DE CONTACT. MAIS LA FORET N'EST PLUS QU'UN RESIDU. L'ETAGE DU CHENE, TEL QUE LE CONÇOIT GAUME, NE TRADUIT QU'IMPARFAITEMENT LES EXIGENCES DU MILIEU NATUREL. EN DEPIT DE FACILITES EXCEPTIONNELLES DE RENOUVELLEMENT, LA FORET ARGONNAISE À ETE DELABREE PAR L'HOMME, A LA SUITE D'EXPLOITATIONS ABUSIVES ET, TOUT RECEMMENT, D'UNE GUERRE