DES PHASES A PINS PRIMITIVES A LA CHENAIE ACTUELLE
Les points de repère précis sur le sens de l'évolution des bois de l'Argonne demeurent encore très fragmentaires. Une seule étude permet de porter quelques observations sur les débuts de l'histoire forestière, histoire dont le caractère le plus saillant est la pauvreté des épisodes. Il s'agit de l'analyse, par Dubois (1), d'une tourbière de la vallée de la Bar, située dans les alluvions récentes de la rivière, à quelques kilomètres au nord de la capture de l'Aire et classée dans la série des tourbières à hypnacées des régions basses calcaires avec comme subtratum immédiat : le séquanien.
De par son emplacement, elle sort légèrement du cadre dans lequel nous avons considéré la flore de l'Argonne, puisqu'elle repose sur un soussol différent de celui des gaizes. La micropaléontologie fournit néanmoins quelques renseignements précieux sur l'évolution des associations sylvestres au voisinage de Grandpré.
En dehors des formations arbustives proprement dites, les prélèvements ont décelé : des carex en abondance, des pollens de roseaux, des mousses, enfin, à tous les niveaux, des fougères femelles du type Athyrium.
(1) Dubois et Mme C. Dubois : Annales de la Société de Géologie du Nord, tome LXV, année 1945, p. 151. j
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Le diagramme pollinique illustre trois épisodes qui peuvent se résumeï ainsi dans la succession des temps : È RE un « Début de l'histoire forestière imprécisé, avec une phase à pins.»
Les deux variétés montana et sylvestris y sont mélangées avec un avantage très marqué du premier sur le second durant une longue période. Le pin de montagne disparaîtra d'ailleurs avant son associé dès le début de la poussée xérothermique qui va introduire le chêne. 1e
Cette période boréale ou préboréale à pins comporte un seul incident :
« Il est probable... que la petite poussée xérothermique du coudrier et de « la chênaie au début de la phase à pins (niveau — 275) est une poussée « précoce, mais il est hasardeux d'y voir une oscillation climatique allérô- « dienne, car cet incident est marqué également par une poussée du « bouleau. » |
-« Suit une chênaie mixte avec pins.»
Dubois la situe à l'Atlantique (— 5.000). On la retrouve sur le diagramme entre les niveaux 175 et 100: si
« Elle est révélée par la diminution de la prépondérance des pins, le « développement du chêne, un accroissement du pin sylvestre aux dépens « de l'autre type, la présence d'aune, de tilleul et une petite poussée de « coudrier. » ae
En dernier ressort vient la Fagoquerçaie :
Subboréale ou peut-être subatlantique, l'association du chêne et du hêtre succède à la chênaie mixte por élimination rapide du pin sylvestre, en synchronisme, selon Dubois, avec ce qui se passe au même moment dans les Vosges et probablement en Ardenne où prend naissance la Fagabiétie.
Arrivée à cette étape de son évolution, l'histoire forestière est précocement interrompue. On ne peut plus suivre les conditions qui la commandent, celles qui favoriseront dans la suite des temps l'extension du chêne au détriment du pin sylvestre en voie de disparition, le passage de la fagoquerçaie à la chênaie, celles qui introduiront finalement le charme dans la futaie. Aux trois épisodes inscrits dans les tourbières de la Bar, après une scission succède une quatrième phase, la chênaie actuelle dans la composition de laquelle le hêtre n'entre plus qu'à l'état sporadique.
Le climat n'est pas sans jouer un rôle essentiel dans la transformation des groupements forestiers d'Argonne, mais faut-il pour autant minimiser l'intervention de l'homme dans les périodes les plus récentes ? Il n'est pas étranger à la régression du hêtre au cours des siècles précédents et son initiative aboutit aujourd'hui à l'implantation d'essences nouvelles: à le réadaptation d'espèces comme.le pin sylvestre d'Autriche, que les conditions climatiques avaient éliminé de la région.