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PARTAGES ET NECESSITE D'UNE REGLEMENTATION

Des forêts monastiques du XII° siècle aux conversions survenues sous la Révolution et au Code Forestier de 1827, l'histoire des bois d'Argonne comporte: sur le plan juridique, le transfert d'un tiers environ des futaies abbatiales aux seigneurs, aux communes et aux rois en une première étape, les bouleversements consécutifs à la mainmise des particuliers, des villages et de l'Etat sur les biens de la noblesse et de l'Eglise, en une seconde; sur le plan économique, l'augmentation abusive et trop fréquente des coupes. Préserver les chênaies et assurer leur renouvellement devient un besoin de plus en plus urgent. 1e

EVOLUTION DE LA PROPRIETE ET DE LA GESTION. — Dès le XIIF siècle, certains abbés avaient déjà consenti à la dévolution de plusieurs «bois monastiques » aux communautés de réguliers ou de convers vivant sous leur obédiance;: tel paraît être le cas de Beaulieu pour Beauchamp et Lavoye, simples prieurés. Ce désistement n'est toutefois que la timide esquisse d'une orientation nouvelle. Autour des censes s'agglomèrent peu à peu des hameaux, installés à l'orée des taillis et jouissant parfois de l'alleu. Tandis que quelques noyaux isolés restent soumis à leurs suzerains spirituels, la plupart des autres sont érigés en communes et obtiennent une charte. Donations et reconnaïissances font entrer, dans le contrat, un nombre variable d'arpents de bois. Saïinte-Menehould acquiert ainsi une partie des groupes des Princes et des Germeries aux dépens de Châtrices. Toutes les localités en lisière de Belnoue, celles aussi de la rive gauche de l'Aire, autour de Chéhéry ou du plateau de la Croix-aux-Bois-Les Alleux, obtiennent des « communaux » dont la superficie moyenne est de l'ordre de deux cents hectares. Les dernières venues, Le Claon et Le Neufour trop proches de La Chalade et de Beauchamp, par exemple, n'auront rien du tout ou presque. Il en résulte à la fois des divisions très inégales entre elles et un émiettement progressif. Dans chaque lot, l'affouage ne tarde pas à s'imposer, le produit des coupes collectives étant attribué aux divers foyers. Les féodaux, de leur côté, arrondissent leur part; le seigneur de Vienne-le-Château aura, sur les coteaux de La Gruerie, près de quinze cents hectares; le comte de Grandpré, sur ceux du Négremont et de Bourgogne, plus de huit cents. Dans le Bas-Pays et vers Ville-sur-Cousances, se rencontrent de grands boqueteaux portant le nom de Bois-le-Comte, Boisl'Abbé; ils proviennent d'enclaves tronçonnées en deux districts égaux.

Afin de juger les délits de chasse, de coupe et d'abattage, de résoudre les litiges qui ne manquent pas d'éclore, des tribunaux forestiers seront institués à Triaucourt, Clermont, Sainte-Menehould et Grandpré. La juridiction échappe partiellement aux abbayes.

Avec le XVIF siècle, le régime des coupes devient régulier: elles subissent, en principe, une rotation fixe de vingt à trente années. On respecte néanmoins quelques hautes futaies anciennes. Les bûcherons et leurs familles, gens rudes vivant dans des huttes côniques ou trapézoïdales (1), faites de rondins, de terre et d'un revêtement de torchis, passent presque toute leur existence au bois. La besogne ne manque pas, car, en dépit des

de D ie à de forme semble avoir été plus fréquente dans le sud que dans le nord

édits restrictifs, les réserves réputées inépuisables doivent fournir ‘un volume sans cesse accru de grumes, de rondins, de charbonnette :

— les demandes de combustible se sont considérablement amplifiées depuis le XV° siècle, date à partir de laquelle apparaissent les fours aux verres des gorgeons, les verreries de l'Aisne et de la Biesme. Rivaux et successeurs des moïnes dans cette branche d'industrie, les maîtres-verriers, devenus propriétaires de leurs coupes, y puisent sans compter. Parallèlement, les fonderies de l'Aire engloutissent d'innombrables stères de hêtre et même de chêne.

— le déclin et l'appauvrissement des monastères les incitent à tirer de leur ressource essentielle le plus de profit possible, mais un Fabre immédiat. Le régime de la commandite vient aggraver la situation; les archives de Châtrices soulignent les graves conséquences de la généralisation des coupes à blanc étoc dans des secteurs déjà fortement saignés. Les nobles ne couvrent leurs dépenses, dit Leroy, que ne des ventes massives inconsidérées.

La moitié au moins des cu est désormais destinée à l'exportation. Si le capital en sort diminué pour l'avenir, la valeur des essences argonnaises, modeste compensation, est reconnue bien au delà des limites de la contrée :

— la marine royale marque et enlève les grands chênes, privilège qu'elle détiendra jusqu'à la Révolution;

— plusieurs ‘expériences seront tentées dans le but d'activer les transports à de longues distances et d'étendre le champ de la clientèle; Brieullessur-Bar devient, vers 1650, tête de ligne du flottage sur cette rivière; un chenal sera, en outre, aménagé de Buzancy à Verpel — Hideuse et Agron — afin d'offrir un débouché aux bois de la vallée de l'Aire. Ceux-ci sont envoyés à Donchery, Sedan et Mézières et, d'après certains documents, en Belgique ou en Hollande.

Entre 1718 et 1722, sous la direction d'ingénieurs du roi, des travaux analoques sont entrepris, sur le trajet Saint-Rouin-Vienne-le-Château, en vue de régulariser le cours de la Biesme.Le lit, rectifié, prend le nom de canal. Un débit suffisant est assuré grâce à l'amélioration des étangs en chapelet de Saint-Rouin. Les essais se révèlent infructueux; le projet est finalement abandonné, qui aurait permis un écoulement des grumes par l'Aisne et l'Oise vers Reims et Paris. Maïs ces efforts traduisent le souci, pour les abbayes riveraines (Beaulieu et La Chalade), de faciliter leur commerce.

DES ORDONNANCES À LA SOUMISSION AU REGIME FORESTIER. — Le contrôle relatif du Moyen-Age est devenu, depuis longtemps, lettre morte. Les propriétaires, quelle que soit leur appartenance, agissent à leur guise, ou à peu près. Si des communes, fait assez rare, ont su renouveler quelques belles écorces, il est loïn d'en être pareïllement dans les domaines seigneuriaux ou monastiques.

Les ordonnances de 1573 et de 1597, tendant à ménager des réserves comme à restreindre lo fréquence des coupes, ont été enregistrées à Châtrices, au Mont-Dieu et à Landèves. Il s'avère qu'elles n'ont pas produn grand effet. Il faudra attendre celle de 1669 pour qu'un droit de regard royal soit effectivement institué. L'Argonne appliquera alors le système de coupes périodiques, à rotation de vingt à trente années et, dans une certaine mesure, respectera l'interdiction d'abatire, sans lettres patentes, les arbres protégés. Les quarts en réserve font leur apparition et leur administration passe sous le couvert du corps spécial de maîtrise royale. Des arrêtés du tribunal de baïllage de Sainte-Menehould, cités par Buirette dans son histoire de la ville, relatent de nombreuses amendes et condamnations pour délits ayant trait à des exactions dans le Quart des Germeries.

Dans les forêts de Boux, du Chesne Populeux et de Monthiers, les agents du pouvoir central favorisent également la sélection d'espèces .de meilleure venue. À La Croix-aux-Bois et à Belleville, les essences de chêne sont choisies. Des «Bois Royaux» sont créés à Monthiers, Belnoue et Belval. Par dérogation, lors de l'incendie de Sainte-Menehould, Louis XIII autorise personnellement les bourgeois de cette cité à puiser dans les réserves pour la reconstruction. à

Entre 1730 et 1780, cette sage politique est délaissée. Contraïre à l'esprit des ordonnances, la multiplication des prélèvements dans les districts non réservés risque, à la suite de demandes exagérées en bois de feu, de contrecarrer l'œuvre de réglementation ébauchée. Ce néfaste retour en arrière sévira jusqu'au milieu du XIX° siècle, même après l'institution du Service Royal des Eaux et Forêts. Il faut en effet alimenter les industries prospères des vallées de la Biesme, de l'Aire et de la Meuse ardennaise. Les restrictions exigées par le Code de 1827 ne seront pleinement mises en vigueur que vers 1890. É

Buvignier rapporte, qu'en 1860, « un déboisement effréné a lieu, où l'on « abat par cupidité des futaies anciennes, 2 à 4 mètres de tour et plus, et des réserves accumulées que l'on monneya sans frein ».

Au cours de cete périodet d'errements vis-à-vis de l'entretien du capital, la Révolution a par ailleurs provoqué un important transfert de la propriété.

La vente des Biens Nationaux, tout en augmentant le nombre des petites tenures qui passent alors aux maïins, tantôt des communes, tantôt de particuliers, « néanmoins tenu compte du passé: elle a permis de confier à l'Etat ce qui subsistait des grands bois monastiques, elle en a maïntenu l'unité, évitant par là même un émiettement déjà trop accentué.

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