STE MÉNEHOULD CLERMONT LE CHESNE GRANDPRÉ ARGONNE
BR 2: fev [2] Bois d'œuvre
£ Fig. 22. — Bois de feu et d'œuvre en 1912: pourcentages comparés entre les forêts domaniales (D), communales (C) et particulières (P), pour quatre cantons et l'ensemble de la région.
Mais l'extinction de nombreux fours avait sensiblement restreint, aux débuts du XX° siècle, les demandes de l'Argonne, estimées égales cinquante ans plus tôt aux 9/10 de sa production forestière globale. Elles tendent désormais à se limiter au seul usage domestique :
L'âtre est resté en honneur dans chaque habitation rurale, où il orne encore au moins une des pièces, les autres étant de toutes facons également chauffées au bois. Nous savons que le combustible, essences de seconde qualité, hêtre, chêne et charme — ce dernier est très apprécié, mais coûteux — est directement fourni au consommateur par un négociant qui se charge de le transporter. Le premier sciage a été effectué sur le carreau des coupes ou dans les entrepôts intermédiaires. A l'automne, aussi bien en ville qu'au hameau, les stères sont empilés sur le bas-côté des rues, au long des trottoirs, au milieu des cours. Ils y attendent le débit ‘final qui incombe, soit aux petites scieries rotatives électriques, soit au fendeur-scieur à gages qui travaille à la maïn, soit au paysan lui-même qui apprête ses provisions pour l'hiver puis les range sous un auvent spécialement affecté à cet office et situé derrière sa demeure.
Le commerce intérieur ayant diminué de moitié au sud de Grandpré, d'un tiers environ au nord de ce bourg par suppression des. industries anciennes d'abord, par introduction de la force électrique ensuite, l'Argonne qui n'avait rétrocédé entre 1850 et 1914 que de modestes quantités de bois de feu prises sur les réserves des forêts particulières, va pouvoir, dans la période suivante, se livrer à une exportation plus importante :
Sujet à de fréquentes variations en valeur et en métrage, l'excédent portait en 1925 sur un quart des bûches et des rondins. Aujourd'hui, il oscille de 30 à 35 % selon les années, et correspond par conséquent au cinquième environ de l'ensemble des coupes. Les négociants en bois l'acheminent en partie vers la Champagne crayeuse, vers les villes des régions voisines. Chaque secteur forestier n'a pas de clientèle attitrée, néanmoins, le groupe Mazarin-Boux approvisionne plus particulièrement Sedan et Rethel; le plateau, Verdun, Châlons et Reims; les plaines méridionales, Bar-le-Duc et Vitry-le-François. Le trajet maximum ne dépasse pas
100 kilomètres, ce qui permet un enlèvement rapide par camions.
Les transports plus lointains, à destination de l'agglomération parisienne pour la plupart, sont du ressort de la voie ferrée. La mise hors service des
lignes secondaires longeant les vallées de l'Aire ou de la Fournelle, R l'emploi général des moyens motorisés, ont conduit depuis 1930 à la conceniration des bois exportés sur cetaines stations de la S.N.C.F. encore favorablement desservies et situées à proximité des principaux massifs exploités : Vouziers et Grandpré au nord, Autry, les Islettes et Villers au centre, Sommeilles et Givry au sud.
Réduite à néant durant la première guerre mondiale, au cours de laquelle les armées stationnées sur le territoire de l'Argonne ont pris leur propre combustible de part et d'autre du front stabilisé, l'exportation esi inversement montée en flèche de 1939 à 1945, lors du second conflit: le régime de la demi-possibilité appliqué aux taillis provoque des coupes au moins égales et des pourcentages supérieurs à ceux de 1912. La nécessite de remplacer la houiïlle par le bois, l'essence par d'autres carburants, fait monter l'indice des produits destinés au chauffage à 90 % de la production totale en forêts de Belnoue, de Boux et des Princes, à 100 % dans les districts de la Gruerie. Ici l'on abat les hauts taillis de «zone rouge» à peine reconstitués. Les sorties se concrétisent au long de la route Vienne-le- Château-Binarville par d'imposants dépôts continus, des empilements - profonds de 10 à 15 m, hauts de 6 à 8 et alignés sur un demi-kilomètre . de longueur. Le volume retiré du seul district de Bièvres se chiffre pour les années 1948 et 1944 à plus de 90.000 m°. Toute la charbonnette et une partie des rondins sont soumis sur place à la carbonisation. Ils donnent des charbons fins destinés à l'alimentation des moteurs à gazogène. Le traitement par fours métalliques renouvelle sous une forme industrialisée l'activité traditionnelle des charbonniers peu à peu disparus des chantiers depuis 1930. Aux meules côniques recouvertes de terre humide, procédé qui fournissait du charbon grossier, succèdent des installations provisoires, surtout dans les triages de Binarville, de Lançon, en forêts de Belval et de Boux. Depuis l'abandon partiel du nouveau carburant, la carbonisation n'est plus opérée que par quelques entreprises ou scieries, de bourgs ou de villes, aux Islettes, à Sainte-Menehould et au Chesne-Populeux.
Un rendement exceptionnel a donc été exigé des taillis et des futaies d'äge moyen durant la période 1940-1945 pour couvrir non seulement une consommation régionale accrue par suite de la pénurie de houille, mais encore la réquisition imposée par les armées d'occupation et une exportation doublée en volume. La capacité de la forêt ne permet plus, si l'on veut éviter des rotations trop fréquentes, de maïntenir des prélèvements aussi élevés en bois de feu. Après avoir égalé et même dépassé au centre du massif les taux de 1912, la part du combustible est actuellement en voie de régression. Elle tend à se stabiliser au niveau de 65 à 75 % où elle était descendue entre les deux guerres.