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LES .BOIS D'ŒUVRE ET INDUSTRIELS

Il s'en faut de beaucoup pour que les grumes compensent en volume les bois de feu. Elles ne comptent en 1985 que pour le quart de la production des coupes, mais constituent par la qualité des essences précieuses un capital qui tient une place appréciable dans l'échelle des ressources tégionales. L'évolution de la politique suivie par l'Argonne à l'égard dés bois destinés à être travaillés tantôt à l'extérieur, tantôt sur place, comprend deux phases distinctes.

— La première période s'étend de 1850 à 1920. Les écorces dures sont disputées à prix d'or. Elles sont recherchées, pour leur équipement, par des sociétés en plein essor et situées en dehors de la contrée. Nous avons eu l'occasion de souligner les rachats de forêts effectués dans cette intention. Ouire les réseaux de l'Est et du Nord, les mines de Carmaux, devenues

ÿ nero enlèvent les grumes à l'état brut, pour en fabriquer des traverses, du matériel roulant et des coffrages: les Houillères du Pas-de- Calais, les industries du Bassin de Briey, de la vallée de la Meuse ou de la région parisienne les achètent en grandes quantités. Ces ventes entraînent un enrichissement des gros propriétaires fonciers, des « marchands de bois », qui exploitent et expédient. Finalement, vers 1910, le pourcentage des bois d'œuvre est monté à 40 % dans les districts du nord, mais déjà dans le sud l'épuisement des futaies se fait gravement sentir et le taux s'abaisse au-dessous du cinquième de la production totale. L' exportation massive nuit aux industries régionales du bois qui, à cette époque, sont en pleine décroissance. Elle porte sur 90 % des fûts; le chêne en forme le pape aliment, le hêtre, proscrit alors par les forestiers, complète les lots.

An lendemain de la guerre, le contingent des bois d'œuvre, travaillés ou non, passe par un minimum. La destruction de cantons entiers, les coupes à blanc-étoc pratiquées par les Allemands dans les forêts de Boux et du Mont-Dieu, les prélèvements ordonnés par les Armées pour le boïisage des tranchées et des abris, ont encore reculé la reconstitution de la haute futaie. Des scieries ambulantes, installées provisoirement dans la zône de combat pour débiter les troncs mutilés, n'en pourront récupérer qu'une infime partie, les fûts étant lardés d'éclats de projectiles et de balles.

— La seconde période s'ouvre vers 1925, avec la rénovation des industries du bois qui assurent sur place un travail partiel ou total de la matière première; l'exportation en subit les conséquences; à peine reprise, elle n'excède plus 35 à 40 % du total des grumes. Si les expéditions du hêtre à destination de Paris et uniquement par voie ferrée se montent à 70 % de cette essence, inversement, les trois-quarts des chênes sont ouvrés en ÂArgonne où les entreprises et les « FR ne de bois» transforment tout ce qu'ils achètent.

Dans le centre et le sud de la région, les futaies, non encore reconstituées, suffisent à peine à subvenir aux demandes. Pour parer à cette déficience, il faut faire appel, en 1948, au district de Boux qui a encore certaines disponibilités. On envisage même l'importation du bois de chêne à l'état brut de la forêt des Trois-Fontaines.

La crise dans les industries anciennes du bois au début du XX° siècle. —

Elles n'ont pas profité, loin de là, de l'exploitation massive des réserves faites - depuis 1850. L'épuisement de la futaie n'a fait qu ‘accroître le malaise. En réalité, nous avons un des aspects de la crise qui touche les petits ateliers des régions rurales devant les progrès des entreprises urbaines du bois. Ce repli tient : +

— à la rareté de plus en plus grande d'artisans expérimentés qui préfèrent déserter la forêt pour la ville où le travail est plus rémunérateur:;

— au manque de capitaux, du moins pour les plus petites industries qui ne peuvent produire à un rythme suffisant pour concurrencer la production des centres;

— à un retard dans la modernisation, le travail à la main plus coûteux et plus lent ne pouvant rivaliser avec celui de la machine;

— à la période 1914-1918, durant laquelle toute production fut arrêtée ou ralentie.

Pour illustrer cette mise en veilleuse, il suffit de dresser la liste des métiers vers 1925 et de voir où en était chacun d'eux:

— Signalons d'abord l'abandon de la préparation du tan, écorce de chêne réduite en .poudre et destinée aux cinq tanneries des cantons de Vouziers, Sainte-Menehould et Buzancy.

— Les scieries, fournisseurs des parqueteries et des fabriques de

meubles, utilisent encore, comme sources d'énergie, le passe-partout, les chutes hydrauliques ou le moteur à vapeur, procédés trop lents ou trop rigides et, de toute façon, beaucoup moins avantageux que l'emploi de la

force électrique. Il semblait alors préférable, eu égard aux difticultés de

transport inhérentes à l'Argonne, de débiter les grumes à proximité des lieux

de consommation, où la main-d'œuvre était abondante et à bon marché.

Ainsi, dans la seule ville de Sainte-Menehould, deux scieries avaient fermé

à la fin du siècle dernier. Il y en eut bien d'autres dans le même cas, dont l'emplacement figure sur la carte sous forme de lieu-dit. Les plus

. importantes ont, tant bien que mal, survécu; c'est sur elles que reposera la modernisation. RE

— L'artisanat a le plus souffert. Le meuble ouvré à domicile par deux ou trois ouvriers qualifiés a été rapidement distancé par le meuble à bon marché, fabriqué en série. Il ne subsiste, çà et là, que quelques ateliers ruraux, orientés tantôt vers l'ébénisterie courante, tantôt vers la réfection du mobilier ancien. A Florent, vers 1880-1900, plus de cent cinquante tonneliers confectionnaient, par petites équipes, des tonneaux pour le champagne et, accessoirement, des seaux, des cuveaux ou des fûts pour les particuliers. Un unique moïtre-artisan représente aujourd'hui une corporation qui fit autrefois la fortune de cette localité. Même impression de décadence dans toutes les autres branches, pourtant si variées: plus de sabotiers à Verrières et à La Croix-aux-Bois, presque plus de menuisiers et de tourneurs sur bois à Passavant, à Futeau, aux Islettes — quarante en 1900 — à Grandpré et dans la vallée de la Fournelle. -

— Si le problème de l'équipement et de la mise à jour apparaît primordial au lendemain de la Grande-Guerre, celui de la main-d'œuvre ne l'est pas moins. Tandis que le bücheron déserte les coupes, l'artisan et ses aides quittent, eux aussi, leur village. On les voit notamment en val de Biesme, délaisser l'établi pour s'engager comme souffleurs de verre dans les verreries encore prospères. Tant et si bien, qu'en 1945, une usine nouvelle du bois, installée à son tour parmi les ruines des fours à bouteilles de champagne, s'est vue dans l'obligation de rééduquer son personnel, composé, en majorité, de petits-fils ou de fils de menuisiers et de tourneurs.

Certes, elle à pu trouver aisément sur place cent cinquante ouvriers non spécialisés, mais elle à dû recruter au loin ses contremaîtres, ses mouleurs et ses dessinateurs. Ainsi, l'Argonnais s'était désintéressé du travail du bois et cet exemple local le confirme. C'est la raison pour laquelle des cours de perfectionnement, destinés à la formation, non seulement des chefs d'ateliers, mais encore de certains employés, ont été organisés à Sainte- Menehould et aux Islettes, sous le couvert d'initiatives privées.

La restauration. — À partir de toute une gamme de petites, moyennes et grosses entreprises, rééquipées à grands frais ou restaurées, munies d'un appareïllage moderne et alimentées par le courant-force, l'Argonne est sur le point de combler les lacunes des années difficiles. Elle fait subir aux bois d'œuvre et industriels trois sortes de transformations, qui correspondent, il est vrai, à des types classiques :

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