‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 121 sur 162 · MODIFICATION DE LA STRUCTURE AGRAIRE · texte numérisé non relu

MODIFICATION DE LA STRUCTURE AGRAIRE

Où en sommes-nous au moment où s'ouvre la période du recul des terres cultivées ? Celles-ci sont morcelées à l'extrême et partagées eritre un grand nombre de propriétaires. L'émiettement des domaines, fait ancien, se traduit par l'existence d'une multitude de parcelles de dimensions variables, mais petites et dispersées sur le territoire communal au hasard des défrichements, des donations, des héritages et aussi des litiges. Ceci est le résultat d'une politique agraire suivie depuis le XI° siècle et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. La contrainte d'assolement, divisant les terres de chaque village en trois grandes soles, ne s'est pas, en Argonne, imposée avec la même rigueur que sur ses confins. Bien observée à l'est sur les sols calcaires, au sud dans le Bas-Pays du Barrois et à l'ouest sur les plaines crayeuses, elle n'a joué que localement dans le massif des qaizes, où le sens communautaire « été moins développé, où les initiatives individuelles ont pu se donner libre cours et où, dans les fermes d'abbayes qui témoignent d'une certaine organisation, une large place avait été faite, dès l'origine, pour la prairie et le verger. ;

Le recul va être accompagné d'un regroupement partiel des terres laissées à l'agriculture, d'une modification de détail de la propriété.

Remembrement. — Nous ne considérerons provisoirement que celui qui intéresse les cultures proprement dites, nous réservant de montrer par la

suite que (Rinne a adopté pour la prairie une semblable solution, mais en a poussé plus loin encore ia réalisation.

À Passavant, d'après les procès-verbaux de délimitation en sections de 1806, il y avait 5.870 parcelles pour 700 ha labourés; en 1940, il n'en subsiste plus que 4.500 pour 225 ha. Celles-ci, plus petites, — leur contenance moyenne est de 23 ares — mais aussi les plus faciles à travailler, se sont cependant regroupées dans la proportion de 20 %, tandis que le nombre des propriétaires baissait de 1/4. À Braux-Saint- Remy, entre 1890 et 1935, procédant par échange beaucoup plus que par rachat, on ramène le nombre des parcelles au tiers de ce qu'il était primitivement; en outre, une servitude disparait : celle des tenures égales (30 hectares chacune) qui avaient été distribuées au cours de la Révolution aux habitants de cette localité et qui composaient l'essentiel des terres des fonds alluviaux.

Nous pourrions constater, partout en Argonne, de semblables ébauches de remembrement. La destruction des cadastres du XIX° siècle pendant la guerre ne nous permet cependant pas de fournir, à la lumière des statis- tiques, des précisions sur la valeur exacte de cette évolution. Remarquons toutefois que, dans la «zone rouge», on à commencé à procéder, plus qu'ailleurs, à la reconstitution du parcellaire sur des bases entièrement nouvelles. Faite le plus souvent à l'amiable, cette redistribution des terres favorisée par les circonstances aboutira sous peu à l'uniformisation des tenures ? Presque terminée à Servon-Melzicourt où, sur 800 ha, les parcelles ont été agrandies de moitié, en cours ailleurs, elle effacera progressivement les traces du passé. Pour montrer combien le remembrement n'en est encore qu'à ses débuts, ajoutons que celui-ci devient obligatoire lorsqu'il est demandé par les propriétaires des deux-tiers des surfaces cultivées, mais que seules quelques communes ont appliqué ces directives.

Propriété. — Dans l'ensemble, l'Argonne est demeurée un pays de toute petite culture, d'exploitations modestes, sinon minuscules, dont la contenance varie de 5 à 25 ha dans les vallées de la Biesme et des affluents de la Fournelle. Actuellement, à Passavant, plus de cent cinquante cultivateurs ne disposent, au total, que de 225 ha, ce qui représente un minimum (1,5 ha par personne).

Dans tous les villages, il existe aussi des fermes dérivant de celles que fondèrent les abbayes et qui comptent chacune jusqu'à 50 ha à l'intérieur du massif des gaizes où elles sont rares, 75 ha sur les bordures où leur fréquence augmente — 3 à 5 par commune — et 100 ha dans le Vouziérois. H convient de majorer ces chiffres tantôt d'un tiers, tantôt de la moitié, car nous avons affaire à des exploitations mixtes, se livrant également à l'élevage et possédant leurs parcs ou leurs prairies.

En Argonne, le faire valoir direct prédomine. Ce caractère tient surtout au grand nombre de petits propriétaires qui se transmettent leurs biens de père en fils; et s'ils diminuent depuis 1850 — un dixième en moyenne — soit par émigration, soit par extinction des familles, les terres tombées en déshérance sont presque toujours rachetées par les autres propriétaires. Dans les moyennes et grandes exploitations, le faire valoir direct n'est plus la règle absolue, mais il reste un fait d'ordre général, opposant ainsi l'Argonne à ses confins crayeux. C'est à la faveur de la vente des Biens Nationaux que la plupart des fermes, encore assez nombreuses qui, jusque là dépendaient encore des abbayes ou des établissements hospitaliers, ont acquis leur indépendance définitive. Durant la période 1900-1940, certaines d'entre elles, devenues vacantes, sont passées entre les mains d'étrangers, de Belges surtout, sans rien changer pour cela au mode de propriété. Actifs, ces derniers constituent maintenant une assez forte minorité; les immigrés tendent même à l'emporter sur les indigènes dans plusieurs localités du Vouziérois.

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