‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 122 sur 162 · ET ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

ET ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION

Assolements. — Jusqu'au XIX' siècle, les sols étant médiocres et souvent épuisés, chaque exploitant pratiquait, comme en Lorraine voisine, une rotation d'une durée de trois ans entre les cultures, et se décomposant ainsi : 1° année : céréale principale (blé) — 2° année : céréales secondaires (seigle, orge avoine) — 3° année: jachère ou « versaine ». Depuis le début du XX° siècle, la jachère servant au repos de la terre a presque disparu, remplacée, grâce aux amendements, par la betterave ou les fourrages artificiels. Ce qui indique, comme nous l'avons souligné, le particularisme de l'Argonne, c'est qu'ici la rotation s'effectue dans des parcelles disséminées et non dans la même section du cadastre, ainsi qu'on le voit à Brabant-en-Argonne, sur les bordures de la Lorraine où se retrouvent les trois grandes soles bien différenciées : blé, avoine, fourrages. D'ailleurs, la jachère a été maïntenue sur 1/5 des sols de cette commune, tandis que dans les vallages de l'Aire et de l'Aisne, elle ne compte plus que pour 1/20.

Récemment, à l'exemple d'autres régions françaises, on a introduit avec succès, surtout sur les terres franches, un assolement quadriennal, en voie de se généraliser. Il est motivé, en dépit de l'énorme extension des prairies, par les besoins sans cesse croissants de l'élevage. Il comporte la rotation . suivante : 1" année: blé — 2° année: orge ou escourgeon — 3° année: avoine — 4° année: racines profondes (plantes fourragères, betteraves, pomme de terre). Cette succession n'est pas rigoureuse. Dans le détail, pour les deux assolements, elle varie suivant la richesse des terres et selon les besoins des cultivateurs. Mais, aux environs de Sainte-Menehould, elle a déjà été adoptée dans les trois-quarts des cas.

Amendements. — Afin d'entretenir et d'améliorer les sols trop médiocres de l'Argonne, les cultivateurs ont eu, traditionnellement, et ont encore recours à la fumure. Les terres réclament de grosses quantités de fumier, dispensé en surabondance par l'élevage dont il est un des sous-produits. Pour une période de trois ans, il en faut de 30 à 35 tonnes par hectare à Passavant, de 25 à 30 à Brabant-en-Argonne, de 20 à 25 à Braux-Saint-Remy. L'introduction d'engrais divers a permis le maintien de cultures dans les zones de l'Argonne où elles tendaient à disparaître; mais c'est surtout au profit des terres franches qu'on à pratiqué rationnellement l'amendement, sous l'impulsion des Syndicats Agricoles de Sainte-Menehould et de Vouziers notamment. On répand la chaux sur les argiles, en particulier sur celles des collines de l'Aisne. La cyanamide calcique — 175 à 250 kg par ha — n'a encore fait qu'une timide apparition; il serait à souhaiter que son emploi se généralise. À l'exception des sables verts albiens et cénomaniens, les sols de l'Argonne ont besoin de phosphates. Après épuisement des gisements de nodules de phosphate de chaux, on a eu recours aux scories de déphosphoration, d'un usage assez courant à la dose de 1.000 kg par ha, puis aux superphosphates — 500 à 750 kg par ha. Enfin, la potasse est dispensée largement, sous la forme de chlorures — 150 kg par ha — ou de sylvinite — 600 à 700 kg par ha.

Grâce à ces amendements qui ont augmenté au moins d'un tiers la moyenne des rendements, l'Argonne a compensé, depuis un demi-siècle, la pauvreté relative des sols certes, maïs aussi l'abandon des terres improductives.

Amélioration de la production :

BLE. — Il n'y a pas de variété de blé propre à l'Argonne, sauf celle du « Brizeaux Blanc» qui résiste assez bien aux gelées. Elle est toujours cultivée autour de ce village, à Passavant et à Waly. Les hybrides qui ont

été utilisés à diverses époques et ont fait l'objet de nombreuses expériences, ont donné des résultats pendant quelques années, puis ont du être délaissés. Seuls semblent se maintenir, avec de bons rendements, les hybrides 1923 et 1927 (Vilmorin) et surtout le « Manitoba ». Les blés dits de printemps ne sont semés qu'accidentellement, pour réparer les dégâts consécutifs à des hivers trop rigoureux; en général, on n'emploie que les blés alternatifs d'hiver.

Le froment tient toujours la première place parmi les céréales, bien que celle-ci, territorialement, apparaisse comme assez minime. Néanmoins, il convient de distinguer diverses zones dé production : les pays de la craie et les calcaires aux confins de la région, les vallages et les plateaux gaizeux au centre de cette dernière. C'est sur les terres franches ét les craies -turoniennes que le blé vient en tête. Dans le canton de Saïnte-Menehould (tableau IIT), le taux des emblavures par rapport aux surfaces cultivées varie, selon les communes, d'un extrême à l'autre, mais on peut estimer que, sur la rive gauche de l'Aisne où il est le plus égal, il atteint un maximum avec 38 % des labours. Parmi les pourcentages les plus élevés : Braux-Saint- Remy, 52 % : Braux-Sainte-Cohière, 50; Daucourt et Elise, 40.

Vallage

Rae Gaize (1) Gault

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