‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 124 sur 162 · PP · texte numérisé non relu

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En dépit de sa faiblesse, la production de l'Argonne était, à la fin du siècle dernier, suffisante pour la consommation régionale. La population ‘ oyant depuis lors diminué et les rendements augmenté, elle lui est devenue supérieure vers 1925. D'où une exportation du blé, en petites quantités, de Vouziers vers la vallée industrielle de la Meuse et vers Paris, du vallage de Sainte-Menehould vers la Lorraine — Briey et Metz — la Sarre et surtout Strasbourg (40 % des excédents). Exceptionnellement, du blé d'Argonne a été livré en Provence et même en Italie. Des nombreux moulins qui ont broyé autrefois le grain, il ne subsiste plus que ceux de Courtémont, Manre, Termes et Attigny: des coopératives agricoles, à Givry pour le sud, à Somme-Tourbe, Valmy et Saïnte-Menehould pour le centre, Grandpré et Vouziers pour le nord, collectent l'essentiel de la récolte qui n'est que très partiellement moulue en Argonne elle-même. 4

CEREALES SECONDAIRES. — L'avoine, céréale d'assolement du blé, se range immédiatement derrière celui-ci avec un rendement moyen de 12 qx par ha. Elle accuse des gains importants dans le Vouziéroiïs et à Sainte-Menehould où son développement est lié à celui du cheval de trait. Avant 1850, le seigle qui ne dépassait pas 8 qx par ha était entièrement consommé sur place. Il est en très nette régression partout, même sur les plateaux gaïizeux. Coupé vert, il sert de fourrage pour le bétail. L'orge et l'escourgeon ne sont guère produits que dans les plaines crayeuses; ailleurs, les cultivateurs ne les recherchent qu'occasionnellement.

AUTRES PRODUITS. — Les deux cultures qui, avec le blé ont fait les progrès les plus marqués sont : la betterave à sucre d'abord, la pomme de terre ensuite.

La betterave à sucre avait été introduite en Argonne par le nord (Rethel, Attigny, Vouziers) et par le sud (Vitry-le-François, Givry) entre 1850 et 1900. Depuis cette date, mais surtout depuis 1920, sa culture est restée stationnaire par endroits ou, vers Sainte-Menehould et dans le Bas-Pays, a été réduite des trois-quarts; toutefois, grâce aux engrais qui évitent un épuisement trop rapide des sols, elle a trouvé récemment un regain de faveur dans ces deux derniers cantons, avec un rendement moyen de 25 à . 30 tonnes par ha contre 30 à 35 pour le Vouziérois. Les sucreries qui s'étaient ouvertes à Sainte-Menehould et à Vouziers ont dû, entre temps, cesser tout travail. Celles de Sault-les-Rethel et de Sermaiïze-les-Bains absorbent la majorité de la récolte, le reste étant envoyé aux distilleries de Baleycourt et d'Attigny.

La pomme de terre s'avère par contre en progression constante. Bien adaptée aux alluvions sablonneuses des vallages de l'Ante et de l'Aisne, elle donne de 70 à 90 qx par ha. Durant la guerre de 1939-1945, certaines communes comme Braux-Saïint-Remy et Chaudefontaine ont encore accru leur production de 15 à 20 %, tandis. que celle de Gizaucourt, forte déjà, augmentait de moitié, et ces taux anormaux pour la région, si élevés qu'ils puissent paraître, semblent se maintenir.

Mentionnons enfin les cultures maraïchères, bien réduites en superficie. Presque complètement disparues des fonds alluviaux de l'Ante, de l'Auve, de l'Aire — sauf .à Grandpré — et de la Fournelle, elles existent encore dans ceux de l'Aisne, à Sainte-Menehould et à Vouziers, suffisantes pour. répondre aux demandes des marchés locaux. |

Tandis que les céréales délaissaient, en moins de cent ans, une bonne partie des sols de l'Argonne, à l'inverse les fourrages artificiels et la betterave fourragère réclamaient, sur les terres labourées, de plus en plus d'espace: + 65 % pour les premiers, + 15 % pour la seconde dans la

décade 1930-1940. Nous préciserons, à propos de l'élevage, cet autre aspect de l'évolution de l'agriculture.

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