MAIN-D'ŒUVRE ET OUTILLAGE
Comme partout en France, l'Argonne manque de bras pour ses travaux des champs. Au moment où se dessine précisément l'exode des bûcherons et des artisans commence, vers 1890-1900, l'émigration massive des ouvriers
de culture dont le niveau de vie était resté assez bas et qui sont, comme eux, attirés vers les villes.
Fig. 25. — Evolution comparée de la main-d'œuvre agricole et de la population totale de o quinze communes du centre de l'Argonne.
Un mouvement a pu entraîner l'autre et l'accélérer; cela paraît certain. Mais si, durant la période 1890-1930, les fermes perdent près de la moitié de leur personnel, c'est également en raison de la transformation agricole. L'immense majorité des petits propriétaires se tourne vers l'élevage. Ils n'ont plus besoin d'autant de bras — 5 vachers pour 10 fermes à Passavant par exemple. Les grosses exploitations seront les plus touchées; elles ne conserveront finalement que deux ou trois ouvriers au lieu de cinq, effectif qu'il faut temporairement majorer de moitié durant la moisson et la rentrée des betteraves. Les départs se poursuivront au ralenti après 1930 et jusqu'à nos jours, de sorte que le total des personnes employées aux champs,
propriétaires compris, n'est plus désormais que le 1/12 de la population rurale. RP se
Pour enrayer la crise, il a fallu faire appel à des étrangers : Polonais — 50 % — Belges — 25 % — Tchèques et Italiens, ceux-ci en minorité. Le déficit persistant, on a tenté, depuis 1945, de remplacer une partie des travailleurs manquants par des prisonniers de guerre Allemands dont un certain nombre sont restés sur place après leur libération. Néanmoins, en dépit de ces apports successifs, le problème de la main d'œuvre demeure entier.
L'exiguité et la dispersion des parcelles d'une part, le manque de capitaux parfois d'autre part, ont entravé l'emploi des engins mécaniques modernes pour les labours et l'entravent encore. En Val de Biesme, par exemple, la charrue ne retourne que les deux tiers des sols cultivés : dans les champs de quelques ares seulement, parsemés de cailloutis