PLANCHE VII
Accroissement de lo à 40%
Ë de 40 à T4 ZA de 7 à 100% plus de 100% C__] Etat stationnaire Ce] Pecul de 10 à 40%
on Laiterie
—— Direction de la collecte (Hors de la zone :)
B — Evolution du troupeau (1930 1946) dans la même zone que précédemment
les nouvelles densités obtenues, paraissent, à cet égard, suffisamment expressives : La Chalade, 25 au lieu de 2, Sainte-Menehould, 70 au lieu de 10, Belval, 75 au lieu de 15, Châtrices enfin, 90 au lieu de 20. Seules des enclaves comme Beaulieu ou Belleville, qui ne possèdent que quelques prés minuscules et d'accès relativement peu commode, font exception à la règle. Bien rares sont en effet les villages aux faibles ressources, et dont les étables réunies ne présentent pas plus d'une trentaine de têtes.
Entre les talus crayeux et les tables calcaires moins favorisées, l'Ar-
gonne constitue un îlot où l'élevage des bêtes à cornes est en honneur et le troupeau, rassemblé dans les herbages des principales vallées et des noue méridionales, florissant. Abstraction faite des discontinuités consécutives à l'extension des masses forestières, la place qui lui revient dans le cheptel français n'est pas celle, en réalité sousestimée, que nous aurions pu lui donner de prime abord.
Rapport entre le ane des bovins et celui de la population. — Il ne faudrait cependant pas tomber dans l'excès contraire et vouloir comparer l'Argonne aux régions de tout premier ordre, aux « campagnes » de Basse- Normandie, par exemple, dans lesquelles se pratique un élevage à tel point intensif que les bêtes y sont finalement plus nombreuses que les paysans.
Rien de semblable ici, sur une vaste échelle du moins. Bien que les plateaux gaizeux soient presque vides d'hommes et leur pourtoür faiblement peuplé, l'Argonne ne renferme, à l'heure actuelle, que 70 têtes de bétail pour 100 habitants (indice 70).
Mais, là encore, nous devons mettre en évidence les nuances qui découlent des conditions locales :
— Dans l'établissement de la moyenne précédente, déjà appréciable en elle-même puisque celle de la France ne dépasse pas 35 %, nous avons fait entrer en ligne de compte les agglomérations urbaines et les localités purement forestières. Si nous écartons des statistiques non seulement Sainte- Menehould et Vouziers, mais encore Florent, Beaulieu et Belleville, la balance penche désormais, de peu il est vrai, en faveur des bovins (indice 110).
— Cet avantage se précise avec certaines communes du Vouziérois comme Olizy, Vaux-les-Mourons ou Lançon, du val de l'Aire comme Vraincourt ou Courcelles-les-Aubréville, et surtout du Bas-Pays comme Le Chemin, Les Charmontois, Belval, Ante ou Le Chôâtelier. Qu'y trouvonsnous ? Pour une population très réduite, un cheptel dont la densité par unite de surface s'inscrit parmi les plus fortes. Alors les proportions se renversent (indices 150 — 200 — 250).
— Quelques modestes villages enfin, Brizeaux, Châtrices et Noyers-le- . Val, qui groupent respectivement trois, quatre et cinq fois plus de bêtes à cornes que d'habitants, sont susceptibles de rivaliser avec ceux des gras pôturages du Pays d'Auge ou du Vexin normand.
Répartition entre les éleveurs. — Jusqu'à concurrence des deux tiers environ, le troupeau appartient à de petits propriétaires auxquels il procure, étant la principale source de leurs revenus, une aisance relative. Les fermes de moyenne importance (un quart du total des bovins) et quelques autres exploitations un tant soit peu plus grosses (un dixième), tantôt mixtes, tantôt spécialisées, se partagent le reste.
Si nous parcourons les rues d'une commune-type de l'Argonne, Passavant, Les Alleux ou Binarville, nous sommes immédiatement frappés par le grand nombre d'étables que nous rencontrons, simples annexes accolées à la maison d'habitation et prévues pour recevoir, selon les cas, de 3 à 5
têtes, 12 au maximum. À ces noyaux minuscules dont la multiplication exprime l'extrême éparpillement du cheptel à l'intérieur de l'agglomération et de ses écarts, il convient d'ajouter les groupes mieux fournis, forts de 30 à 50 têtes, pour lesquels ont été construits, dans les véritables fermes, des bâtiments plus spacieux.
La première forme d'élevage, cellule-mère du troupeau et la plus communément répandue en Argonne, prédomine autour de Triaucourt, de Binarville et de La Croix-auxBois, dans la majorité des villages riverains de l'Aisne ou de l'Aire et dans le Val de Biesme, là où les prairies ont précisément remplacé une mosaïque de parcelles cultivées — clairières des plateaux gaizeux, fonds humides, terres argileuses du gault — là ou subsiste un particularisme ancestral à peine entamé par les remembrements modernes. Ainsi, aux alentours de Quatre-Champs (Balay, Toges, Noirval, Longwé), de Lançon et des Islettes (Futeau, Le Claon, Le Neufour), la contenance moyenne des étables dans lesquelles se dispersent les trois-quarts du bétail est de l'ordre de six têtes. Elle ne s'élève guère que dans la région de Passavant- Triaucourt où, comme aux Charmontois par exemple, sur un ensemble de 450 bêtes, près de 350 sont aux mains de trente personnes différentes environ.
Par contre, sur les alluvions de Givry et de Sainte-Menehould, sur les coteaux de Grandpré, de Beaurepaire et de Vonca, là où des domaines agricoles de 40 à 100 ha coexistent à côté de la toute petite propriété, les groupes de plus de 30 têtes arrivent au premier rang.
Enfin, nous trouvons quelques troupeaux plus importants encore, allant de 100 à 200 têtes. C'est le cas où une fromagerie, tout en collectant le lait dans un rayon assez élargi, possède elle-même son propre cheptel. Nous sommes ici en présence de véritables organisations industrielles qui sont munies d'installations modernes et où voisinent, à côté de l'usine, l'étable et la porcherie. Nous prendrons plus particulièrement comme type de ces exploitations — il n'y en a d'ailleurs que trois ou quatre en Argonne — celle de Maison-du-Val qui réunit 175 têtes.
PREDOMINANCE DES VACHES LAITIERES. — Engraisser le gros bétail, afin de le revendre aux meilleures conditions à Paris, Reims ou Nancy et contribuer ainsi à l'approvisionnement des grands centres surpeuplés en viande de boucherie, n'est point le but poursuivi par la majorité des éleveurs de l'Argonne. Certes, il se développe aujourd'hui un commerce profitable, destiné surtout à satisfaire les demandes de la consommation régionale, et qui trouve sur place un ravitaillement suffisant pour y répondre. De Sainte- Menehould, Givry et Vouziers, l'Argonne envoie même assez régulièrement quelques bêtes sur pied vers les abattoirs des villes les plus proches de la Champagne ou de la vallée industrielle de la Meuse ardennaiïse. Mais il s'agit là d'activités restreintes, dues à des initiatives individuelles: nous ne saurions en nier l'existence, bien qu'elles ne dépassent guère le cadre du marché local. Les échanges ne donnent pas lieu à des foires, n'entraînent pas même l'animation causée, principalement au début de l'automne, dans les bourgs du Morvan ou du Nivernais par les expéditions massives de bœufs de boucherie vers les agglomérations parisienne ou lyonnaise.
La place qui revient d'ailleurs à ces derniers dans le troupeau se révèle secondaire : pour toute l'Argonne, une tête sur vingt; pour l'arrondissement de Sainte-Menehould, une sur quinze. Seules, les plaines de Bourcq et d'Attigny auraient des pourcentages un peu plus élevés : ici, une tête sur dix; là, une sur cinq. Ajoutons que le bœuf est rarement utilisé comme animal de trait, soit à la charrue, soit dans les attelages — rentrée du foin et des gerbes, débardages forestiers.
C'est dire combien l'Argonne se consacre presque uniquement à la
production du lait. La vache laitière compose en effet, à elle seule, plus des deux cinquièmes du cheptel, parfois près de la moitié. La race hollandaise, d'introduction semble+t-il récente, arrive au premier rang. Cette espèce noire et blanche tend à s'imposer partout, notamment dans le Vouziérois — 60 %. Dans le centre et le sud de l'Argonne, elle cotoie encore, au pôturage, une vache de pays, petite et trappue, à la robe gris-souris. Plusieurs éleveurs ont également importé avec succès d'autres espèces, venues du Comté de Durham ou de Normandie. Les croisements opérés ont répondu à leurs espérances, spécialement à Grandpré, Servon et Daucourt. Par une sélection étudiée, — il est à souhaiter que ces expériences se généralisent — on obtient de bonnes laitières, pouvant fournir, selon les époques et les étables, de 2.500 à 3.200 litres de lait par tête et par an.
Un gros effort se fait enfin, à l'heure actuelle, en vue du renouvellement du bétail. Quelques communes, Grandpré, Servon, Daucourt ou Givry, dont le bétail avait été décimé au cours des deux guerres, paraissent devoir s'orienter vers la reproduction. Nous pourrions multiplier les exemples : combien d'autres villages où les élèves, parmi lesquels dominent les génisses, représentent, avec plus des trois-cinquièmes des têtes, la continuité, l'avenir d'un troupeau qui, en Argonne apparait comme essentiellement jeune.
En moins de quarante années, l'économie pastorale s'est transformée, faisant subir aux paysages ruraux de profondes modifications.
ACCROISSEMENT RAPIDE DU NOMBRE DES BOVINS DEPUIS LE DEBUT DU XX* SIECLE. — Ce serait une erreur de croire que les abbayes et leurs censes d'abord, les fermes qui ont poursuivi l'œuvre entreprise ensuite, continuant à labourer le sol, aient totalement délaissé, jusqu'à la fin du siècle dernier, l'élevage des bêtes à cornes. Mais celui-ci ne constituait ‘apparemment qu'une ressource d'appoint. C'est probablement pour cette raison que les textes anciens, qui citent assez souvent, à propos des charges,
. des impositions et des mesures, les produits de l'agriculture, les marchés ou les greniers à blé de Saïinte-Menehould, de Grandpré et de Vouziers, n'en font pas ordinairement état. Les prairies sont mentionnées, il est vrai, dans les actes, premières donations et chartes, comme elles le seront plus tard dans les notices de Terruel et les cadastraux. À Quatre-Champs, Triaucourt et Monthiers ne couvraient-elles pas déjà, au lendemain de la guerre de Trente-Ans, des surfaces presque égales à celles des parcelles cultivées ! Partout où il est pratiqué, l'assolement triennal procure au bétail des herbages qui viennent s'ajouter au petit enclos, planté d'arbres fruitiers et situé derrière la maison. La vaine pâture subsistera même sur les rives de l'Aisne, de la Chée et de l’Aire bien après son abolition, montrant ainsi que la coutume de réserver des terrains de parcours est depuis longtemps entrée dans les traditions de la communauté rurale.
Mais, sur la valeur du troupeau proprement dit, dénombrement et composition, rien ne nous est parvenu, ou peu de choses. Quoi qu'il en soit, vers 1875-1900, il était beaucoup moins important qu'aujourd'hui.
Quelques chiffres. — En moins de cinquante ans, à Passavant et aux Charmontois, le nombre des bovins passe du simple au triple et au qua: druple. Lente et régulière pour la période qui s'étend de 1900 à 1915, la progession s'accentue pendant l'entre-deux-guerres et ne semble pas devoir se ralentir après 1940, les gains récents portant, avant tout, sur les élèves. Tandis que cet essor prend corps, la population, pour d'autres raisons, continué à diminuer: nous nous écartons peu à peu des proportions modestes de 1900, époque où il n'y avait encore qu'une tête de bétail pour trois ou quatre habitants. Même évolution, même courbe à Daucourt dont le territoire restera partagé entre les cultures et l'élevage: ici, 140 vaches laitières
figurent sur les contrôles en 1945, contre 110 en 1935, 80 en 1925 et 40 seulement en 1915 ou en 1895. ; nor) >
Dans l'ensemble de l'Argonne, les accroissements, pour n'être pas moîns sensibles, n'atteindront pas toujours, tant s'en faut, des taux aussi remarquables. Sans exagérer les faits, on peut cependant estimer que, depuis 1900, le troupeau régional a en moyenne doublé, les augmentations réalisées durant les quinze dernières années comptant, à elles seules, pour plus d'un tiers du total des gains.
— Ce sont certainement les bordures méridionales de Givry-Triaucourt, vallée de l'Ante comprise, là où les activités pastorales se sont sur une très . vaste échelle substituées à l'agriculture, qui ont au maximum profité de la
- transformation, avec Givry, Le Chôâtelier, Eclaires et Le Chemin — ces quatre communes avant 1985, date à partir de laquelle elles demeureront stationnaires — d'une part, avec Waly, Brizeaux, Passavant, Ante, Les Charmontois et La Neuville-aux-Bois — où le mouvement est encore en cours — d'autre part. Les exemples précédents nous ont donné un aperçu des meilleurs résultats obtenus.
— Viennent ensuite, presque sur un même pied d'égalité, les vallages de l'Aire et de l'Aisne. Dans le premier nommons Rarécourt, Aubréville, Boureuilles et Marcq; dans le second, Elise et Daucourt au sud, Lancon, Senuc et Challerange au centre, Savigny, Chestres et Terron au nord. Huit villages ont vu, en l'espace d'un quart de siècle (1920-1945), parfois plus rapidement, léur cheptel grossir de 100 à 150 %, vingt autres, de 70 à 100 %. Un très louable effort, qui mérite d'être souligné, a été fourni à Servon-Melzicourt — + 90 — Varennes — + 105 — et Ville-sur-Tourbe — + 140 %. Ces localités dévastées, aux étables détruites, ont en effet réussi, après l'avoir reconstitué sur des base entièrement nouvelles, à accroître leur troupeau dans des proportions considérables.
Dans les deux zones mentionnées ci-dessus, on enregistrait exceptionnelleement quelques reculs assez prononcés et compris entre — 10 et — 40 %. Les communes les plus touchées, Le Vieiïl-Dampierre, Givry, Hans et Séchault, l'ont d'ailleurs surtout été depuis 1940. Nous aurions ici affaire, semble-t-il, à un phénomène épisodique, à des accidents passagers dus à des causes particulières : fièvre aphieuse, épidémie locale peut-être, mais aussi : perturbations provoquées par l'exode de juin 1940 ou par les livraisons massives de bétail aux troupes d'occupation.
— Si nous examinons le cas des plateaux gaizeux, celui des petits gorgeons gravitant autour de Grandpré, de Quatre-Champs ou de La Croixaux-Bois, et celui du val de Biesme, la situation paraît beaucoup plus changeante. Ici, les bovins ont commencé à se multiplier un peu plus tôt que dans le reste de l'Argonne, au moment de l'extinction des industries, du départ des artisans puis des bûcherons, et de l'abandon des hameaux œutour desquels les uns et les autres se livraient aussi aux travaux des champs (1875-1925). Les lourdes terres de l'argile albienne retournent alors à leur destination naturelle, la prairie. À une étape marquée par des gains importants (Futeau: + 150 %), va succéder, vers 1930, une période de stabilisation : la population s'éclaircit toujours; dans les foyers qui subsistent, on se contente, disposant de moyens modestes, d'élever trois ou quatre vaches latières, sans plus; celles-ci appartiennent par ailleurs, pour un tiers environ, à des célibataires qui, avec l'âge, ne se soucient généralement pas de renouveler leur bétail; d'où, à brève échéance, l'extinction d'une notable fraction du cheptel. Et c'est bien ce qui se produit: nous assistons à un ralentissement des accroissements, à une saturation, voire à une très nette diminution du nombre des têtes dans la majorité des villages. Florent, Beaulieu, Saint-Thomas, Longwé et Futeau souffrent encore de cette crise. Dans la dernière commune, où l'on peut invoquer comme à Suint-Thomas
les difficultés créées par les désastres de 1914-1918, dix étables dont les
murs se sont écroulés contenaient autrefois plus de cinquante bêtes à cornes.
Si La Grange-aux-Bois, Binarville, La Croix-aux-Bois et Les Alleux — sur le plateau — Les Islettes, Vienne-le-Château et Quatre-Champs — dans la vallée — continuent malgré tout à progresser, suivant un rythme moins
. accéléré toutefois que durant la phase d'adaptation, elles le doivent moins
à l'évolution actuelle des petits troupeaux qu'au développement de ceux des fermes, deux à trois par village, ayant de plus larges disponibilités présentes et à venir. FEU EE) j
— Les bordures n'ont que tardivement suivi l'exemple de l'Argonne. Elles sont en retard; on le comprend d'autant plus facilement que leurs sols, craie blanche et calcaires jurassiques, ne les prédisposaient pas à un élevage intensif. Sauf dans les vallées herbeuses de l'Auve, de la Tourbe ou du Wadelaincourt, peu de gains, souvent même des reculs. En dépit de récents efforts, provoqués parfois par les circonstances — guerre de 1939- 1945 — d'une orientation nouvelle — nourriture du bétail à l'étable — les contrastes qui, ici encore, opposent l'Argonne, pays en pleine transformation, à ses confins champenois ou lorrains, vont depuis vingt ans en s'accentuant.
Aménagement des parcs. — Nous avons déjà évoqué l'empiètement,
ici progressif, là rapide, des herbages sur les emblavures. Les vieux enclos,
eux-mêmes, se sont modifiés : on s'est contenté de leur incorporer quelques petites parcelles voisines. Dans la grande majorité des cas, les éleveurs ont cherché à faire du neuf, à regrouper des terres labourées et à leur substituer radicalement des parcs d'une contenance moyenne de 4 à 5 ha et moaxima de 12 à 20 ha.
Ce remembrement, destiné à subvenir au besoin d'espace d'un troupeau accru, s'est effectué beaucoup plus vite que celui du terroir laissé en cultures; à Passavant, il est de 40 % dans les sections ainsi acquises. Aux environs de Grandpré et dans la «zone rouge », nous trouvons des indices plus élevés encore.
Exemples de gains réalisés par les parcs depuis 1920
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Nous aurons donc, dans le paysage rural, une minorité de pâquis anciens, entourés tantôt de haïes, tantôt, plus rarement, de murettes de gaize, et perdus parmi les parcs provenant des labours abandonnés ou des zones traditionnelles de parcours soumises au régime de la vaine pâture. Celle-ci, pratiquée surtout dans le Bas-Pays de Laheycourt, Givry, Triaucourt et sur les fonds alluviaux des plaines d'inondation de l'Aire et de l'Aisne, subsistait encore, sporadiquement, avec sa « harde communale » au début du XX: siècle. À Châtrices, à Chaudefontaine et à Villers-en-Argonne, les litiges qui, lors de son extinction et au moment de l'aménagement des nouveaux parcs, ont surgi entre détenteurs des prairies et éleveurs n'ont
pas encore été tous réglés. À :
La délimitation fut partout sommairement résolue par de simples clôtures
de barbelés posés sur des piquets plus ou moins équarris. Le problème de l'eau ne s'est posé que pour les sols calcaires, crayeux et gaizeux, où se sont multipliées les éoliennes. i Les troupeaux des vallées de Beaurepaire et de la Biesme ont vu, nous l'avons dit, le nombre de leurs têtes diminuer légèrement vers 1930. Les propriétaires qui disposaient ainsi d'un excédent de parcs, provisoirement inutilisés, en ont offert la jouissance à des cultivateurs des bordures de l'Argonne moins favorisées et même de la Champagne. D'où une embouche de mai à octobre pour engraïsser les bœufs de boucherie des fermes de la région de Suippes et de Rethel ou des plateaux de Montfaucon-Lavoye; d'où aussi une mise aux gras herbages d'élèves et même de quelques vaches laitières venues temporairement de ces pays. Aux Islettes, durant l'été, le cheptel local se trouve aïnsi doublé; il comporte près de cent bêtes à cornes étrangères au village qui fournit le personnel de surveillance. ; Fourrages. — Avant 1914, le foin disponible était en partie revendu aux subsistances militaires des régiments de cavalerie stationnés à Sainte- Menehould, Vouziers, Sedan et Verdun. Depuis 1925, l'Argonne absorbe toute sa récolte qui, passée du simple au triple, lui suffit à peine lors de mauvaises années. Les demandes de plus en plus fortes en fourrages artificiels ont fait reculer, sinon disparaître la jachère et provoqué, conséquence immédiate, la modification de l'assolement. A Servon-Melzicourt, où la surface des parcs est cependant passée de 250 à 700 ha entre 1930 et 1945, les champs de betterave fourragère — 90 qx/ha — et les luzernières couvrent le tiers des parcelles cultivées. La faneuse est devenue, durant la période qui sépare les deux guerres, l'instrument aratoire de tout premier plan, celui qui a été le plus réclamé par les cultivateurs. À la ferme, il a fallu creuser, souvent hors de la cour, parfois dans les terres contigués, des silos qui se sont peu à peu révélés trop petits. Conçue intialement en vue d'y amasser les grains, la grange est devenue insuffisante pour contenir les fourrages prévus pour la saison froide. Afin de suppléer aux greniers surchargés, de nouveaux hangars. à carcasses métalliques se sont élevés, non seulement au sein et aux abords des villages, mais encore en pleine campagne.
PRODUITS DE L'ELEVAGE
Traite et collecte du lait. — Le paysan qui ne possède que trois ou quatre vaches se contente toujours de la traite à la maiïn. Partout ailleurs, la traite électrique dont l'éleveur a facilement reconnu les avantages tend, depuis cinq ans, à se généraliser. Elle est maintenant d'un usage courant dans les grandes et moyennes exploitations. Des hameaux reculés, comme le Bois des Chambres de Chütrices, l'ont récemment adoptée.
La collecte, dans son ensemble, s'effectue par le système du porte à porte : les camions spéciaux appartenant à des fromagers ou à des revendeurs font leur tournée quotidienne dans chaque village et dans les principales fermes. Les bidons provenant des écarts mal desservis sont déposés aux carrefours des chemins vicinaux parcourus par les services réguliers. Le lait est ensuite dirigé soit vers des entreprises locales pour être apprêté, soit vers les centres que l'Argonne ravitaille habituellement: Verdun, Chälons, Mézières-Charleville, Reims et surtout Paris. L'organisation de la collecte s'est faite en deux temps:
— de 1920 à 1935, rien ne fut entrepris, dans ce but, par la région elle-même. Celle-ci, faute de capitaux et de moyens de transport appropriés, s'en remettait alors à de puissantes sociétés, venues de l'extérieur et bien outillées pour un enlèvement rapide du lait frais, telle « Maggi» qui, de
Svare
mon
Challerange, exportait chaque soir plusieurs wagons vers Paris, via Bazancourt et Reims. 2
— depuis 1935, le ramassage a été pris en main, partiellement, par les fromageries indigènes, pour leurs propres besoins. À Maïson-du-Val, par exemple, le nombre de vaches comprises dans la zone d'action d'un de ces établissements, s'élevait, en 1937, à 3.500 têtes. En 1947, il était encore de 3.000 environ, malgré les difficultés passagères dues à une pénurie de véhicules et d'essence. Les procédés se sont par ailleurs assouplis: pour les communes limitrophes, le porte-à-porte reste en honneur; maïs, aux limites de l'aire de ramassage, un groupeur accrédité rayonne sur quatre ou cinq villages et remet, chaque jour, plusieurs centaines de litres à des camions de fort tonnage. Des pratiques analogues ont été instaurées, avec autant de succès, dans le Vouziérois, les vallées de La Fournelle et de l'Aire, Quelques intermédiaires, nouvellement installés dans les noyaux latiers les mieux favorisés, assurent, de leur côté, le transport direct du reliquat de laït, auquel ils ajoutent celui des œufs. Enfin, certains fromagers qui, du fait de la concurrence, se voyaient contraints de se retirer, ont préféré, à une fermeture totale, la simple collecte pour des grossistes de Reims ou de Verdun.
En liaison avec l'équipement régional, des initiatives locales sont donc parvenues, entre 1935 et 1945, à concentrer à leur profit une bonne moitié de la production laitière de l'Argonne.
Beurre et fromage. — Le battage du beurre a lieu aussi bien au foyer — un tiers — que dans le cadre de fromageries dont les unes ne disposent que de moyens réduits, les autres ayant, au contraire, l'aspect de véritables entreprises industrielles.
La fromagerie rurale, disséminée sur le pourtour du massif des gaïzes, n'a qu'un nombre limité d'employés, dix à quinze selon sa valeur. Celle de Triaucourt prépare, outre le beurre, un fromage à pâte molle connu, dans le pays, sous le nom de «Bel Sole», Eclaires fournit du gruyère et surtout du Saint-Paulin ou Port-Salut. Ailleurs, c'est le camembert qui prédomine. :
Au nord, au sud et à l'est de l'Argonne, trois ou quatre exploitations, mieux outillées et dotées de capitaux plus importants ont chacune leur clientèle respective: Vouziers, Verdun, Bar-le-Duc. Leur réputation s'est cependant étendue non seulement aux contrées attenantes, mais encore à tout l'est de la France. Citons celles de Challerange, de Bassuet et d'Aubréville, qui livrent jusqu'à Metz et Paris. La dernière traite de 3.000 à 7.000 litres de lait par jour, en provenance du Clermontois et de la vallée de la Cousances. Revenons une fois de plus à Maison du Val, près de Sommeille- Nettancourt, où une usine de cent cinquante ouvriers travaille, avec son annexe de La Chapelle Felcourt, pour le compte des Fermiers Réunis et se rattache, comme la plupart des autres laïiteries, au Syndicat du nord-est. Ses vastes bâtiments et ses logis modernes ont donné naissance à un petit hameau, en bordure de la voie ferrée de Givry à Revigny. L'ensemble couvre une superficie de 500 ha. Selon la saison, Maïson du Val produit, à l'exclusion du camembert, du brie ou du Saïnt-Paulin qu'elle écoule vers les régions nancéennes et parisiennes. Avant la guerre de 1939, qui l'a soumise, dans ses livraisons, au contrôle du Ravitaillement Général, elle exportait même en Belgique, en Afrique du Nord et au Congo.
Lait, beurre, fromage, industries laitières qui se développent de plus en plus, telles sont les conséquences prochaines de l'évolution du troupeau de bovins et de sa croissance depuis le début du XX° siècle. Après avoir noté quelques à-côtés, tels que des tanneries, d'ailleurs bien diminuées, et une fabrique de galalithe, nous ne saurions trop souligner que, si l'on ne peut comparer l'Argonne aux grandes régions pastorales de la France,
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son élevage a fait cependant des progrès considérables, se plaçant ainsi, immédiatement derrière la forêt et ses dérivés, au deuxième rang des ressources du terroir. ;