‹ L'Argonne et ses borduresChapitre 131 sur 162 · AUTRES ELEMENTS DU CHEPTEL · texte numérisé non relu

AUTRES ELEMENTS DU CHEPTEL

Le CHEVAL fut toujours un indispensable compagnon de travail pour le laboureur et le débardeur. Il est donc naturel que son rôle ait diminué d'importance en même temps que se transformaient l'agriculture et l'économie forestière (1). Durant le XIX° siècle, l'Argonne avait contribué, accessoirement, à la remonte des régiments de cavalerie ou d'artillerie de Reims, Châlons, Sedan, Verdun et Sainte-Menehould. Ce débouché a pris fin. Délaissant l'ancien cheval non sélectionné, le paysan a récemment porté ses efforts sur le cheval de trait « ardennais ». Solide et puissant, il vient désormais en tête, loin devant le « percheron ». En règle générale, l'éleveur ne cherche qu'à assurer les besoins de sa ferme, soit deux à cinq bêtes pour les petites, cinq à dix pour les autres. S'il lui arrive de vendre quelques sujets autour de lui, il ne pratique qu'accidentellement l'élevage intensif. Tout au plus, pourrions-nous mentionner, comme exportant des étalons, Maison du Val et Vouziers. La qualité a remplacé la quantité, grâce aux directives données par les deux « Syndicats du Cheval Ardennais » de Sainte-Menehould et de Vouziers. Il y a quelques années, des comices annuels ou bisannuels tenaient encore leurs assises dans ces deux villes, rappelant les « commerces aux chevaux et aux mulets » des XVII et XIX' siècles.

Le PORC, déjà nommé dans les écrits des XIII et XVII siècles à propos du pasnage en forêt, de la glandée d'automne et de sa réglementation, ne fait aujourd'hui l'objet que d'un commerce restreint. Certes, toutes les exploitations agricoles entretiennent, pour leur consommation et celle du village, de trois à dix têtes de porcs; mais elles n'en vendent, au dehors, qu'un sur quatre ou cinq. De porcheries spécialisées, nous n'en trouvons plus guère qu'à Grandpré, Villers et Le Chemin. Celles des abbayes de Landèves, Chéhéry, Moiremont, Chôâtrices ont disparu. Au XVII siècle, un procédé original de cuisson fit la renommée des « pieds de cochon à la Sainte-Menehould ». Cet art culinaire s'est perpétué, mais il faut constamment s'approvisionner en pieds hors de l'Argonne.

La VOLAILLE s'est notablement accrue depuis 1930. Ouire les fermes qui abritent poules, oies et canards, il existe aussi quelques modestes établissements se livrant, tantôt à la sélection, tantôt à la production des œufs qu'ils expédient vers Reims ou Paris. Sur ce point, la région n'en est encore qu'au stade embryonnaire.

Le MOUTON n'aurait tenu, semblet-il, dans les vallages d'Argonne, qu'une place fort secondaire. Cette déficience est justement atiribuée à la cachexie aqueuse, au piétain des terres humides qui, ici, a continuellement décimé les ovins. On a cependant tenté, à plusieurs reprises, de les acclimater. La dernière expérience, moins favorable, date de 1930. En important des races propres aux sols détrempés, comme celles de Texel et du Würtemberg, quelques beaux troupeaux ont pu, en dix ans, être reconstitués, à Vienne-le-Château et autour de Grandpré notamment où ils atteignaient plus de cent têtes. La substitution du mouton d'Ile-de-France, précoce en viande, au mérinos de Champagne, a permis de conserver trois ou quatre

(1) Conférer : ch. X, p. 202.

bêtes par ferme et de renouveler, du Vouziérois à Daucourt, l'ancien cheptel presque anéanti : dans cette zone, nous sommes d'ailleurs sur des sols plus secs, aux confins de la Champagne crayeuse, elle-même fortement touchée, depuis 1850, dans une de ses activités les plus rémunératrices. A Elise, Braux-Saint-Rémy, Daucourt, Valmy, Dampierre-leChâteau, Monthois et Bourcq, où il y avaït, en moyenne, quatre à cinq troupeaux de cent à cent cinquante têtes par commune, il n'en subsiste qu'un seul ou il n'y en a plus du tout. La densité des moutons est tombée de quinze à cinq par kilomètre carré, se révélant ainsi inférieure à celles des départements de la Marne et de la Meuse d'une part, de la France entière — dix par kilo-

mètre carré — d'autre part.

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